Thierry Breton, nous avons une idée pour Atos et ses lanceurs d’alerte

Photo : Marc Bertrand (via agence REA) — http://www.marcbertrand.com/
Photo : Marc Bertrand (via agence REA) — http://www.marcbertrand.com/

Reflets souhaite modestement s’inviter dans le débat malheureusement un peu confidentiel qui s’est engagé entre Atos et la Lettre A. Cette dernière a publié des articles critiquant le manque de protection des lanceurs d’alerte au sein d’Atos, tandis que la SSII répond a coups de communiqué que si, les lanceurs d’alerte sont une composante bien prise en compte et qu’ils sont protégés.

C’est beau.

Mais il faudrait aller plus loin pour être crédible dans la volonté de transparence, la volonté de faire « le bien » (façon Google) en faisant remonter à la surface les mauvaises pratiques, moralement, éthiquement, ou juridiquement contestables.

Reflets a donc réfléchi à un plan de communication ultime. Quelque chose qui pourrait asseoir Atos comme LA SSII ayant franchi le pas, celle qui montrerait la voie à toutes les autres entreprises françaises. Celle qui se placerait à tout jamais du côté des entreprises éthiques.

Nous sommes prêts à collaborer avec les équipes de communication d’Atos pour la mise en place de ce projet, y compris sur le terrain digital numérique où nous excellons. Le tout, gratuitement.

Voici les grandes lignes de ce que nous proposons.

Premier point, revoir un peu la position de Philippe Vannier, actuellement Directeur Exécutif, Big Data & Sécurité, Directeur de la Technologie du Groupe.

Oui, c’est un peu embêtant éthiquement parlant. Cela pourrait être reproché au groupe par de mauvais coucheurs.

Imaginez que ces mauvais coucheurs sont tout à fait capables de mal interpréter la lecture des articles de Libération et de France Inter sur Amesys, la boite fondée par Phillipe Vannier et désormais très précisément accusée d’avoir contribué à la torture d’opposants libyens par la vente d’un matériel permettant d’écouter toute la population de ce pays à Kadhafi. Bien entendu, tout cela était connu, surtout depuis la publication par le Wall Street Journal des images montrant les dossiers des opposants dans le centre d’écoute Amesys à Tripoli. Mais c’était un journal américain et donc assez lointain.

Ces mauvais coucheurs seraient capables de ne pas avaler l’explication pourtant tout à fait logique et réelle du stylo. Amesys n’a jamais vendu un système d’écoute globale de la population libyenne à un dictateur sanguinaire. Elle a vendu un stylo à un dirigeant international reçu en grandes pompes par la France de Nicolas Sarkozy. C’est très différent. Mais il y a toujours des complotistes qui cherchent la petite bête, interprètent de travers des informations pourtant tout à fait réelles, validées par le comité de direction avant publication du communiqué de presse officiel.

Prenons un exemple au hasard. Amesys a toujours clamé que son rôle était très clairement confiné à deux années : 2007/2008. Le contrat date de 2007 et le matériel a été livré en 2008. Point. Ce qui est évidemment vrai puisque cela a été écrit dans un communiqué de presse. Toutefois, les mauvais coucheurs risque de ressortir cette information forcément fausse publiée dans le Wall Street Journal selon laquelle le nom de Renaud Roques était affichée avec son numéro de téléphone, en cas de problème, sur les murs du centre d’écoutes à Tripoli. Ils en tireraient peut-être la conclusion tout à fait idiote que Renaud Roques et son équipe pouvaient continuer de superviser l’installation technique durant toutes ces années, jusqu’à la chute du régime. Et pourquoi pas après ? Complotistes…

Une autre fausse information pourrait être remontée à la surface… Ces complotistes pourraient imaginer que si, début janvier 2011, Amesys retirait des fonds en liquide (environ 3000 euros) pour ses menues dépenses en Libye, c’est que l’équipe, et peut-être même Philippe Vannier, se rendait sur place autour de cette date ?Manquerait plus qu’un journal gonzo aille publier les documents qui pseudo prouveraient ce retrait d’argent liquide avec une mention pour son usage…

Et si ça faisait Paf! ?

Non, franchement, monsieur Breton, tout cela est inquiétant. Si l’instruction menée par les juges du pôle spécialisé dans les crimes contre l’Humanité et les crimes de guerre au Tribunal de Paris venait à conclure qu’Amesys a bien contribué à torturer des gens en Libye, le scandale rejaillirait immanquablement sur Atos qui a déjà eu du mal avec son image de marque par le passé.

La presse, toujours mal intentionnée, pourrait vous reprocher d’avoir racheté Amesys, en rachetant Bull qui avait été acquis par Philippe Vannier et ses acolytes dans des conditions jugées par les mauvais coucheurs comme « rocambolesques ». Pire, elle pourrait vous demander pourquoi vous avez offert à Philippe Vannier un poste de Directeur Exécutif au sein d’Atos alors que l’entreprise qu’il avait fondée faisait l’objet d’interrogations assez ennuyeuses sur un plan éthique et moral.

Oui, si cette instruction faisait Paf!, vous pourriez vous retrouver embarqué par le scandale. Tout dépend bien entendu de la profondeur à laquelle iront creuser les juges. Iront-ils jusqu’à rechercher les responsabilités politiques, iront-ils chercher le rôle joué par Amesys et Qosmos dans le grand projet d’outil de surveillance globale inter-camp politique restant à finir d’installer en France ?

Iront-il rechercher la responsabilité éventuelle d’Amesys ou de Qosmos dans la torture de citoyens de pays riants comme le Maroc ou les Emirats Arabes Unis… et soyons fous, le Kazakhstan ? Iront-ils creuser la relation étrange entre Amesys, Qosmos et Al Fahad Smart Systems ? Tout cela serait fâcheux et irréfléchi de leur part. La vérité est ailleurs. Dans les communiqués de presse de Bull, Amesys, Qosmos et bientôt Atos.

Franchement, monsieur Breton, si nous pouvons vous éviter tous ces soucis d’image, nous le ferons sans sourciller et gratuitement. N’hésitez pas à demander à vos équipes de communication, lesquelles, nous l’espérons vous glisseront ce papier dans votre revue de presse quotidienne, de prendre contact avec nos experts en « communication digitale ».

Bien à vous,

Toute l’équipe de Reflets.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

9 thoughts on “Thierry Breton, nous avons une idée pour Atos et ses lanceurs d’alerte”

  1. Excellent, tant sur la forme que sur le fond, comme d’habitude.
    Juste pour améliorer la lecture:
    Toutefois, les mauvais coucheurs risque -> Toutefois, les mauvais coucheurs risquent
    l’entreprise qu »il avait -> l’entreprise qu’il avait

    1. On peut aussi apprécier son éthique en lisant les vieux cables de wikileaks.

      Exemple :  » « I privatize everything I can, » he explained.  »
       » Breton noted, however, contrary to the common
      perception in the U.S., it is no more difficult to fire
      employees in France than in the U.S. In fact, recalling his
      time as head of Thomson when he needed to close several
      factories in the U.S., Breton explained that when unions are
      involved, firing people in the U.S. was even more difficult
      and time consuming than in France.  »

      https://wikileaks.org/plusd/cables/05PARIS5301_a.html

      Ou encore : « Reforms, he said were necessary, particularly tax
      reform. The ISF (the Wealth Tax on all capital and real
      property), he said was the most urgent item in need of
      reform. He called the tax « stupid » and a barrier to
      increasing investment in France.  »

      https://wikileaks.org/plusd/cables/05PARIS5232_a.html

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