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Dossier
par Antoine Champagne - kitetoa

Après 30 mètres en apnée, il y a quoi ?

Nouveaux stages, nouvelles profondeurs, mais jusqu'où ?

La limite que je m'étais fixée est désormais dépassée. Me voilà un peu perplexe pour la suite. Vais-je continuer à plonger en apnée, plus profond, ou pas ?

Vers l'infini et au-delà...

Depuis le stage de juillet avec Umberto Pelizzari, je suis retourné deux fois à l'eau. Chaque expérience a été spécifique et mes progrès ont été erratiques. Parfois j'étais meilleur en no limit (la gueuse), parfois en poids constant (à la palme). Globalement, en deux sessions, j'ai atteint et même dépassé la limite de 30 mètres fixée lorsque Umberto Pelizzari m'a dit que je pouvais l'atteindre. Et maintenant ? Faut-il vraiment continuer de titiller les profondeurs ? Et si oui, jusqu'où ?

Ces différentes expériences m'ont confirmé que, bien entendu, l'état physique joue sur la performance. Il vaut mieux être en forme pour descendre profond. Mais – et je l'avais déjà noté en juillet, chaque plongée est différente. Chaque jour. Parfois ça passe, parfois ça ne passe pas.

Le premier frein est la compensation. Le moindre problème rhino-pharyngé complique la compensation. A partir du premier mètre, l'oreille devient très douloureuse. Continuer, c'est risquer de percer un tympan.

Je n'ai jamais rencontré ce problème de toute ma vie, ce qui est très intriguant.

Le deuxième problème est physique. C'est l'un de ceux qui peuvent me jouer des tours. La fatigue, les problèmes de santé, peuvent enrayer fortement notre capacité à descendre. Ce fut le cas lors de mon dernier stage début novembre.

Le troisième problème est lié à la technique. Est-ce que je me prépare bien en surface ? Est-ce que je parviens à faire mes charges et à relaxer les abdominaux après chaque charge ? Est-ce que j'ai bien compensé? Est-ce que j'ai arrêté de palmer au bon moment pour déclencher le free fall ? Est-ce que j'ai arrêté de palmer au bon moment à la remontée ?

La compensation, la charge, le free fall, etc...

Il est possible de descendre en poids constant, c'est à dire à l'aide des palmes et de remonter de la même manière.

Il est possible de descendre en free immersion : en tirant avec les bras sur le câble et en remontant de la même manière (on n'utilise pas les palmes).

Il est possible de descendre en poids variable. Cette fois, on s'aide d'un poids, une gueuse et l'on remonte à la force des palmes.

On peut aussi choisir le « no limit » en utilisant une gueuse pour la descente et s'aider d'un parachute gonflé d'air pour la remontée.

Lorsque l'on descend, la pression de l'eau appuie sur les tympans. Cela provoque une douleur. Si rien n'est fait, les tympans se brisent. Pour éviter cela, on compense. Comme en avion... On envoie de l'air pris dans la bouche vers les typans qui se remettent dans une bonne position. Mais avec la pression de l'eau, l'air que l'on a dans la bouche devient si petit qu'il ne permet plus de compenser et faire pression sur les tympans. Il faut alors (re) « charger ». On prend un peu d'air des poumons et on le fait remonter vers la zone de la bouche (pour simplifier) afin de compenser à nouveau la pression sur les tympans. Cela marche jusqu'à une certaine profondeur.

Soudain, il n'est plus possible de renvoyer de l'air vers la bouche car celui qui se trouve dans les poumons est lui aussi trop compressé. Il ne reste dans les poumons que ce que l'on appelle le « volume résiduel ». Vous pouvez vous faire une idée en expirant (vraiment) tout l'air que vous avez dans les poumons. Il vous reste de l'air : le volume résiduel. Il existe plusieurs types de charge et plusieurs façons de compenser.

Chaque charge déclenche une contraction abdominale. Si l'on ne prend pas soin de détendre les abdominaux entre chaque charge, le moment où l'on ne peut plus charger (en raison d'une trop forte contraction des muscles abdominaux) arrive plus vite.

