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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Linkfluence : les experts du Web 13.0 et de l'extrémisme

Imaginez une petite dizaine de personnes qui décident de mettre en commun une énorme partie de leur temps libre pour réfléchir, écrire et publier 1260 articles en deux ans. Ils passent aussi un temps certain à préparer des émissions de radio sur des sujets un peu ardus. Leurs articles et leurs émissions de radio vont en profondeur là où, pour diverses raisons, l'on survole, généralement. Ils s'appliquent à publier des informations que l'on ne voit pas ailleurs.

Imaginez une petite dizaine de personnes qui décident de mettre en commun une énorme partie de leur temps libre pour réfléchir, écrire et publier 1260 articles en deux ans. Ils passent aussi un temps certain à préparer des émissions de radio sur des sujets un peu ardus. Leurs articles et leurs émissions de radio vont en profondeur là où, pour diverses raisons, l'on survole, généralement. Ils s'appliquent à publier des informations que l'on ne voit pas ailleurs. Ils partagent même leurs informations avec d'autres journalistes pour que les sujets aient le plus de visibilité possible. C'est la rédaction de Reflets.

Reflets, c'est un petit journal en ligne, édité par la société ./Rebuild.sh. Il n'y a pas de financiers au capital, pas de publicité sur le site. La ligne politique ? Il n'y en pas. Nous sommes multiples mais notre but est le même.

Alors, voyez-vous, donner autant de temps, d'énergie pour faire vivre le media que l'on souhaitait croiser un jour sur la toile et lire sur Wikipedia que nous sommes d'extrême gauche, ça nous met un peu en rogne. La seule extrême que l'on peut nous reprocher c'est l'usage assidu du droit de suite. Pour le reste, franchement, sur un plan politique ou des idées, nous n'avons rien d'extrêmes.

Aujourd'hui, nous avons eu la surprise de trouver Reflets au coeur d'une cartographie réalisée par Linkfluence pour Francetvinfo, un de ces nombreux sites qui, pour faire de l'audience, font des efforts démesurés pour tirer le lecteur vers le bas. L'idée est de fournir du buzz à tout prix, des articles courts et creux, de la reprise d'information, pas de contenus propres renversants. La petite phrase avant tout, surtout, il faut que ça claque, que ce soit bref et que ça buzze.

Cette cartographie était sobrement titrée : " La nébuleuse de l’extrémisme sur internet".

Un peu de sémantique :

extrémisme /ɛk.stʁe.mizm/ masculin Opinion politique, économique, sociale, religieuse ou philosophique radicale, et qui peut servir de base théorique à des actions qui vont à l'encontre de la volonté ou des intérêts de tous.

Reflets serait donc un journal qui diffuse des idées radicales pouvant servir de base à des actions qui vont à l'encontre de la volonté ou des intérêts de tous.

C'est sans doute pourquoi nous avons publié des palanquées d'articles pour expliquer "à tous" les dessous de la crise économique et financière mondiale, des tonnes d'articles sur la vente d'armes numériques par des entreprises françaises et par l'Etat français à un terroriste notoire, des articles sur le High Frequency Trading, des articles pour sensibiliser "tous" aux vaporwares, aux sirènes de la sécurité informatique, aux charlatans du Net de tous poils. Voilà tout notre extrémisme...

Voyez-vous, voir Reflets classé dans une liste de sites "extrémistes", quelque part entre Alain Soral et l'Alliance spirituelle contre la subversion mondialiste, ça nous a un peu énervés.

Linkfluence fait de mauvais liens, sous influence...

Nous allons donc, ce soir, vous parler de Linkfluence. Chez Reflets, nous aimons comprendre. Alors, nous avons demandé à Linkfluence de nous expliquer la méthodologie et les données qui les avaient menés à nous classer dans une liste de sites "extrémistes". Toute la journée, nous avons sollicité Linkfluence et Francetvinfo via Twitter. Sans grand succès. Francetvinfo nous a superbement ignorés et Linkfluence nous a proposé de leur envoyer un mail. Comme nous tenions à leur donner la parole, nous leur avons envoyé le mail en question :

Bonjour,



pourriez-vous nous adresser toutes les informations qui vous ont mené à

classer www.reflets.info dans une infographie sur "La nébuleuse de

l’extrémisme sur internet".



