Dis-donc Kitetoa, tu ne serais pas un peu mégalo, toussa, toussa ?

Un lecteur m’a interpelé à propos du papier sur l’Express qui a vu le chasseur qui a vu l’ours qui a vu les Américains. Selon lui, à juste titre peut-être, de la lecture de l’article, je regretterais que des journalistes viennent « empiéter » sur ce que je considèrerais comme une sorte de pré carré (dans le cas précis, la cyberguerre). D’autres, y compris Emmanuel Paquette, co-auteur du dossier de l’Express s’insurgent : je serais persuadé d’avoir raison et d’être le seul à détenir LA vérité. Un peu mégalo, un peu imbu de sa suffisance, quoi…

Me voilà habillé pour l’hiver. Je voulais initialement poster un commentaire sous l’article visé, mais finalement j’écris ces quelques lignes de clarification ici, dans la rubrique « On s’en fout« .

Depuis 1997, je publie des tonnes d’articles sur ces sujets. La sécurité informatique (personnellement, je dirais plutôt l’insécurité informatique), la cyber guéguerre, etc. Mes articles sont librement reproductibles (ce que l’on appelle aujourd’hui CC). Le roman que j’ai écrit sur la cyber guéguerre, librement téléchageable, est même modifiable à loisir, c’est dire si je suis attaché à mes écrits…

J’ai toujours essayé de vulgariser, de partager le savoir, mon côté hackeur (de pizzas) sans doute.

C’est aussi très logique.

Si je pense pouvoir partager un savoir, c’est qu’il me vient de quelque part. Il me vient de ceux que je considère comme la crème des hackers, qui ont eu la patience et la gentillesse de partager leur propre savoir avec moi pendant des années.

Je leur dois d’avoir vu des choses que personne d’autre ne verra (non, je ne suis pas mégalo). Des choses qui défient l’imagination. De quoi générer des articles franchement alarmistes sur les risques informatiques. Ce que je n’ai jamais fait, je crois. Je leur dois de comprendre certaines choses techniques (dans des limites très étroites avouons-le, mais au delà de celles de certains journalistes). Ce savoir reçu et mon âge avancé (en temps Internet) m’apportent une vision assez panoramique et historique qui m’aident à relativiser certaines informations, à les replacer dans un contexte.

Ce qui m’a été donné, je me dois de le rendre, de le partager à nouveau, avec d’autres. C’est le sens de mes articles. C’est aussi ce qui m’a poussé à toujours répondre présent lorsque l’on m’interrogeait sur ces sujets. Que ce soit dans des conférences, dans des universités, dans des écoles de journalisme, ou lorsque des confrères journalistes me le demandaient. Je me souviens d’avoir montré sur mon écran les techniques utilisées pour les articles de la rubrique « Le monde fou, fou, fou des admins » de Kitetoa.com à un confrère de Libération en 2000. C’était, pour moi, normal et logique puisqu’il en avait fait la demande. Dès lors, rien ne l’empêchait d’utiliser ces techniques et de faire le même genre d’articles s’il le souhaitait.

Alors, que des journalistes se mettent à écrire sur ces sujets, cela me parait évidemment une bonne chose. Plus on est de fous, plus on rit et plus le public est averti de la réalité des choses. En revanche, que des journalistes, ou pas, écrivent des choses abracadabrantesques sur les sujets en question (mais c’est valable aussi pour les autres sujets que je connais un peu, comme l’économie ou la politique), cela m’énerve. Cela m’énerve pour leurs lecteurs qui sont trompés, cela m’énerve pour la presse qui se discrédite auprès de son public, cela m’attriste pour eux. Le sensationnalisme n’a jamais été ma tasse de thé.

Rien de plus.

 

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

19 thoughts on “Dis-donc Kitetoa, tu ne serais pas un peu mégalo, toussa, toussa ?”

  1. Ni « Fan » ni admirateur, juste reconnaissant de l’apport pédagogique de kitetoa.com à ma connaissance des zinternets. Depuis 99 et via un 56K.
    Cela devait être dit.
    PS: et effectivement, aussi, de la notion de CopyLeft.

  2. Salut,

    Ce qui m’attriste c’est de voir ce genre de pavé (l’article de l’Express, hein ;) sortir, lu, par beaucoup de gens, qui sans mettre en doute l’écrit vont prendre ces informations pour argent comptant.
    Le pire comme le disait « je-sais-plus-qui » : La normalité n’existe qu’aux yeux d’une majorité.

