N’est pas révolutionnaire qui veut, dans le petit monde du journalisme

Ces dernières années, le nombre de « pure players » a drastiquement augmenté. Rue89, Mediapart, Owni, …, ils sont nombreux dans le petit monde du journalisme à choisir la publication uniquement sur le Net, cet outil formidable
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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

22 thoughts on “N’est pas révolutionnaire qui veut, dans le petit monde du journalisme”

  1. Dernier paragraphe : mais c’est difficilement comparable. Le Canard a mis de coté ses excédents pendant toutes ces années, c’est un trésor de guerre qu’il a amassé et c’est ce qui lui permet de garder son indépendance et son intégrité. Pas de publicité et les journalistes sont eux mm actionnaires. Le papier ça marchait bien à l’époque, et puis l’identité « Canard Enchainé » s’est construite à coups d’enquêtes d’investigation qui ont fait trembler ministres et présidents (les diamants de Giscard par ex?) donc c’est parti pour durer un bon bout de temps.. si le Canard était né en 2000, est-ce qu’il aurait pu prospérer?

    1. Votre serviteur travaillant régulièrement pour le volatile, il sait à) peu près de quoi il en retourne. Ceci dit, pour répondre à votre question, non,le Canard n’aurait pas un modèle qui marche aussi bien s’il était né en 2000. En tout cas, il ne ferait pas vivre autant de monde.

    2. « Le Canard a mis de coté ses excédents pendant toutes ces années, c’est un trésor de guerre qu’il a amassé et c’est ce qui lui permet de garder son indépendance et son intégrité. »
      Il n’a pas distribué les dividendes aux actionnaires? OMG!! Schoking!!

  2. « Mais pour cela, il faudrait que la presse n’appartienne pas à de grands patrons d’industrie et redevienne la propriété de patrons de presse »

    La presse est dans ces grands groupes un puit dans lequels ils sacrifient une part de leurs bénéfices. Faut pas être devin pour se dire que ces mecs sont assez intelligents pour pas investir (trop) a tort et que donc ces organes de presse ne sont que des organes de relations publiques. Donc useless.

    Si on rajoute les subventions de l’état on voit bien qu’il n’y a plus rien à attendre à part les « petites phrases » politiques, la météo et les trucs vraiment trop gros à cacher auxquels il faut « dire la vérité, parce que les rumeurs ca apporte son lot de ‘désinformations' ».

  3. L’autre probleme des pure players est celui de l’update à tout prix, d’où les copy-paste de dépeches dans le meilleur des cas (ça reste de l’info) ou de communiqués de presse (si, si, ça existre) faits par des pauvres jeunes qui sortent de l’école à qui on explique que le copy-paste, c’est vachement fun et que oui, c’est le métier.
    Des updates à bas prix, donc, quand des pigistes enquêtent, font du super taff, en France ou ailleurs, mais à qui on répond que non, on n’a pas de budget… et rares sont les « Denis Robert » à qui ont fait finalement confiance.
    C’est le revers de la médaille. S’il les belles enquêtes ne peuvent être lues que dans le Canard ou Mediapart, ou dans certaines émissinos de france Inter come Partout Ailleurs, par exemple, ce n’est pas qu’à cause du lien avec les grosses compagnies (même s’il n’est pas négligeable) mais c’est aussi que les médias tirent les prix vers le bas et que le copy-paste entre dans leurs critères financiers, pas l’enquête.

  4. oui le media n’affecte pas forcement la qualité du contenu,
    voir le vénérable dinosaure « monde diplo », et le sympathique petit nouveau « Fakir » avec son mauvais esprit et ses « enquetes de terrain » qui prennent le temps sans stigmatiser.
    à ce sujet voir l’émission d' »arret sur images » où ils rencontrent quelqu’un d’ACRIMED, et où Daniel Schneidermann defend un peu son business « sa » profession et l’objectivité du journaliste, à l’interieur d’un journalisme nouveau qui serait né d’internet (et comme quoi la presse papier/audiovisuel est morte); face à Henri Maler qui defend une forme de journalisme critique militant, dans l’action, dans la rencontre directe (et aussi benevole).
    on peut la voir ici gratuitement:
    http://www.acrimed.org/article3369.html

  5. Le dernier paragraphe est un peu caricatural et simpliste.
    Madiapart tire quasi exclusivement voire exclusivement son financement des abonnements de ses abonnés (un peu comme les dons sur Reflets.info ?). Cela ne pose pas forcément de problème vis à vis de la ligne éditoriale ou de l’indépendance des journalistes. Je ne pense pas que la seule presse fiable soit celle qui tire parti de « financement internes » que vous semblez opposez aux financements extérieurs.

