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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Wikileaks : ça eu été cool

Voilà une démarche qui n'est jamais simple : dire des choses pas très amicales à des gens qu'au fond, on aime bien. Wikileaks est un outil essentiel pour une nécessaire transparence de la société telle que tentent de nous la laisser voir les gouvernements, les entreprises, et plus largement ses autres composantes, y compris la presse.

Voilà une démarche qui n'est jamais simple : dire des choses pas très amicales à des gens qu'au fond, on aime bien. Wikileaks est un outil essentiel pour une nécessaire transparence de la société telle que tentent de nous la laisser voir les gouvernements, les entreprises, et plus largement ses autres composantes, y compris la presse. Loin de nous l'idée de souhaiter une société panoptique dans laquelle tout serait transparent, le secret (la vie privée) étant une composante indissociable d'une démocratie. Loin de nous l'idée de voir des complots partout. Mais tout de même... A bien y regarder, les politiques et les entreprises tentent chaque jour, à base de storytelling et de marketing, de nous faire percevoir une réalité qui n'est franchement pas celle dans laquelle nous vivons.

Prenons l'économie. Nous avons longuement disserté sur ce sujet et les écrans de fumée qui consistent à annoncer des plans de sauvetage de l'euro alors que l'on sait très bien qu'ils ne serviront à rien en sont un exemple parlant.

Prenons la diplomatie. L'affaire Amesys, Qosmos en Syrie, la guerre contre l'Irak, la guerre contre Kadhafi en sont un autre. Alors que l'on nous assène que la France ou les Etats-Unis sont dans le camp du bien, on découvre peu à peu (pour ceux qui en doutaient) que ces Etats ont diné à la table du diable plusieurs fois avant de le montrer du doigt.

Et puis sont arrivés dans le paysage plusieurs composantes. Des agents du chaos. Ceux qui viennent gripper un mécanisme bien huilé.

Il y a eu Internet, bien entendu, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible. Et puis des gens ayant un sens de l'humour certain : Anonymous ou LulzSec/Antisec, et enfin, Wikileaks.

Tout publier... ou presque

Ces trois agents du chaos ont publié des tonnes d'informations qui avaient vocation à rester cachées. Rien de neuf sous le soleil, il y a toujours eu des whistleblowers.

Mais cette fois, la presse n'était pas le relai de ces informations. Elles étaient posées là, au milieu de la cour, en place publique, accessible à tous, sans filtre. Tout était disponible et chacun pouvait, selon ses moyens, faire son marché. Trouver ce qui l'intéressait. En tirer des conclusions. Ou pas.

Wikileaks, à l'origine, publiait ses documents et laissait la presse, comme les citoyens, faire leur marché.

Et puis les schémas traditionnels ont repris le dessus.

Lors de la publication des "câbles diplomatiques" américains, a sonné le début de ce retour aux anciennes méthodes.

Alors que jusque là Wikileaks publiait ses informations de manière brute et dans leur ensemble, l'organisation a passé un accord avec quelques journaux à qui elle a attribué une "exclusivité". Un délai. Les journaux assignaient une équipe pour étudier les contenus, en choisissait une partie, la mettait en perspective, la décortiquait, et publiait des articles saignants.

L'opération est bénéfiques pour les deux parties. Il faut avoir travaillé dans un journal pour mesurer tous ce qui entre en jeu dans une telle relation.

Avec un tel accord, la presse s'assure une couverture large d'un événement qui a un impact médiatique important. Une exclusivité est toujours une façon, pour un journal, de croire qu'il est "meilleur" que ses concurrents. Eux n'ont pas réussi à obtenir cette exclusivité...

Le journal qui l'a obtenue va donc bénéficier -croit-il- de plus de lecteurs, mais surtout, d'une plus grande visibilité car les autres seront obligés de le citer lorsqu'ils reprendront les informations publiées.

Inconsciemment (sans doute), lorsqu'ils ont une exclusivité, les journaux donne une plus forte valeur à l'information dont ils disposent que lorsqu'ils n'ont pas cette exclusivité. C'est problématique parce que la valeur de l'information est la même, exclusivité ou pas. Auraient-ils traité avec la même application l'information s'ils n'avaient pas eu une exclusivité ?

De son côté Wikileaks obtient une couverture totale de l'événement et donne une énorme visibilité à ses contenus. Personne ne fera l'impasse puisque la presse a obtenu une "exclusivité" et donc, traitera forcément l'information.

Tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

Sauf que. Sauf que ce système est vicié.

D'une part, les journaux qui ont obtenu l'exclusivité vont traiter l'information en fonction de leurs propres filtres. Ils vont faire des "choix éditoriaux". Certaines choses passeront à la trappe.

D'autre part, Wikileaks court après une gloire qui fait passer au second plan son message initial. Si l'idée est de dénoncer un storytelling permanent, le fait que certains cachent au public des informations qu'il devrait normalement connaitre, alors l'usage de l'exclusivité à certains journaux est contreproductive.

Si l'objectif est de mettre sur la place publique le maximum d'information, il n'est pas nécessaire de donner des exclusivités à certains journaux. Au contraire. Donner l'ensemble des informations à toute la presse serait plus efficace. Et en parallèle, la publication de toutes les informations peut être opérée sur le site de Wikileaks.

Distiller l'information au compte goutte comme le fait Wikileaks depuis la publication des câbles diplomatiques ne contribue en rien à la transparence recherchée.

En revanche, cela fait parler de Wikileaks. Plus et plus longtemps.

 

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