Quand tu n’aimes pas un article de Reflets, n’oublie pas de jeter le bébé avec l’eau du bain

L’hystérisation de la vie politique n’est pas une tendance isolée. ces derniers jours, Reflets a vu revenir les trolls de l’UPR après un article sur l’Europe. Nous somme vite redevenu la cible des fans du parti en question comme nous l’avions été lorsque nous avions parlé des sectes politiques. Les lecteurs semblent sur-réagir à tout article qui leur déplaît, quand bien même ils sont d’accord avec un autre qui va dans le sens de leur analyse du monde. Mais si par malheur un article leur déplaît, ils s’enflamment et n’hésitent pas à jeter le bébé avec l’eau du bain. Reflets devient vite un site proche de l’extrême-droite, conspirationniste, reptilien [ajouter ici ce qui vous plaît le plus]. Mal nous en a pris de critiquer l’initiative Decodex du Monde. Ce matin, nous avons eu droit à une charge très énervée de Samuel Laurent. Paradoxe, des trolls de l’UPR qui nous vouaient aux gémonies hier, prennent notre défense dans cette polémique, aujourd’hui. On se serait bien passés de leur appui.

Mais revenons à l’affaire Decodex.

Ce matin, Reflets publie dans sa fameuse rubrique « On s’en fout », qui marque tout l’intérêt que nous portons aux sujets des articles que nous y classons, une brève pour railler le fait que le Decodex classe en vert (bien sous tous rapports) un journal de programmes télé et en orange un site d’analyses (parfois mauvaises ou contestables) géopolitiques et économiques. L’idée que voulait faire passer cette brève est qu’il est probablement aussi idiot de vouloir classer la fiabilité d’un journal de programmes télévisés (doit-on vraiment attribuer une note de fiabilité à des horaires de programmes télévisés ?) que celle d’un blog d’analyses géopolitiques dont on imagine aisément que certaines iront à l’encontre des théories mainstream.

Bref, voici que Samuel Laurent nous interpelle sur Twitter :

Le point de départ de ce que nous aurions volontiers accueilli si cela avait été une discussion, est trompeur. Pour un roi du fact-checking, cela peut intriguer. Reflets n’a pas fait dans la brève évoquée, de panégyrique du site d’Olivier Berruyer, ou de ce dernier.

Cela nous amène au fact-checking et au Decodex. Présenté par certains comme le truc qui va révolutionner le journalisme, le fact-checking est surtout la base du journalisme. Vérifier ses informations, se les faire confirmer par plusieurs sources… Tout cela est normalement une démarche de base de tout journaliste qui fait autre chose que de donner les horaires des programmes télé ou choisir les maquillages waterproof pour la double « Etre belle à la plage cet été« . Et encore…

Ceci dit, le fact-cheking consiste principalement à vérifier l’exactitude de chiffres et autres informations, pas à sortir de nouvelles informations, une autre composante du journalisme.

Le fact-checking rejoint dans les tendances à la mode, le « journalisme augmenté » ou « data-journalisme » qui un temps devait remplacer les autres journalistes (les vieux).

Le fact-checking est cependant très utile, surtout à une époque où les politiques (entre autres) racontent à peu près n’importe quoi sans être jamais contredits. Et j’avais moi-même salué il y a longtemps le travail salutaire et très utile des Décodeurs.

Prenons un exemple. Lors d’une interview télévisée ou radio, un homme politique ou un patron d’entreprise mis le dos au mur par une question d’un journaliste va immédiatement lancer un chiffre ou un sujet de polémique qui fait diversion. Etant en direct, le journaliste ne peut pas rebondir car il n’a pas le temps d’aller vérifier la véracité des assertions. Les journalistes papier ont le temps de le faire.

La labellisation pose la question de la légitimité

En revanche, la rédaction de Reflets est perplexe face à l’initiative Decodex. Classer les sites et la presse pour savoir s’il s’agit de sources sûres ou pas, c’est dangereux. Qui classe, selon quels critères, de quel droit, les lecteurs sont-ils trop bêtes pour le faire eux-mêmes, et si demain le FN lance un « DecodexFN », ou si Les Republicains lancent un « DecodexRepublicain », que fait-on ? Par ailleurs, quelles sont les chances qu’un Decodex arrive à convaincre un adepte des théories complotistes que les sites qu’il consulte sont biaisés et promoteurs de fake news ? Nulles, probablement. Nous ne sommes pas les seuls à nous poser des questions sur cette initiative. Arrêt sur Images l’a fait.

Sans pour autant, à notre connaissance, se faire traiter de « geek libertaire de l’info« , ce qui dans l’esprit de Samuel Laurent semble être péjoratif.

