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Dossier
par Antoine Champagne - kitetoa

Expliquez-nous ça monsieur Hollande...

Plus de deux ans que Reflets expose sa théorie abracadabrantesque selon laquelle la France s'est dotée d'une infrastructure lui permettant d'écouter une partie de l'Afrique, mais aussi, n'importe qui dans le monde, en délocalisant ses écoutes, ce qui évite le contrôle tatillon d'un juge, d'une commission ad hoc, bref, les restrictions ennuyeuses posées par un Etat démocratique. Deux ans... Et personne jusqu'ici pour nous suivre dans notre indignation. Personne ou presque.

Plus de deux ans que Reflets expose sa théorie abracadabrantesque selon laquelle la France s'est dotée d'une infrastructure lui permettant d'écouter une partie de l'Afrique, mais aussi, n'importe qui dans le monde, en délocalisant ses écoutes, ce qui évite le contrôle tatillon d'un juge, d'une commission ad hoc, bref, les restrictions ennuyeuses posées par un Etat démocratique. Deux ans... Et personne jusqu'ici pour nous suivre dans notre indignation. Personne ou presque. Jean-Jacques Urvoas pensait qu'en bons complotistes, nous n'avions rien compris. Aziz Ridouan, conseiller de Fleur Pellerin nous traitait de Trolls sur Twitter, sa patronne nous snobait consciencieusement, comme si nos questions étaient déplacées ou celles de complotistes. Le reste du gouvernement aussi, comme un seul homme, comme une seule femme. La presse ? Pas grand chose non plus. Quelques papiers sur Amesys ou Qosmos, mais sans jamais entrer dans le détail de ce qui s'est véritablement mis en place. Bien sûr, les révélations liées aux documents d'Edward Snowden ont un peu changé la donne. "Il y a une actu coco..." Alors la presse nous invite, vient puiser des documents que nous avons publiés il y a des mois pour étayer ses articles. Depuis des semaines nous attendions que des documents Snowden révèlent la part de la France dans l'énorme machinerie qui s'est mise en place pour mettre la planète sur écoutes. Ceci expliquait, selon nous, le peu de réactions du gouvernement français aux révélations en cascades. C'est à peu près chose faite aujourd'hui avec un article étrangement publié dans le Guardian (et non pas dans la presse française). On y découvre que la DGSE a très fortement collaboré avec le GCHQ britannique et par rebond, avec la NSA.

La DGSE a mis en place, explique le Guardian, une infrastructure d'écoute de masse s'appuyant sur les câbles. Et le GCHQ semble très content, non seulement de ce qui a été fait, mais aussi de la collaboration mise en place :

"La DGSE est un partenaire très motivé, techniquement compétent, qui a montré beaucoup de volonté pour s'engager sur des problématiques IP et travailler avec le GCHQ sur une base de coopération et de partage".

Mieux, le Guardian note pour ce qui est de la DGSE, celle-ci a un avantage comparatif important : sa relation avec une société de télécommunication qui n'est pas nommée. A vous de développer vos propres théories. Ce pourrait être Orange, bien entendu, mais aussi Alcatel Submarine Networks. Ou d'autres.

Après la révélation par la presse allemande de l'accord Lustre, ce nouvel article du Guardian place le gouvernement français dans une situation intenable.

Bien entendu, celui-ci a hérité d'une infrastructure de la part du gouvernement Fillon et des choix faits par Nicolas Sarkozy, initiés avec la vente d'un Eagle à la Libye de Kadhafi, et par la "cession" de Bull au patron d'Amesys. Bien sûr, cette écoute massive existait avant que François Hollande n'accède au pouvoir. Mais...

Mais il n'a rien fait pour y mettre un terme. Il a goûté ce gâteau au chocolat et l'a dévoré.

L'immense chape de plomb déposée par les gouvernements Fillon et Ayrault sous le contrôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande afin que le scandale Bull/Amesys ne prenne pas d'ampleur s'explique fort aisément maintenant que le Guardian a révélé cette petite pièce manquante.

Pour autant, de mémoire, les hommes politiques sont comptables devant leurs électeurs.

#ExpliquezNousCa s'il vous plait !

Monsieur Hollande, Monsieur Sarkozy, Mme Pellerin, M. Fabius, M. Longuet, M. Urvoas, il faudrait nous expliquer tout ça.

Expliquez-nous comment la "démocratie" française a muté. Comment elle a choisi de mettre en place une infrastructure d'écoute massive, en dehors de tout contrôle démocratique. Ce que le Parlement européen définit comme étant ce qui différencie une démocratie d'un Etat policier ?

Vous, membres du PS, qui avez, avec l'UMP, votre part de responsabilité dans la montée du Front National, vous demandez-vous ce qu'il adviendrait d'une partie conséquente de la population française si le FN accédait au pouvoir et disposait à sa guise de cet outil ?

N'avez-vous rien appris ? Le fichier Tulard, ça ne vous parle pas ?

Oh, bien sûr, ce ne seraient pas les Juif qui pâtiraient de l’existence de votre "machin" en cas d'accession du FN au pouvoir. Les cibles choisies par le FN ne finiraient sans doute pas déportées dans des camps. Mais il suffit d'un peu d'imagination pour comprendre comment une partie non négligeable de la population serait écartée de la société.

Chers hommes et femmes politiques, votre silence est inacceptable. Vos mensonges pathétiques sont éventés.

Vous avez brisé, a nouveau, le pacte social qui nous unissait. Il est temps de vous expliquer.

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