Trump, ou pourquoi les outils de surveillance massive doivent être proscrits

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Adresses mail .gouv.fr ayant effectué des achats sur le site d’un sex-hop français

Ce n’est pas la première, ni la dernière fois que Reflets exprime cette position : la mise en place d’outils de surveillance massive, y compris par des Etats dits démocratiques, doit être proscrit. Car il est impossible de prédire l’avenir et le type de régime qui s’imposera. Observez par exemple la différence d’orientation politique entre Mustafa Kemal Atatürk et Recep Tayyip Erdoğan en Turquie. Outre-Atlantique, se pose désormais la question de savoir comment sera utilisée l’immense machine mise en place par le gouvernement américain. Donald Trump aux manettes, tout peut arriver. Bien entendu, tout n’était pas rose sous Barack Obama, l’immense augmentation des morts par drones par rapport à l’époque Bush en est un exemple. Mais cette fois, le locataire de la Maison-Blanche ne semble même pas vouloir préserver les apparences.

Quelles sont les perspectives d’un opposant à Donald Trump ? Toutes ses communications, et donc toute sa vie privée, peuvent se retourner contre lui en un instant. Un mot de travers dans un mail ? Une blague au téléphone ? Tout ce que vous avez dit, direz, avez écrit ou écrirez pourra vraiment être retenu contre vous. Il suffit de demander aux opposants de Kadhafi victimes des technologies déployées par la France et Amesys, ils savent que les réseaux peuvent donner des leviers aux services de renseignement pour parvenir à leurs fins.

Imaginons un instant un homme politique disposant de ces outils et qui voudrait s’affranchir des contre-pouvoirs démocratiques. Il lui suffit d’aller piocher un fait qui peut servir de levier contre chaque député, sénateur qui s’oppose à ses projets.

Un député dont le fils a acheté un produit interdit via Internet, un sénateur qui a une liaison extra-conjugale, un homme politique qui a accepté de l’argent contre un service, tel autre qui se plaint de ne pas être récompensé à sa juste mesure par tel ou tel poste ? Tout cela se « lit » dans les informations circulant sur les réseaux informatiques et téléphoniques.

Gouvernement, députés, sénateurs, il est encore temps…

Il est temps, gouvernement, députés, sénateurs, de prendre conscience que depuis 2006, vous avez joué aux apprentis sorciers. Vous avez installé des technologies qui permettent à un gouvernement de tirer un trait total sur toute idée de vie privée. La plupart du temps au nom de la lutte contre le terrorisme alors qu’il a été prouvé combien cela est faux, une excuse, une invention.

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Mais surtout, il est temps de comprendre que vous vous êtes tirés une balle dans le pied. Ministres qui faites la promotion de ces outils, le prochain Trump français les utilisera contre vous. Députés, sénateurs, le gouvernement du prochain Trump français vous réduira au silence avec ces outils dont vous avez approuvé la mise en place. Vous vous êtes tirés une balle dans le pied.

Il n’est jamais vraiment trop tard pour reconnaître une erreur afin de la corriger, si l’on en a encore les moyens. Il est donc encore temps de mettre un terme au déploiement de ces outils de surveillance massive. Il est encore temps de les démanteler avant que vos opposants politiques les plus dingues ne mettent la main dessus et vous écrasent avec.

Si seulement l’élection de Donald Trump pouvait au moins servir à cette prise de conscience…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

24 thoughts on “Trump, ou pourquoi les outils de surveillance massive doivent être proscrits”

  1. Je suis en désaccord avec le titre et le fond de cette tribune.

    L’interdiction de tels fichiers ne se justifie nullement par le fait qu’ils pourraient tomber dans telles ou telles mains.
    Cela reviendrait à dire qu’ils pourrait être licite dans d’autres, ce qui ne saurait être !
    Le fichage systématique de la population est condamnable quel que soit le gouvernement.

