Egypte : Ya de l’arnaque dans l’air

La révolution égyptienne ça vous dit quelque chose ?

C’était il y a à peine six mois.

A cette époque, dans le pays des pyramides et des pharaons, des croisières et de Claude-François, des évènements avaient réussi à capter l’intérêt de nos repus médias nationaux.

Vous devez vous souvenir de ces images ? Des meutes de populace armées de pierres s’affrontant, des chameaux fonçant dans la foule, cavaliers sabre au clair. Des images marquantes. Les téléspectateurs ont néanmoins pu noter l’union pacifiste d’un peuple déterminé à mettre dehors un dictateur qui régnait depuis 30 ans. La démocratie a été célébrée. Notre président a même dû tenir un discours élogieux. Les réalistes et politologues de tout poil, se sont sentis en devoir de nous informer et de calmer nos ardeurs :

Et ! Les gars ! Là-bas, y’a quand même des frères musulmans !

Mais depuis ? Vous avez été informés ?

Je vous le concède, notre pays est quand même entré en guerre. La nation française a du prendre les armes contre un autre dictateur. On a balancé un tel tapis de bombe, que nos usines n’arrivaient même plus à les produire. Et nous sommes sortis victorieux !

Ça, c’est de l’actualité !

Bien sur des cargaisons de missiles milan, livrés aux rebelles se sont volatilisées. Les rebelles libyens luttant, au front, pour leur vies ne les ont jamais reçues. Ils se sont peut-être envoles à travers le désert à dos de chameaux vers leurs prochains propriétaires : des combattants palestiniens jusqu’aux terroristes d’AQMI. Mais nous avons gagné ! C’est ça qui compte !

La révolution égyptienne c’est terminé non ? #FIXED

Nous, chez Reflets.info, pensons que les guerres, les armes ne profitent qu’aux militaires et au complexe sécurito-militaro-industriel. Pas à la démocratie. Pas aux peuples. Les révolutions sont loin d’êtres terminées. Alors que le fracas des armes a braqué sur lui l’attention des médias internationaux, comment a évolué la révolution égyptienne ? Qui a profité du silence médiatique pour avancer ses pions ?

 

Le procès Moubarak 

Je vais devoir maintenant m’excuser auprès de mes lecteurs. Cet article contient de tristes nouvelles :

Moubarak va mal.

Hosni Moubarak, ex-héros de l’armée égyptienne est actuellement touché par le très sérieux « syndrome du dictateur déchu ». Cette affection frapperait généralement les anciens hommes de pouvoir, rattrapés par des placards à squelettes pas si bien cachés.

Ne rigolez pas ! Cette maladie serait de plus en plus fréquente de nos jours. Vous vous rappelez sûrement du cas Pinochet ? Plus récemment du cas Ben Ali. Comble du comble, notre ancien président, Jacques Chirac lui même serait atteint par les premiers symptômes !

Revenons à la révolution égyptienne. Rappelez-vous :

  • 11 février : Sous la pression du peuple rassemblé sur la place Tahrir, Moubarak est démis de ses fonctions et remplacé par un Conseil Spécial des Forces Armées (CSFA) dirigé par la maréchal Tantawi. Moubarak se retire à Charm El Cheikh.
  • Quelques jours plus tard, le 17 février : Des rumeurs courent : Moubarak serait tombé dans le coma.
  • 8 avril : Le peuple reprend en masse la rue pour maintenir la pression sur le CSFA et pour exiger l’application d’une revendication de la première heure : que Moubarak soit jugé.
  • Quelques jours plus tard, le 12 avril : Moubarak a une crise cardiaque. Il est hospitalisé à Charm El Cheikh.
  • 25 juillet : Ouverture des procès de l’ancien premier ministre, Ahmad Nazif, jugé dans une affaire de corruption et celui de l’ancien ministre de l’intérieur Habib El-Adly, jugé pour son rôle dans la répression du soulèvement égyptien. Le CSFA affirme que le procès de Moubarak est une affaire civile. Et que le CSFA n’intervient en rien.
  • Quelques jours plus tard, le 4 aout : Moubarak arrive à l’audience sur une civière, habillé de blanc : ça va pas fort. Le procès aura finalement bien lieu au Caire mais il est ajourné au 15 aout.