Samuel Laurent prend comme défense le Guide du routard, estimant que classer des sites d’information est équivalent à classer des hôtels. Nous pensons que son choix est journalistiquement discutable.


La carte de presse ne protège pas contre l’amalgame

En faisant cette brève dans la rubrique « On s’en fout », Reflets devient, aux yeux de Samuel Laurent, un journal qui fait la promotion d’un site farfelu. Soit… Il est donc désormais impossible de citer les sites conspirationnistes dans le cadre d’un article sans y être associé, sans être définitivement labellisé comme une rédaction de « mauvaise foi » faisant la promo desdits sites… Le fait que nous soyons journalistes comme Samuel Laurent, (je veux bien comparer mon numéro de carte de presse avec ceux des décodeurs – les numéros sont attribués dans l’ordre d’arrivée dans la profession), que nous disposions d’un numéro de Commission paritaire (IPG), ne nous protège pas contre les amalgames. Le fait que nous soyons critiques (c’est rien de le dire) à l’égard de la droite et de l’extrême-droite (mais aussi de la gauche), ne nous protège pas contre une assimilation à des sites plutôt à droite. Le fait que nous ayons passé six ans à publier des révélations sur les systèmes de surveillance étatique repris jusque dans des journaux internationaux, le tout gratuitement, sans publicité, sans investisseurs, ne nous protège pas contre les amalgames et ne relève probablement que de la geekerie libertaire de l’info. Sans intérêt, jetons le bébé avec l’eau du bain, le savon et la serviette en prime.

Le Canard Enchaîné, lorsqu’il publie un article d’un membre de la rédaction de Reflets devrait vérifier si l’idée n’est pas de promouvoir les théories reptiliennes. Le Monde lui-même, lorsqu’il publie les mails envoyés au Front National après le 21 avril, que lui a fournis son pigiste fondateur de Reflets, devrait se méfier, il s’agit sans doute de promouvoir Marine Le Pen et ses idées.

Nous aurions bien aimé discuter de l’utilité et de la légitimité d’un outil comme le Décodex avec Samuel Laurent plutôt que de se faire traiter de toutes sortes de choses. Mais ce sera sans doute pour une autre fois.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

11 thoughts on “Quand tu n’aimes pas un article de Reflets, n’oublie pas de jeter le bébé avec l’eau du bain”

  1. La comparaison entre leur bidule et le Guide du Routard n’est pas seulement discutable d’un point de vue journalistique, c’est également très limite (et révélateur) d’un point de vue politique. C’est assimiler, à mon sens, le travail journalistique à un bidon de lessive.

    Et après ça va s’étonner que la presse va mal… -_-

    1. surtout que les guides conseillent des endroit, sans pour autant en déconseiller d’autres (ce qui peut être considéré comme du dénigrement, de la calomnie ou de la diffamation).

      Argument de merde de journaliste idiot….

  2. Vous avez inversé les captures d’écran de tweet entre le routard et le geek libertaire de l’info (sic).
    Sinon :
    « Etant en direct, le journaliste ne peut pas rebondir car il n’a pas le temps d’aller vérifier la véracité des assertions. Les journalistes papier ont le temps de le faire. » => Le journaliste qui réalise l’interview, sans doute pas, mais dans toute l’équipe qui l’entoure, c’est possible.
    En meeting, on ne peut pas les arrêter pendant leur monologue (et c’est d’ailleurs souvent là que le festival du mytho est à son paroxysme, (coucou Nicolas)), mais en interview, on peut. Mais si on le fait, le politique et toute sa famille (et peut être même les copains et copines d’à côtés) ne viendront plus sur l’émission en question. C’est pour moi un choix délibéré.

  3. Quelqu un a t il fact checké le guide du routard ?
    J ai recemment utilisé trip advisor, j ai trouvé des biais qui étaient basés sur ce que les autres gens cherchaient en restaurant (pas cher, en vente a emporter) et tu fais un classement avec a coté des restaurants plus chers, mais qui seront moins bien classés.
    J ai trouvé que ca permettait d eviter les arnaques, mais ca marche moins bien pour savoir si tu vas aimer le repas.
    Donc, je suis a peu pres sur que le guide du routard doit avoir des biais aussi…

    La comparaison du journaliste semble cependant hasardeuse:
    Ainsi, s il on pourrait imaginer qu un guide puisse se transformer en moyen de pression pour imposer une certaine idee de la restauration. L utilisateur du guide verra a un moment que cette idée de la restauration n est pas pour lui. (La comparaison tient encore).
    Là où ca ne tient plus c est que notre
    guide, n est pas en fait un guide des restaurants, mais un guide des autres guides.
    Notre guide du routard serait alors comme un guide edité par un restaurateur a propos des restaurants de sa rue…
    Difficile de se faire passer pour objectif dans ces conditions…

  4. Je suivais avec perplexité vos petites gamineries quasi quotidiennes contre le Decodex. Chacun s’amuse comme il peut, hein… si tirer sur les ambulances c’est votre truc, pourquoi pas. Mais si en plus vous faites aussi dans le comique de répétition faut pas s’étonner si ça finit en chouineries.
    Bon maintenant on arrête les bêtises, on remet sa grosse carte de presse dans son slip, on fait un bisou à son petit camarade Samuel et on n’en parle plus.

