Les tambours de la révolte résonnent fort

Cette photo de Jacobo Méndez Diez est devenue iconique pour le mouvement du 15-M

Il a beau s’époumoner à dire qu’il a sauvé la France de la crise financière mondiale et donc, de la crise économique dans laquelle s’enfoncent les pays dits développés, Nicolas Sarkozy n’a pu nous éviter les conséquences ni de l’une ni de l’autre. Quant aux répercussions qui approchent à grand pas… Combien sont-ils, les dirigeants de la planète à marteler que la reprise est là, alors que les fondamentaux macro-économiques montrent le contraire ? Que le bon sens près de chez vous laisse entrevoir des soucis majeurs ? Rien n’y fait, la machine à produire du « same old bullshit » continue de s’emballer. Et les politiques de s’entêter à grands coups de méthode Coué. J’ai réussi, j’ai réussi, tout va aller mieux. Ayez confiance… Justement… Les peuples n’ont plus confiance, ni n’avalent les vieux discours aussi éculés que foireux.

Le printemps arabe est évidemment spécifique à ces pays. Mais comme il y a un tronc commun à tous les arts martiaux, il y a un tronc commun au mouvement mondial de contestation populaire qui a commencé.

Ce rejet des discours marketing politiques, du storytelling politique, est le tronc commun. Désolé messieurs, ça ne prend plus. Trop gros… passera pas.

Lors des révolutions tunisiennes et égyptiennes, Reflets.info s’était interrogé : comment réagirait Nicolas Sarkozy si des milliers de Français se mettaient à camper place de la Concorde, de l’Arc de Triomphe ou, de la Bastille. En demandant son départ avec un vibrant « casse toi pauv’con »  ou « dégage » ? Un peu, mais sans doute pas beaucoup,  mieux que ses anciens amis Zine ben Ali ou Hosni Moubarak. Et depuis la révolution tunisienne, tout le monde sait que la police française a un savoir-faire internationalement reconnu pour la gestion des « émeutes ».

Ce n’est pas en France que le virus a pris en premier, mais en Espagne, après un soubresaut aux Etats-Unis.

Il y a désormais une bonne semaine que les Espagnols campent dans les rues du pays, réclamant un changement profond, sur une tonalité apolitique, façon printemps arabe. Ce n’est pas une révolte politique, c’est une révolte populaire, un ras-le-bol général bien au delà des oppositions politiques traditionnelles droite-gauche. Ces mouvements sont très intéressants mais peuvent évoluer de plusieurs manières. S’ils partent en vrille, la violence sera au rendez-vous. Un bon moyen éculé pour discréditer le mouvement, les politiques ont l’habitude, ils savent d’ailleurs envoyer des provocateurs.

Ils pourront couper toutes les fleurs mais ils ne pourront pas arrêter le printemps - Photo Irene Romano - http://www.facebook.com/irimadrid

Ce n’est pas la première fois que les Espagnols nous donnent des leçons de démocratie. Combien de casserolades pour dire leur désapprobation de la guerre en Irak tandis que les Français étaient outrageusement silencieux ?

Cette fois, ils ont décidé de camper puerta del Sol. Et ça marche. Les manifestations ont été interdites ce week-end, en raison des élections. Rien n’y a fait, ils n’ont pas bougé. L’un des hashtags sur Twitter est d’ailleurs #nonosvamos (on ne s’en va pas). Mieux. Alors qu’il était prévu de démonter les camps spontanés, décision a été prise de continuer le mouvement au moins  jusqu’à dimanche prochain.

Des revendications de bon sens

Que demandent ces empêcheurs de faire de la politique à la papa ?

El Pais a tenté de dresser une liste non exhaustive :

  • Plus de démocratie directe (l’accès pour de petits partis à la représentation nationale.
  • La fin du « bipartisme » (PP, PSOE).
  • La fin de la corruption.
  • Une véritable lutte contre le chômage des jeunes.
  • Si vous volez nos rêves, nous ne vous laisserons pas dormir - Photo Irene Romano - http://www.facebook.com/irimadrid

    Une réforme des méthodes de licenciement.

  • Un assainissement du système financier qui tienne la route.
  • Une égalité des droits.
  • Un accès au logement facilité.
  • Plus de transparence dans le financement des partis

Le mot d’ordre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel -dont le livre vient d’être traduit en espagnol- semble avoir porté et s’affiche sur les banderoles dans les rues.

Le mouvement du 15-M (15 mai) a par ailleurs lancé une journée de la réflexion. Et visiblement, cela a plutôt bien marché. Les propositions économiques, dans le domaine de l’éducation, etc. ont fusé. Oh, mais… Mon dieu, le peuple pense ?!

Heureusement, la presse française a donné à ce mouvement toute la visibilité qu’il mérite. Largement plus que l’entrée en prison de DSK, la demande de remise en liberté de DSK, le calcul du coût de la remise en liberté de DSK, les modalités de la remise en liberté de DSK, la remise en liberté de DSK, le premier jour de remise en liberté de DSK, le deuxième jour de remise en liberté de DSK, le…

Plaza del Sol, Madrid

Ah, mais, me souffle-t-on dans l’oreillette, tout cela commence à être éclipsé par la reprise de l’activité volcanique de l’Islande qui risque, ou pas, de perturber la navigation aérienne.

L’Espagne votait ce week-end pour renouveler les communautés autonomes et les équipes municipales. Le Partido Popular, de droite, a balayé le Parti socialiste avec 37,53% des suffrages contre 27,79 pour le PSOE et 6,31% pour IU (gauche).

