Journal d'investigation en ligne
par Eric Bouliere

Doses interdites : le grand malaise

Absurdité administrative et opacité comptable...

Partout en France les vaccins manquent, mais vaille que vaille on jette encore des doses par paquet de dix. Ce terrible gâchis se déroule en sourdine et derrière un épais rideau de fumée. Une effarante plongée dans la réalité d'un centre de vaccination...

Il serait temps d'en parler...
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Les clefs du problème…

1) Les laboratoires livrent leurs vaccins en fiole multidose. Le nombre de doses unitaires contenues dans un flacon est défini par le fabricant. L'agence européenne du médicament valide le protocole d'usage et délivre à dessein une autorisation de mise sur le marché (AMM).

2) Selon les prescriptions actuelles le flacon Pfizer contient 7 doses. A ce jour Moderna et Astrazenca annoncent officiellement 10 vaccins par flacons. Mais officieusement il s'avère possible d'en extraire davantage. On parle alors respectivement de 11 et 12 doses; soit jusqu'à 20% de vaccins en plus.

3) Ces doses surnuméraires sont déclarées illicites car contraires aux recommandations spécifiées par l'AMM. Certaines agences régionales de santé (ARS) ont invité les soignants à ne pas utiliser ces vaccins dont personne ne veut entendre parler. Faut-il pour autant les jeter…?

Depuis l'affaire Pfizer où le nombre de doses exploitables est passé de 5 à 7 (rappel), les autorités sanitaires ont préféré jeter un voile pudique sur cette embarrassante histoire de vaccins fantômes. Un peu comme si le sujet n'existait plus, ou bien s'il convenait de ne pas en débattre en place publique. Cette discrétion administrative serait, nous dit-on, propre à servir la cause tant elle consiste à se protéger envers et contre tout des effets du virus. Un mutisme obscur en guise de cataplasme anti-Covid… Pourtant, selon nos calculs, plus d'un million de doses déclarées non conformes auraient fini à la poubelle depuis le début de la pandémie.

Bienvenue à Nieul sur Mer...

Le troisième centre à ouvrir près de La Rochelle.  - © Reflets
Le troisième centre à ouvrir près de La Rochelle. - © Reflets

Notre enquête se déroule en Charente maritime, là où la situation sanitaire semble un peu moins explosive qu'ailleurs. J'ai profité de l'ouverture d'un nouveau centre de vaccination dans la communauté d'agglomération de la Rochelle pour rencontrer ceux qui côtoient la réalité du Covid. Bienvenue à Nieul sur Mer, adorable petite commune d'environ 5.800 âmes. Marc Maigné y porte une double casquette : maire de la commune en question et référent santé de la grande communauté d'Agglo. Là on change d'échelle :180 000 habitants à vacciner dans les mois à venir. Autant dire l'ampleur et la complexité de l’exercice quand on sait qu'au 1 avril, 14.800 doses de vaccins seulement ont été administrées. Localement deux centres existent déjà, l'un à la Rochelle (ici), l'autre à Châtelaillon. Ce tout nouveau lieu de vaccination vient donc en renfort des structures existantes. On y utilise du vaccin Moderna, livré en moindre quantité que le Pfizer, mais qui repose aussi sur la technique d'ARN messager. Une visite s'imposait…

Comment dire...ça va chauffer de la seringue! - © Reflets
Comment dire...ça va chauffer de la seringue! - © Reflets

Les vaccins manquent de partout mais la martingale Élyséenne semble efficacement combler les vides: "on monte en puissance". Et quand un élément de langage est reçu aussi fort et clair autant en user, sinon en abuser. Le thème aura servi de préface à l'inauguration. Allo Paris? Ici La Rochelle…

Un centre de vaccination au jour le jour….

Mercredi 24 mars: on ouvre

Tout est fin prêt à Nieul; et tout le gratin local s'est déplacé pour l'occasion: Pierre Molager, le secrétaire général du préfet de Charente-Maritime; Eric Morival, le directeur départemental de l'ARS nouvelle Aquitaine; et bien sûr M. Maigné le maire de la ville. La presse locale viendra elle aussi enquêter sur place afin de battre le rappel. Bilan au terme de cette première journée: 80 patients auront été vaccinés. Ça va venir...

