Turquie: Le réveil du PKK (1/3)

C’est la rentrée.

Le temps se met au gris. Et le moral tend à évoluer dans la même direction.

Les français, revenus de vacances, reprennent le chemin des bureaux, des usines, des open-space, se posant en leur for intérieur, cette question lancinante: était-ce un rêve? Ma vie est-elle faite d’usine et d’open-space? Ou suis-je fait pour courir, nu, à travers les champs?

Rassurez vous, ce n’est pas aujourd’hui que nous lancerons le débat de l’aliénation au travail. Pourtant, quelle meilleure période que cette rentrée pour lancer un débat truculent ? Je vois déjà les visages blêmes, rougissant sous l’effet d’un argument, frisant le mauvais esprit, balancé par le camps adverse… Les harangues enflammées dignes d’un apéro bien arrosé au plein cœur de l’été…

La question de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est justement un vrai débat. Qui doit d’être abordé. Longtemps mise de côté, cette question n’est pourtant pas nouvelle. Dès septembre 1963, l’accord d’Ankara officialise l’association de la Turquie avec la Communauté Économique Européenne. Visant à l’intégration de la Turquie dans l’Union douanière, il fixe explicitement le but des discussions comme étant l’adhésion pleine et entière. C’est en 1987 que le président du gouvernement turc dépose la candidature de son pays. Cette candidature ne recevra pas immédiatement de réponse positive. L’Union Européenne va d’abord poser de nombreuses conditions, repoussant ainsi l’ouverture des négociations formelles d’adhésion. Il faudra attendre 2004 pour que le conseil de l’Europe reconnaisse les efforts accomplis par la Turquie, et que la procédure d’adhésion soit officiellement engagée. Lorsque les 35 chapitres de négociations seront clos, la Turquie adhérera naturellement à l’Union.

C’était compter, sans notre irréductible président, gavé de potion magique « Made in » Bettancourix Labs  (parce qu’il le vaut bien), et déterminé à lutter, encore et toujours contre l’envahisseur. En 2005, Jacques Chirac, poussé par une opinion publique hostile fait inscrire dans la constitution l’obligation d’un référendum pour valider toute nouvelle adhésion. Son hyper-successeur s’engouffrera dans la brèche et jouera de ce thème quelque peu populiste (car quoi qu’il arrive, aucune décision ne sera prise sous son mandat). Alors bien sûr : Oui, il est bon que le peuple soit consulté. Mais nos dirigeants devraient avoir la décence de ne pas jouer aux apprentis marionnettistes. Ils devraient avoir la sagesse d’élever le débat au lieu de l’abaisser à des niveaux proches de la fange.

Reflets.info sait plonger dans la fange pour sauver de la noyade ces débats moribonds. Et après les avoir choyés quelques temps, nous espérons tous les voir voler de leur propres ailes. Ouvrons donc cette série d’articles sur la Turquie par une actualité qui a pu vous échapper et qui pourtant, là-bas, ne laisse personne indifférent : Le réveil du PKK.

 

15 août 2011 : Une nouvelle troublante

L’AKP (ou Parti de la Justice et du Développement) fête ses 10 ans. Les pontes du parti ont de quoi se féliciter! Né des cendres du Refah Parti (Parti du Bien être), l’AKP a assuré trois gouvernements successifs. Et il est extrêmement populaire auprès du peuple turc : les élections législatives de juin 2011 ont tourné au plébiscite électoral avec plus de 50% des voix. Du jamais vu depuis les années 50!

En Turquie, c’est le mois sacré du Ramadan ( Ramazan en Turc ). Les célébrations seront discrètes pour ce parti d’islamistes modérés, décidés à participer à la vie politique, et ayant donc choisi la voie d’une insertion pleine et entière dans la démocratie laïque Turque.

Mais la modestie serait-elle la seule raison de ces cérémonies discrètes? N’y aurait il pas comme une sorte de gêne? Aujourd’hui une nouvelle étrange est tombée. L’Iran a annoncé avoir capturé, durant ses opération dans le Kurdistan iranien, le numéro 2 de la rébellion kurde du PKK en Turquie. Cette nouvelle a placé la diplomatie turque en alerte, à la recherche d’une confirmation qui n’est pas arrivée. Murat Karayilan serait-il réellement tombé dans les mains des iraniens? La nouvelle est inquiétante.