Si Moubarak est un autocrate convaincu, il est aussi humain, et il souffre. Plusieurs fois les audiences sont décalées. Le vieux « Raïs » rejette les accusations dont il fait l’objet. Et nous savons tous, que quand tout va mal, le mieux c’est de faire appel à ses vieux amis. C’est là qu’intervient le Maréchal Mohammed Hussein Tantawi.

De gauche à droite : Tantawi, Moubarak, Omar suleiman

Tantawi est chef d’état major de Moubarak depuis les années 1990. Les hommes se connaissent bien. L’actuel dirigeant du CSFA (Conseil Spécial des Forces Armées) est convoqué pour témoigner au procès du Rais. Et les avocats des parties civiles attentent son témoignage avec impatience. Tantawi est en effet un des seuls à pouvoir prouver que les ordres visant à réprimer les rassemblements de la place Tahrir venaient du haut. Il vont être quelque peu déçus.

 

Révolution in progress

L’audition de Tantawi a eu lieu le 24 septembre.

Le lendemain, défiant l’injonction de secret de la Cour de justice égyptienne, Mohamed El Garhey, blogueur, diffuse le témoignage qu’a donné le maréchal Tantawi. Il affirme l’avoir obtenu d’un journaliste présent sur site, Al-Waleed Ismail. Le document se répand à tout vitesse sur la toile. Les blogueurs le reprennent s’assurant ainsi qu’il reste disponible pour le peuple égyptien.

Que risquent-ils ? D’après la loi : 1 an de prison et quelques 50 000 livres égyptiennes. Une menace qui pourrait sembler théorique dans nos contrées occidentales. Mais dans un pays dirigé par des militaires prêts à tout pour garder le pouvoir, il en va autrement.

Depuis la révolution, le mouvement démocratique dénonce la répression rampante contre les activistes issus du mouvement du 25 Janvier. D’après Human Right Watch, ce sont 12 000 civils qui sont passés devant les tribunaux militaires depuis février. Plus que durant les 30 ans de l’ère Moubarak ! Et les sanctions pleuvent : blogueur condamné à trois ans de prison pour avoir insulté l’armée  (actuellement en grève de la faim), manifestants condamnés à 5 ans de prison pour truandage … Et plus récemment, cette vidéo qui fuité sur la toile montrant les militaires et officiers de sécurité torturant des trafiquants d’armes.

Nos blogueurs savent donc ce qu’ils risquent. Et s’ils décident de prendre le risque de diffuser et de reprendre ce document, c’est que leur jugement à son sujet est sans appel. Pour eux, Tantawi est :

Le témoin qui n’as rien vu

Vous pourrez consulter le document en anglais à cette addresse. Pour les flemmards, voici les meilleurs morceaux :

Q: Est ce que l’ancien président Mohammed Hosni Moubarak a donné des ordres au ministre de l’intérieur pour que la police utilise la force, contre les manifestants?

R : Je n’ai aucune information à ce sujet et je ne pense pas que c’est arrivé.

Q : Est ce que la police est seule responsable, et personne d’autre, pour l’assassinat et les blessures des manifestants ?

R : Je ne sais pas ce qui est arrivé.

Q : Des rumeurs prétendent qu’il y a eu des ordres donnés pour disperser les manifestants par la force ? Est ce que les forces armées on reçu ces ordres ?

R : J’ai dit durant la remise de diplômes à l’académie militaire que il doit être dit, pour l’histoire, que personne dans les forces armées n’ouvrira le feu sur le peuple.