    C’est difficile de convaincre des groupes de personne que ce qu’ils pensent vient de ce qu’ils ont lu ou vu, que ces choses sont interprétés voir analysés par une personne, mais du coup, la réflexion ne se pose que par la vision de cette seule personne.
    La fainéantise de recouper les informations est le fléau de la réflexion.

    Non ?

    1. C’est un peu comme aller voter FN : de la facilité Lolcat.
      En gros on préfère lire un article moisi de l’express ou du point que d’aller s’informer soi même auprès des personnes les plus aptes à nous renseigner voir, nous enseigner.

  3. « En revanche, que des journalistes, ou pas, écrivent des choses abracadabrantesques sur les sujets en question »

    Il paraît que des journalistes écrivent abracadabrantesque, une formule abracadabrante !

  4. Bonjour , et bien je dirais pour ma part que ton envie était réussi , a travers tes articles , j’ai appris pas mal de choses en informatique (même s c’était des bases , ça m’as permis de chercher plus) , en économie (j’ai même fais une dissert’ de géo ou j’ai cité reflets(a propos de la crise))
    De plus , ton article précédent m’as également plus , car même si je la ^resse écrite que je lis se résume a 20 minutes , direct matin , et le parisien économie de temps en temps.
    Alors , je te dirais de justement continuer sur cette voie (a savoir d’écrire des articles racontant les conneries de la presse) et que je lacherais pas refets :p
    Bref , bonne conitnuation a toi , et toute votre équipe . (Même si j’ai pris la fâcheuse habitude de lire tes articles en priorité)
    Ps : Non , ce n’est pas du graissage de patte x)

    1. Je ne crois pas. Il y a a mon sens une différence entre « sensibilisation » et « alarmisme ».

      En outre, quand je vous dit que j’ai vu des choses incroyables, c’est vraiment ce que je veux dire. Du coup des papiers sur ces histoires feraient « vraiment » peur.

          1. Rôôôôôôh :)

            Il y a pluseurs manières de justifier des affirmations comme « n’a pas vocation à être rendu public ».

            Certaines sont tout à fait valables (défense nationale, risques de déstabilisation sociale non contrôlée trop important, affaires moeurs, choses pouvant servir au public et perdant leur puissance potentielle si non livrées en temps en heure, etc).

            D’autres sont moins « valables » voire carrément indéfendables si on veut une démocratie assainie et même réinventée puisqu’il le faudra bien.

            Kitetoa sait lui ce qui est juste et bon, un peu comme Jésus le gards de Nazareth quoi – lol, no problemo ;)

  5. « Je leur dois d’avoir vu des choses que personne d’autre ne verra (non, je ne suis pas mégalo). Des choses qui défient l’imagination. De quoi générer des articles franchement alarmistes sur les risques informatiques. Ce que je n’ai jamais fait, je crois. »

    Rha, tu nous mets l’eau à la bouche avec ces phrase ! Allez hop op on s’active ;)

    Personnellement je lis tes billets que depuis reflets et c’est à chaque fois un réel plaisir.
    D’ailleurs c’est la même chose pour tous ceux qui contribuent à ce site.

    Je reste très souvent sur ma faim lorsque des journalistes parlent d’éco, d’internet et de politique. Ici on sait de quoi tu parles, tu postes également des preuves quand c’est possible et tu analyses judicieusement tes infos pour ne pas tromper tes lecteurs.

    En bref, Merci !

  6. Depuis que j’ai lu le manifeste sur les réseaux pédophiles et l’avance technologique, le fameux « vaudou » de cette usine à fric utilise pour avoir un temps d’avance sur un peu tout le monde, il n’y a plus grand chose qui m’étonne dans chaque « fait » raconté ici ou sur d’autres sources sérieuses du monde magique des internets (et du lulz).

    Alors les articles sur les pseudo-hackers qui feraient la guerre à coup de DDoS, ça me fait doucement ricaner, mais au final ne vaut-il pas mieux laisser le peuple dans cette douce « peur », plutôt que de lui montrer les vrais monstres qui se tapissent dans les recoins les plus sombres du réseau ?

    Sont-ils prêts ?

    (Ça sonne bien hein)

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