Amesys, réfugiée politique aux Emirats Arabes Unis ?

bloodyamesys

Depuis quelques mois, les journalistes qui suivent l’AmesysGate sont au courant. Mais l’enquête est longue et difficile. Stéphane Salies, le nouveau propriétaire de la technologie Eagle via un tour de passe passe organisé par Philippe Vannier, le patron de Bull…

Ah, merde, non… on commençait trop sérieux. Reprenons autrement…

C’est l’histoire d’un mec… Y fait un truc qu’il veut pas qu’on le sache… T’as tous les journalistes qui cherchent à savoir quoi. Ils rament, hein, les journalistes. Et là, PAF!, pas de bol, c’est son pote qui le raconte à un journal en pensant pas à mal…

Oui, nous savions tous que Stéphane Salies est à la tête d’une entreprise domiciliée aux Emirats Arabes Unis. Comme Stépane et Philippe sont de joyeux lurons qui font des blagues de toto, Stéphane, sans doute en accord avec Philippe (pour pas se prendre un procès sur la base du droit des marques) a appelé sa nouvelle société Advanced Middle East Systems.

Z’avez  compris la blague ?

Advanced Middle East Systems : A.M.E.Sys.

Elle est bonne, non ? Franchement, à ce stade, on se dit que Philippe Vannier et Stéphane Salies ont un sentiment très fort qui les habite : ils peuvent faire à peu près n’importe quoi, le dire, et même le crier haut et fort, personne ne leur dira quoi que ce soit.

Tout le monde se doutait qu’il y avait baleine sous gravillon. Mais va donc enquêter sur une boite aux Emirats Arabes Unis, coco… Tous les dons des généreux lecteurs de Reflets n’y suffiraient pas.

Et devinez qui a craché le morceau alors qu’on ne lui demandait rien, mais alors rien du tout ? Celui de qui on aurait pu attendre la plus grande discrétion. Parce que le salon qu’il a monté, temple des surveillants compulsifs, vendeur d’armes numériques, n’aime pas la publicité. Du tout, même. Au point d’interdire la visite d’ISS aux journalistes.

Et oui, c’est le fameux Dr. Jerry Lucas, fondateur du salon ISS qui a balancé…

C’est en lisant une interview de lui que l’on découvre le pot aux roses, si l’on ose dire.

Doucement, mais surement.

When we held our first ISS World MEA in Dubai, 100 percent of the  exhibiting vendors were from Western Countries.  At this upcoming March  ISS World MEA in Dubai, 30% of the exhibiting companies are from  non-western countries: from China (ZTEsec and Semptian), India (ClearTrail and Vehere), Saudi Arabia (Creative TeleSoft), South Africa (iSolve, Seartech and VASTech), Turkey (C2Tech), Poland (Macro-Systems) and United Arab Emirates (Advanced Middle East Systems and Global Security Network) to name a few.

D’abord, il nous dit clairement que Advanced Middle East Systems and Global Security Network est une société basée aux Emirats Arabes Unis.

Puis, il confirme l’information que les journalistes couvrant l’AmesysGate connaissent déjà. Mais c’est agréable d’avoir confirmation par le fondateur d’ISS…

What’s the spur to this influx of new vendors?

That’s an interesting question. The main reason in my opinion is the  western governments reaction to certain Arab Spring revelations.  During  the uprisings in Tunisia, Libya and Egypt  protesters raided respective  ministry of interior offices and found vendor brochures, proposals and  contracts for intelligence gathering products deployed in telecom  networks.  This information was passed on to privacy group and bloggers  and eventually picked up by the mass media.  Eventually these media  revelations were picked up by Western politicians looking to make a name  for themselves.  When you can state the injustice and the villain  causing the injustice in 10 seconds or less you have a hot political  issue that the general public can relate too.  The injustice in this  case, governments surveillance of political dissidents and the villains,  companies supplying the means to undertake network surveillance.

How have some of the major Western vendors reacted?

A number of western vendors made a decision because of the negative  press attention to abandon the global intelligence gathering market.  In  the US  Congress Representative Chris Smith (R, NJ) sponsored a bill  that went nowhere to ban the export of intelligence gathering products  period.  In France a Bull Group subsidiary, Amesys legally  sold intelligence gathering systems to Lybia but received a lot of bad  press during Arab Spring.  Since Amesys represented only a few percent  of Bull Group’s annual revenues, they just sold the division.  Amesys is  now a UAE company, Advanced Middle East Systems (Ames).

My take away here is governments particularly in the Middle East,  Africa and Asia have concerns about the long term regional presence of  western intelligence gathering vendors who desire to keep a low public  profile. For example, choosing not to exhibit at ISS World Programs. The  next step by these vendors could be abandoning the regional marketplace  and product support.

Comme il est probable que ces déclarations ne restent pas bien longtemps en ligne, nous avons fait une petite copie d’écran. On ne  sait jamais, hein…
Donc, dans sa seconde salve d’informations décoiffantes, le président de TeleStrategies qui organise l’ISS nous le dit franchement :

Amesys a légalement vendu des systèmes de collecte de d’informations à la Libye, mais a récolté beaucoup d’articles négatifs au cours du printemps arabe. Puisque Amesys ne représentait qu’un faible pourcentage du chiffre d’affaires annuel du Groupe Bull, ils ont simplement vendu la division. Amesys est désormais une société des Emirats Arabes Unis, Advanced Middle East Systems (Ames).

