Dans un élan de transparence, le ministère de la défense marocain menace de poursuites les journalistes et les associations de défense des droits de l’Homme évoquant le projet PopCorn d’Amesys

amesysPopCorn, c’est le nom d’un projet Eagle, au Maroc. Il n’est pas dans notre habitude de publier des preuves de sujets que nous avançons, tout particulièrement quand ces preuves font l’objet d’examen dans une procédure en cours.

L’existence du projet PopCorn ne fait aucun doute, nous travaillons sur ce sujet depuis le 2 février 2011, plus de quatre années durant lesquelles nous avons accumulé des preuves que nous tenons bien évidemment à la disposition de la justice… justice qui s’est pour le moment montrée plus intéressée par notre Google KungFu que par les contractants, les intermédiaires et les appuis de l’exécutif français pour revendre des armes électroniques et des outils de surveillance de masse à des états dont les droits de l’Homme n’ont jamais été une préoccupation du quotidien (Libye, Qatar, Syrie, Gabon, Maroc, on en passe…).

Interrogé par nos confrères de Telquel.ma, Jean-Marc Manach qui a beaucoup travaillé sur ces contrats, émet des doutes sur l’effectivité du projet Popcorn. Plus précisément, il déclare ne pas savoir si ce dernier est aujourd’hui actif. Même si nous n’avons pas de photos des salles hébergeant l’Eagle marocain, il y a quand même un faisceau de présomptions du côté français qui le laissent entendre. Amesys a bien envoyé des ingénieurs au Maroc, pas des technico-commerciaux, des ingénieurs dont la spécialité n’est pas la signature de contrat mais le tuning du livrable lui-même ou la transmission de connaissances (post phase de mise en production). Par ailleurs, une commande de deux millions de dollars en disques durs dans le cadre du projet PopCorn, pour ne pas les utiliser, laisse rêveur. Le Citizen Lab et Slate ont mis en évidence l’utilisation dans ce pays d’ outils de Hacking Team, à destination des gouvernements, des outils qui ont servi à espionner des journalistes et des militants des Droits de l’Homme, notamment ceux de l’association Mamfakinch.

De son côté, Amesys, visée par une enquête préliminaire en France s’est empressée de délocaliser son activité à Dubai. Nouvelle plaquette commerciale (en fait la même avec des couleurs et des noms différents), nouveau nom (Advanced Middle East SYStem … oui ça fait Amesys), des dirigeants qui restent les mêmes (les papas d’Eagle), tout a été fait pour assurer une continuité des services et honorer les contrats dont il est démontré pour certains qu’ils ont été appuyés par l’exécutif français. Et quand on se penche sur certaines personnes peu fréquentables, on imagine mal que ceci ait pu se passer autrement qu’en toute connaissance de cause de la part des autorités françaises.

De là à penser que la « fuite » des activités de surveillance de masse a été pensée et organisée par l’exécutif français, il n’y a pas loin. Pourquoi organiser la fuite d’une activité rentable ? Parce qu’elle est illégale et qu’il n’est pas à exclure qu’il y ait des prises d’intérêts tout aussi illégales dans la négociation de ces contrats d’état à état dont la France niait l’existence il y a encore peu, tout en envoyant ses hauts fonctionnaires les négocier et ses agents coopérer à leur installation et leur mise en service. Chaque mois qui passe dans l’interminable enquête visant Amesys permet à l’entreprise de faire disparaitre tout élément à charge en délocalisant ses activités à Dubaï. Et à l’Etat français, d’inscrire dans son propre droit des techniques d’interception de masse grâce à une loi sur le renseignement qui donne ses lettres de noblesse à des pratiques illégales a-légales, à l’encontre de sa propre population.

Autrement dit, regardez, nous aussi on le fait, on est le pays des Droits de l’Homme, vous voyez bien que c’est « 100% Droits de l’Homme compliant® », un superbe argument commercial tout neuf, en cours de validation par le Parlement… que demande l’exécutif ? Et chaque jour qui passe est un jour qui lave le sombre passé d’Amesys un peu plus blanc que blanc…

Il n’est donc pas surprenant que malgré les éléments que nous avons publié sur Reflets, le ministère de l’intérieur marocain exerce des pressions sur des militants des Droits de l’Homme et des journalistes de son pays, comme il n’est pas plus étonnant que nous voyions dans les commentaires de nos articles des personnes hurler que nos documents sont des faux. Reflets est réputé pour ses talents multimédia, la falsification de documents audios et de documents vidéo.

Plus sérieusement, ces documents qui évoquent 18 châssis de Blade center IBM et une somme de 2 millions de dollars uniquement en disques durs, on peut en penser ce que l’on en veut… D’ailleurs en France, Amesys appelle ça un stylo, le Quai d’Orsay appelle ça du « Matériel grand public« , un matériel grand public dont la seule divulgation conduit déjà à l’auto censure au Maroc.

… Le Maroc, cet ami d’une France irréprochable hein ?

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5 thoughts on “Dans un élan de transparence, le ministère de la défense marocain menace de poursuites les journalistes et les associations de défense des droits de l’Homme évoquant le projet PopCorn d’Amesys”

  1. « Et à l’Etat français, d’inscrire dans son propre droit des techniques d’interception de masse grâce à une loi sur le renseignement qui donne ses lettres de noblesse à des pratiques a-légales, à l’encontre de sa propre population. »

    J’adore ce qualificatif a-légal.

    Il permet de se dédouaner d’une pratique illégale sans avouer explicitement l’illégalité.

    Car du point de vue juridique, une pratique est
    – illégale : une loi l’interdit
    ou (« ou » exclusif)
    – légale : une loi l’autorise ou aucune loi ne l’interdit.

    En effet, si aucune loi n’interdit une pratique, celle-ci est alors nécessairement légale.

    C’est dans l’article 5 de la déclaration des droits de l’homme qui pour rappel, fait partie de notre Constitution :
    Art. 5. La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

    Donc quand j’entends certains politiciens user et abuser de ce qualificatif « a-légal » (qui n’a donc aucun sens), je ne peux m’empêcher de penser qu’on a affaire soit à un-e incompétent-e, soit à un-e menteur-se…

  2. Enquête ahurissante…!

    Lorsque les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limites, mais là, nous sommes dans des stratosphères sidérantes.

    Ce qui explique certainement, en partie, l’urgence de la loi du renseignement, ce passage en force brute qui évite tous débats, surtout avec le fiasco actuel de la NSA qui en a pour quelques dizaines d’années d’analyses de leurs bases de données, tout en en sous-traitant avec les complices.

    Et ce n’est qu’un début ! accrochons nos ceintures…

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