Mrs Morival, Molager et Maigné: un vernissage en règle - Capture d'écran
Mrs Morival, Molager et Maigné: un vernissage en règle - Capture d'écran

Jeudi 25 mars : les bonnes seringues

Aucune crainte à avoir quant au coup de main des infirmières, toutes savent faire dès lors qu'on leur fournit le bon matériel. Il s'agit bien entendu de ces fameuses seringues à aiguilles serties dont madame Pannier–Runnacher, la ministre délégué de l'industrie, a récemment confirmé le manque au niveau national : "Lorsqu'on a le coup de main, on peut aller chercher des doses additionnelles, ce n'est pas toujours le cas, il faut avoir le bon matériel…". En conséquence de quoi, lorsque toutes ces conditions sont réunies, c'est effectivement 11 doses et non 10 que contient un flacon de vaccin Moderna.

Les seringues made in China qu'il faut avoir... - © Reflets
Les seringues made in China qu'il faut avoir... - © Reflets

Vendredi 26 mars: la montée en puissance

90 patients reçoivent une première dose.

Week-end du 27 mars: on fait les comptes

C'est pourtant marqué dessus: et de 11.... - © Reflets
C'est pourtant marqué dessus: et de 11.... - © Reflets

Durant ces premières journées de vaccination 250 doses, ou 25 flacons de 10 vaccins, seront utilisées. Or, à cet instant nous savons qu'il est aisément possible d'en soutirer un de plus. La différence fait qu'en trois jours seulement, les soignants ont déjà été contraints de mettre 25 seringues au rebut.

Lundi 29 mars : on ferme

Toc toc toc, y'a quelqu'un...???? - © Reflets
Toc toc toc, y'a quelqu'un...???? - © Reflets

L'agitation médiatique est à ce point retombée que les portes du centre resteront closes. Je cherche à m'informer des raisons de cette fermeture éclair auprès de monsieur le maire. La secrétaire de mairie se fait un peu prier mais accepte au final de lui faire part de mon désir de le joindre. Une montée en silence m'entraine jusqu'au lendemain matin…

Mardi 30 mars : trop de vaccins

Toc toc toc, toujours personne...???? - © Reflets
Toc toc toc, toujours personne...???? - © Reflets

9h00, le centre est toujours fermé. Sans nouvelles de Marc Maigné, je retente ma chance en mairie pour m'enquérir des faits du jour. Il me contacte dans la foulée par téléphone. Passablement tendu par tant d'insistance, il m'affirme que le centre est fonctionnel et m'invite à vérifier mes infos avant d'annoncer de telles contre-vérités.

Devant les portes closes, je m'imagine recevoir un démenti explicatif de sa part dans les minutes qui suivent. Vingt minutes plus tard, je me sens dans l'obligation de revenir vers lui.

Rempli de meilleurs sentiments à mon égard, il m'explique alors que le centre est fermé pour se réorganiser face à l'arrivée massive de vaccins. Il me confie très honnêtement les difficultés que rencontrent les élus des petites communes pour mettre en place un centre de vaccination. Ce à quoi je compatis très sincèrement.

Mercredi 31 Mars : dans le panier 9…

Dès l'aube les soignants sont à l'œuvre, armés des bonnes seringues à aiguilles serties ils parviendront sans difficultés à siphonner 99 vaccins des 9 flacons à percuter dans la journée. Au total 90 patients bénéficieront de la dose dite "légale"; mais c'est aussi, et encore, 9 doses "illégales" qui partent au panier.

Jeudi 1 Avril : poison de Covid !

Et si on en faisait une petite douzième? - © Reflets
Et si on en faisait une petite douzième? - © Reflets

Un médecin d'île de France me contacte pour échanger sur les modalités d'injection du vaccin. Je lui confirme la découverte d'une 11ème dose charentaise, lui me rappelle qu'au pays des huitres on devrait pourtant avoir l'habitude de compter en douzaine. Grosse surprise, il s'avère techniquement possible d'extraire non pas une, mais deux doses supplémentaires des fioles Moderna. L'opération s'exécute en quelques secondes et avec une déconcertante facilité en utilisant une seringue adaptée. En cette fin de journée, 90 patients auront reçu leur injection. A raison de 12 vaccins ponctionnés par flacon, on aurait pourtant eu la possibilité de protéger 108 personnes. Le constat est amer, en 5 jours, le centre de vaccination de Nieul sur Mer s'est potentiellement privé de 86 doses supplémentaires.

