La DARPA finance des études d’influence sur les réseaux sociaux

Si la publication de l’étude Facebook d’influence émotionnelle a provoqué de nombreuses réactions, le financement de projets de manipulations et de propagande sur les réseaux sociaux par la DARPA américaine (Defense Advanced Research Projects Agency : Agence pour les projets de recherche avancée de défense) pose elle aussi des questions gênantes. Très gênantes.

darpa

The researchers explained: “Since everyone is potentially an influencer on social media and is capable of spreading information, our work aims to identify and engage the right people at the right time on social media to help propagate information when needed.” 

Les chercheurs expliquent leur démarche : Puisque tout le monde est un influenceur potentiel sur les médias sociaux et est capable de diffuser des informations, notre travail vise à identifier et engager les bonnes personnes au bon moment sur ces médias sociaux pour aider à propager l’information en cas de besoin.

Cet extrait d’un article du Guardian n’est qu’une pointe de l’iceberg qui pourrait être nommé « la machine internet américaine d’influence et de propagande de masse ». Les chercheurs de l’extrait ci-dessus sont ceux de la DARPA, et leur intérêt ne se limite pas à trouver les bons « influenceurs » sur Twitter pour diffuser la « bonne » information. Si des programmes du DoD (Department of Defense) sont en cours depuis 2008 pour modéliser, prévenir les mouvements sociaux, ce dont Reflets s’est fait écho récemment, l’Agence pour les projets de recherche avancée de Défense travaille quant à elle sur des programmes d’influence des utilisateurs des réseaux sociaux. De la propagande et de la manipulation de l’information via les outils de communication numériques ?

Du réseau social cubain bidon aux influences sur Twitter

Pour se faire une meilleure idée de la volonté du gouvernement étasunien d’influencer les esprits via Internet, il faut observer le programme gouvernemental de réseaux social secret américain créé en 2010 et révélé par l’Associated Press en avril dernier . Ce programme  visait à inciter la jeunesse cubaine à se révolter contre le pouvoir en place grâce à un réseau social, ZunZuneo, créé de toutes pièces par…la United States Agency for International Development (USAID). Le « Twitter cubain » a été lancé sur l’île de Fidel Castro sans jamais faire état de son origine amérciaine et gouvernementale, a fonctionné 2 ans puis a été stoppé sans crier gare. Manque de fonds, officiellement.

De son côté la DARPA étudie les fonctionnements des réseaux sociaux avec comme objectif leur manipulation afin de pouvoir amener les utilisateur des dits réseaux à « penser dans le bons sens » : celui du gouvernement US. Le programme SMISC (Social Media in Strategic Communication) est donc officiellement financé :

(…) to develop a new science of social networks built on an emerging technology base. Through the program, DARPA seeks to develop tools to support the efforts of human operators to counter misinformation or deception campaigns with truthful information.

To accomplish this, SMISC will focus research on linguistic cues, patterns of information flow and detection of sentiment or opinion in information generated and spread through social media. Researchers will also attempt to track ideas and concepts to analyze patterns and cultural narratives. If successful, they should be able to model emergent communities and analyze narratives and their participants, as well as characterize generation of automated content, such as by bots, in social media and crowd sourcing (…)

(…) pour développer une nouvelle science des réseaux sociaux construite sur la base de technologies émergentes. Grâce à ce programme, la DARPA cherche à développer des outils pour soutenir les efforts des opérateurs humains afin de contrer les campagnes de désinformation ou de démoralisation grâce à la communication d’informations véridiques.

Pour ce faire, le SMISC se concentrera sur la recherche des indices linguistiques, des modes de circulation de l’information et de la détection de sentiments ou d’opinions des informations générées et se propageant à travers les médias sociaux. Les chercheurs tenteront également de suivre les idées et les concepts afin d’analyser les modèles et les récits culturels. En cas de succès, ils devraient être en mesure de modéliser les communautés émergentes et analyser les récits, leurs participants, et ainsi caractériser la génération de contenus automatiques, comme ceux des robots, des médias sociaux et des systèmes de crowd-sourcing (…)

La Darpa a diffusé depuis peu ces fameux rapports d’études sur les réseaux sociaux  qu’elle finance en partie, et ceux-ci alimentent de nombreuses spéculations : y-a-t-il des moyens de manipuler ces réseaux, de parvenir à empêcher certains sujets de prendre de l’ampleur et à contrario, de faire enfler d’autres ? Les possibilités de contrôles et d’influence des utilisateurs de ces outils de communication en ligne sont-elles effectives ? L’aspect prédictif étant aussi une composante centrale de ces dispositifs, quoi de plus intéressant qu’un outil permettant de prévoir par avance ce que vont faire ou dire ses administrés, pour des pouvoirs politiques ?

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d'autres médias. Ni "désengagé" ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

12 thoughts on “La DARPA finance des études d’influence sur les réseaux sociaux”

      1. Ouaip. Mais mets-toi une seconde à sa place.

        Il participe — avec la bénédiction des élus de son État, à la conception des plus « formidables » outils de contrôle sociétaux de l’Histoire. Il a compris que quel que soit le niveau global d’exploitation du Big Data à un instant donné, ceux qui seront en haut du tableau à cet instant là, domineront exponentiellement les autres. Donc, la surenchère entre les puissances de toutes natures, ne fait que commencer à s’organiser. Per design, elle sera perpétuelle, comme toute bonne course à l’armement.

        Côté régulation (régu-quoi?) l’horizon est immaculé. Au contraire, la moitié de l’Humanité s’adonne déjà à ce méga-schéma de Ponzi, y compris les quelques uns qui le dénoncent. C’est la fête au Far West : un orfèvre est venu parler de la nouvelle Ruée vers l’Or, histoire d’accélérer un peu le mouvement.

  1. effrayés oui mais par le betise et la nullité de nos  » amis américains  » qui sont lentement mais surement en train de creuser leur propre tombe ….pendant qu’ Obama joue au billard …on enterre les morts à gaza , en ukraine , en Irak , en lybie , en syrie , en afghanistan …!

    1. \o/ Oh, oui \o/ je suis bien d’accord. Mais puisqu’il s’agit d’une « Weapon of Mass Control » cette réponse ne sera apportée que collectivement, c’est à dire une fois la baisse des chiffres d’adoption de ces réseaux …par les masses.

      Or, ces chiffres ne font qu’augmenter.

      Pour qui souhaite essayer de contribuer à toucher le plus grand nombre, LQDN offre de nombreux documents, vidéos, etc.

      http://www.controle-tes-donnees.net/
      https://wiki.laquadrature.net/Été_2014
      http://soutien.laquadrature.net/

  2. y-a-t-il des moyens de manipuler ces réseaux, de parvenir à empêcher certains sujets de prendre de l’ampleur et à contrario, de faire enfler d’autres ?

    Ben oui, on commence d’abord par faire le ménage, càd censurer les critiques du gouvernement US sur FB par exemple.

  3. Bonjour !
    Je le redis ça me fait drôlement penser à l’EGE en France et sa méthode de maillage… Édifiant… Elle est employée depuis plus de 2 ans en France pour faire passer le gaz de schiste …

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