La SCPP veut court-circuiter HADOPI

L’actualité HADOPI n’en finit plus, entre hier et aujourd’hui, c’est un flot quasi ininterrompu d’infos qui tâchent que nous recevons. Il y a d’abord celles très directes dont nous ne parlerons pas pour le moment, mais qui en temps voulu, devraient vous faire sourire, voire vous révolter, elles ne concernent pas HADOPI directement mais une certaine agence de communication qui aurait des commandos ninjas sur-entraînés. Il y a ensuite des infos plus subtiles comme celle qui motive l’écriture de ce billet.

Ce matin je tombais de haut en lisant cet article de Numerama. Rapportant les propos de test de Marc Guez tenus sur 01Net, on y apprenait que les ayants-droit, excusez du peu, cherchent maintenant à by-passer l’HADOPI… c’est ça la principale information et non le délirium du blocage des sites de direct download.

Tout d’abord le pourquoi

Et bien c’était prévu depuis belle lurette. L’industrie du disque ne se satisfait pas d’HADOPI, et le législateur a donné à l’industrie du disque toutes les armes légales et morales pour que la situation dégénère et que la haute autorité se fasse ridiculiser. Remercions notre bon législateur d’avoir écouté les copains du Fouquet’s, remercions Olivier Henrard d’avoir criminalisé le P2P et le déploiement des réseaux wifi, remercions tout ce petit monde d’avoir placé les aspects répressifs avant de constituer une offre légale… La logique technique de la négligence caractérisée ne souffrait déjà pas un instant une analyse technique, voici maintenant que c’est tout le bateau qui prend l’eau. C’est brillant, définitivement brillant.

Le système ne fonctionne pas

Qu’il s’agisse du point de vue des internautes comme des ayants droits, personne n’est satisfait du dispositif. La loi mécontente donc maintenant tout le monde, c’est officiel. Pourquoi ils ne sont pas contents les ayants droit ? Avec 10 auditions sur 420 000 mails envoyés, la SCPP a beau rôle de juger de l’inefficacité du dispositif et de tenter d’y apporter ses solutions propres. Bilan pour eux : pas assez efficace. Marc Guez nous sort du chapeau un chiffre sud coréen même s’il ne connait rien du dispositif mis en place là bas.. ni d’ailleurs de l’offre légale ahurissante relative à son réseau THD en gigabit qui permet d’envoyer 4 flux HD sur une même page web. Oui sur l’exemple coréen Marc Guez est complètement à la rue.

Le président de la SCPP oriente donc son attaque dans les règles de l’HADOPI en se fondant sur deux axes : techniques et juridiques. Juridiquement c’est assez simple. 420 000 constats d’infractions non transmis à la justice, c’est un argument rêvé pour les ayants-droit qui pourraient bien se retourner contre l’HADOPI, plus exactement la CPD. La menace est réelle et il n’est pas dit qu’à ce petit jeu, ils perdent. Une analyse d’un juriste à ce sujet serait la bienvenue.

Reflets.info a cassé le jouet des majors

SI vous avez loupé cet épisode, sachez que pour l’instant, à notre connaissance, la collecte des adresses IP par TMG, le prestataire d’HADOPI est inopérante. L’HADOPI ne reçoit plus d’adresse IP des ayants droit. La CNIL ne souhaite pas nous donner plus d’informations. On doute même que le rapport soit un jour rendu public, mais dans cette histoire, ni la CNIL, ni les ayant-droit, ni TMG n’y a intérêt. Pour l’HADOPI, c’est un peu plus subtil, mais elle a clairement une carte à jouer.

La nouveauté, c’est que Marc Guez, quand on lui casse un jouet, il s’en crée d’autres, et des bien débiles :

« Nous travaillons pour cela sur des logiciels de filtrage qui pourront être installés dans les entreprises ou sur l’ordinateur familial. Notez qu’il s’agit donc d’un filtrage volontaire. Ces outils sont développés par des entreprises spécialisées auxquelles nous fournissons une liste des fichiers illicites présents sur le Net ».