    1. Je pense qu’on est tous d’accord sur ça. Mais il faut voir les choses en face: pour beaucoup de gens [citation needed], il n’y a pas de soucis à se faire face à de tels manœuvres puisque de toute façon « on fait rien de mal ». Je pense que cet article s’attaque surtout à cette façon de voir les choses qui fait que le public se laisse entraîner par une apparence de légitimité du fichage.

  2. Les « democrates » qui avancent masques sont plus dangereux que ceux qui font dans l’outrance.
    Eux, on se mefie…

    Dire qu’il ne faut pas faire de fichiers « parce que l’extreme droite… »… mouai…
    Le probleme c est que c est un peu « parce que l extreme droite », que nos democrates ont deja decides de nous confisquer la democratie.
    Pris au sens premier (sans lire entre les lignes), cette argumentation sur les fichiers tombe donc un peu a plat.

    Et puis, a quoi bon ces fichiers ?
    Depuis quand etre noyé dans les donnees ameliore t il la comprehension ?
    On est plus dans un comportement compulsif et irreflechi d’accumulation pour se rassurer.
    Un cas psychiatrique, si l’on parlait d’un individu.
    Etonnant que l’on veuille d’un chef comme cela en France.

    1. Note que tu n’es « noye » que dans le cas ou celui qui detient ces donnees cherche un individu non defini qui a fait ou va faire « quelque chose de mal ».

      Le probleme est tres different quand il cherche « quelque chose de compromettant » au sujet d’un individu precis. Il n’a plus a chercher une aiguille dans une meule de foin (ou plusieurs), mais (pour reprendre cette comparaison) une aiguille dans une (petite) botte de foin… avec un gros aimant.

    1. Ce que je lis moi entre les lignes dans cet article, c’est qu’une réponse technique à un problème non technique prouve que l’on ne comprend ni le problème, ni la technique.

      Il est abusif de demander à des outils techniques de faire le tri entre le bien et le mal puisque ces notions sont assez subjectives et ne dépendent que du point de vue de celui qui emploi l’outil. Quand on sait qu’au gré du temps, nos dirigeants changent et qu’on ne sait pas qui sera aux commandes demain, il faut dès à présent être prudent quand les outils sont déployés même si cela se fait pour des raisons louables aujourd’hui.

      A mon sens, c’est tout sauf naïf de pointer ça avant car dès que l’outil est déployé, le retour en arrière est impossible.

        1. Pareil. J’applaudis à cette tribune et je souhaite vivement que la population française en général soit interpellée sur les enjeux liés à la captation de données.
          Nos gouvernants compromettent notre capacité à être un peuple libre et souverain. C’est une trahison !
          Il est du devoir de la société civile de construire des alternatives démocratiques et de soustraire des rets des Gafam et autres Palantir. Ce n’est plus seulement une question de bon sens. C’est devenu un acte de résistance.
          Arrêtons d’être des moutons : devenons des CHATONS !

  3. Si certain pense nous faire gober qu’il suffit d’un Trump pour qu’un fichier devienne dangereux, poursuive t-il d’autre dessein?
    Par exemple celui de faire croire qu’en de «bonne main» il n’y a pas de problèmes?
    Le plus gros problème est le manque de loi encadrant l’utilisation de ce fichier, quel que soit celui qui peut l’utiliser. C’est vraiment naïf de croire que seul Monsieur Trump serait susceptible de s’en servir pour des malversations, et c’est l’injurier que de l’écrire sans preuves et sans le début d’une mauvaise action de sa part. Par contre,on voit bien le dessein de cet article minable plein de suspicion a la noix. Et non, je ne suis pas pro Trump.

    1. Le problème de Trump, c’est qu’il joue avec le feu et qu’il est capable du pire si cela est dans son intérêt. Cette période particulière de campagne électorale US nous l’a quand même montré.

      Sachant cela, il faudrait être idiot pour croire que les autres sont mieux et que même ceux qui se présentent comme modérés n’en font pas usage pour « la bonne cause ».