Ce ne sont pourtant pas les candidats à la vaccination qui manquent : un couple domicilié à La Palmyre, soit environ à 90 km de Nieul, s'est déplacé jusqu'ici pour y trouver leur injection. En tout et pour tout 43 flacons auront été ouverts, alors qu'en date du 22 mars le site Data.gouv affichait en avoir alloué 130 à Nieul, et 70 au centre Encan de la Rochelle. Or, on évite pourtant ici de mélanger les types de vaccins en n'utilisant que du Pfizer. Le Moderna sera réservé aux seules équipes soignantes du SDIS 17 (les pompiers) qui investiront les lieux à partir du 3 avril de sorte d'assurer une permanence allégée de vaccination le week-end. Ces hommes et ses femmes de bonne volonté, habitués à respecter les consignes hiérarchiques, me confirmeront devoir suivre la règle des 10 doses par flacons… mais à contre cœur. Si les faits, les chiffres et la logistique relèvent des grands mystères, l'irréalité de la situation se cadre bien d'une concrète absurdité

La parole est aux ministres…

Olivier Véran le 25/03/2021 - Reflets
Olivier Véran le 25/03/2021 - Reflets
Au plus fort de la tourmente du Covid, il serait donc admis de "faire avec". Avec les lois, les conventions ou les principes médicaux. Et qu'importe les à-côtés, l'essentiel est de piquer à tour de bras, avec ou sans les vaccins selon que la seringue soit perçue à moitié pleine ou à moitié vide. Olivier Veran balaiera l'idée de jeter un seul vaccin: "pas besoin de protocole, cela s'appelle du bon sens et quand on est soignant on n'en manque pas". Derrière la flatterie fallait-il entendre là une invite déguisée : soignant debout, pique et tais toi! Mais est-ce seulement du bon bon-sens que de faire reposer sur les épaules des infirmières le choix de détruire, ou pas, de si précieuses doses de vaccins…

Agnès Pannier-Runacher le 31/03/2021 - Capture d'écran
Agnès Pannier-Runacher le 31/03/2021 - Capture d'écran

Madame Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l'industrie, apportera quelques précisions au sujet: "d'après les calculs du ministère de la santé moins de 1% des doses sont -entre guillemets- perdues, c'est à dire quand on rapporte le nombre de dose au nombre de vaccinés, mais cela veut dire qu'on utilise massivement toutes les doses disponibles". Et bien non justement, le problème est bien là, nous n'utilisons pas –toutes– les doses.

La parole est aux laboratoires

Plus de doses, donc moins de flacons

Quand Pfizer fait ses propres comptes... - Capture d'écran
Quand Pfizer fait ses propres comptes... - Capture d'écran

La parole est boiteuse et le silence est d'or mais il faut bien admettre que le comportement du géant Pfizer n'est probablement pas étranger à cela . Souvenons-nous qu'en passant de 5 à 6 doses (pour finir à 7…), ce laboratoire à profité des engagements contractuels passés avec les états membres pour réduire ses livraisons en nombre de flacons. Sachant que 600 millions de doses avaient été commandées par l'Europe, Pfizer pouvait alors livrer 100 millions de flacons (100X6) en place des 120 Millions initialement prévus (120X5). A environ 12 € le vaccin, c'est donc une économie de près de 1,5 milliard d'euros que Pfizer a réalisé dans l'opération. Ne sachant plus s'il fallait crier au sauveur ou au profiteur, les autorités de tous bords ont préféré se la jouer profil bas. Avec un tel précédent, comment s'étonner que ces gros contrats qui traitent du gros virus à gros coups de gros sous échappent aux oreilles du petit commun des mortels.

La parole est aux sénateurs

Moderna: 10, 11, 12 ou 15?

Et qu'en sera-t-il pour les flacons de Moderna au fond desquels de valeureux sénateurs viennent eux aussi de découvrir une onzième dose cachés? Têtus, ceux de Haute-Saône et du Doubs ne semblent pas vouloir lâcher la corde. De questions écrites en prises de parole, le sénateur Rietmann s'inquiète encore et toujours des réponses qui lui parviennent: "Alors que ces éléments de précision seraient censés me rassurer, ils génèrent l'effet inverse. La chaine de transmission de l'information entre l’État centralisé et les territoires, par l'intermédiaire des préfets et des ARS, dysfonctionne. Que de perte de chance de se faire vacciner pour nos concitoyens du seul fait de difficultés organisationnelles et de problème de communication…".

