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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Ghosn, sa soirée d'anniversaire, le fichier Monsanto et Captain Obvious

La lune, le doigt, toussa...

Deux "affaires" ont défrayé la chronique ces derniers jours. La presse fait mine de découvrir et de s'offenser.

Fête d'anniversaire de Carlos Ghosn à Versailles - Capture d'écran

L'ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, avait organisé une petite fête le soir de ses soixante-quatre ans. En mars 2014, la filiale néerlandaise du constructeur "privatise" le Château de Versailles pour la modique somme de 634 000 euros. L'Obs a mis la main sur une vidéo de la soirée. Surprise, cette fête est démesurée. Du luxe partout, des dépenses et une organisation qui laissent pantois tous les journalistes et M. et Madame Tout-le-monde. Dans le même temps, on apprenait qu'un "cabinet de lobbying mandaté par l’agrochimiste américain Monsanto avait fiché illégalement 200 personnes en fonction de leurs positions sur le glyphosate, entre « alliés », « alliés potentiels à recruter », « parties prenantes à éduquer », « parties prenantes à surveiller »", principalement des journalistes, indique Le Monde. Qui l'eut crû ?

Captain Obvious n'aurait pas fait mieux. L'eau ça mouille, la neige c'est froid, les super-riches vivent dans une autre dimension, les grosses boîtes ont transformé le business en guerre et font du renseignement.

Depuis des années, Reflets explique (ici, ici et ) que le commun des mortels n'a pas les moyens de conceptualiser la façon dont les couches les plus élevées de la société vivent. Pour expliquer cela, nous faisions le parallèle avec une sole complètement plate qui aurait du mal à imaginer qu'il existe une troisième dimension. Il y a bien de temps en temps des reportages sur les dizaines de bouteilles de champagne à 1000 euros que des ultra-riches font mousser pour s'arroser sur les plages de la Côte d'Azur ou d'Ibiza. Quelques documentaires sur les super-yachts de quelques milliardaires qui mesurent la taille de leur kiki yacht au centimètre près pour être certains qu'il est plus grand que celui de leurs concurrents.

Mais ce ne sont là que quelques bribes d'une réalité qui sont données à voir.

[highlight:]"It is well enough that people of the nation do not understand our banking and monetary system, for if they did, I believe there would be a revolution before tomorrow morning"

Le vrai monde des couches les plus élevées de la population est un mystère pour le commun des mortels. Sans quoi, il y aurait une révolution mondiale.

Par ailleurs, la théorie de la sole plate fonctionne aussi dans l'autre sens. Comment voulez-vous que quelqu'un qui dépense (ou plus exactement, fait dépenser à sa boite) 634 000 euros pour fêter son anniversaire sache à quoi ressemble la vie de Paulo qui noie au Bar des Amis sa tristesse de ne pas pouvoir nourrir sa famille avec son salaire de misère ?

Le cul des banquiers...

Ceux qui ne se posent aucune question sur leur avenir, celui de leurs enfants, de leurs petits enfants et des petits enfants de leurs petits enfants ne se posent aucune question sur la vie de Paulo. Leur question, c'est par exemple de savoir si une banque centrale va bien vouloir aligner 7 milliards d'euros pour leur épargner la faillite, ou pas, avec l'argent de Paulo et de ses potes du Bar des Amis. Sept milliards : un chiffre sorti de leur "cul". Non vous ne rêvez pas. Lorsque les banques irlandaises sombraient, des conversations téléphoniques ont été enregistrées. Un banquier explique à un autre qu'il faut 7 milliards d'euros. D'où sort ce chiffre ? "De mon cul" répond le banquier. Je ne sais pas ce que fais, mais je le fais très bien, en quelque sorte.

Ce sont les mêmes qui vont pester contre "la violence des gilets-jaunes-extrêmistes-qui-mangent-des-enfants-dans-les-services-de-réanimation", les mêmes qui décident qu'il faut luter contre la fraude aux prestations sociales (mais en ne visant que les salariés alors que la plus grande partie vient du patronat). Celui qui a le pouvoir, fait les règles et il ne les fait généralement pas contre ses intérêts.

Mais ne concentrons pas notre propos sur les banquiers. Les couches les plus élevées de la population, ce sont des politiques, des journalistes (patrons de presse, éditorialistes ou animateurs d'émissions de TV), des hommes d'affaires, des financiers, des médecins, on en passe. Peu importe le métier. C'est surtout le fait de ne jamais avoir à se poser de question qui caractérise cette tranche de la population. La plupart ont amassé suffisamment d'argent pour que leurs rejetons soient à l'abri du besoin. D'autant que leurs frais sont finalement assez réduits. Leur logement principal est souvent pris en charge par une société, ils ont assez de résidences secondaires pour ne jamais être à court de dépaysement, leurs voyages sont pris en charge, leurs véhicules... Ils savent à peine ouvrir une porte de voiture parce que leur chauffeur le fait pour eux. Certains politiques ne savent plus ouvrir celle de leur bureau parce qu'un huissier le fait pour eux depuis trente ans. Ils ne se posent plus la question de savoir si la poignée doit être poussée vers le haut ou vers le bas. Ils ne savent pas si le frigo est vide, s'il faut aller faire les courses, quelqu'un le fait pour eux...

Fichiers, barbouzes, et journalistes...

L'autre sujet du jour, celui des journalistes qui découvrent horrifiés leur fichage par un cabinet de lobbying mandaté par Monsanto laisse pantois. Toutes les boites de com' au service d'entreprises disposent de fichiers sur les journalistes plutôt ouverts ou opposés à leurs clients. Disons que c'est un effet collatéral du métier. Certains journalistes sont même fichés par les services de renseignement. Il faudrait faire du journalisme courtisan pour n'être dans aucun fichier. Et encore.

Le fait que de grandes entreprises conçoivent le business comme une guerre avec des ennemis à abattre (façon de parler, ou pas...) ne peut pas être une révélation pour les journalistes. Les barbouzeries de Tazer ou d'EDF pour ne citer que les plus connues et les plus récentes, sont là pour le prouver.

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