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par Antoine Champagne - kitetoa

Florence Parly, Emmanuel Macron : une décomplexitude à couper au sabre

Arrêter de vendre des armes à l'Arabie saoudite ? Quelle question déplacée !

Très colère, le président de la république a tancé les journalistes qui l'interrogeaient sur une possible suspension des ventes d'armes à Riyad. Florence Parly, ministre des armées a pour sa part indiqué qu'il fallait attendre la fin de l'enquête...

Florence Parly - © Reflets - Citation Reflets.info requise

Nicolas Sarkozy voulait une droite "décomplexée". Elle devait assumer ses positions, que cela plaise ou non. Le petit homme énervé s'est appliqué tout au long de son quinquennat... Il a bien montré jour après jour combien il était décomplexé, c'est à dire sans limites. Le tout culminant avec l'ignoble débat sur l'identité nationale que le nouveau président, Emmanuel Macron ne renie pas complètement. Emmanuel Macron est plus fin que Nicolas Sarkozy, mais finalement, pas moins décomplexé. En visite à Euronaval, l'un des salons de l'armement dont la France a le secret (avec Eurosatory ou Milipol), Emmanuel Macron a tancé les journalistes qui lui demandaient s'il comptait s'aligner sur la position de la chancelière Angela Merkel. Cette dernière a en effet annoncé que l'Allemagne stoppait ses ventes d'armes à l'Arabie saoudite.

"Mon agenda n'est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non. Je suis sur un autre sujet. Ça n'a rien à voir avec le sujet qu'on est en train de traiter. Rien. Rien. Donc je n'y répondrai pas. Je regrette. Ça continuera tant que je serai à la place à laquelle je suis. Que ça plaise ou que ça déplaise". Circulez, il n'y a rien à voir.

Et à un second journaliste qui lui reposait la question, le président a lancé : "Ce n’est pas parce qu’un dirigeant dit quelque chose que je suis censé réagir à chaque fois. Et donc je ne vous répondrai pas".

C'est fou, ces journalistes qui posent des questions déplacées... C'est vrai, quel rapport entre un salon de l'armement, un pays, l'Arabie saoudite qui vient d'avouer avoir tué un journaliste dans son consulat en Turquie et le fait que Riyad soit le deuxième client de la France en matière d'armement avec un volume de 11 milliards d'euros entre 2008 et 2011, selon les comptes de Reuters ?

Ventes d'armes par la France en 2016 - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC
Ventes d'armes par la France en 2016 - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC

Ventes d'armes par la France entre 2007 et 2016 à l'Arabie saoudite - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC
Ventes d'armes par la France entre 2007 et 2016 à l'Arabie saoudite - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC

Classement des plus gros clients de la France en matière de ventes d'armes - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC
Classement des plus gros clients de la France en matière de ventes d'armes - Rapport au Parlement 2017 sur les exportations d’armement de la France - CC

Parly-moi de priorités

Il y a des choses plus importantes que cette sombre histoire de meurtre d'un journaliste dans un consulat d'Arabie saoudite. Les journalistes pourraient avoir le sens des priorités quand même...

Quant à Florence Parly, elle a préféré botter en touche de manière magistrale : "la première des priorités est que l’enquête soit menée et que cette enquête soit crédible".

Et pour obtenir une enquête crédible, quoi de mieux que de continuer à vendre des armes à un pays sans foi ni loi.

A la fin du siècle dernier, la communauté internationale savait faire pression sur les régimes aux pratiques inhumaines. Ce fut le cas pour l'Afrique du Sud. De nos jours, dans un monde décomplexé, on attend la fin de l'enquête...

Florence Parly n'en est pas à son coup d'essai avec l'Arabie saoudite. Il faut relire avec la plus grande attention chaque mot de sa déclaration sur l'usage des armes françaises par Riyad au Yémen, devant les députés :

« _Compte tenu de la situation des civils au Yémen, nous ne vendons ni ne donnons d’armes aux Houthis, contrairement à l’Iran, et nous n’octroyons des licences à la coalition arabe que de façon millimétrée, grâce à une procédure de contrôle renforcée.

Nos armes peuvent-elles avoir un impact sur les populations ? Pour répondre à cette question, il faut distinguer le passé et le présent.

Par le passé, nous avons livré des équipements terrestres aux Émirats arabes unis et à l’Arabie saoudite. Comme il n’est pas possible de récupérer des armes déjà livrées, on peut légitiment s’interroger sur l’usage qui en est fait. À ma connaissance, les équipements terrestres vendus à l’Arabie saoudite sont utilisés non pas à des fins offensives mais à des fins défensives, à la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite.