  D’autant, que depuis les dernières législatives, la question kurde a refait son apparition au cœur de l’actualité.

  •  En février 2011, le PKK met fin au cessez le feu entré en vigueur en 2006, autorisant dorénavant ses membres à se défendre s’ils se sentent menacés.
  • En Mai 2011, c’est Abdullah Öcalan, leader du PKK emprisonné, qui menace de déclencher une « grande guerre », le 15 juillet, si la Turquie continue à refuser l’ouverture de négociations pour régler définitivement la question kurde.
  • Début juillet, Öcalan, par l’intermédiaire de ses avocats, annonce que le PKK et le gouvernement ont créé un conseil de la paix. Ces déclarations sont très vite démenties et rejetées par le gouvernement de l’AKP.
  • Des attaques sporadiques ont lieu durant la première quinzaine du mois de Juillet.
  • Le 14 juillet 2011, les négociations entre le gouvernement et le BDP, parti politique réputé proche du PKK, échouent à mettre fin au boycott du parlement par ce parti kurde. Quelques heures plus tard, le PKK attaque un convoi de l’armée turque dans la province de Diyarbakir et ôte la vie à 13 soldats turcs. Les hostilités ont été déclenchées.
Combattants kurdes du PKK

 

Et cette nouvelle si dérangeante, qui arrive le 15 août ! Le jour de l’anniversaire de fondation de l’AKP ! Le jour précédant, une attaque du PKK a encore emporté la vie de 3 soldats turcs. Le gouvernement se doit de réagir.

Yusuf Kanli, chroniqueur, s’interroge dans le journal Today’s Zaman:

Alors que le groupe armé, ses extensions politiques, et ses porteurs de stylos dans les médias, essayent de promouvoir une coexistence côte-à-côte des turcs et des kurdes, dans une atmosphère d’ « autonomie démocratique » intégrée dans une « république démocratique » que l’AKP affirme promouvoir en Turquie, pourquoi l’Iran a-t-il fait un mouvement aussi radical contre le groupe armé ?

Alors que la Turquie a commencé à s’éloigner des politiques basées sur la Solidarité islamique, et revient vers son positionnement d’avant-poste des demandes et intérêts de l’Ouest et plus particulièrement des États-Unis, pourquoi l’Iran a-t-il capturé un chef aussi important que Karayelan ?

Alors que le Baath Syrien est en train de perdre sa bataille contre les demandes démocratiques massives émanant du peuple Syrien, et que la Turquie a évolué d’un niveau de relations « mon frère Bashar-al-Assad » vers une rhétorique « Faites des réformes ou alors … « , quel serait l’impact d’un PKK passant sous la direction d’un kurde syrien ?

La Syrie et l’Iran seraient-ils en train de passer un message fort ? Ou la capture de Karayilan serait-elle juste, une coïncidence ?

 

Barack Obama et Recep Tayyip Erdoğan

 

 Les défis d’une politique étrangère « Made in Turkey »

Yusuf Kanli a-t-il raison de qualifier la nouvelle politique étrangère turque d’avant-poste de l’Ouest ? Sur ce sujet, je suis en partiel désaccord avec lui.

Les positions de la diplomatie turque, ces dernières années ont été, pour beaucoup, une source d’espoir. Se tenant à l’écart des discours radicaux cherchant à promouvoir une confrontation Orient/Occident, les diplomates turcs ont tenté de faire entendre une autre voix, plus indépendante et plus constructive.

En mai 2010, Turquie et Brésil s’unissent pour tenter de résoudre la question du nucléaire iranien. Ils parviennent à trouver un accord avec l’Iran afin que 1200 kg de son uranium soit enrichi à l’extérieur du pays.