    1. Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit dans ce paragraphe. Je disais dans ce passage que Mediapart est un « pure player » donc de type né sur le Net, mais, paradoxalement, composé de journalistes « old school ». Edwy Plenel n’est pas un journaliste Web par exemple. A l’inverse, à mon avis dans la rédaction de http://www.transfert.net, il y avait 95% de journalistes nés avec le Net.

  6. Le constat est on ne peut plus exact.

    Vu du côté du pauvre pigiste en quête d’espace (mal payé mais payé) pour publier une super enquête, ça donne à peu près ça.

    J’ai un scoop delamorkitu sur des fichiers illégaux de l’Educ Nat (un exemple juste pour comprendre). Je le propose first au Canard, qui ne répond pas , parce que pas le temps, parce que certains ne savent pas répondre par simple correction à un mail, parce que c’est le Canard et c’est comme ça que ça fonctionne.

    Ensuite je cogne à la porte de Marianne, à qui j’ai vendu le mois précédent 2/3 bricoles. Ca remonte au red’ chef, qui s’interroge « oui mais des fichiers de police il en faut quand même pour gérer les incivilités tout ça… ». Désolé me dit mon intermédiaire mais là, ça va pas passer. J’avais compris. Tchao les gars.

    Mediapart,je laisse tomber parce qu’avec Edwin ça pourrait le faire, mais c’est pas lui qui commande (les articles) et son red’ chef ben il m’a dit qu’il ne voulait que des scoops. Là c’en est un, mais le temps de les convaincre par mail (j’ai pas la ligne directe), ce sera trop tard.

    Owni je me suis un peu fâché avec eux parce qu’ils payent au lance-pierre et que NV s’est un peu foutu de moi. Chuis comme ça j’ai mauvais caractère…

    Bakchich je ne connais pas la nouvelle équipe.

    Reste Rue 89, là c’est mieux je connais plusieurs des fondateurs et ils m’ont pris quelques papiers de temps en temps (rarement quand même). J’appelle, j’explique mon scoop, mieux que celui que LM a sorti dix jours avant et là on me dit « oui mais tu comprends faut raconter une histoire ».

    Alors là, je vous jure, la moutarde m’est monté au nez avec une force. Je suis restée poli, j’ai raccroché en leur disant qu’on ne se comprenait pas et que c’était fort dommage. J’ai laissé béton mon scoop, mes piges et je suis parti en vacances sous d’autre cieux, histoire de me remettre.

  7. Et le Monde diplomatique ?

    La ligne éditoriale est clairement marquée, leur indépendance aussi. Ils financent des grands reportages, produisent une information de qualité, assument leur vision du journalisme et en vivent.

    Est-ce volontaire de ne pas en avoir parlé ? Quelle est votre vision de leur travail, dans le contexte de votre article ?

    1. Le Monde Diplo produit des articles de très grande qualité sur des points rarement abordés ailleurs.

      Je ne connais pas de rédaction « indépendante », hormis le Canard, qui a lui aussi, ses particularismes. Je vois mal comme un journal pourrait être « indépendant ».

      bref, pour le capital du Monde Diplo, c’est expliqué ici:

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Monde_diplomatique

      Par ailleurs, j’avoue avoir eu des soucis à la lecture de quelques articles (commentaires de bouquins et de films) qui m’ont paru clairement antisémites. C’était il y a quelques années.

  8. Quelques remarques en vrac (pas le temps en ce moment^)
    1 Intéressant de remarquer que l’émergence de la presse « déontologique » a coïncidé avec le baisse des tirages, notamment après la seconde guerre mondiale. Cela correspond en réalité à la fin de la presse d’opinion qui était la norme jusqu’alors. C’était effectivement désarmer le journalisme par rapport à un monde politique de plus en plus marketé.
    2 D’où ma deuxième remarque : les quelques publications restantes qui produisent de l’investigation sont marquées politiquement, comme le Monde Diplomatique ou un « pur player » comme Basta !
    3 Le changement de la donne économique et l’impératif de rentabilité expliquent également pour une large partie le journalisme actuel de dépêches, le format économiquement le plus rentable.
    4 La concentration dans le secteur de la presse et la concurrence capitalistique ont fortement contribué à la standardisation des contenus et au diktat de l’actualité-réactivité.
    5 Cependant, tout n’est pas morose, on trouve aujourd’hui, notamment grâce à la réduction des coûts sur Internet, des titres engagés qui proposent des publications de qualités et des formats différents. L’émergence des blogs, notamment, permet aux journalistes engagés de continuer à produire un travail d’analyse en plus de productions plus « alimentaiers ». Il n’y a qu’à faire un tour sur le portail rezo.net pour constater la vitalité et de la richesse de ce secteur.

  9. Oh, et je rajoute que le Canard Enchainé n’est pas le seul bout de presse indépendante : le mensuel La Décroissance l’est évidement aussi !

    (Personne ne lira ces commentaires 4 mois plus tard, c’est surement pour l’archive d’internet ! :))

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