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Dossier
par Antoine Champagne - kitetoa

Plongée dans l'apnée : l'impossible prédictibilité des performances en mer

Quand on n'est pas un champion et que l'on ne s'entraîne pas

Nouveau stage avec le champion du monde Umberto Pelizzari : nouvelles performances. Parfois meilleures, parfois moins bonnes. On finit par se demander ce qui bloque ou débloque nos plongées. Et ce n'est pas simple à analyser.

Cosimo (professeur) et Nathalie - © Reflets

Je devrais commencer à me méfier de mes certitudes... Et pourtant...

Je sors de deux stages de plongée en apnée, l'un avec l'équipe de One Breath, l'autre avec le champion du monde Umberto Pelizzari, pour lesquels j'arrivais à nouveau avec des idées arrêtées. J'avais planché des mois sur la technique du « mouthfill », suivi des cours avec le champion Federico Mana... Avec mon Otovent, j'étais capable de procéder aux différentes opérations un peu complexes de compensation de cette méthode qui devait (sur le papier) m'emmener à 70 mètres.

L'Otovent, un petit outil bien utile mais qui ne vous donne pas l'air très malin... - © Reflets
L'Otovent, un petit outil bien utile mais qui ne vous donne pas l'air très malin... - © Reflets

Tout ne s'est pas passé comme prévu. Curieusement, certaines performances étaient meilleures, d'autres moins bonnes. Sans que je ne sache dire véritablement pourquoi. Bref, face à la profondeur, il vaut mieux abandonner ses certitudes. Et face aux risques, il vaut mieux rester humble et obéir aux message de notre corps qui nous dit quand faire demi-tour et remonter.

Ce dernier point est un mystère. Umberto Pelizzari, pendant les cours de technique de ses stages, l'évoque toujours. « Pourquoi à 20 mètres, à 30, à 50, as-tu décidé que c'était le moment précis de faire demi-tour et de remonter ? Pourquoi pas à 19,5, 30,5, 51 ? ». Les stagiaire sont plein d'idées pour répondre. Pour Umberto, il y a simplement une petite voix dans notre tête qui nous dit que c'est le moment précis où nous devons faire demi-tour. Et selon lui, il faut l'écouter et obéir.

Lors d'une descente en apnée, nous consommons 30% de notre oxygène pour descendre et 70% pour remonter. Aucune technologie, aucun appareil ne nous indique que nous devons arrêter notre descente. Nous devons nous reposer sur notre cerveau qui calcule (dieu sait comment) que nous devons arrêter de descendre à un moment très précis, sans quoi, nous ne parviendrons pas à la surface lors de la remontée (ou en mauvais état).

Alors bien sûr, on peut partir tout fiérot, avec sa nouvelle technique de compensation en poche, penser que l'on va briser ses propres records puisque sur le papier, on est parti pour 70 mètres. Du coup, 35 ou 40, c'est tout à fait atteignable...

Oui. Mais non.

Récapitulons, pour ceux qui n'ont pas suivi les épisodes précédents. Lorsque j'avais une vingtaine d'année, chasseur sous-marin, j'avais atteint 21,5 mètres avec un poids lâché au fond.

En 2024 je m'étais inscrit à un stage avec Umberto Pelizzari en piscine, en région parisienne. Je suis descendu à 20 mètres en poids constant (à la force des palmes en descente et en remontée). C'était donc un peu mieux. Mieux parce que je suis beaucoup plus vieux, que je ne m'entraîne jamais et que c'était en poids constant. Mais la performance est à tempérer parce que c'est plus facile en piscine qu'en mer.

Par la suite, j'ai amélioré mes performances en mer lors de stages avec One Breath et Umberto Pelizzari.

Toujours en poids constant, je suis arrivé à 25,5 mètres en juillet 2025, puis 25,8 en juin 2026 et 27,3 mètres en juillet 2026. Au milieu de ces descentes, il faut ajouter celle réalisée en piscine à Y-40 à 31,8 mètres (plus facile qu'en mer).

Pourquoi une descente plus profonde en juillet qu'en juin ? Mystère. Les conditions en juin étaient parfaites : très bonne visibilité, pas de courants. En juillet, la tramontane soufflait, des paquets d'eau nous arrivaient dans la figure pendant la préparation avant la descente, bref, on était loin de la relaxation nécessaire. Pourquoi ce jour-là (le dernier) ? Les jours précédents, je plafonnais autour de 25 avec des difficultés. Qui sait ? Pas moi en tout cas.