  5. Prenez les choses du bon côté : si les cadors du Monde viennent se plaindre de remarques d’un vulgaire blog dans un garage et écrit par des barbu, cela veut dire que ce n’est pas si méprisable. N’est-il pas ?
    Et puis se faire reprendre poliment par Adrienne Charmet, a dû suffisamment lui flanquer la honte.
    Merci Le Monde de cet hommage involontaire, et continuez à lire Reflets.
    NB : « Geek libertaire de l’Info », moi je prends.

  6. « Reflets a vu revenir les trolls de l’UPR après un article sur l’Europe. »
    « des trolls de l’UPR qui nous vouaient aux gémonies hier, prennent notre défense dans cette polémique »

    Bon, si nous ne comprenons pas que toute personne défendant l’UPR est un troll, peut-être l’auteur devrait-il utiliser ce qualificatif une fois de plus. On les sait, répété mille fois…
    Le dernier article que j’ai lu sur ce site, ou ce blog, dans lequel j’ai pu lire des trolls de l’UPR, ceux-ci répondaient à cette insulte envoyée à l’UPR par l’auteur :
    « des tarés populistes délirants qui dirigent des sectes ».
    Que reste-t-il aux sympathisants (pardon, aux trolls) de l’UPR ? La fermer, changer de page, plein de honte, la queue entre les jambes pour oser soutenir un malotru pareil ? Ou s’exprimer, ignominieusement agressifs, comme ces horribles post :
    « Quand tu dis que l’UPR est une secte, tu pourrais développer ? »
    « Il y a l’UPR qui dénonce depuis des années. »
    « A votre décharge vous n’êtes pas le seul à jeter l’UPR avec l’eau du bain dans le grand bassin des conspirationnistes. Je conçois qu’on soit en désaccord avec ses analyses et sa position sur l’UE mais les arguments qu’avance Asselineau sont étayés et sourcés. Le slogan du mouvement a été pendant un temps « le parti qui s’adresse à l’intelligence des Français » »…
    Personnellement, n’étant pas affilié à l’UPR, j’ai pu prendre un peu de hauteur et verser dans l’humour.
    « C’est croustillant que Reflet, qui qualifie Asselineau de « gourou » s’approprie le document qu’il laisse à tous les journalistes depuis quelques temps. Il y a a toutes les chances que ce « lecteur éclairé » soit un « disciple » de ce « gourou » et par capillarité que la rédaction de Reflet le devienne ! », et j’avais répondu à la question « Quand tu dis que l’UPR est une secte, tu pourrais développer ? » ceci : «Inutile. Ce passage n’est qu’un gage donné au Monde pour ne pas apparaître sur une liste orange-rouge du Deconex. »
    On notera dans ces propos bavant de haine, qu’un des disciples propose justement de ne pas jeter l’eau du bain dans le grand bassin.
    On pourra aussi noter, que ces illuminés sectaires ont arrivent quand-même à soutenir Reflet, c’est l’auteur de cet article qui le dit.
    Je conclurai plus sérieusement en constatant que l’auteur de ce billet prend malheureusement le chemin qu’il dénonce à propos de Samuel Laurent. J’ai beaucoup de mal à distinguer une différence de ton ou de rhétorique entre ces deux rédacteurs.
    Merci de m’avoir laissé cet espace d’expression.

  7. Je trouve que vous changez de ton en déclarant :
    « Il est donc désormais impossible de citer les sites conspirationnistes dans le cadre d’un article sans y être associé, sans être définitivement labellisé comme une rédaction de « mauvaise foi » faisant la promo desdits sites »
    Donc d’un coup vous décrétez « conspirationniste » le blog de Berruyer ?
    Auriez-vous enquêté depuis votre article précédent dans lequel vous écriviez clairement que vous n’avez pas cherché à savoir ce qu’il en était réellement mais que la démarche posait problème.
    Finalement, dans votre « on s’en fout » et « on fourni des infos de 1ère main » je lis un recul car ainsi vous avalisez le fait que les-crises soit conspirationniste alors qu’il faudrait chercher les preuves de ces affirmations avant de l’écrire.
    Assez chagriné de voir vos changements de pied alors que votre ligne était claire il y a moins de 24h.
    Ou alors vous cédez à la pression ?

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