J'imagine que vous connaissez le sens des mots utilisés et notamment

"extrémisme" :



extrémisme /ɛk.stʁe.mizm/ masculin

Opinion politique, économique, sociale, religieuse ou philosophique

radicale, et qui peut servir de base théorique à des actions qui vont à

l'encontre de la volonté ou des intérêts de tous.



Vous conviendrez avec nous que ce mot a un sens péjoratif.



Cordialement,

Quelques tweets plus tard (la réponse ne venant pas), nous avons reçu ce soir, un mail du directeur des études de Linkfluence :

Bonjour,
La représentation de reflets.info au sein de la sphère "alter info" était le 

résultat de plusieurs éléments :
- des liens entrants et sortants de reflets.info avec le reste de cet univers, 

c'est'est-à-dire avec des sites moins sujet à débat 

(tous les liens n'étant pas représentés ici).
Cet élément n'est cependant pas déterminant, bien entendu.
- un traitement des sujets autour du "11 septembre" ou des "manipulations" 

d'Etat, qui a, toujours en première instance, semblé valider les données 

hypertextes.
Néanmoins :
- Le terme "extrémisme" ne nous appartient pas.
- Après relecture en détail de vos billets, nous convenons que 

l'appartenance de reflets.infos à la sphère "alter info" fait 

pour le moins débat, et avons par conséquent retiré 

ce site de la cartographie.
En tout état de cause, le travail en un temps resserré sur 

de grands volumes de sites peut amener à des erreurs d'appréciations,

en particulier sur ce type de problématique, et nous sommes 

reconnaissants aux internautes de bien vouloir 

nous les signaler.
Nous vous remercions donc d'avoir attiré notre attention sur Reflets.info
Bien à vous,
Xavier Bouvet
Directeur des études

Franchement, avec un titre comme ça, on a été impressionnés... Directeur des études... Des études comme celle qui a mené au classement de Reflets.info dans une liste de sites "extrémistes" ?

Voyons donc la méthodologie de ces études qui, n'en doutons pas, sont vendues contre bon argent sonnant et trébuchant à toutes sortes de marques. Cette fois, ce sont les sous-sous de la redevance télé qui sont partis en fumée dans une étude de haute volée pour Francetvinfo.

Alors... Comment Reflets s'est-il retrouvé dans cette cartographie, ce pur produit du "journalisme augmenté", bien plus qu'un pénis par du Viagra frelaté, dans cette dataviz de première bourre ?

Il y aurait des liens entrants et sortants depuis et vers des sites de la "nébuleuse des sites extrémistes". Ce qui expliquerait notre présence dans la liste.

Seriously ?

Avouons que dans ce cas, nous aurions imaginé y voir aussi Francetvinfo , Le Monde, Libération et quelques autres dans la mesure où il est plus que probable que l'on puisse trouver des liens vers ces journaux et cette TV en ligne de qualité depuis toutes sortes de sites farfelus, du Mandarom aux sites de propagande salafistes en passant par les voyants et autres marabouts.

Pour cette première explication, Linkfluence ne donne évidemment aucune donnée. Quels liens entrants ? Quels liens sortants ? Mystère.

Muti-combo

Mieux... Nous aurions, d'après Xavier Bouvet, directeur des études gaguesques de Linkfluence, traité des sujets liés au 11 septembre et aux manipulations d'Etats. Ce qui, croyez-le ou non, a "semblé valider les données hypertextes". Alors attention... Reprenons. Reflets aurait traité le sujet du 11 septembre (où ça ? Dude, URL or it never happened) ce qui nous classe bien évidemment d'office dans la liste des sites de l'extrémisme sur Internet. Relisez : pas complotistes, extrémistes. Nous aurions parlé de manipulations d'Etats (où ça ? Dude, URL or it never happened). Ce qui est bien pire et nous positionne sans aucun doute comme site pédo-nazi-pirato-salafisto-identitaro-antisionnistes-islamo-radicos-sionistes.

Nous entrons un peu plus loin dans le #LULZ avec la suite du mail de Xavier Bouvet : "Le terme "extrémisme" ne nous appartient pas". A bien y regarder, il semble que le terme n'appartienne à personne. Aucun brevet.