En mai 2010 encore, un bateau turc tentant de casser le blocus de Gaza est arraisonné par la marine israélienne : 7 turcs perdent la vie dans l’abordage. La réaction Turque est exemplaire, loin de la servilité des dirigeants occidentaux ou du jusqu’au boutisme des ennemis d’Israël. La diplomatie turque mettra en oeuvre une réponse graduée dans le temps et dans les moyens. Celle-ci aboutira à l’expulsion du diplomate israélien d’Ankara, et à l’annulation de contrats militaires : Israël a perdu son seul et unique allié non-arabe (et un des plus ancien) dans la région.

En décembre 2010, le printemps Arabe bouleverse la donne régionale. Au départ prudente, la diplomatie Turque saura concilier réalisme et principes démocratiques. Opposée à l’intervention militaire en Libye, elle militera néanmoins pour faire repasser le contrôle de l’opération sous le chapeau de l’OTAN et participera au blocus maritime.

 

Recep Tayyip Erdoğan, Mahmoud Ahmadinejad et Recep Tayyip Erdoğan

 

Mais cette intervention en Libye va avoir un avoir un deuxième effet Kiss Cool. Un effet probablement anticipé par les puissances qui l’ont déclenchée. Alors que les frappes s’abattent, dés le 18 mars 2011, sur le territoire libyen, le peuple syrien, qui était jusqu’à présent resté comme pétrifié, se libère de ses peurs et décide de défier son gouvernement. Dès le 20 mars, la contestation s’amplifie.

Pour une diplomatie turque, toujours inquiète de la stabilité de son voisinage immédiat, ces évènements seront un nouveau casse tête.

 

La Syrie rentre dans la tourmente régionnale

Jusque dans les années 2000, les relations syro-turques ne sont pas bonnes. Problèmes territoriaux, question du partage de l’eau, alignement géopolitique, question kurde… L’expulsion par Damas de Öcalan en 1998, qui va s’exiler en Grèce, va permettre d’inverser la donne. Lorsque l’AKP arrive au pouvoir en 2002, le réchauffement des relations entre les deux voisins va s’accélérer. En 2004, Bachar el-Assad est le premier dirigeant Syrien à se rendre en Turquie. Les familles des dirigeants sympathisent. Les échanges économiques explosent. Le premier ministre Turc, Recep Tayyip Erdogan, appellera Bachar el-Assad son « bon ami ».

 

Recep Tayyip Erdoğan et Bachar Al-Assad

 

La réaction turque à la répression qui va s’abattre sur le peuple syrien, courant février 2011,  va, tout d’abord, être discrète.

La Turquie privilégie la voie du dialogue. Elle tente d’abord de conseiller Bachar dans un langage très diplomatique, puis admet des réfugiés syriens sur son territoire, tout en les empêchant de parler aux médias. Mais les demandes du peuple syrien ne laissent pas Ankara indifférent. Certains syriens auraient proclamé : « Nous voulons vivre comme les turcs ». Une réunion de l’opposition syrienne se tiendra même à Antalya. Au fur et à mesure que la répression en Syrie s’étend, la position turque se durcit. Écartant toute intervention militaire, renonçant à appeler Bachar à la démission, Ankara muscle néanmoins son discours, appelant à des réformes immédiates, et sans plus tarder. Les contacts entre américains et turcs au sujet de la crise syrienne seront qualifiés d‘ »importants et constants ». Le message que délivrera l’ambassadeur turc à Damas le 8 août aura tout d’un ultimatum : si dans les 2 semaines, les opérations ne s’arrêtent pas, il ne restera plus rien à dire sur les décisions qui seront prises ultérieurement. La menace serait d’ordre militaire. Et Barack Obama aurait, lui même, donné son aval.

 Cette nouvelle, qui tombe le 15 juillet, serait-elle une sorte la réponse de Bachar el-Assad à la Turquie ? Une réponse qui aurait été délivrée par l’Iran.