Le cabinet ministériel de la santé lui ayant auparavant très longuement expliqué que: "La doctrine sur les doses surnuméraires a toujours été la même, il est impératif d’optimiser l’organisation de la vaccination pour utiliser toutes les doses contenues dans les flacons et ce, quel que soit le vaccin, pour ne jamais être contraint de jeter de doses surnuméraires. Une fiche technique est à disposition des professionnels de santé. Ce sujet est pris très au sérieux. En effet, selon une estimation haute tous les flacons Moderna contiennent 11 doses, et non 10, cela signifierait que le volume de doses Moderna augmenterait de 10%. Cela constitue par conséquent un élément non-négligeable de mobilisation de doses"

Et d'ajouter encore: "La position de l’État, pour le cas de Moderna comme pour le vaccin Pfizer récemment rappelée dans un DGS-urgent est donc de laisser aux professionnels de santé le soin d’apprécier s’ils parviennent, au cas par cas, à extraire la dose surnuméraire en considérant la mise à disposition d’un matériel adapté. L’État n’interdit aucunement à un professionnel de santé d’extraire une 11ème dose dans un flacon Moderna. Simplement, aucune doctrine publique ne peut, à l’inverse, forcer les professionnels de santé à extraire une telle dose. Cela pourrait avoir des conséquences sur la relation contractuelle (moindre livraison ou facturation systématique de la 11ème dose) et n’est pas conforme à l’autorisation de mise sur le marché. Enfin, une demande de variation d’AMM a été déposée auprès de l’EMA par le laboratoire Moderna pour faire reconnaitre cette 11ème dose. A ce jour, elle n’a pas été publiée par l’EMA."

La roue tourne, où s'arrêtera t-elle? - © Reflets
La roue tourne, où s'arrêtera t-elle? - © Reflets

Bref, soignants n'en jetez plus, mais n'attendez pas pour autant de consignes précises, étayées et officielles venues d'en haut. Vaccinez, autant qu'il vous plaira, comme il vous plaira, mais vaccinez en silence pour éviter d'éventuelles -conséquences sur les relations contractuelles-. Quant à cette fiche technique applicable à -quel que soit le vaccin- et qui serait donc mise -à la disposition des professionnels de santé-, elle ne concerne étrangement que le seul vaccin Pfizer ( ici ) A ce propos nous avons contacté le Dr Hamon, président de la fédération des médecins de France pour lui demander si cette information avait été portée a sa connaissance. Voici sa réponse: " il y a bien eu un communiqué urgent pour autoriser la 7ème dose de Pfizer, mais je ne suis absolument pas au courant d'une note ministérielle couvrant l'ensemble des vaccins".

De son côté l'AFP avait déjà rapporté que le Labo serait prêt à augmenter la capacité de ses flacons de 50%: «afin d'optimiser les ressources et les opportunités de livrer plus de doses plus rapidement sur chaque marché, Moderna a proposé de remplir ses flacons avec 15 doses de vaccin, en comparaison des 10 d'avant».

Qui donc portera le haut parleur?

Pas les soignants...

Parce qu'ils sont dans leur rôle. Comment reprocher quoi que ce soit à la profession? Contre vent et virus et au sortir d'un navrant Ségur, les soignants sont toujours sur le pont. Blouses blanches, infirmières libérales, médecins de ville ou hospitaliers, tous font leur possible pour donner de leur temps et de leur savoir faire. Pour autant il est indéniable que cette louable implication corporative ne concoure pas vraiment à faire éclater le problème des doses au grand jour. Car dans le métier on ne parle pas, on soigne.

De plus les soignants sont habitués à agir seuls, souvent dans l'urgence, et surtout sans attendre l'aval ou l'avis de Jo' les bons conseils. La maladie ne les effraie pas plus que ça, ils connaissent leur affaire et tiennent rarement compte des discours creux et des directives absconses. Alors ils piquent. De combien piquent-ils vraiment? Difficile de le dire car comment chiffrer des doses de vaccins qui n'existent officiellement pas. Cette 11ème dose-ci, va t-elle atterrir dans le muscle d'un bras ou dans le fond d'une poubelle? Et cette 12ème là, est-elle inscrite au champ d'honneur ou ira t-elle sauver monsieur truc ou madame machine? En d'autres termes, quid de la justesse de la comptabilité officielle. Dès lors que les choses sont aussi peu claires, comment madame Pannier-Runacher parvient-elle à assurer avec une précision Suisse que: "d'après les calculs du ministère de la santé moins de 1% des doses sont -entre guillemets- perdues.."

Le Dr Hamon et ses coups de gueule: un soliste dans le métier? - Capture écran
Le Dr Hamon et ses coups de gueule: un soliste dans le métier? - Capture écran

La position du Dr Hamon qui n'obéit qu'à sa conscience de médecin baroudeur, s'avère bien plus réaliste. Lui se refuse à jeter 1 seule goutte de vaccin. Il se contrefiche ouvertement des règles établies et déclare haut et fort: "j'ai envie d'aller dézinguer le ministère ! Qui sont ces gens incapables de s'adapter et de prendre des décisions responsables!". Mais tous les soignants ne sont pas blindés du même acier. Certains se refusent à prendre sur eux une responsabilité aussi haute dans des périodes aussi troubles. Ils estiment que la décision doit venir d'en haut et rechignent à ignorer les consignes des ARS. Mais ont-ils vraiment tord…

Pas les élus...