Lorsque l'on descend à la palme ou en free immersion, dès que l'on dépasse le seuil de flotabilité et que l'on devient « négatif », on peut laisser le poids de notre corps nous entraîner vers le bas, c'est le « free fall ». Lors de la remontée, nous allons dépenser 70% de l'oxygène que nous avons embarqué grâce à notre dernière inspiration. Il faut donc se ménager en ralentissant puis en arrêtant notre palmage à l'approche de l'arrivée, quand nous sommes à nouveau positifs (faites ce que je dis, pas ce que je fais).

En septembre, j'ai fait un stage en mer avec l'école de plongée en apnée One Breath. À la différence de celui de juillet, l'eau était assez claire et la visibilité dépassait les 20 mètres. Il n'y avait quasiment pas de courant. C'était donc, pour moi, plus agréable.

Mais étrangement, je n'ai pas pu dépasser les 25,5 mètres atteints en juillet en poids constant.

En revanche, à la gueuse, j'ai gagné presque un mètre en atteignant 36,5 mètres. Soit la hauteur d'un immeuble d'un peu plus de 12 étages.

Au delà des 30 mètres en poids constant

Enfin, et c'était prévu depuis juillet, j'ai fait un stage en novembre, à nouveau avec Umberto Pelizzari, mais en piscine cette fois. À Y-40, la piscine la plus profonde du monde (avec eau thermale). Comme son nom ne l'indique pas, sa profondeur atteint 42,15 mètres. L'environnement est très rassurant. L'eau thermale est à 33 degrés, ce qui permet de plonger sans combinaison ni plombs. La visibilité est évidemment parfaite et il n'y a pas de courants.

Y-40 : une fosse de 42,15 mètres - © Reflets
Y-40 : une fosse de 42,15 mètres - © Reflets

Malheureusement, je suis arrivé en très mauvaise forme physique. Cela a un peu joué sur mes plongées. J'ai modifié mes techniques de charge. Pour ceux qui pratiquent ce sport, je suis passé de charges « N » tout au long de la descente à quelques charges « N » sur les 15 premiers mètres et une charge « M » à 15 mètres. Mais comme il s'agissait d'une première, j'ai moyennement géré la compensation après la charge« M ». Je pense que cela s'améliorera au prochain stage.

Cela m'a tout de même permis d'atteindre 31,8 mètres en poids constant. Umberto Pelizzari avait donc raison. Entre juillet et novembre, j'ai gagné 6,3 mètres. Entre le premier stage et celui-ci, j'ai progressé de 11,8 mètres. À peu près quatre étages.

En revanche, les plongées avec la gueuse se sont très mal passées et je suis resté dans des profondeurs autour des 30 mètres, ce qui n'est pas normal. Et je suis bien en peine de comprendre pourquoi cela a si mal fonctionné en comparaison de ce que j'avais fait en mer.

Si l'on m'avait dit quand j'avais 18 ans qu'un jour, quand je serai bien plus vieux, j'atteindrai plus de 30 mètres en poids constant, je ne l'aurai pas cru. J'avais d'ailleurs des doutes quand Umberto Pelizzari me l'a dit. Trois stages plus loin, c'est fait. Mais demain ? Est-ce que je dois continuer, essayer d'atteindre 40 mètres ? Pas certain. Est-ce que je vais me réinscrire à un stage ? C'est bien possible... Umberto Pelizzari n'est évidemment pas le seul encadrant dans les stages qu'il organise. Il y a de nombreux professeurs d'apnée italiens avec lui pour assurer la sécurité sur tous les câbles. Et il ya une constante : leur bienveillance, leur patience, leur intérêt pour notre progression. C'est comme cela que je me suis inscrit au stage de One Breath. Tous ces stages sont proposés à des prix très bas, il ne s'agit vraiment pas d'une entreprise commerciale. Bref, tout cela milite pour poursuivre...

Et puis, à Y-40, où nous étions trois du stage de juillet, nous avons rencontré une prof qui a son école de plongée dans une île voisine de la mienne et où réside Alex, l'un de mes amis avec qui j'ai tant pratiqué l'apnée au fil de ma vie. Du coup, c'est peut-être un signe de l'univers...

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