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Culture

Terres de Gandhaäl (6) – Livre 1 : « Fondations »

La tour circulaire était plongée dans un clair-obscur de faisceaux lumineux surgissant aléatoirement du sol et formant un  lavis violacé sur les parois de pierre crépies de blanc. De nombreux meubles parsemaient la pièce, tous chargés d’objets hétéroclites. Bon nombre étaient inconnus des deux compagnons, immobiles sur le seuil.

par Gaël Dahnal

Terres de Gandhaäl (5) – Livre 1 : « Fondations »

Les deux voyageurs n’en revenaient pas encore. Les parfums floraux entêtants qui montaient de l’eau tiède dans laquelle ils flottaient étaient sans doute pour beaucoup dans cette sensation d’enivrement qui se répandait peu à peu en eux. Les deux jeunes femmes les avaient menés jusqu’à une grande écurie où une vingtaine de chevaux la tête penchée hors de leur stalles, curieux, avaient accueilli les nouveaux venus par un concert de hennissements. Là, elles les avaient aidés à soigner leur bêtes.

par Gaël Dahnal

Terres de Gandhaäl (4) – Livre 1 : « Fondations »

Chapitre II Une nuée de minuscules moineaux s’égailla dans un concert de sifflements et de battements d’ailes à l’approche des intrus. Les deux soleils jumeaux commençaient à disparaître derrière le pic d’Anstarä, fabuleuse aiguille minérale haute de trois mille foulées dont le sommet couvert de glace scintillait comme un feu de diamants. La nature, par miracle était redevenue accueillante depuis qu’ils avaient gravi cette colline impossible.

par Gaël Dahnal

Terres de Gandhaäl (3) – Livre 1 : « Fondations »

Danda ouvrit les yeux. Il ne vit rien d'autre qu'une nuit d'encre. Il tendit l'oreille. Aucun son ne lui parvint. Il remua la main droite et tâtonna du bout des doigts. Du cuir, lisse et froid. Ses jambes étaient ankylosées mais il parvint à les replier puis à les basculer sur le côté. Son dos le lançait et une pluie de petites piques se projeta du bas de sa nuque et pénétra son cerveau.

par Gaël Dahnal

Terres de Gandhaäl (2) - Livre 1 : "Fondations"

Les tambours résonnaient sans cesse, toujours à la limite de couvrir les voix excitées des convives. Leur rythme lent et mécanique emplissait l’esprit et obligeait l’étranger inaccoutumé à ces sons graves et répétitifs, à se concentrer intensément afin de rester à l’écoute des discussions, ou bien même accomplir des gestes simples.

par Gaël Dahnal

Terres de Gandhaäl - Livre 1 : "Fondations"

Prologue Le jardin d’Eden en proie aux ombres maléfiques avait été retiré aux hommes, et la quête pour le retrouver au gré des siècles, s’était épuisée… L’humanité parvint à dominer la matière, l’espace, le temps et certains pensèrent même qu’ils étaient des dieux, car il pouvaient créer la vie… La nature, dominée, puis broyée par l’appétit insatiable des êtres humains devint une esclave sans saveur, fanée par les mauvais traitements.

par Gaël Dahnal

12 cigarettes (5)

  Partie 5 : hésitation — « Il a créé l'univers ? Vous pouvez m'expliquer cette affirmation ? » Elle vrilla ses yeux dans les siens. C'était le moment. Tout se jouait maintenant. Elle inspira lentement puis se jeta à l'eau : — « Il a re-créé l'univers si vous voulez… avec le C-Quantum. Enfin, au départ c'était une reproduction. Parfaite. A l'identique. Un programme quantique qui débutait à l'origine sans aucune donnée quantique, sans rien.

par Yovan Menkevick

12 cigarettes (4)

Partie 4 : dernière bouffée Les dernières bouffées de la dernière cigarettes sont particulières. Elle ne sont plus vraiment agréables, et pourtant, je les apprécie quand même. Je sais qu'il n'y en aura plus d'autres, jusqu'au matin. C'est une sorte de sevrage, une conclusion entre moi et la tige de papier-tabac. Je sais que je vais mourir, et même si cette cigarette m'épuise, me blesse la gorge et les poumons, elle est une dernière chance d'être présent au monde.

par Yovan Menkevick

12 cigarettes (3)

Partie 3 : volutes Il y a mille et une manière de fumer. La tenue de la cigarette, par exemple. Elle peut se faire entre le majeur et l'index, ou bien entre le pouce et l'index. La main tournée vers le haut ou bien vers le bas. Les bouffées peuvent être rapides et courtes, ou anxieuses ou bien encore longues et apaisées : chaque fumeur crée son univers de fumée avec ses propres règles. Les volutes de fumées ne sont jamais les mêmes. Jamais. Aucune n'est identique.

par Yovan Menkevick

12 cigarettes (2)

Partie 2 : Petite enfance La première bouffée de la première cigarette plonge le fumeur dans un chaos de sensations. La tête tourne, la gorge s'enflamme, le monde s'amplifie comme si la fumée le rendait plus réel. C'est un moment étonnant, et j'aime le revivre, chaque matin. Je découvre le monde. Ma naissance est celle du monde, je me confonds avec lui et cette première fumée d'origine. La petite boite en argent ne contient plus que 11 cigarettes. Le ciel a changé de couleur. Il est bleu.

