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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Hackers, hacktivistes : de simples agents du chaos

Samedi, Reflets est allé parler d’hacktivisme avec Frédéric Bardeau de l’agence Limite, de leur devenir et surtout de ce qu’ils devraient, selon lui, être. Cette émission de radio sur France Culture rebondissait sur une interview de Frédéric Bardeau dans les colonnes de Reflets. Yovan Menkevick, auteur de l’interview vous entretient souvent du soufisme.  Profitons de l’occasion pour parler de chinoiseries…

Samedi, Reflets est allé parler d’hacktivisme avec Frédéric Bardeau de l’agence Limite, de leur devenir et surtout de ce qu’ils devraient, selon lui, être. Cette émission de radio sur France Culture rebondissait sur une interview de Frédéric Bardeau dans les colonnes de Reflets. Yovan Menkevick, auteur de l’interview vous entretient souvent du soufisme.  Profitons de l’occasion pour parler de chinoiseries…

Pour Frédéric Bardeau, les hacktivistes manquent de culture politique, ont des égos surdimensionnés et rechignent à partager leur savoir, supposément hors du commun, de manière intelligible, avec « les gens ».

Les hacktivistes ne sont qu’un « groupe » dans un ensemble. Ce groupe, composé d’une foule d’individus ne sont que le reflet de la société dans laquelle ils s’insèrent. De fait, ce groupe est composé d’éléments qui peuvent être membres d’autres groupes (un jardinier qui devient hacktiviste le soir en rentrant par exemple) et qui font nécessairement partie de l’ensemble global. On trouvera donc assez logiquement, en proportion, autant de cons dans le groupe « hacktivistes », d’égos surdimensionnés, d’ignares politiques, que dans d’autres groupes (cafetiers, secteur de la communication, politiques, plombiers,…) ou que dans l’ensemble global. L'inverse étant vrai également. On trouvera dans un groupe autant de personnes avec une forte culture politique, un ego normal, etc. que dans le groupe global...

L’existence d’un groupe qui ne comprendrait que des sheng ren  (homme sage) chers à Lao Tseu est donc fort improbable.

Passons maintenant au fait que les hacktivistes n’auraient pas réussi à mettre en place une organisation leur permettant de s’exprimer d’une seule voix.

L’hacktivisme n’a pas d’autre choix que de changer de posture et de s’aligner sur les modèles récents qui ont, eux, démontré leur succès d’ailleurs complémentaire : Anonymous et Wikileaks d’une part, et les indignés et Occupy de l’autre. Assange et la bannière constituée par Anonymous, les mouvements Occupy et Indignés via Internet et parfois avec l’aide d’Anonymous et des hackers, ont eux réellement réussi à prouver leur puissance à transformer le paysage politique et médiatique au niveau international, à réellement changer les choses. Parce qu’ils ont touché le grand public et les médias mainstream, parce qu’ils ont créé de nouvelles conditions de possibilités : plus rien ne sera comme avant.

Vraiment ? Des groupes de ce genre, il y en a eu. Moins visibles, c'est certain. Des guerres entre groupes avec des dox,, tout ça c'est du déjà vu. Occupy ? C'est une très bonne chose. Ont-ils changé la politique ultra-libérale façon explosion à la dynamite

Prenons à nouveau appui sur Lao Tseu :

Avec la droiture, on gouverne le royaume ; avec la ruse, on fait la guerre ; avec le non-agir, on devient le maître de l'empire47. Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'empire ? Par ceci. Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s'appauvrit ; Plus le peuple a d'instruments de lucre, et plus le royaume se trouble ; Plus le peuple a d'adresse et d'habileté, et plus l'on voit fabriquer d'objets bizarres ; Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s'accroissent. C'est pourquoi le Saint dit : Je pratique le non-agir, et le peuple se convertit de lui-même. J'aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même. Je m'abstiens de toute occupation, et le peuple s'enrichit de lui-même. Je me dégage de tous désirs, et le peuple revient de lui-même à la simplicité.

