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Dossier
par Antoine Champagne - kitetoa

Une plongée dans l'apnée la bouche pleine...

Un gros challenge... Mais très utile

C'est l'été, les stages reprennent. Direction l'Italie avec l'école One Breath pour quelques jours en mer. Ça tombe bien, j'ai passé une partie de l'hiver à suivre une cours de Federico Mana sur la compensation dite « Mouthfill ». Une bonne occasion pour tenter de mettre en pratique en mer ce que j'ai pratiqué à sec... Ça s'est moins bien passé que prévu.

Nous plongions quelque part en bas de cette photo (au fond, l'île d'Elbe) - © Reflets - CC BY-SA 4.0

Il y a des gens chez qui tout cela est inné. Ils ont une maîtrise innée de la zone oro-nasale. Ils peuvent fermer ou ouvrir le palais mou à volonté, ouvrir les trompes d'Eustache sans faire le moindre effort. Mais pour le commun des mortels, la gestion de ces parties de notre corps s'apprend. Car ce sont des endroits que nous mobilisons peu par notre volonté. Tout se fait naturellement, inconsciemment. Alors si en plus il faut les utiliser les uns après les autres, dans un ordre précis, sous l'eau avec plusieurs atmosphères de pression...

Bref. La plongée en apnée, c'est comme tout, il y a des méthodes. De mon côté, j'ai appris seul, avec des amis, pour la chasse sous-marine. Puis pour le plaisir de descendre regarder les fonds marins. Il y a donc une grosse partie de ce que je faisais qui était exécuté de manière automatique. Pour compenser la pression sur les tympans lorsque l'on descend, il y a plusieurs méthodes. Les stages avec le champion du monde Umberto Pelizzari m'ont permis de comprendre et de visualiser ce que je faisais. Et d'améliorer mes charges.

Pour compenser la pression sur les tympans et ne plus avoir mal aux oreilles lorsque l'on descend sous l'eau, il existe plusieurs méthodes. Il existe un truc instinctif qui marche plus ou moins jusqu'à 10 mètres. Après, il vaut mieux faire une sorte de Frenzel et gérer la charge d'air. Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous savez qu'à une certaine profondeur, l'air contenu dans la bouche est trop compressé pour servir à « déboucher les oreilles » (à compenser) . Il faut aller en chercher un peu dans les poumons et le stocker dans la bouche pour recommencer à compenser. C'est la charge. Et derrière ce mot se cachent plusieurs techniques.

L'une d'entre elles, adoptée par les champions est le mouthfill. Littéralement le remplissage de la bouche. On va faire entrer une très grosse quantité d'air que l'on utilisera jusqu'au fond, par des mouvement différents, dans un ordre particulier.

C'est une charge « M ».

Devant un écran, avec un Otovent, ça parait vite assez simple. En vrai, dans 30 mètres d'eau, c'est une toute autre histoire.

D'abord parce que l'on doit apprendre à faire tout ça en même temps que quinze autres trucs dans une situation qui, même si l'on doit être détendus, est un peu stressante et où l'esprit ne fonctionne pas de la même manière.

Par exemple, même si je me concentre à fond pendant une descente, je ne parviens pas toujours à corriger tous mes défauts (position des jambes, de la tête, du torse, des bras, charge bien faite ou pas, j'en passe...). Et lorsque je remonte, il me manque des détails de ma plongée. Mon esprit n'a pas tout enregistré.

Me voilà donc dans les eaux de l'ile de Capraia. Dessous, mon câble qui plonge à 30 ou 40 mètres. Federico Mana m'avait prévenu, c'est moins simple que cela ne parait. sur ses conseils, j'avais prévu de faire des demi-charges M vers 10 mètres pour être dans une zone de confort.

Emma nous emmène à -36 pour moi et -40 pour ma camarade de plongée et nous ramène à la surface en toute sécurité

Parle pas la bouche pleine !

On fait donc une charge M qui va remplir l'espace oro-nasal. Ensuite des mouvements différents (mâchoire, joues, langue) vont tout doucement accompagner la pression qui augmente pour que les tympans soient en permanence dans une situation non problématique.

Ça marche et ça évite un gros souci lié au Frenzel avec une charge N. On évite la contraction de plus en plus forte des abdominaux qui limitent la profondeur aux alentours de 40 mètres maximum selon ce que l'on me dit (hors no limit). N'étant pas allé voir à 40 mètres (en free immersion ou en poids constant), je ne peux pas le confirmer. Et comme plein de gens font des trucs naturellement, ils sont parfois bien incapables de dire avec précision ce qu'ils font comme charge. Moi le premier.

Me voilà donc descendant avec moins de tension dans les abdominaux. Ça marche. Mais... Il y a toujours un mais...

Mais je perds ma charge entre 25 et 30 en descente free immesion ou en poids constant. Cela veut dire que ma réserve d'air repart dans les poumons. Souvenez-vous, je suis à l'envers et la pression à 30 mètres est de 4 bar...

Bref, la descente s'arrête. On essaye plein de trucs sans savoir du tout ce que l'on fait et si ça ne marche pas, on remonte. Mais la plupart du temps, comme on est prudent, on remonte.

Évidemment en gueuse, on descend plus loin. Je perds ma charge, ou alors, celle-ci ayant été mal faite, je me retrouve sans air pour continuer à compenser, à 38 mètres.

La semaine prochaine, deuxième stage de la saison avec à nouveau Umberto Pelizzari. J'espère pouvoir bénéficier de conseils pour améliorer ce que je fais. La méthode semble très prometteuse. d'abord parce qu'elle est plus « douce » pour le corps. Pour moi en tout cas. Et parce que sur le papier, une bonne charge en mouthfill au bon moment peut m'emmener à 70 mètres.

Hahahahah.

Sur le papier.

Oui, bon, si je parviens à 40, un jour, je serai déjà très content.

Quoi qu'il en soit, le stage à Capraia a encore été un moment magique avec une équipe One Breath absolument incroyable.

Making of

Attention, l'apnée ne doit pas se pratiquer seul. Par ailleurs, la technique décrite ici l'est de manière très peu détaillée. Cet article ne doit en aucun cas être utilisé pour se former au mouthfill. Vous risqueriez un accident de compensation.

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