#rev11 M. Sarkozy, Mme ONU, où diable sont vos voix, on ne vous entend pas !

Coucou, c’est re-nous… Les gars au ultra-méga sonotone…

Vous vous souvenez, pendant les manifestations en Tunisie et en Egypte, on avait sorti notre ultra-méga sonotone pour essayer d’entendre vos voix. Celle de la diplomatie française notamment. Mais non, en dépit d’appels variés, il nous avait été impossible de vous entendre. Un peu comme si tout le gouvernement était en vacances. Comme un François fillon en vacances en Egypte à noël aux frais de M. Moubarak, Comme une Michèle Alliot-Marie en Tunisie aux frais d’un proche de M. Ben Ali.

Oh, si… finalement on avait entendu la voix de la France. La voix de la diplomatie. Et que disait-elle ? Que nous allions envoyer nos troupes anti-émeutes en Tunisie. Parce que nos troupes anti-émeutes, leur savoir-faire est reconnu internationalement. Une vraie réussite. Les images parlaient d’elles-mêmes, mais vous, vous ne vouliez voir qu’un ami de la France en difficulté. Alors qu’un peuple entier se soulevait. Tout comme ensuite en Egypte. Où, sur la place Tahrir, des milliers et des milliers de personnes ne faisaient plus qu’un. Un mouvement, une pensée, une idée. Celle de la démocratie. Notez dès aujourd’hui la différence entre oligarchie et démocratie, cela pourra être utile pour plus tard. En outre, enlisés dans votre vision archaïque du monde, vous ne compreniez pas que ce qui se passait place Tahrir était un moment particulier. Celui ou nait et s’impose définitivement une idée, celle de la démocratie, par la communion des êtres humains.

Et comme dirait l’autre, qui vous inquiète tant, d’ailleurs, une idée, ça ne saigne pas. On ne peut pas tuer une idée. N’en doutez pas, les décisions économiques (avec une vision excessivement court-terme) que vous prenez pour sortir le monde de la crise économique et financière dans laquelle les institutions financières l’ont plongé, ne manqueront pas de faire germer des idées ce côté-ci de la Méditerranée. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas ce que nous souhaitons. Mais c’est une suite logique. Cela à déjà commencé dimanche en Grande-Bretagne.

Aujourd’hui, nous ressortons notre ultra-méga sonotone. Parce qu’en dépit de l’opération de storytelling en cours sur la Libye, il se trouve que l’on ne vous entend pas. Pas là où il faudrait en tout cas. Agir pour le peuple libyen ne vous interdit pas de prendre des dispositions pour aider le peuple syrien ? Non. Bon… Alors parlez plus fort, parce que l’on ne vous entend pas. Notez que ressortir notre ultra-méga sonotone est un gros effort pour nous. Car, vous vous en doutez, nous avons l’air ridicules avec ça sur les oreilles. Ridicules. Oui, et nous avons un peu honte. Même beaucoup.

Honte que notre pays soit aussi silencieux. Que nos députés ne soient plus des députés. Qu’ils n’aient leur mot à dire sur rien. Ni sur l’engagement de la France en Afghanistan, sur ce que nous y faisons ou n’y faisons pas. Sur ce que l’armée américaine y fait parfois (attention, images d’instauration de la démocratie pouvant choquer), nous y associant de fait dans l’esprit de certains. Sur ce que nous faisons en Libye. Ou pas. Sur nos troupes au sol dont vous niez la présence de manière aussi ridicule que pathétique.

Vous avez une tendance à vous contenter des déclarations lénifiantes des dictateurs comme Bachar el-Assad ou Hamad ben Issa al-Khalifa, qui laisse pantois.

Vous entendez Bachar el-Assad dire qu’il relâche quelques prisonniers, ne voyez pas qu’il refait le plein le lendemain. Vous l’entendez dire qu’il s’engage sur un dialogue et des réformes, mais vous ne voyez pas que sa police tire à balles réelles sur les manifestants et les tue.

