"Les hommes timorés préfèrent le calme du despotisme à la mer orageuse de la liberté". Thomas Jefferson

egypt flagLe monde entier est en train de vous lâcher. Vous, les dirigeants de la planète. Vous avez soutenu des dictateurs pendant des décénies, leur fournissant armes et moyens alors qu’ils n’étaient pas en guerre. Armes qu’ils retournaient contre leurs peuples. Vous avez brandi la menace barbue du chaos sans jamais laisser sa chance à la « diplomatie de la confiance », sans jamais tenter de parier sur l’intelligence collective des peuples, sur leurs aspirations. Aujourd’hui, même le peuple américain à qui l’on rabache depuis des années que l’Egypte est le bouclier contre les fondamentalistes au Mahgreb, multiplie les messages de soutien aux insurgés de la place Tahrir. Aux femmes et aux enfants qui y sont tués, harcelés  par les sbires du pouvoir. Du monde entier, les messages de soutien pleuvent via Twitter, Facebook, sur les blogs. Et vous, vous restez silencieux. Vous laissez faire un pouvoir abject. Le temps où vos peuples vous demanderont des comptes à vous aussi n’est pas si éloigné. Car votre comportement est inqualifiable.

Il est visiblement plus simple et rapide de mettre en ordre de marche une coalition internationale et toute l’armée des Etats-Unis lorsqu’il s’agit d’aller chercher des armes de destruction massive inexistantes en Irak, que de forcer un tyran qui fait tirer sur des femmes et des enfants à quitter le pouvoir. Et pourtant, nombreux sont les leviers pour le forcer à partir. L’aide américaine annuelle qui s’élève à 1,3 milliard est bien entendu le premier d’entre eux. Mais les mots sont les premières armes contre un dictateur. Qu’attendez-vous pour demander publiquement le départ d’Hosni Moubarak, l’implication de l’armée pour protéger les manifestants pacifiques et rétablir l’ordre ?

Les reporters d’Al Jazeera, de CNN, de toutes les rédactions du monde, présents dans la foule place Tahrir ont décrit les 2 millions de manifestants de mardi comme festifs et pacifiques. L’un d’entre eux évoquait même Woodstock. N’est-il pas étrange que les manifestants pro-Moubarak soient armés, qu’ils attaquent physiquement les manifestants du camp d’en face ? Qu’ils apparaissent soudainement quelques minutes après que le président Moubarak a fini un discours dans lequel il disait clairement : c’est moi ou la chaos ? Que penser du fait que l’armée se retire des abords du musé du Caire, une heure avant l’arrivée des manifestants pro-pouvoir ? Et qu’en découle des degradations touchant au patrimoine même de l’humanité ? Qu’elle laisse les Egyptiens s’entretuer sans s’interposer ?

Il suffirait d’annoncer des poursuites de la cour pénale internationale de la Haye, le  gel des comptes à l’étranger des membres du gouvernement et du président Hosni Mubarak, de  quelques déclarations musclées de l’ONU, d’une réunion du conseil de sécurité, on en passe… Pour que le dirigeant relâche la pression qu’il exerce sur des manifestants pacifiques. Il suffirait d’un discours musclé des interlocuteurs américains de l’armée Egyptienne pour que celle-ci prenne enfin position. Vous ne faites rien de tout cela et en attendant, des gens meurent, à coups de pierres, d’armes blanches ou de cocktails molotov.

Il ne suffit pas de dire que vous condamnez « ceux qui utilisent ou encouragent la violence » sans les nommer. De dire que le processus de transition doit commencer « dès maintenant ». Il faut exiger le départ immédiat d’Hosni Moubarak et de son gouvernement. Le chaos est une mauvaise excuse que l’exemple tunisien discrédite. Par votre inaction coupable, vous découragez les populations de la politique. Dans l’avenir, nous payerons tous le prix de votre inaction. Vous les premiers.

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