Si l’Iran semble naturellement rentrer dans cette danse, c’est que, pour Téhéran, Damas est un allié stratégique de premier plan. Sa chute serait synonyme d’une perte importante d’influence au Moyen-Orient, région de tous les enjeux. La Syrie garantit aux iraniens un accès sur la mer méditerranée, et une frontière avec Israël. Le régime de Bachar facilite  leurs contacts et les transferts d’armes avec leur autre allié de poids dans la région, le Hezbollah libanais. Enfin, pour Téhéran, Damas, est plus qu’un allié. Car si la Chine ou la Russie observent à l’égard de Téhéran, une neutralité, somme toute assez mondaine (comparez ça avec notre hyper-président), avec les grandes puissances, la prudence reste de mise. Elles vous traitent généralement en laquais. Et vous lâchent pour un rien.

Le régime installé à Damas est un réel partenaire. Et ce partenaire, l’Iran tient à le conserver.

C’est donc un meeting de sécurité exceptionnel qui va se tenir le jeudi 17 août à Ankara. Deux gros dossiers sont posés sur la table : la question kurde et la politique syrienne. Ces deux dossiers sont-ils réellement indépendants ? Tous les chroniqueurs en doutent. En réaction à la réunion de l’opposition syrienne à Antalya, la Syrie a convoqué une semaine plus tard, un meeting des organisations kurdes, PKK inclus. Certains parlent même de ré-ouverture des camps d’entrainements du PKK en Syrie …

 

Quoi ? Ca s’arrête déja ?

Dans la région, les événements s’accélèrent. Nos media, n’en observent malheureusement que l’extrême  pointe émergée alors que sous les flots, en sous-marin, s’avance l’iceberg inquiétant qui menace de faire sombrer le grand radeau méditerranéen dans lequel nous sommes tous embarqués.

Je n’ai pas fini de vous conter les événements qui agitent les côtes méditerranéennes, à quelques centaines de kilomètres de chez vous.

Ne vous éloignez pas trop … la suite arrive sous peu.

 

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13 thoughts on “Turquie: Le réveil du PKK (1/3)”

  1. Merci pour l’article qui est clair et enrichissant.

    Attention à la légende de la troisieme photo, je suis pas sûr que Recep Tayyip Erdoğan y soit deux fois dessus ^^ (d’autant plus qu’il ressemble fort à Lula)

  2. « la réaction de la diplomatie turque a été exemplaire » …
    Pas d’accord sur ce point, la « flottille sur la paix » a été instrumentalisée, et le fiasco de l’assaut israélien était attendu par le gouvernement turc pour lui permettre de rompre les relations militaires avec Israel.
    Il faut regarder ce retournement d’alliance avec le coup de balais qu’a subit l’état major de l’armée ces derniers mois, sous prétexte de complot militaire.

  3. Très bon article, vivement la suite !
    2 ou 3 petites remarques quand même. Je ne sais pas si on peut vraiment parler de « réveil du PKK », chaque année le conflit entre la Turquie repart de plus belle.
    J’ai aussi un peu de mal avec l’AKP, parti « d’islamistes modérés ». Islamiste modéré c’est un peu antinomique, c’est ce que disent les médias qui mélangent un peu tout ^^. Personnellement je dirais plutôt parti islamique modéré (ou musulman modéré éventuellement).

  4. Ctrl+F « pétrole » : rien ;-)

    Pourquoi ne pas parler de ce noeud du problème ? Si le Kurdistan existait en tant que pays, il possèderait la sixième plus grosse réserve du monde. La Turquie et l’Iran ne sont pas près de lui faire un si gros cadeau. Et évidemment (et légitimement) les kurdes ne sont pas intéressés par une indépendance qui ne leur donnerait pas aussi les droits d’exploitation du sous sol. Sans le pétrole, ce pays, enclavé et aride, serait déjà indépendant, mais le ne voudrait peut être pas !

  5. le sujet et bien ecrit mais mal interpreter je connais tres bien lhistoire du kurdistan et de la turki et voir meme de lirak les turk jouent ds tous les tablo et en fezant sa personne ne lui reproches ses masacres sur les kurde je me demande pourkoi tu parle pas de sa ya des choze vrais ds cet article et je saluent ton ecriture mais malheureuzement jen ai peur des mauveze information sur les kurde avec pluse de rnseignement je serai volontiers de tecouter sur dotres sujet a bientot

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