Le « remarquable » déficit » du budget de l’Etat français

Il nous avait prévenu au soir du deuxième tour des élections cantonales, François Baroin a fait état d’un déficit budgétaire en baisse par rapport aux prévisions. Le gouvernement pavoise. Déjà que Nicolas Sarkozy avait renforcé l’euro, comme le disait Laurent Wauquiez, cette fois, c’est le déficit qui est « remarquable », selon les propres termes de la ministre des Finances, Christine Lagarde.

Voici ce qu’annonce le journal officiel le Figaro aujourd’hui :

L’État a perdu moins d’argent que prévu. Le déficit public s’est élevé à 7% du produit intérieur brut au terme de l’année 2010, contre 7,7% prévu dans le budget du gouvernement, a rapporté l’Insee ce jeudi. «C’est vraiment un résultat remarquable», a réagi la ministre de l’Economie Christine Lagarde, sur Radio Classique. «La France, très clairement, non seulement tient ses engagements en matière de déficit mais elle va au-delà.»

Mieux, le gouvernement table désormais sur un déficit public à 6% du PIB cette année, selon François Baroin. Et attention, hein, ce n’est pas fini, car les super-pouvoirs de Nicolas Sarkozy sont sans limites : « Bercy a promis ce jeudi de ramener le déficit «en-deçà» même des 3% en 2013. », indique Le Figaro.

Que dire… Wouhaou ?

Commençons par citer V.

« Words will always retain their power, words offer the means to meaning and for those who will listen, the ennunciation of truth. »

Et les mots risquent de faire grimper en flèche le capital ridiculitude de nos amis politiques…

Reprenons les chiffres tout doucement, pas à pas.

Le déficit public est revenu à 7% du PIB en 2010. OK, jusque là, le gouvernement a tout juste. Mais l’Insee est prudent et avertit que ces chiffres dont la base de calcul a été modifiée peuvent être révisés le 13 mai prochain. Allez, avec un peu de chance, ils seront encore meilleurs.

Là où ça se corse, c’est que Christine Lagarde n’entre pas dans les détails. Comment arrive-t-on à un résultat aussi « remarquable » (4 points de pourcentage au dessus de la limite fixée par Bruxelles tout de même) ?

Paulo qui trinque au Bar des Amis

L’Insee donne quelques détails :

« La part des dépenses dans le PIB est stable d’une année sur l’autre, à 56,2 %. Le taux de prélèvements obligatoires augmente de 0,5 point en 2010 à 42,2 % du PIB, sous l’effet de la hausse des impôts (+4,5 %), après la forte contraction enregistrée en 2009 (-8,1 %). »

(…)

La masse des rémunérations versées décélère (+2,0 %, après +3,0 %). Les prestations sociales ralentissent (+3,4 % après +5,5 %) notamment du fait des prestations chômage (+8,1 % après +21,2 % en 2009) et de la non-reconduction de primes exceptionnelles versées dans le cadre du plan de relance. L’investissement baisse fortement (-7,8 %, après +2,4 %), celui de l’État comme celui des administrations publiques locales.

La charge d’intérêts augmente de 5,2 %** après avoir reculé de 14,7 %** en 2009. Cette augmentation ne s’explique pas par l’évolution des taux d’intérêt nominaux, qui ont baissé en moyenne en 2010, mais par l’accélération des prix à la consommation, qui joue sur la rémunération des obligations publiques indexées sur l’inflation, ainsi que par l’augmentation de la dette.

Les impôts sur le revenu et le patrimoine rebondissent (+9,3 % après –16,5 %), notamment sous l’effet de la reprise de l’impôt sur les sociétés (+13 Md€ après –28 Md€ en 2009) et de celle de la CSG (+1,1 Md€ après –2,6 Md€). Les impôts sur la production et les produits progressent plus modestement (+0,9 % après –1,3 %), du fait de mouvements contrastés. La TVA progresse fortement (+5,1 Md€ après -6,8 Md€ en 2009), de même que les droits de mutation (+2,4 Md€), qui retrouvent leur niveau de 2008. En revanche, la réforme de la taxe professionnelle se traduit par une baisse de prélèvements sur les entreprises. Les cotisations sociales effectives accélèrent (+1,8 % après +0,6 %) avec l’évolution de la masse salariale.