Pour ce qui est du présent, lorsque nous sommes amenés à prendre des décisions sur la poursuite de contrats passés, nous nous posons plusieurs questions, à commencer par celle de savoir s’il faut y mettre un terme dans l’hypothèse où les armes seraient utilisées de mauvaise façon. Pour autant, cela ne doit pas nous conduire à laisser sans défense face à leurs adversaires des pays avec lesquels nous avons noué des accords de partenariat. N’oublions pas que les Houthis ont tiré des missiles balistiques vers Ryad, qu’ils ont détruit des navires de guerre émiratis avec des navettes suicides et qu’ils mènent des attaques contre les navires en mer Rouge.

Si des armes ont été vendues dans le passé à cette coalition, c’est qu’il y avait de bonnes raisons à cela, rappelons-le.

Il y a d’abord la protection de nos intérêts directs de sécurité : 30 000 ressortissants français vivent dans cette zone, 14 000 de nos militaires sont basés aux Émirats arabes unis et des accords de défense nous lient avec les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït.

Il y a ensuite la stabilité de la région. La population de l’Iran est supérieure au total des populations de tous les pays de la péninsule arabique. Si l’aviation des pays du Golfe est supérieure à celle de l’Iran, les forces terrestres en Iran sont bien plus importantes et ses forces navales bien dotées.

Il y a bien sûr la lutte contre le terrorisme. N’oublions pas qu’Al-Qaïda dans la péninsule arabique représente une menace directe contre la France puisque c’est cette organisation qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo. Son emprise territoriale est très dangereuse tout comme celle de Daech. En dehors des Américains, qui lutte contre cette organisation ? Ce sont les Émirats arabes unis, qui utilisent des Mirage. Compte tenu du fait que cette menace s’est déjà tournée directement contre nous, nous devons avoir cette préoccupation à l’esprit.

Il y a enfin la protection de la libre circulation dans cette zone absolument essentielle pour le transport des hydrocarbures.

Quant aux ONG, elles font leur travail. Elles constatent qu’il y a des canons CAESAR dans la région et se demandent s’ils ne sont pas utilisés pour tirer contre les populations. Je peux répondre qu’à ma connaissance, ces canons ne sont pas déployés au Yémen mais qu’ils occupent des positions défensives à la frontière sud de l’Arabie saoudite, face aux rebelles houthis qui cherchent à pénétrer sur le territoire saoudien. Dès lors, je pense qu’il n’y a rien à redire : c’est un État qui se protège et qui se défend.

Les ONG se demandent aussi si la France, qui a des relations avec l’Arabie saoudite, n’a pas l’intention de lui vendre des armes. Parlons de ce qui existe. Nous verrons si de nouveaux contrats seront ou non conclus avec ce pays ou avec les Émirats arabes unis, deux pays avec lesquels nous avons une longue tradition de discussions en matière d’armement.

Bien entendu, la situation géopolitique est extrêmement inquiétante, mais je crois que la France peut s’enorgueillir d’avoir un dispositif de contrôle très strict de ses exportations d’armement._ »

Ce fameux discours avait été épinglé dans un article au vitriol de Claude Angeli, ancien rédacteur en chef du Canard Enchaîné :

Article de Claude Angeli du 1er août 2018 - Canard Enchainé
Article de Claude Angeli du 1er août 2018 - Canard Enchainé

Le pays des droits de l'homme

Il n'est pas inutile de rappeler que parmi les clients d'Amesys (devenue Advanced Middle East Systems), il y a justement Riyad, surnommée le projet "Kinder".

Outre des armes en masse, le pays des droits de l'homme sait aussi exporter des outils de surveillance massive à un pays qui a pour habitude d'emprisonner des blogueurs, de décapiter au sabre (par exemple les apostats ou les adultérins) et désormais, de tuer des journalistes exilés, quasiment devant les caméras de télévision.

Qu'est-ce que ce serait si nous n'étions pas le pays des droits de l'homme ? Si ça se trouve on aiderait le bourreau à décapiter en place publique. Ou à aiguiser les sabres...

Après son refus d'accueillir quelques dizaines de migrants sauvés en mer Méditerranée par l'Aquarius, Emmanuel Macron donne une fois de plus le ton de sa présidence. En n'étant pas le premier à suspendre les ventes d'armes à Riyad, en refusant de le faire alors que le voisin Allemand nous y appelle ouvertement, le président français montre toute sa décomplexitude et au passage, couvre notre pays de honte.

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