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par Antoine Champagne - kitetoa

Milipol : le marché de la peur

Le salon de l'équipement des policiers, militaires et espions ne connaît pas la crise

Flingues de toutes tailles, drones, systèmes d'interception, gaz lacrymogènes, LBD, gants électriques, tout est bon pour faire face à « la menace ». Des menaces, justement, il y en a de toutes sortes et c'est bien pratique pour alimenter un marché de la peur très prospère. Surtout à l'approche des JO qui seront prétexte à toutes sortes d'expérimentations jusque là refusées.

On se demande bien ce que Sigmund Freud percevrait dans cette image - © Reflets

Années après années, les déambulations dans les allées du salon Milipol, où viennent se fournir États, policiers, militaires et espions en tous genres, restent aussi déprimantes. On y comprend que si l'on est « contre », on va se retrouver face à des armes innovantes, des instruments de répression toujours plus inquiétants, des outils de surveillance toujours plus intrusifs.

Même si l'on voit apparaître comme « argument de vente » l'aspect non létal de certaines armes, il est aisé de percevoir que celles-ci seront utilisées beaucoup librement que celles qui sont létales. Le risque de tuer est moindre, donnons-nous en à coeur joie... Comme dans un jeu vidéo. On tire, en misant sur le fait qu'avec ces armes, la victime aura plusieurs points de vie et pourra continuer à vivre. Mais avec quelles séquelles... Nous avions largement documenté dès janvier 2019 les ravages du LBD en France pendant la crise des gilets jaunes et le choix très contesté des munitions de la société Alsetex par les autorités françaises. Dans un climat social tendu, l'exécutif est de plus en plus tenté, depuis Nuit Debout, de désigner les opposants comme des ennemis. Non plus des adversaires politiques avec lesquels un dialogue peut s'enclencher, mais des ennemis à soumettre. Par la force. La traduction sur le terrain de cette vision des rapports sociaux par les politiques et les forces de l'ordre est désastreuse la plupart du temps. Surtout à Paris avec un préfet qui pense...

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