"Wu wei" (non agir), plutôt que de parader dans la presse via une quelconque "organisation", même Lao Tseu est pour. Or, dans le genre communiquant de première bourre, Lao Tseu se pose là. On parle encore de lui alors qu'il n'a peut-être même pas existé. Aaahh... la mystification façon chinoiseries... Les arts martiaux chinois en sont truffés. Mais revenons à nos hacktivistes, nos hackers et leur "groupe" :

Dire "les hackers" ou, "les activistes", en globalisant, cela n'a pas de sens. Il est difficile de tenter de définir la scène des hackers/hacktivitses. C’est un groupe mouvant, avec ses fausses (et vraies) valeurs, des gens avec des egos énormes, #oupas. Elle est internationale. Historiquement (je suis un vieux con, ce qui me permet de replacer les choses dans une échelle temporelle longue) il y a ceux qui parlent (comme L0pht, cDc, le CCC, etc.) et ceux qui ne parlent pas (ADM).

En juillet 2002, Kitetoa.com dissertait sur le concept de « scène des hackers » (un terme largement utilisé par la presse) en expliquant qu’elle n’existait pas.

Aujourd’hui, dix ans après, les mêmes questions sont reposées (dans l’interview de Frédéric Bardeau) avec les mêmes visions globalisantes et partant, simplistes.

Chaque membre de l'ensemble, et donc, du groupe « hakers » et / ou « hacktiviste » est un agent du chaos. Ce chaos global qui nous sert de décor. Un groupe en soi ne fera pas bouger le système. C’est chaque action ou non-action de chaque agent qui fait évoluer l’ensemble.  Et qui peut savoir dans quelle direction ? Peu importe d’ailleurs. Les choses se mettent en place d’elles-mêmes.

Ce qui manque à l’hacktivisme c’est une coalition, une coordination, une méta-structure qui permettrait de dépasser les égos et les « orgas » pour parler d’une voix plus puissante, plus représentative

Vraiment ? La structuration d’agents du chaos aussi différents les uns des autres ne peut aboutir qu’à une perversion de la structure ainsi crée. Les sociétés dites démocratiques ne sont généralement in fine que des oligarchies. Celle-ci ferait exception ? Par quel miracle ?

A-t-on envie d’avoir quelques personnes qui parlent pour les autres ? Qu’obtiendra-t-on ? La société au sens large s’en portera-t-elle mieux ? Rien n’est moins sûr. D’autre part, les « hackers » ou les « hacktivistes » ont-ils vocation à sauver le monde de tous les maux qui l’accablent ? Plus que les politiques ? Plus que les médecins ? Plus que les chauffeurs de taxi ? Plus que les bouchers-charcutiers ?

Le datalove me paraît une gigantesque fumisterie car là encore cela refuse toute politique, toute polarisation : les datas ne sont pas neutres, elles ne peuvent pas être libérées en soi sans penser aux conséquences. Derrière ce vocable pseudo-hippie il n’y rien de construit, rien d’autre qu’un cri de ralliement pour bobos ou irresponsables : libérons les données privées aussi, libérons les données stratégiques et les lieux des infrastructures SCADA, libérons… Il est interdit d’interdire la libération des données ?

Les leaks et le datalove sont deux choses différentes. Mais passons sur ce détail. Le leak massif est-il quelque chose de mal en soi ? Oui, il peut faire des dégâts, le sujet à été évoqué à propos de Wikileaks et d’Antisec ces derniers temps. Mais il n'est en fait qu'un un serpent de mer existant depuis l’apparition du Net avec les pro « full disclosure » (Bugtraq) et les pro « obscurité » (vous noterez le nom de ce groupe qui s'était constitué contre le full disclosure...).

Rien de neuf sous le soleil.

En portant à la connaissance du public de manière abrupte et violente le fait que leurs données ne sont pas protégées -et que cela peut être « dangereux », certains « hackers / hacktivistes » participent à une forme d’éducation du public. Est-ce si dommageable ?

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