Traduisons… Le gouvernement, bien ennuyé par la crise financière et économique mondiale qui plombe toutes les économies a été obligé d’augmenter les impôts, de réduire les prestations sociales, d’arrêter d’investir (pour l’avenir), l’inflation repart en flèche, (ce qui se traduit par une des hausses de taux d’intérêts pour les particuliers). Au total, ce sont les particuliers qui payent la facture, les entreprises s’en sortant plutôt mieux. Paulo disait d’ailleurs ce matin au Bar des Amis que pendant que les entreprises du CAC 40 annonçaient des bénéfices records, ses bénéfices à lui, il ne les voyait pas. Pourtant, il avait cherché. Longtemps. Avec application. Du coup, il a bu un coup de plus. Pour oublier.

Reflets.info a déjà longuement abordé le sujet, mais quand c’est dit par un membre de la Réserve Fédérale, ça porte peut-être un peu plus. Les politiques d’austérité drastiques, celles consistant à faire tourner la planche à billet, à baisser les taux au delà d’un certain point, à augmenter les impôts et à réduire dramatiquement les dépenses  ne peuvent que mal finir pour les citoyens. In fine, on peut s’attendre à des mouvements sociaux sérieux. L’inflation dans l’Union Européenne a progressé à 2,6% en mars, un plus haut depuis 29 mois. Tout va bien, vous dit-on. Avec un taux au delà des limites fixées par Bruxelles (2%), la hausse des taux, timidement évoquée jusqu’ici par Jean-Claude Trichet, se rapproche à grands pas, ce qui, comme tout le monde le comprend est mauvais pour la croissance déjà anémique des économies, et partant, pour les pays en grande difficulté comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal, on en passe. Tout cela est « remarquable ». Mais nous reviendrons infra sur la « remarquabilitude » de la situation européenne.

Citons donc, comme annoncé, Thomas Hoenig, membre de la Réserve Fédérale (via la 12:15 du Monde.fr) :

La politique monétaire particulièrement généreuse menée actuellement par les Etats-Unis menace la stabilité économique de ce pays, mais aussi du monde entier, a estimé, mercredi, un des dirigeants de la banque centrale américaine (Fed), Thomas Hoenig. « Alors que les Etats-Unis continuent d’assouplir leur politique monétaire pour soutenir leur reprise économique, nous voyons une fois encore des signes témoignant que le monde est en train de créer de nouveaux déséquilibres économiques et de favoriser l’inflation », a estimé M. Hoenig. « J’avancerais également que plus ces politiques resteront en place longtemps, plus la probabilité que ces pressions se renforcent et, au bout du compte, sapent la croissance mondiale sera grande », a-t-il ajouté.

Paulo qui se choppe un gros mal de dette

Christine Lagarde ne parle pas non plus du résultat « remarquable » de la dette.

Pouf, pouf, entrons dans les détails fournis par l’Insee :

À la fin du quatrième trimestre 2010, la dette publique de Maastricht, qui est une dette brute, s’établit à 1 591,2 Md€, en hausse de 16,2 Md€ par rapport au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du PIB, elle se situe à 81,7 %, en augmentation de 0,2 point par rapport au trimestre précédent. La dette publique nette progresse de 26,5 Md€.

La contribution de l’État à la dette augmente de 6,9 Md€ au quatrième trimestre. L’accroissement de l’endettement obligataire est partiellement compensé par des remboursements importants de titres de créance de court terme (BTF) ce trimestre. L’État finance une partie de son déficit en diminuant sa trésorerie (-16,4 Md€).