par Yovan Menkevick

12 cigarettes (1)

Partie 1 : la naissance Je fume 12 cigarettes par jour. Pas une de plus, pas une de moins. Chaque cigarette a un sens précis, une valeur, un goût, un temps, un espace qui lui est propre. Chaque cigarette raconte sa propre histoire, exhale une saveur unique. C’est un plaisir qui ne se partage pas, qui ne concerne que le fumeur et sa tige de papier-tabac. Un univers se crée dès que la cigarette est allumée, un univers de fumée opaque qui protège le fumeur du monde glacial qui l’entoure.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (7/7)

Jardin du musée Saint Pierre: 15 heures Martin Siderm était exactement dans la même position que la veille ainsi que le pigeon —que je reconnus à cause d’une tâche sombre qu’il avait autour de l’œil droit. Il me tendit la main, puis reprit les caresses qu’il prodiguait à l’oiseau. Il tourna la tête vers la mienne, souriant. — “Alors, cette soirée, Monsieur Liderman ?” Pris au dépourvu, je ne sus pas quoi lui répondre. Il continua. — “Le jardin vous a plu ?” J’avalai ma salive.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (6/7)

Le pigeon continuait de se laisser caresser et se mit à roucouler de plus belle. Le ciel était d’un bleu indescriptible. Je commençai à me sentir épuisé. Siderm ne parlait plus. Le pigeon se tut. Le soleil nous emplissait d’une chaleur douce et bienfaisante. Martin Siderm tourna enfin la tête vers moi. — “Vous devez me trouver bien pessimiste et nihiliste, n’est-ce pas ? J’avoue manquer de nuances parfois. J’entends par là que je fais des raccourcis.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (5/7)

S : — “C’est de la démocratie dont il faut parler. De l’état de la démocratie. Aller aux urnes n’a plus aucun sens, chacun le sait bien, ou tout du moins sent bien que ce ne sont pas les politiciens au pouvoir qui tiennent les rênes de la société. Ces politiciens ne peuvent que modérément freiner, s’ils ne sont pas totalement acquis à la cause scientiste-capitaliste. Mais ils ne peuvent rien empêcher.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (4/7)

I: — “Vous préconisez une thérapie planétaire ? C’est une proposition assez...difficile à mettre en oeuvre, non ?” S: — “Je ne préconise rien, vous vous en doutez bien. Mais votre question n’est pas si inintéressante : les rituels animistes, les traditions amérindiennes, le shamanisme avaient la vertu d’offrir l’équivalent d’une thérapie aux individus. Une autre réalité leur était présentée et le rapport qu’ils entretenaient à eux mêmes en était modifié.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (3/7)

S: — “ C’est ce que combattent les musulmans. Une peur qui, je crois, est justifiée de leur point de vue. Une peur de voir leur réalité fondre, de voir la “folie matérialiste occidentale” s’emparer des membres de leur civilisation, et dans le même temps le désir de maintenir un pouvoir par la religion. Pouvoir de l’homme sur la femme en premier lieu, puis pouvoir de chaque croyant qui pense profiter un peu de la puissance de la divinité.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (2/7)

Jardin du musée Saint Pierre: 15 heures Ce fut un soleil printanier, insolite pour la saison en cette région, qui m’accueillit. Les édifices Lyonnais resplendissaient sous les rayons de lumière et prenaient une couleur safran envoûtante; la ville vibrait, magnifique.

par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (1/7)

Ma passion pour le journalisme s’était progressivement dégonflée, comme, lorsqu’enfant, on abandonne après deux ou trois jours un cadeau de Noël devenu terne et insipide. Je n‘étais pas un grand journaliste mais j’avais dès le début de cette expérience professionnelle eu une sorte de foi, de volonté à amener quelque chose de l’ordre du serment d’Hippocrate version journalistique. Un serment qui se résumerait à “vérité et devoir de lutte contre les dérives des puissants”.

par Yovan Menkevick

Ma vie moderne

Ce matin, je sens que la journée va être très bonne : mes Google actions ont bondi dès la première heure, dixit l'écran Google news qui vient de me réveiller et me l'annonce à haute voix. J'adore cet écran : immense, enchâssé dans le mur, avec son design en aluminium brossé : l'holo 3D te donne l'impression d'être immergé dans l'image. Tiens, j'entends le café qui coule, mes bio-capteurs de mouvements ont dû prévenir la machine à expresso.

par Yovan Menkevick

Ebook : "Notre étrangeté est libre" de Gabriella Coleman, traduit en français

C'est la nouvelle année, les cadeaux se sont accumulés sous les sapins. Pour Reflets et ses lecteurs, papa Noël s'appellent Elodie Chatelais (@ElodieChatelais) et Gabriella Coleman (@BiellaColeman). La première a traduit l'ebook de la seconde (Our Weirdness Is Free) et l'a fourni à Reflets pour que nous puissions vous le proposer en français.

par Antoine Champagne - kitetoa