      Bien entendu que c’est l’existence même des dispositifs de surveillance de masse qui pose problème mais puisque nombre d’entre eux sont déjà en place, il est presque déjà trop tard pour espérer faire marche arrière. Qui a dit le contraire ?

      1. « Le problème de Trump, c’est qu’il joue avec le feu et qu’il est capable du pire si cela est dans son intérêt »

        Oh oui ! Comme le monde serait rose si on avait pu avoir la mère Clinton à la White House ! Elle n’aurait fait, selon ses dires, que chercher à entrer en guerre avec la Russie, la Chine et l’Iran. Rien qui ne soit jouer avec le feu, c’pas ? Sa fondation ne joue pas non plus avec le feu lorsqu’elle reçoit des énormes dons des mêmes qui financent DAESH. Réveillez-vous les gars et arrêtez de regarder TF1 ou A2 et de lire Le Monde ou Libé.

    2. « Si certain pense nous faire gober qu’il suffit d’un Trump pour qu’un fichier devienne dangereux, poursuive t-il d’autre dessein?
      Par exemple celui de faire croire qu’en de «bonne main» il n’y a pas de problèmes? »
      bien sûr.
      il est évident, quand on lit les articles de Kitetoa (et de Reflets plus globalement), que son obscure dessein est de nous faire croire que personne à part un Trump-like ne peut utiliser un tel fichier à mauvais escient.

      ça saute aux yeux.

      ^^

      1. Parfaitement. Avant Trump, je ne crois pas que nous ayons jamais rien eu à déplorer de la part de nos bons alliés. Nos si bons amis américains !
        « Un dictateur hypothétique ». Certains semblent ignorer totalement le monde dans lequel nous vivons. Ces trente dernières années, je dirais plutôt que ce serait plutôt la Démocratie qui est devenue une hypothèse de plus en plus incertaine.

      2. Bien vu effectivement c’est pas cet exemple le dessein poursuivi car pour qui suit ,le sait parfaitement, alors quel est-il? pas de nous terroriser sur une éventuelle élection d’un Trump a la française, qui va se servir du fichier pour nous … faire on ne sait pas quoi.
        L’argument est tellement nul qu’il ne peut pas être pour nous diriger dans nos choix devant l’urne.

  4. Le probleme n est pas tant qu un hypothetique dictateur puisse s emparer du fichier ou mettre des senateurs sous ecoute (si Bismuth utilisait un autre telephone que le sien c est qu il savait que son telephone officiel avait de forte chance d etre ecoute. c est pas nouveau, Mitterrand deja pratiquait il y a 30 ans des ecoutes telephoniques (par ex pour eviter que soit revelee sa fille adulterine (Jean-Edern Hallier) ou simplement pour pouvoir coucher avec une actrice))

    Le probleme majeur c est que ce fichier va forcement fuiter (soit par hacking soit car il sera revendu quand le gouvernement aura besoin d argent, comme le fichier des cartes grises). Et ce jour la, vous allez etre trace par toute sortes d entreprises car il est impossible de changer ses empreintes digitales ou son visage …

  5. Le problème n’est pas un fichier de plus ou de moins.
    Relisez l’article et tous les autres publiés par reflets depuis des année…
    Le problème est la mise en place d’infrastructures techniques et la levée progressive des gardes fous juridiques depuis une dizaine d’années…
    « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »

    PS: merci reflets pour ton précieux travail

    1. «  » »Outre-Atlantique, se pose désormais la question de savoir comment sera utilisée l’immense machine mise en place par le gouvernement américain. Donald Trump aux manettes, tout peut arriver » » »
      cette citation serait-elle une invention de trol ?
      pas la peine de savoir lire entre les lignes !
      je ne conteste nullement le travail de reflet, mais le titre et le fond de cet article, de celui là ici et maintenant.

  6. Salut tout le monde.
    Ce qui est bien avec l’internet, c’est de pouvoir utiliser des liens hypertextes : ça permet de connecter les points et de lire entre les lignes. Merci M. Champagne. Longue vie à Reflets.

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