La contribution des organismes divers d’administration centrale à la dette diminue (-1,4 Md€) principalement du fait d’une diminution de l’endettement de la Société de Prise de Participation de l’État (SPPE) liée à des remboursements de ses prises de participations dans des banques.

La contribution des administrations publiques locales augmente de +11,1 Md€, ce qui constitue une moindre progression par rapport au quatrième trimestre de l’année précédente (+14,3 Md€ fin 2009).

Au quatrième trimestre 2010, la dette nette des administrations publiques s’élève à 1 478,6 Md€ (soit 75,9 % du PIB contre 75,1 % au trimestre précédent), en progression de 26,5 Md€ par rapport au trimestre précédent. L’écart de 10,3 Md€ entre cette hausse de la dette nette et la hausse de 16,2 Md€ de la dette brute traduit la forte diminution de la trésorerie de l’État (-16,4 Md€), partiellement compensée par une progression des dépôts bancaires et des titres détenus par les organismes divers d’administration centrale (respectivement +1,2 Md€ et +1,9 Md€), ainsi que des dépôts bancaires des administrations de sécurité sociale (+1,7 Md€).

Tout va bien, vous dit-on.

Maintenant, un petit coup d’oeil sur la situation européenne, avec cet euro renforcé par Nicolas Sarkozy et par sa présidence du G20 qu’il médiatise tant ces jours-ci.

Attention, amis dépressifs, n’allez pas plus loin.

Ce n’est plus un impasse, c’est un mur, monsieur…

Nous vous alertions ces derniers jours sur la situation catastrophique du Portugal, de la Grèce et de l’Irlande (voir les liens en début d’article). Et bien, les choses se concrétisent un peu plus aujourd’hui.

Essayons de résumer.

  • Irlande :

les résultats des stress tests des banques irlandaises, pays qui a, souvenons-nous été sauvé par l’Europe à coup de milliards, sont tombés. Ils ne sont pas rassurants.

A l’époque, Christine Lagarde disait ceci, selon l’AFP :

La ministre des Finances, Christine Lagarde, a estimé dimanche que l’UE et le FMI avaient adressé un « message très fort » aux marchés, apportant la « garantie » nécessaire pour « écarter » le risque d’un effondrement des banques irlandaises, dans une interview à l’AFP.
« Le premier message, c’est que, sur le plan budgétaire, l’Irlande consent les efforts nécessaires », a-t-elle déclaré, réagissant à la décision de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) d’apporter une aide de plusieurs dizaines de milliards d’euros à Dublin.
Et le second message, « très fort », a enchaîné Mme Lagarde, est que « le programme d’assistance devrait conduire à la mise en place d’un fonds de recapitalisation pour assurer la liquidité et la solvabilité du secteur bancaire irlandais ».

(…)

Quant à une possible contagion de la crise irlandaise à d’autres pays de la zone euro comme l’Espagne ou le Portugal, la ministre des Finances a jugé que les « sources » de leurs difficultés n’étaient « pas du tout du même ordre ».
D’une manière générale, a-t-elle poursuivi, il y a pas de délitement à craindre de la Zone euro, « tout au contraire » puisqu’il « y a de vrais mécanismes de solidarité qui sont à l’oeuvre ».

Voyons où en est le système bancaire irlandais aujourd’hui

Cet après-midi, l’Irlande a annoncé que quatre établissements, Bank of Ireland, Allied Irish Banks, Bank of Ireland et Irish Life and Permanent qui étaient soumis aux stress tests devraient lever la bagatelle de 24 milliards d’euros pour survivre. Jusuqu’à la prochaine fois…

Les marchés bruissaient de rumeurs jeudi. L’une d’entre elle étant que la Banque Centrale Européenne serait actuellement très réticente à accorder des facilités de crédit aux banques irlandaises (pour leur permettre de passer ce cap difficile)… Visiblement, la situation est suffisamment tendue pour qu’en fin de journée la BCE annonce une aide du même type que celle accordée aux banques grecques avant l’annonce du plan de soutien à ce pays.