Hop. Facile, décontrasté, comme dirait Garcimore.


DENISE FABRE ET GARCIMORE par TVVORE47

Enfin… Voila…

Non.  Ce n’est pas fini. Il reste quelques petites questions.

Les mêmes questions que celles que nous posons inlassablement aux gouvernements de François Fillon et de Jean-Marc Ayrault.

  • Comment le pouvoir politique peut-il cautionner ce cynisme hors normes ?
  • Comment laisser Amesys racheter Bull ?
  • Comment laisser Amesys vendre des outils de surveillance globale des communications dans des pays connus pour être des tyranies ou des Etats policiers ?
  • Comment laisser Bull vendre la technologie Eagle?
  • Comment laisser Bull opérer de tels tours de passe passe, si grossiers que tout le monde s’en rend compte ?
  • Comment accepter qu’Eagle (ou Amesys, selon Jerry Lucas) passe entre les mains d’une société basée aux Emirats alors que le FSI a investi plusieurs millions pour avoir un pied dans ce domaine ?

S’il y a un journaliste dans la salle, ça vous fait quelques questions à poser au patron de Bull lors de son prochain point de presse, des pistes à creuser et plein de bonnes questions pour le gouvernement du changement (#oupas).

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


14 thoughts on “Amesys, réfugiée politique aux Emirats Arabes Unis ?”

      1. arf, lecture trop rapide…
        En attendant, j’ai cherché rapidement de l’info sur A.M.E.Sys, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à part l’interview de Mr Lucas, il n’y a vraiment pas grand chose à traîner en surface.

  1. Quelques idées :

    1. Comment le pouvoir politique peut-il cautionner ce cynisme hors normes ?
    Le pouvoir politique n’est qu’une composante de l’exécutif. L’exécutif, c’est aussi toutes les administrations centrales, les analyses stratégiques, les hauts fonctionnaires, les projets pluri-annuels, … Le politique qui arrive au pouvoir est vite refroidi par l’exécutif hardcore : Monsieur, voulez-vous anéantir des dizaines d’années d’investissements, des centaines de millions, des doctrines, des parts de marché, des accords bilatéraux, … ? La réponse est non, bien sûr.

    2. Comment laisser Amesys racheter Bull ?
    Peut-etre aussi que c’était un plan séduisant que de faire racheter la vieille dame Bull, pas à bout de restructurations, par une entreprise performante sur son domaine, afin de lui redonner de la pêche, qu’elle puisse refaire des levées de fonds et se repositionner sur l’échiquier international ?

    3. Comment laisser Amesys vendre des outils de surveillance globale des communications dans des pays connus pour être des tyranies ou des Etats policiers ?
    Déjà dit maintes fois : ces Etats étaient à l’époque tous amis de la France. Si on n’a pas vendu à la Syrie, c’est juste qu’on s’est fait griller par d’autres.

    4. Comment laisser Bull vendre la technologie Eagle?
    On ne connaît pas tout : peut-etre qu’une holding en France a conservé les droits de propriété sur le code, et que la société aux EAU n’est qu’un bras armé commercial.

    5. Comment laisser Bull opérer de tels tours de passe passe, si grossiers que tout le monde s’en rend compte ?
    Preuve éclatante que quand on est du bon côté du manche, tout passe.

    6. Comment accepter qu’Eagle (ou Amesys, selon Jerry Lucas) passe entre les mains d’une société basée aux Emirats alors que le FSI a investi plusieurs millions pour avoir un pied dans ce domaine ?
    Similaire à la question 4. Ca n’est pas forcément contradictoire.

    Et j’ajouterais un point à propos de Jerry à Tatiana Lucas : tout ce qu’ils aiment c’est l’argent, la sécurité ils s’en foutent. Si chez Reflets vous avez 10,000EUR sous le pied, vous êtes libres de monter un stand au prochain ISS et de l’appeler Advanced French Fries for Global Markets si ça vous chante.

  2. c est la technologie decomplexee….
    ou la french touch….
    etrange que des schemas juridiques et interactions entre personnes physiques et morales ne peuvent pas etre flaguées par les services de l etat. on devrait pouvoir determiner des montages types et avoir des alertes en consequence.

    ça me demange d interpeller mon depute sur les ventes d armes numeriques et de tenter de faire relayer des questions au gouvernement.

    #oupas ©

    #naif….

  3. Celà fait quelques fois déjà, ou j’écris à mon député (à l’ancienne, une bonne lettre de papier d’arbres en bois), pour qu’il interroge le gouvernement.

    Je n’ai eu en tout et pour tout qu’une lettre de réponse de sa part, m’indiquant qu’il suivait ces dossiers avec beaucoup d’intérêts, et qu’il allait interroger le gouvernement lors des séances de QaG à l’assemblée.

    Celà fait presque 8 mois, et aucune question n’a encore été posée.

    Etonnant ?

    Moi, je ne trouve pas, je dirai plutôt : « Conforme ».

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