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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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Édito
par Yovan Menkevick

Syrie : de la difficulté à comprendre la réalité et de la manipulation de l'information

Il est nécessaire, encore aujourd'hui, et peut-être plus aujourd'hui encore, de s'emparer de nouveau du concept du traitement de l'information au sujet de la Syrie. Il est évident que l'information, dans le cas de conflits aux enjeux internationaux, est une arme. Elle est cruciale. Vitale même. Particulièrement pour ceux pris dans le conflit. Et pour ceux qui veulent en tirer profit.

Il est nécessaire, encore aujourd'hui, et peut-être plus aujourd'hui encore, de s'emparer de nouveau du concept du traitement de l'information au sujet de la Syrie. Il est évident que l'information, dans le cas de conflits aux enjeux internationaux, est une arme. Elle est cruciale. Vitale même. Particulièrement pour ceux pris dans le conflit. Et pour ceux qui veulent en tirer profit. Des analystes, spécialistes de la région, ont depuis plusieurs mois exprimé leur réserve quant à la version officielle renvoyée par les médias occidentaux. A savoir une révolution populaire qui s'étale depuis un an et demi, soutenue par des déserteurs de l'armée régulière et regroupés sous la dénomination d'Armée Syrienne Libre (ASL).

Nous avons, à Reflets, tenté de montrer les complexités du conflit armé syrien, des enjeux géopolitiques, stratégiques, confessionnels qui s'y opéraient.  Aujourd'hui, le gouvernement américain reconnaîtrait (selon Reuters - correction apportée à 16h52 - le 3/07/12) avoir autorisé la CIA à soutenir l'armée d'opposition à Assad, l'ASL.

L'exercice qui va suivre est périlleux, mais important, parce qu'il reflète la problématique actuelle : quelle information, avec quelles sources, sur quelles légitimités ?

Le personnage est contestable et contesté, sa faculté à créer des théories du complot, ou tout du moins à en voir de partout est bien connue. Parler de lui, montrer son travail est l'équivalent d'une plongée dans un bain de peste noire. C'est pour quoi, je tiens, en tant que journaliste, contributeur sur Reflets, à bien dire aujourd'hui que ce qui va suivre est entièrement sous ma responsabilité : personne de l'équipe ne contrôle les publications, la liberté de ce média est totale.

Mais, pour être certain que tout sera bien compris, quelques précisions sont nécessaires : je ne cautionne en aucune manière les théories conspirationnistes de Meyssan (c'est bien lui), je n'apprécie pas les publications du réseau Voltaire, ne les consulte d'ailleurs pas (sauf pour y vérifier leur teneur, de temps en temps, qui est toujours la même), mais il me paraît insupportable que le travail d'un journaliste, aussi contesté soit-il, alors qu'il est visiblement sur le terrain, soit obligatoirement pointé du doigt comme un montage, une fabrication de toutes pièces.

Les rapports de Meyssan avec Assad sont certainement en cause. Meyssan est-il un suppôt d'Assad ? Possible. Comment ? Pourquoi ? Mais qui manipule qui aujourd'hui ? Quelle information avons-nous, venue du terrain ?

Qui, aujourd'hui, en Syrie, ne manipule pas, dans un sens  bien précis, l'information ? Toujours-est-il que la vidéo qui suit, publiée sur le réseau Voltaire, mais aussi sur le réseau "d'égalité et réconciliation" (oui, je sais, ça sent très mauvais par là-bas) existe. Que l'extrait de fin, la vidéo sur le massacre d'une famille par les "rebelles" de l'ASL mérite d'être authentifiée, comme les dires de Meyssan. Si le journalisme est la recherche de la vérité, alors il est de notre devoir de tout faire pour mieux comprendre, mieux savoir ce qu'il se passe en Syrie. Même si c'est en passant par des travaux de personnes connotées, contestées et contestables.

Précisons bien une autre chose : cette vidéo n'est pas déterminante pour expliquer tous les événements syriens, en aucune manière. Elle soulève simplement quelques questions. Et montre des événements que personne, ici, dans les pays de l'OCDE, ne montre. Ce qui est gênant. Très gênant. Parce que le massacre du commissariat existe, qu'il a été relaté, et qu'effectivement, il n'est pas considéré comme une horreur, vu d'ici. De la même manière, l'attentat suicide qui a tué les proches d'Assad est juste considéré par nos médias, comme une "élimination". Les attentats suicides sont toujours dénoncés comme des horreurs terroristes, en temps normal.

Sous le poids de la propagande, quelle qu'elle soit, chacun en vient à trouver des événements terribles, normaux, à faire des raccourcis, à voir tout en noir et blanc. A adhérer à des meurtres pour "la bonne cause". Tout en défendant la "démocratie" et les "droits de l'homme". Il y a pourtant des possibilités d'envisager les choses par une voie intermédiaire, en soupesant bien les diverses sources, les personnes impliquées.

Mais se refuser à chercher, de partout, sous prétexte que certains sont fréquentables et d'autres non ? Il y a comme une contradiction. La vérité est toujours au milieu.

Toujours est-il que ce massacre, cette exécution odieuse existe. Qui l'a perpétrée ? Quand ? Que fait l'ASL ? De qui est-elle surtout composée aujourd'hui ? Doit-on cacher ces informations ? Est-ce un montage ? Pourquoi ne pas chercher à en savoir plus à propos des exactions de l'ASL ? Parce que cela gène le story-telling en place ? Mais surtout : peut-on poser ces questions ?

Au temps pour moi : France 24 a diffusé cette vidéo avec un commentaire. Je l'ajoute donc.

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