Parce qu'ils sont dépassés. Dépassés par les événements, par des journées longues comme un jour sans pain, et surtout dépassés par la complexité des affaires de Covid qui leur mange une bonne partie de leur temps. N'oublions pas qu'en principe le domaine de la santé publique ne relève pas d'une compétence territoriale mais de celle de l'état. Mais patatras, voilà qu'on leur annonce à mots couverts qu'ils doivent quasiment tout prendre en charge. Si certains maires de grandes villes se sont gorgés de pouvoir gérer cette charge seuls et au mieux, d'autres s'en seraient fort bien passés. Car il ne suffit pas de définir les grandes lignes à suivre, encore faut-il trouver le temps et les moyens d'en connaître la sinuosité afin de pouvoir les suivre. C'est ainsi que parfois, (souvent?) le premier magistrat de la ville peine à se tenir au courant de ce qui se passe réellement en sa demeure.

C'est avec la plus grande sincérité que certaines personnes très impliquées dans la démarche me déclareront ne rien entendre de ce problème de vaccins. M. Maigné, le référent santé de la communauté d'agglomération, m'avouera sans détour n'avoir rien appris en ce sens. Soucieux de faire avancer les choses, il m'assurera de sa volonté de faire remonter cette information.

Quelle occasion aurait été plus belle pour s'en ouvrir à tous que ce conseil communautaire qui s'est tenu le 1er avril, soit deux jours après notre conversation. Un point sur la situation sanitaire était même inscrit à l'ordre du jour. Une véritable aubaine pour qui souhaite alerter 82 élus d'un coup! Mais hélas, après 4 minutes de temps de parole à la tribune, Marc Maigné n'a pas trouvé le temps de délivrer le message.

Ce n'est jamais le bon moment de parler de ces choses là.. - Capture d'écran
Ce n'est jamais le bon moment de parler de ces choses là.. - Capture d'écran

Madame Delphine Charier, la responsable santé de la ville de la Rochelle m'avertira elle aussi de sa méconnaissance du sujet avec la même franchise.

Vous savez "je ne suis pas médecin" me confiera t'elle comme pour se défendre d'un mauvais procès. Ce qui n'est aucunement une nécessité en soi donnerait peut-être malgré tout un certaine autorité à la fonction. A moins bien sûr que la mission assignée aux référents santé consiste à aligner des chiffres et déplacer de la com'. Bien consciente de l'importance du dossier, madame Charier me recommandera de me tourner vers l'Agence Régional de Santé pour obtenir davantage de renseignements.

Pas les préfets...

Parce qu'ils ne parlent jamais. Monsieur Maigné nous présentera pourtant la chaîne de commandement en ces termes: "il y a le gouvernement, le ministère de la santé qui donne ses ordres aux ARS, via les pilotes départementaux que sont les préfets…". Hélas, un préfet c'est souvent muet comme une carpe avec la presse. Un préfet, porte bien le costume, décrète, interdit, inaugure, mais jamais il ne mettra l'étincelle aux poudres, et encore moins le feu au flacon.. Mais voici que les agences régionales de santé refont surface…

A gauche Pierre Molager de la préfecture, à droite Eric Morival de l'ARS - © Reflets
A gauche Pierre Molager de la préfecture, à droite Eric Morival de l'ARS - © Reflets

Pas les ARS...

Parce que leurs directions sont aux ordres. Les ARS sont en effet à Santé Publique France ce que sont les gardiens aux temples. Plutôt mourir que faillir devant une question qui dérangerait le gouvernement. Et la consigne actuelle est au silence dans les rangs. M. Molager, secrétaire du préfet de Charente-Maritime nous l'avait d'ailleurs sympathiquement confirmé au détour de l'ouverture du vaccinodrome de la Rochelle.

Nous l'avons vérifié depuis, il s'avère proprement impossible de converser avec M.Morival, le directeur départemental de l'ARS, autour de la moindre question touchant aux affaires ministérielles.

Et encore moins les bénévoles...

Parce qu'ils sont trop sympas. Nous les avons croisés, ils sont admirables. Ils aident tout simplement. Alors ne comptez pas sur eux pour autre chose que l'essentiel, ils ignorent l'inutile. Ils sont juste là pour résoudre les problèmes simples de logistique, d'accueil ou de maintenance. Les affaires de gros sous, de politique bizarre et de petites magouilles vaccinatoires ne les intéressent pas. Et quel dommage, car pour le coup ces gens là sont tellement efficaces.

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