(attention images pouvant choquer)

Bien sûr, vous dites que cela n’est pas acceptable, comme le rapporte Le Point :

« Nous disons notre plus grande préoccupation sur la montée de la violence » en Syrie, a dit M. Sarkozy au cours d’un sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles.

« La France appelle à ce qu’il n’y ait pas de violence contre des populations civiles qui manifestent ; c’est leur droit de manifester », a-t-il souligné. « Chaque dirigeant, et notamment (chaque) dirigeant arabe, doit comprendre que la réaction de la communauté internationale et de l’Europe sera désormais chaque fois la même », a-t-il dit. « Dans toute démocratie il y a des manifestations et il peut y avoir des violences. Mais dans aucune démocratie on ne peut accepter que l’armée soit engagée à tirer à balles réelles sur des manifestants », a-t-il ajouté. « Cette position ne variera pas quels que soient les pays concernés », a-t-il insisté.

Mais que faites-vous concrètement à part secouer nerveusement vos épaules et bomber le torse ? Revenons sur la Libye un instant. Tous les pays de la coalition (USA,  Grande-Bretagne, mais aussi la Suisse) ont annoncé publiquement avoir saisi les avoirs libyens. Cela fait plusieurs jours que Reflets.info pose une question toute bête à @Elysée et désormais @_Bercy_ via Twitter :

« où peut-on consulter la liste des avoirs libyens saisis en France ? »

Etrangement, aucune réponse ne nous est parvenue. Est-il normal que dans une démocratie, des citoyens ne puissent obtenir une réponse à une question aussi simple ?

Ce silence laisse penser que, peut-être, les avoirs libyens en France n’ont pas été saisis. Et pour la Syrie, prévoyez-vous quelque chose ? Ne serait-ce pas un message fort de la France que de saisir ces avoirs tant que le gouvernement syrien fait tirer sur son peuple ? De même pour Bahreïn ?

Pourtant, François Loncle le rapporteur de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale qui examinait la convention fiscale avec la Syrie estimait

« Au-delà des relations avec les autorités, il convient surtout de raffermir les liens avec le peuple syrien, dont les valeurs ne sont pas si éloignées des nôtres.« 

M. François Poncelet se gargarisait de la « tradition parlementaire » de la Syrie en 2004, du rôle important joué par le groupe France-Syrie pour resserrer les liens entre les deux assemblées. Comme doivent le faire dans un but totalement désintéressé l’Association d’amitié Franco-Syrienne ou la Chambre de commerce Franco-Arabe et tant d’autres.

Bernard Kouchner, chantre du droit d’ingérence (qu’il n’a pas inventé contrairement à ce qu’il laisse entendre, mais c’est une autre histoire), expliquait en janvier 2009 en pleine crise à Gaza, que finalement, ce n’était pas si mal que Bachar el-Assad soit venu à Paris, invité par Nicolas Sarkozy pour le défilé du 14 juillet . En somme, un peu comme François Fillon qui ne voyait pas pourquoi la visite du colonel Kadhafi à Paris pouvait faire l’objet d’une polémique.

M. Christian Cambon, visionnaire, comme le président français, en matière de degré de confiance à apporter à un dictateur se félicitait en janvier 2009 des bonnes relations avec le président Bachar el-Assad. Eh oui…, ces nouvelles bonnes relations avec le dictateur Syrien et le dictateur Libyen allaient permettre de régler de manière durable le conflit en Israéliens et Palestiniens. Rien que ça. Ca valait bien une petite invitation pour le défilé du 14 juillet. Non ? Bien sûr, les sénateurs s’inquiétaient un peu de la situation des opposants, mais saluaient le rapprochement initié par le président français.

M. Nicolas Sarkozy, ne sentez-vous pas comme une sorte de perturbation dans la force ? Comme une sorte d’incohérence dans votre gestion des Affaires étrangères de ce pays ? Comme une sorte d’impression d’avoir fait les mauvais choix, à contre-temps ?

Vos rodomontades sont inaudibles. Pour que nous puissions enfin enlever notre ultra-méga sonotone et que nous ayons ainsi moins l’air ridicules,  s’il vous plait, faites porter la voix de ce pays.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

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