Glou-glou-glou

De même, en juillet j'ai fait un bond en statique. L'apnée statique est quelque chose que je n'ai pratiqué que deux fois dans ma vie (cela fait 50 ans que je fais de l'apnée). Une fois il y a un an et une fois en juillet. Il y a beaucoup à prendre dans les différents exercices proposés par Umberto Pelizzari.

Notamment lorsque l'on recrée en piscine les conditions d'une apnée en profondeur. Ou lorsque l'on atteint des limites hautes en pure statique. Car si vous découvrez que vous pouvez tenir 3 minutes en apnée, cela vous rassure inconsciemment lorsque vous plongez en profondeur.

Par exemple, ma descente à 27,3 mètres (remontée comprise) a duré 1 minute et 7 secondes. Bien entendu, en poids constant on consomme de l'oxygène à l'inverse de l'apnée statique, mais cela permet tout de même de relativiser.

S'il y a an mes premiers essais en statique s'étaient fracassés sur la barre des trois minutes, en juillet de cette année, je suis passé à 4 minutes 30 avec l'apparition des premiers spasmes à 2 minutes, donc très tard (pour moi). Ne m'entrainant jamais à l'apnée, je n'ai pas la moindre idée de ce qui a permis ce bond en avant.

Maintenant le « no limit »... Concrètement, il s'agit d'agripper une gueuse, un appareil lesté de poids et d'un bouteille de plongée qui fournira l'air, au fond, pour gonfler un parachute permettant de ramener tout le monde à la surface en un temps record.

C'est un exercice très intéressant. Puisque l'on ne consomme pas d'oxygène pour descendre et remonter, puisque tout est pris en charge par cet appareil, le plongeur peut se concentrer à 100% sur la compensation.

Cela peut sembler dérisoire, mais c'est un moyen pour aller beaucoup plus loin sans difficultés. C'est un peu comme si l'on vous demandait de calculer la 1934,4561 puissance 10 de tête ou avec une calculatrice. Ce n'est plus le même exercice.

En « no limit », mes performances sont relativement similaires (hors l'épisode catastrophique de Y-40 où je n'ai paradoxalement pas dépassé les 30 mètres dans cette discipline). En juillet 2025, je suis descendu à 35,8 mètres. En septembre 2025, à 36,5 mètres. En juin 2026, à 36 mètres. En juillet 2026, à 35,7. Pourquoi moins, alors que je partais avec un plus, le « mouthfill » ? Mystère.

Comme je l'ai expliqué, il y a un monde entre la pratique du « mouthfill » avec un Otovent et sa réalisation en mer. Il me reste donc beaucoup de travail et il serait sans doute utile de suivre un stage spécifiquement axé sur cet exercice.

Par ailleurs, je trouve amusant de discuter avec les professeurs lors des stages. Ils se comportent finalement comme des maîtres d'arts martiaux. Il maîtrisent parfaitement une technique travaillée des années durant. Et lorsqu'ils vous l'apprennent, c'est souvent par morceaux.

Il est compliqué (sauf pour quelques personnes ayant une prédisposition particulière) de plonger, naturellement, au delà de 30 mètres, sans problème, en réalisant instinctivement toutes les techniques nécessaires.

Alors, on apprend. On découvre les techniques de charge, de compensation. Peu à peu. Par petit bouts. Et quand on pense que l'on a compris, en fait, il reste tout un chemin à parcourir.

On tente de maîtriser ces deux points essentiels (charge et compensation) tout en gérant l'arrivée au volume résiduel, l'impression qu'on est en train de nous déposer lentement un camion sur la cage thoracique, le palmage, la position de la tête, la position des bras...

Sans charge, pas de descente au delà des 15-20 mètres. Sans techniques de charge et de compensation avancée, pas de descente au delà du volume résiduel. Et même comme ça... Parfois c'est compliqué. Parfois plus que d'autres. Et bon courage pour comprendre pourquoi (quand on n'est ni un champion, ni quelqu'un qui s'entraîne régulièrement).

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