Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

Et la palme de l'entreprise la plus faux-cul est attribuée à... Atos !

L'éthique à géométrie variable

Il n’est aujourd’hui plus possible de développer des nouvelles technologies sans se demander au préalable si elles sont "souhaitables", selon le PDG d'Atos, Thierry Breton. Il fait mine d'oublier la bienveillance d'Atos vis-à-vis de Philippe Vannier, le patron d'Amesys

Atos : une entreprise responsable - Copie d'écran Novethic
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Ce n'est pas du greenwashing, c'est de l'AmesysWashing. Le très médiatique patron d'Atos, Thierry Breton, s'est fendu d'un billet sur Linkedin dans lequel il explique que "nous devons aujourd’hui adjoindre, à la question « est-ce techniquement et juridiquement possible ? », la question « est-ce souhaitable ? » - pour nos collaborateurs, pour notre environnement, pour les sociétés dans lesquels nous évoluons. En matière de technologie, les possibilités créent les responsabilités.". C'est beau. Cela nous ferait presque verser une larme. Enfin un patron qui se pose des questions éthiques : est-ce que mon code va servir à tuer des gens ? A les abimer, leur causer du tort ? Mais au moment de sortir notre mouchoir, on y a vu un noeud. Celui que l'on avait fait pour ne jamais oublier que Thierry Breton avait offert une sorte d'asile politique à Philippe Vannier, l'architecte des technologies Amesys qui ont servi à arrêter, à torturer des opposants politiques dans les pires dictatures de la planète.

Thierry Breton a souhaité intégrer dans les statuts de sa société, Atos, une "raison d'être". Être ou ne pas être ? Et si être, comment et pourquoi ? Vous avez deux heures... Les actionnaires d'Atos, ont eux voté le texte suivant à 99,93% (made in North Korea) :

« Notre mission est de contribuer à façonner l'espace informationnel. Avec nos compétences et nos services, nous supportons [note pour le service de presse, on dit soutenir, pas supporter, NDLA] le développement de la connaissance, de l'éducation et de la recherche dans une approche pluriculturelle et contribuons au développement de l'excellence scientifique et technologique. Partout dans le monde, nous permettons à nos clients et à nos collaborateurs, et plus généralement au plus grand nombre, de vivre, travailler et progresser durablement et en toute confiance dans l'espace informationnel »

Novethic, "un centre de recherche et d'expertise sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et l'investissement socialement responsable (ISR)" ne s'en remet pas et loue la décision de Thierry Breton.

"Vivre, travailler et progresser durablement et en toute confiance dans l'espace informationnel... Un slogan que n'aurait pas renié Bruno Samtmann, l'ancien directeur commercial d'Amesys, qui a tellement séduit de spectateurs par son discours, qu'il a fini sur Youporn (attention, contenu "explicite" - en clair, il y a des zizis et des zezettes).

En version sans zezettes, ça donne ça :

Thierry Breton objectera qu'Atos n'a pas racheté la partie d'Amesys produisant les outils de surveillance qui lui ont valu des poursuite judiciaires pour complicité de torture.

C'est juste.

Thierry Breton a simplement permis à Philippe Vannier de faire une énième culbute sur le prix de Bull qu'il avait acquis dans des conditions un peu particulières. Mais ce n'est pas tout. Une fois le rachat de Bull effectué, Thierry Breton a pris Philippe Vannier dans l'équipe exécutive d'Atos.

Dès le rachat, Philippe Vannier, seul rescapé de Bull, devient directeur général du conseil d’administration de la société. En 2016, Philippe Vannier est au comité exécutif en tant que Conseiller, Big Data & sécurité, Technologie du Groupe. En 2017, il est Directeur Général de Bull, Conseiller du Groupe pour la Technologie. En 2018, il disparaît du rapport annuel. Un peu comme en Union Soviétique, sur les photos officielles, certains personnages disparaissaient au fil des ans...

On le retrouve en 2019 sur Twitter où il est désormais "Conseiller spécial du directeur général du groupe Atos pour la technologie, la science et la cybersécurité".

Philippe Vannier - Copie d'écran Twitter
Philippe Vannier - Copie d'écran Twitter

Le visage de Philippe Vannier s'efface peu à peu du paysage d'Atos, mais il reste en poste, avec un titre ronflant et probablement pas avec un petit salaire. C'est bien le moins pour un homme qui a tant fait pour le deep packet inspection, pour son exportation et le rayonnement de la France dans ce domaine...

Making-Of

Pour un précédent article qui est en lien dans cet article, nous avions tenté de donner la parole à Atos sur ce sujet. Mais nos demandes étaient restées lettre morte. Pour la bonne compréhension de cet article, il est important de suivre tous les liens qui sont proposés.

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