Et c’est bien cette dernière affirmation qui gène les avocats de la partie civile. Durant cette fameuse cérémonie, Tantawi avait suggéré que les forces armées avait refusé l’ordre de tirer sur la foule, sans toutefois exprimer d’où cet ordre était venu. Il avait affirmé :

Non, nous n’ouvrons pas le feu sur les manifestants

Et pour ceux qui s’inquièteraient encore de la santé de l’Ex-Dictateur Hosni Moubarak, je peux d’ores et déjà les rassurer : il se porte bien mieux. Selon des sources non confirmées, il aurait assisté à la déposition de Tantawi assis, et non dans une civière comme à son habitude. Et lorsque Tantawi aurait finit sa déposition, un de ses fils, présent au box des accusés aurait fait un doigt d’honneur aux avocats de la défense.

 

Récupération in progress

Alors ? Qui d’après vous, met en danger la révolution égyptienne ?

Les Frères musulmans sont ils réellement en embuscade, comme nous avons pu l’entendre crier sur tout les toits ? Ou le fracas des armes en Libye a-t-il été plutôt été exploité par les militaires, là-bas aussi ?

Que va faire notre cher maréchal Tantawi, après s’être rendu au procès de son ami Hosni pour le couvrir et l’aider à enterrer ses petits squelettes personnels ? Il rentre chez lui, se pare de ses plus beaux habits et se paye une petite balade en civil et sans protection, dans les rues du centre du Caire. La nouvelle fait rapidement le tour de l’Égypte. Les citadins sont ravis, les activistes beaucoup moins. Assisterions nous à la fameuse tactique Jacques Chirac ? Une poignée de main, Un électeur ?

Monsieur Tantawi : ambitionneriez-vous de vous présenter aux prochaines élections présidentielles ?

Tantawi, en civil, dans les rues du Caire le 26 septembre

Alors, qui met en danger la révolution égyptienne ? Les frères musulmans ?

Des sondages récents effectués par le « Washington Institute For Near East Policy » décrivent les craintes de voir arriver un califat islamique en Égypte comme « théorie conspirationniste paranoïaque« . Les égyptiens sont plus nombreux à défendre le traité de paix avec Israël que à le remettre en cause.

Pendant ce temps là, la gauche égyptienne s’organise. Le premier parti de gauche, crée depuis la révolution du 25 janvier vient de poser sa candidature et se positionne dans les starting-blocs pour l’élection présidentielle. Pour leur part, les travailleurs et ouvriers, appuyés par les syndicats continuent de manifester afin d’exiger de meilleures conditions de vie et de travail.

Que font nos militaires ? Ils organisent des sondages sur Facebook pour déterminer qui sera le prochain dirigeant d’Égypte et obtiennent le support de Google pour l’organisation de la future présidentielle. Vous connaissez déjà notre avis à ce sujet !  Un sondage sur Facebook ?  Démocratie ou Renseignement ? Dernière nouvelle en date : sous l’impulsion de son conseil militaire, l’Égypte se préparerait à rejoindre de Conseil de Sécurité du Golfe. Vous savez, ce club dirigé par l’Arabie Saoudite qui a organisé la répression de la révolution au Bahrein.

Alors ? Qui tente, d’après vous, de récupérer la révolution ?

 

Stay Tuned. Keep Mooving !

Soyez-en conscients :

Les Révolutions sont l’affaire du Peuple.

Pas de leurs dirigeants corrompus !

Pas de leur establishment militaires avide !

Ces révolutions sont loin d’être terminées. Les Tunisiens et les Egyptiens ont donné le « Top Départ ». Mais le combat des peuples aspirant à un monde plus juste, plus solidaire ne fait que commencer.

Aspirez-vous à vous rendormir ? Et à laisser passer cette chance de faire entendre votre voix ? Partout, dans le monde, les peuples se lèvent pour faire valoir leurs droits, loin des clichés et des images dans lesquelles ont les avait enfermés depuis tant d’années.

Soyez en conscients :

C’est arrivé prés de chez vous !


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