Le retour du botnet patriotique

L’impasse juridique est une chose, le projet « mal vendu » une autre. Mais le plus beau, c’est la réponse technologique de la SCPP qui, rappelons-le testait déjà en Allemagne des solutions de Deep Packet Inspection à des fins de filtrage de contenus. Oui mais voilà, si le DPI c’est tout mimi… dans le cadre d’une riposte graduée vous allez déjà beaucoup moins aimer. En outre force est de constater que sur le réseau d’un opérateur comme Free… ça ne juste marchera pas. Oui mais … il y a toujours un mais… si vous lisez attentivement ceci… vous allez vite comprendre qu’avec un peu de poudre à perlimpinpin probabiliste et une petite crosscompil pour bobox, les ayants droit sont parfaitement en mesure de nous sortir un truc qui marchouille et qui est tout aussi intrusif pour votre vie privée. Le hic, c’est que légalement, le Stochastic Packet Inspection, pourrait bien s’affranchir du poussiéreux code des postes et télécommunications. Si vous n’avez pas compris, retenez simplement une chose : si l’HADOPI ne réagit pas très vite aux délires de Marc Guez, vous pouvez sérieusement commencer à avoir peur. C’est exactement de dont nous vous parlions en 2009.

Mais bien avant tout ça, il y a cette étape intermédiaire par laquelle la SCPP voudrait bien passer. On en revient donc aux bonnes vielles recettes de charlatans, celles-là même qu’Orange nous avait proposées avec son logiciel de contrôle de téléchargement avant de jurer qu’on ne le reprendrait plus, à vendre des failwares… mais le fournisseur d’accès canal minitel historique a de la suite dans les idées, il n’a surement pas dit son dernier mot. Numéricable non plus, d’ailleurs mais nous reviendrons sur ses petites expériences plus tard.

Numérama affirmait donc ce matin que les ayants droits et HADOPI souhaitaient s’attaquer au direct download. Il y a une erreur factuelle dans cette affirmation : seuls les ayants-droit et non HADOPI veulent s’y attaquer, à lire les propos du président de la SCPP. Mais ce n’est pas ce qu’il faut retenir des propos de Marc Guez. L’énormité c’est que Marc Guez nous rejoue le coup du patriotic Botnet d’Orange. Un dispositif que je vous expliquais déjà en 2008. Un logiciel client dans lequel on injecte tout et n’importe quoi :

  • au mieux des listes de filtrage (chiffrées ou pas mais je sens qu’on va bien rire en sniffant la sortie du logiciel et identifier les serveurs de mise à jour);
  • au pire d’autres trucs… on s’en fout c’est opaque, on y met ce qu’on veut et l’utilisateur découvrira au gré de ses surf qu’il n’est plus connecté à Internet
  • un jour on découvrira que la pornographie est filtrée, sans qu’on demande l’accord de l’utilisateur. On commencera par exemple comme en Australie par les femmes à petit seins, puis on fera un peu de filtrage religieux par ci, et de filtrage politique par là
  • on découvrira de nouveaux mécanismes de DRM injectés par surprise.
  • … bref on va bien s’éclater.

Ce que nous décrivons ici, c’est ce contre quoi nous vous mettons en garde depuis quelques années. Un nouvel ordre moral imposé par des sociétés privées. Une société de surveillance dans laquelle même l’Etat aurait perdu tout contrôle.

Avec HADOPI, le législateur a donné le bâton pour se faire battre, encore une fois, ce malgré nos multiples mises en garde. La CNIL y a joué un rôle complice par le biais de son président et sénateur Alex Turk qui permit à l’époque du DADVSI par un cavalier législatif de laisser des société privées collecter des adresses IP sur les réseaux.

Les majors sont aujourd’hui dans une position de force rêvée, elles souhaitent donc revenir à la pénalisation des infractions. L’HADOPI est donc au pied du mur. Si elle se laisse bouffer, nous fonçons droit vers un truc que personne ne va aimer, ni elle, ni les internautes.

L’industrie du disque est en train de jouer une partie éminemment dangereuse. En tentant de court-circuiter l’HADOPI, il faudra qu’elle mène le combat sur plusieurs fronts. Une stratégie hasardeuse mais pas absurde pour elle. Après avoir profité des perfusions de pognon du contribuable à coup de carte musique jeune d’un coût ahurissant, de l’intégralité des loi HADOPI 1 et 2 (oui, des parlementaires ont été payés pour accoucher de ça alors que d’autres problèmes bien plus sérieux auraient pu être traités), l’industrie du disque veut, exactement, mot pour mot, comme on vous l’expliquait en 2009 : le cul de la crémière.