Selon l’AFP :

La BCE va accepter les titres de dette irlandaise en garantie de ses prêts, quelle que soit leur notation, une mesure qui restera en vigueur jusqu’à nouvel ordre, a-t-elle annoncé dans un communiqué. Cette décision « s’applique à tous les instruments de dette nouveaux ou existants » produits ou garantis par le gouvernement irlandais, a précisé l’institution monétaire de Francfort (ouest). Cette mesure va soulager les banques irlandaises, qui dépendent encore en grande partie de la BCE pour leur refinancement. Elles vont pouvoir présenter toute obligation émise par leur pays pour obtenir des crédits, alors que les agences de notation ont dégradé la note à long terme de la dette irlandaise et qu’une nouvelle rétrogradation n’est pas à exclure.

En effet, la réaction prochaine et probable des agences de notation risque d’assombrir encore le tableau. En outre, le spectre d’une restructuration de la dette des banques irlandaises n’est pas effacé et une telle décision pourrait avoir un effet dévastateur sur les marchés. Le taux de la dette à 10 ans était jeudi au dessus des 10%. Un rythme intenable.

Les CDS du Portugal, de l’Irlande, de l’Espagne et de la Grèce ont encore bondi aujourd’hui. Répétez après moi : « tout va bien »… On le voit à l’évolution des CDS des dettes souveraines européennes, les investisseurs ont une confiance aveugle dans les super pouvoirs du boss du G20. Mais ils préfèrent quand même se couvrir, même à prix d’or.

Le Monde rapporte ceci pour Anglo Irish Bank :

La banque irlandaise nationalisée Anglo Irish Bank, au cœur de la crise financière qui secoue l’Irlande, a fait état jeudi d’une perte annuelle record de 17,7 milliards d’€, peu avant l’annonce des résultats de nouveaux tests de résistance sur plusieurs autres banques. Anglo Irish Bank avait déjà essuyé une perte record de 12,7 milliards d’€ en 2009. Elle a rappelé avoir reçu en tout 29,3 milliards d’euros d’argent public au cours des deux dernières années afin d’éponger ses pertes colossales, y compris celles de 2010.

  • Portugal :

Comme s’il s’était donné le mot avec l’Irlande, le pays a fait une annonce qui devrait ravir les marchés.

Le déficit public est finalement plus important que prévu pour 2010 à 7,3% du PIB. Plus personne sur les marchés ne croit un instant que le Portugal échappera à un plan d’aide comme la Grèce ou l’Irlande, toutefois, Lisbonne continue de le nier et de toutes façons, le gouvernement étant démissionnaire, il n’a pas les moyens de le négocier. Ce qui ajoute à la nervosité ambiante.

Les taux à dix ans de la dette portugaise étaient jeudi à un nouveau niveau record depuis l’adhésion du pays à la zone euro.

Le Portugal devant rembourser les 15 avril et 15 juin respectivement 4,2 milliards et 4,9 milliards d’euros, les investisseurs se demandent comment le gouvernement compte s’y prendre. Avec un peu de chance, la Chine ou le Brésil pourraient venir au secours du Portugal.

Pour mémoire, un pays ne fait jamais faillite… Il y a toujours une banque centrale, même d’un pays totalement inattendu qui vient à son secours. Ou alors, sa dette est restructurée. Le cauchemar de ceux qui détiennent la dette en question. Des élections législatives anticipées se tiendront le 5 juin. D’ici là, les marchés risquent de se montrer un tantinet nerveux.

Mais souvenez-vous : tout va bien. Les Etats européens ne se sont-ils pas accordés il y a quelques jours sur un pacte pour l’euro ? Lisez la lettre détaillant les mesures que la France compte prendre sur le blog de Jean Quatremer, vous n’allez pas être déçus. C’est tout à fait à la hauteur de la situation. Elle valait bien trois pauvres pages…

 

Bibliographie :

Le résultat des stress tests des banques irlandaises (31 mars 2011)

Pour mémoire, le résultat des premier stress tests (Juillet 2010).

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


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