Plus sérieusement, le directeur des études de Linkfluence balance son client Francetvinfo : c'est eux qui ont utilisé le terme "extrémistes", #spanous...

Mieux, les spécialistes de la cartographie en carton (on y reviendra) ont "relu nos billets". Tous ? Sans rire. 1260 articles dans l'après-midi, c'est fort. Mais ça explique aussi pourquoi ils n'ont pas répondu à nos sollicitations avant la fin de journée.

Plus sérieusement, les méthodes scientifiques de Linkfluence consistent donc à classer des sites sous des étiquettes sacrément péjoratives sans lire une seule ligne de leurs contenus. Ils lisent a posteriori, si et seulement si, quelqu'un leur signale qu'ils se sont plantés salement.

Bien sûr nous pourrions classer sans argumentation Linkfluence dans la catégorie des vendeur de vent 13.0 qui savent emballer du vide dans un joli paquet cadeau #kivabien pour sites buzzifiants et autres marques incapables de comprendre quoi que ce soit à ce qui se passe sur le réseau. Elles cherchent du sens et sont prêtes à payer cher. Et à quelqu'un qui prend des vessies pour des lanternes, il est aisé de vendre absolument n'importe quoi. Y compris des études abracadabrantesques.

Non, on va plutôt se baser sur des faits.

Prenez la fameuse cartographie. Même après modification post-signalement de Reflets :

Qu'y voyez-vous ? Des espèces de patates contenant des points et quelques points à cheval sur plusieurs patates. Comme des tâches de peinture informes disposées sur une feuille grise, sans logique. Une sorte de test de Rorschach ? Qu'est-ce qui relie les sites ? On ne sait pas. Pourquoi tel ou tel site est placé dans telle ou telle patate ? On ne sait pas ? Quelle est la méthodologie ? On ne sait pas. Qui a choisi les sites ? On ne sait pas. Tout au plus apprend-on que ces sites font partie des "cinq galaxies les plus dynamiques sur lesquelles Caroline Fourest, journaliste spécialiste des mouvements extrémistes, a enquêté pour sa série de documentaires diffusés en février sur France 5".

Mais reprenons le mail de Xavier Bouvet, directeur des études gaguesques de Linkfluence et décodons-le ensemble : "En tout état de cause, le travail en un temps resserré sur de grands volumes de sites peut amener à des erreurs d'appréciations, en particulier sur ce type de problématique, et nous sommes reconnaissants aux internautes de bien vouloir nous les signaler."

Traduction : "Bon, faut nous comprendre mon bon monsieur Reflets... On nous commande des études de oufs , et on a pas trop de temps pour bosser sur les sujets, du coup, on balance en partant d'un site "extrémiste" bien connu, un pauvre robot qui suit les liens. Et paf, on agrège la liste des sites récoltés sans les regarder. Bon, ben voilà, c'est comme ça que vous vous retrouvez dans la liste. Je sais, on est payés pour faire ce genre de trucs, ça parait incroyable, hein ? Oui, bon, tant qu'il y a des gens pour acheter ça... Et puis si ce n'est pas nous, c'est un autre qui le fera... Toussa, toussa. Bon, et puis si on se plante, les internautes sont là pour apporter les corrections, ces cons. Ils font ça gratuitement en plus".

Xavier Bouvet a gardé le meilleur pour la fin : "Nous vous remercions donc d'avoir attiré notre attention sur Reflets.info".

Sans rire ?

En d'autres termes, votre attention n'avait pas été attirée par Reflets.info avant que l'on ne vous dise que vous aviez pondu une grosse bouse un tantinet diffamatoire à notre propos. Donc, vous n'aviez pas lu les contenus du site, ce qui ne vous avait pas empêché de le classer dans une liste de "sites extrémistes".

Cela donne une bonne idée de la valeur de vos productions, de votre méthodologie ou de votre éthique.

Mais voyez-vous, ce n'est pas tant votre attention qui a été attirée sur Reflets. C'est l'attention de Reflets qui a été attirée sur Linkfluence.

Et, pour paraphraser Rorschach, nous ne sommes pas enfermés dans les intertubes avec vous, c'est vous qui êtes enfermés dans le réseau avec nous. Vous devriez réfléchir à cela.

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