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33 thoughts on “La SCPP veut court-circuiter HADOPI”

    1. les pools sont vident, ne saute pas dedans y’a pas d’eau…(last update…)

      Ce sont des terroristes de l’internet ces mecs, ce qui m’emmerde le plus c’est que le dossier est lourd, compliqué et qu’aucun média télévisuel ne dénonce ou n’en parle encore.

      Tous ça pour des djeuns de 12 ans qui pirate lady gaga, parcqu’on leur passe en boucle un message de comm’ qui leur dit d’acheter cette merde…

  1. :)

    Du coup j’ai relu (en grande grande diagonale) ton article « Infiltré à l’Hadopi » et et de façon un plus attentive les commentaires… Ben je serais vraiment ravi que tu viennes à Hillion si on organise ce débat sur Hadopi :)

    Si on trouve la solution dans un bar/resto bio, breton et anarchiste, je sais pas où on a trouvera :P

  2. Attention aux raccourcis. La scpp représente juste les producteurs, ce n’est pas toute l’industrie.
    C’est pas les tous les ayants droits qui font chier dans l’histoire. 70% de la production phonographique en france c’est des labels indés et des autoprods qui, pour la plupart, sont tout aussi emmerdés que les consommateurs par la hadopi, la loppsi et tout ce joyeux merdier autour des droits d’auteurs et de la rémunération.
    Donc faut arrêter 5mn d’avoir un discours manichéen avec d’un coté les méchants labels et de l’autre les gentils auditeurs.
    Sortir un vrai disque coûte du pognon, faire un disque c’est un métier, c’est long, complexe, et ça se fait pas que avec 4 gus sur un ordi.
    Au lieu de se battre contre les modèles dépassés il serait peut être temps de se sortir les doigts du cul et de trouver de vrais solutions, avec les licences libres par exemple, pour que les professionnels puissent continuer à bosser, et les auditeurs à avoir autre chose que du youtubeshit dans les oreilles.
    Si on continue comme ça, c’est mal barré.

  3. Est-ce qu’il n’est pas temps que les artistes se responsabilisent aussi, fassent un coup de gueule général aux maisons d’édition et au système Hadopi, pour montrer qu’ils n’ont pas d’intérêt qu’à l’argent mais respectent aussi leurs auditeurs et spectateurs. Si ça peut paraître farfelu comme idée au début, une petite partie peut faire du bruit, se faire entendre, réveiller un engouement général et attirer de plus grands artistes, et peut-être faire bouger les choses.
    Ils doivent bien parler d’Hadopi entre-eux non ?? Ils doivent bien être conscients qu’un système répressif n’est pas la solution pour enfler leurs porte-feuilles déjà bien garnis.
    Par ailleurs si les budgets étaient mieux équilibrés, plus pour eux et moins pour les maisons d’éditions, ils ne seraient pas perdants.

    Je sais que je suis un grand naïf mais je sais aussi qu’ils ont un pouvoir quand il s’agit de leur travail.

  4. Bluetouff, est ce que je rêve, ou tu ne serais pas en train de nous dire que face aux majors, il faut soutenir HADOPI ?
    Parcque HADOPI, tout merdeux et foireux que c’est, on a la possibilité d’en reprendre le contrôle, législativement parlant ?

      1. C’est très clair pour moi : l’HADOPI a l’occasion d’affirmer clairement qu’elle est une autorité indépendante, et non au service des majors. Si elle y parvient, elle aura non seulement gagné une bataille mais fait la preuve au grand public qu’elle a un autre role que celui de machine à spam à jouer. L’enjeu est donc de taille pour elle.
        Pour nous c’est encore plus important. Si une caste de connards qui représente même pas 1% du PIB est capable de porter atteinte à une économie de 77 milliards, c’est le début de la fin de la démocratie telle qu’on peut l’entendre.

        1. Tu pense sérieusement que l’HADOPI se soucie de paraître indépendante ? (c’est une vrai question, t’as des éléments crédibles qui vont dans ce sens ?)

          Du coup tu vas participer au labs ?

          Dernière question : la HADOPI as t’elle le moindre pouvoir contre la SCPP ?