Reste que les votes comptabilisé ont atteint 66,23% des votes, les abstentions 33,77%, les nuls 1,7% et les blancs 2,54% (record historique pour ces deux derniers). Soit 38% de votants qui ne se retrouvent dans aucun des partis politiques présents.

En France, quelques personnes se sont réunies place de la Bastille cette fin de semaine. Mais pour l’instant, on est loin de l’engagement citoyen observé dans pays comme la Tunisie, l’Egypte ou l’Espagne. Question de temps.

L’Espagne est dans une situation économique terrible et non avouée. Si les politiques martèlent que l’Espagne n’est ni la Grèce, ni l’Irlande, ni le Portugal, la population sait bien ce que c’est que de vivre dans un pays dont le taux de chômage est au delà de 20%…

Le système financier du pays est en mauvaise posture (un euphémisme). Les Espagnols sont largement propriétaires de leurs logements. Mais avec les effets de la crise des subprimes, les banques se sont retrouvées « propriétaires » d’une foultitude de logements qui ne valent plus grand chose. Les programmes de construction sont en rade. L’économie souterraine du pays a toujours eu un poids très important.

Bref, la situation est explosive et il suffirait de peu de chose pour que la réalité s’impose avec sa cohorte d’effets terribles pour la population, comme cela s’est vu en Grèce.

 

 

 

 


 

Les photos d’Irene Romano

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

8 thoughts on “Les tambours de la révolte résonnent fort”

  1. les espagnols ne sont pas propriétaires de leur logements, ils sont locataires des banques. On est propriteaire qudn on a fini de rembourser. Comme certains ont des credits sur 50 ans (eh oui immobilier cher+ salaires faibles = credit tres tres long)

    Sinon je pense qu en france l exasperation visant notre classe politique va trouver un autre exutoire: la presidentielle. Je suis pret a parier de Marine va faire un score superbe (et que notre president va etre reelu car 2eme au premier tour).

    1. locataires des banques : anéfé©, c’est pourquoi je disais dans un gros raccourci que les banques se retrouvaient à la tête d’un parc immobilier qui ne vaut plus rien. C’est un souci pour elles (leurs bilans) et donc par rebond, pour les Espagnols (oups encore un raccourci).
      ;)

  2. Tu écris: « Reste que les votes comptabilisé ont atteint 66,23% des votes, les abstentions 33,77%, les nuls 1,7% et les blancs 2,54% (record historique pour ces deux derniers). Soit 38% de votants qui ne se retrouvent dans aucun des partis politiques présents. »

    Outre que tu ne peux pas additionner ces pourcentages, il est un peu étrange de compter les abstentionnistes parmi les votants.

    Les chiffres de l’abstention ou des bulletins blancs ou nuls ne sont pas si élevés que ça par rapport aux autres scrutins. La claque qu’ont pris les socialistes s’explique par le fait qu’ils sont au pouvoir.

    En revanche le score extraordinaire du PP nous rappelle que les réacs votent aussi, surtout quand ils sentent menacé l’ordre qu’ils chérissent.

    La jeunesse tient la rue et exige un vrai changement, pas le retour des professionnels de la politique.

  3. @primavera:

    – Pour dire qu’un pourcentage élevé de personnes ne se retrouvent pas dans les partis en présence, si, je peux ajouter les nuls, les blancs et les abstentions.

    – Les nuls et les blancs sont à un niveau record.

    – Oui, les gens de droite votent.

    – pour ton dernier point, c’est un peu tout le sens du papier. Si tu ne l’as pas vu, c’est que j’ai raté mon coup et ça m’inquiète.
    :)

  4. Les % de votes blancs et nuls ont pour base les votants quand l’abstention a pour base les inscrits, donc, non, tu peux pas additionner les %. Mais bon, si on ramenait les % à la même base pour les ajouter on obtiendrait surement un chiffre proche de 38%, donc je pinaille, oui, mais j’ai raison :)

    Ton article est clair et informatif, pas de souci, je suis juste en désaccord avec l’interprétation des résultats du vote:
    – la droite a remporté une victoire écrasante, peut-être par contre coup du mouvement du 15 mai.
    – la gauche n’a pas bénéficié de la mobilisation. C’est peut-être la leçon la plus importante que les professionnels politiques français feraient bien de méditer si un tel printemps commençait de ce coté des Pyrénées.
    – les blancs ou nuls sont à leur plus haut niveau, mais ils restent modérés et par là peu significatifs. Idem pour l’abstention, plutôt faible pour des élections locales.

  5. « Combien de casserolades pour dire leur désapprobation de la guerre en Irak tandis que les Français étaient outrageusement silencieux ? »

    Désolé, mais j’étais en France à cette époque et je me souviens très bien que les Français outrageusement silencieux, c’est ceux qui approuvaient la guerre. Sarko n’a cessé d’affirmer et ré-affirmer son soutien à l’invasion en irak chaque fois qu’il visitait les États-Unis et W. En France, curieusement, on ne l’a pas beaucoup entendu sur ce point. Et pourquoi ? Parce que contrairement à ce que tu dis les Français ont longuement manifesté contre la guerre. Parce que la guerre était très impopulaire dans les partis de gauche comme de droite.
    Et pourtant, on n’avait pas vraiment de raison de manifester puisque contrairement à l’Espagne, le gouvernement français n’a pas participé à la guerre.

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