L’UMP : un « autre » Front National ?

L’article « Et s’il y avait un enseignement indicible à tirer du résultat des cantonales » amène son lot de commentaires, avec quelques trolls qui défendent le droit à la « liberté d’expression façon Eric Zemmour. « Pourquoi je n’aurais pas le droit de dire haut et fort que l’immigration ça suffit, que les patrons ont bien le droit de ne pas embaucher des noirs et des arabes, que l’on est envahis, que les musulmans ne sont pas comme nous, qu’ils prient dans la rue et que c’est une honte »? Hein, pourquoi ? Aux Etats-Unis, le droit à la liberté d’expression le permet et les Etats-Unis sont une démocratie, pas une dictature d’extrême droite que l’on sache ?

Ce débat renvoie à deux problématiques essentielles.

  • Quel est le contrat social qui nous unit ? Dans ce pays, c’est une constitution, une série de lois. Ces lois interdisent les propos de ce genre. Il est donc interdit de les prononcer en public. Si le contrat social américain est meilleur, aux yeux des adeptes des Zémmourades, il leur suffit d’émigrer. Ce qui les placerait dans la position de « l’immigré ». Impossible puisque « l’immigration, ça suffit ». Caramba, encore raté. Cette république a également été dotée depuis quelques années, de lois qui peuvent choquer certains. Le fait d’imposer aux gens de s’habiller d’une certaine manière et pas d’une autre, par exemple, semble assez incompatible avec notre tradition des Lumières à certains. Mais étrangement, le contrat social est mieux respecté par ceux qui critiquent les racistes que par les racistes.
  • L’autre problématique est vieille comme la démocratie. Jusqu’où la démocratie doit-elle aller dans l’acceptation de sa contestation par ses ennemis? Corollaire: quelles armes peut-elle, ou doit-elle, utiliser pour se défendre?

Pourquoi deux FN ?

Le constat s’impose, même s’il est difficile à exprimer sans sourciller. L’UMP est devenue, sous la poussée de Nicolas Sarkozy et de quelques personnes dans son entourage, un autre Front National. Pas une copie. Non. Un autre. On se demande dès lors pourquoi il faudrait deux partis ayant les mêmes idées.

La réponse est assez simple. Il y a convergence sur les idées racistes, sur la stigmatisation d’une partie des Français. Un amalgame nauséabond entre étrangers et français d’origine étrangère visant à monter des Français supposés « de souche » à des français issus de l’immigration. Bref, un concept racial qui renvoie aux pires heures de notre histoire.

Cette stratégie, poussée, entre autres, par La Droite Libre (Les mêmes qui sont derrière le site Atlantico), par les membres du courant La Droite populaire, par l’ancien journaliste de Minute devenu conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, s’exprime par plusieurs canaux. La parole est décomplexée au plus haut niveau et donne le ton pour le reste de la population. Il suffit d’écouter les conversation au Bar des Amis pour s’en convaincre.

Dernières déclarations en date ?

Claude Guéant sur Europe 1 :

« Les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez soi ».

Le même, parle de « croisade«  en lieu et place de « coalition internationale » à propos de la Libye. M. Guéant manie parfaitement la langue française et il ne s’agit pas d’une erreur de sa part.

Tout le monde se souvient de la phrase de Brice Hortefeux qui lui a valu une condamnation par la justice :

“Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes”

François Fillon s’est également illustré lors des questions d’actualité à l’Assemblée en parlant de:

« Français d’origine musulmane ».

Il a sans doute oublié de citer les Français d’origine juive, les Français d’origine chrétienne, les Français d’origine Bouddhiste, les Français d’origine Raëlienne, les « Français de souche » pour que le panorama composant ce pays soit complet ?

Toutefois, quelque chose oppose encore les deux partis.

Pas les idées. Ce qui les oppose, c’est leur « statut ».

Depuis toujours, le Front National s’oppose à ce qu’il appelle « l’establishement ».

L’UMP, en revanche est par nature, un parti de pouvoir qui défend d’oligarchie au détriment de la démocratie. Sans le dire, mais les faits sont là. Pour développer ce sujet, vous pouvez lire le livre « L’Oligarchie ça suffit, vive la démocratie » d’Hervé Kempf au Seuil.

Les deux partis ont toutefois un autre point commun. Les lois de la République ne sont pas pour eux un ensemble indissociable. Où l’on retombe sur le début de cet article… Il y a les bonnes et les mauvaises lois.  Il y a les lois pour les uns, et les lois pour les autres. Certains devant recevoir une pluie de peines plancher tandis que les autres devant être relaxés.

Bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups. Surtout lorsque l’on passe son temps à dézinguer la magistrature. Ce genre de décisions permet de ne pas désespérer de la Démocratie.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


4 thoughts on “L’UMP : un « autre » Front National ?”

    1. En effet. A ceci près que je ne pense pas que la gauche sorte mieux le pays de la crise économique et sociale dans laquelle l’a plongé l’équipe en place.
      En outre, je pense qu’il est important de se méfier de la « caution morale » que représenterait François Fillon. Il est celui qui mène la politique de la France depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy et donc, totalement co-responsable de ce qui se passe.

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