        2. Très bonnes questions, voici les réponses courtes (je suis en train de finaliser une réponse longue car je sens que tout ca merite plus d’explications) :

          – HADOPI se soucie de paraître indépendante ? : ne pas le faire c’est signer son arrêt de mort

          – Du coup tu vas participer au labs ? : non, sauf si l’HADOPI décide d’aller mettre un coup de pied dans les SPRD et c’est pas à l’ordre du jour

          – la HADOPI as t’elle le moindre pouvoir contre la SCPP ? : je ne sais pas te répondre avec certitude à cette question, mais oui il me semble bien, d’après nos infos, qu’il y a un moyen de procédure pour rabattre le clapet de la SCPP

  5. mais euuuh
    ces histoires de disquaires, c’est rien qu’un faux-nez pour faire DE TOUTES FAÇONS
    ce qui était prévu dès le départ; on va quand même pas se laisser em**der par les gens
    non mais

    (ironie inside !)

  6. Bonsoir Bluetouff.
    Juste une question : je comprends parfaitement ton inquiétude quand à ce qui se profile à l’horizon (d’ailleurs je la partage), mais (et je dis bien mais) ne serait-il pas plus utile pour nous de laisser SPRD jouer aux cons jusqu’au bout ?

    J’explique : ces mecs sont prêts à utiliser l’arme nucléaire contre nous pauvres internautes, et ce en by-passant les gouvernements, alors qu’ils doivent bien savoir qu’en face y a pas que des kevins ou des kikoolols. Y a aussi des rambos assez balèzes, et même les kevins du dimanche peuvent devenir dangereux s’ils se regroupent (je pense par là aux Anons, qui sont quand même pas des pros en hacking).
    Bref tout ça pour dire qu’à force de nous la jouer 1984, mais en version privée, y aura bien un moment où la population (c.à.d Mme.Michu) finira par comprendre qu’elle est en train de se faire enfler comme c’est pas permis (ce qui peut prendre un certain temps je l’accorde).
    A moyen/long terme on finira par gagner, c’est sûr, mais ne peut-être que ça ira plus vite qui on pousse les ayatollahs du Copyright à aller jusqu’au bout et à abattre leurs cartes. Comme ça on sera fixé sur ce qui nous attends et on pourra se déchaîner.
    Et peut-être qu’enfin les gouvernements ouvriront les yeux sur ce qui se passe.
    Mais comme disait Chruchill : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. »

  7. « Nous travaillons pour cela sur des logiciels de filtrage qui pourront être installés dans les entreprises ou sur l’ordinateur familial. Notez qu’il s’agit donc d’un filtrage volontaire. Ces outils sont développés par des entreprises spécialisées auxquelles nous fournissons une liste des fichiers illicites présents sur le Net ».

    Je suis presque pour cette idée ! (*)

    Je ne suis pas totalement pour car le ne comprend pas pourquoi cette liste ne peut pas être en clair de le logiciel de filtrage ? Bien sûr avec un logiciel open source pour être sûr de ce que fait le filtrage.

    Bah oui, je suis pour cette idée d’aider l’internaute à être responsable en lui proposant un logiciel qui le prévient dès qu’il tente de télécharger un fichier qu’il « n’a pas le droit de télécharger ».

    Alors pourquoi continuer à cacher la liste des oeuvres surveillées ? Je ne vois qu’une seule raison : les ayant droit à l’origine des ces idées veulent que les gens payent pour accéder à la culture. Il font peur aux internautes qui télécharge en leur faisant croire que toute oeuvre culturelle est uniquement accessible moyennant une contrepartie financière alors que ce n’est pas le cas, loin de là. Bah oui, on ne veut pas nous présenter la « liste des fichiers illicites présents sur le Net » (elle existe donc).

    (*) Ceux qui me connaissent savent que je pense que la culture devrait être un bien accessible à tous et gratuitement (mais c’est un autre débat). Je comprend que tout le monde ne pense pas comme moi. Je suis donc d’accord pour le développent d’un logiciel qui lorsqu’il détecte que l’on veux télécharger une oeuvre (dont les ayant droit veulent que l’accès à leurs oeuvres reste sous leur contrôle), nous renvoi vers un lieux ou ils contrôlent cette diffusion.

  8. Qui fera un jour l’étude de l’impact économique de l’agissement d’un petit nombre (Guez, Nègre, Roger,…) sur la recherche et l’emploi en France? La Suède a Spotify, l’Allemagne, Soundcloud, la GB, We7, 7Digital sans parler des Pandora, MOG et co aux US ni des dizaines d' »expériences » en Asie. En France, on a ..euh : Radioblog MORT, Deezer (quasi) MORT, Jiwa (sous perf). Quand on parle du prix de l’HADOPI, on oublie toujours d’y ajouter le prix conséquence de l' »assassinat dans l’oeuf » des innovations. Qui veut s’y coller?

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