SOWNAGE : bienvenue dans notre monde

Le dernier piratage de Sony renvoie à des années en arrière. Les plus grosses entreprises, celles qui ont le plus de moyens financiers à leur disposition pour mettre en place une infrastructure informatique sécurisée, ne le font pas. J’observe avec amusement les journalistes se réveiller en 2011, apprendre l’IRC (via le Web, faut pas pousser) et publier papiers sur papiers expliquant que définitivement, Internet, ce n’est pas un truc sûr. Qu’il s’agit d’un truc sur lequel des données personnelles sont stockées n’importe comment. Des choses que Kitetoa.com a démontrées copies d’écran à l’appui, dès 1998. J’observe aussi des gens très sérieux, l’OTAN (1), reprendre à leur compte des théories développées de long en large sur Kitetoa.com. Si j’avais un ego un tant soit peu développé, je dirais que tout le monde repompe mes idées. Mais mon ego est tout petit. Alors je me dis qu’au mieux, c’est une bonne chose de voir enfin ces constatations de Kitetoa.com être diffusées à grande échelle. Qu’au pire, rien ne change au fil du temps et que les données continueront à fuiter encore et encore.

Une thèse n’est toutefois pas encore reprise. Doit-on blâmer les « pirates » qui accèdent à ces données ou les entreprises et les gouvernements qui ne les sécurisent pas ? En ce qui me concerne, le choix est simple. Ceux qui ont les moyens financiers pour le faire et l’obligation légale de le faire mais qui s’y refusent, sont les seuls coupables.

J’ai évoqué du bout des lèvres un autre souci lors de la Nuit sujet sur le Hack organisée par Owni et Radio Nova : le capitalisme s’est réveillé très tard après l’apparition du Web mais a voulu soudain se l’approprier pour se développer. Il a investi notre réseau et a voulu le transformer en supermarché. Le processus n’est pas achevé, loin de là.

Mais les entreprises, en arrivant chez nous, se sont comportées comme si elles arrivaient en terrain conquis, comme si elles étaient chez elles. Elles n’ont pas compris que quoi qu’elles fassent, elles devraient composer avec nous. Tout comme les gouvernements.

Car, qu’ils le veuillent ou non, c’est nous qui contrôlons les machines. Désolé. C’est comme ça. Et si ce n’est pas nous, ce sera la relève. A n’en pas douter, elle a l’air aussi énervée que nous. Bien sûr nous sommes Français, Anglais, Américains, Russes, Canadiens. Bien sûr nous sommes employés de telle ou telle entreprise. Et nous devons une sorte de loyauté à notre pays ou à l’entreprise qui nous emploie.
Mais nous sommes aussi les enfants d’Internet, les membres d’équipes informelles et nous partageons l’information à la vitesse de la lumière avec des outils puissants. Nous sommes le résultat d’une époque. Nous avons appris à résoudre nos problèmes en faisant appel à la communauté. Nous avons appris à partager nos informations pour nous entraider parce qu’ensemble, nous sommes plus forts. Nous n’avons pas peur de perdre une parcelle de puissance parce que nous partageons l’information.

Nous sommes les membres de l0pht, de w00w00, de ADM, de Rhino9, du cDc, des MoD, de LoD, de HFG (lire le code source de la page), d’Anonymous, de LulzSec, nous avons mille noms. Nous sommes là. Pour longtemps. Et nous continuerons à partager. Nos informations et les vôtres.

Sur un terrain moins « grey hat », je voudrais rappeler à nos amis politiques et entrepreneurs qu’en 1992 (de mémoire), il y avait en France un Bulletin Board System qui s’appelait le Babillard de l’Atelier. Aux plus jeunes, je dirais que sans ce BBS, Internet ne serait probablement pas ce qu’il est en France.

Sur le Babillard, les responsables nouvelles technologies de toutes les plus grandes entreprises françaises discutaient librement des projets de leurs employeurs. A plusieurs, ils étaient plus forts. J’ai rarement vu un tel laboratoire d’idées. Les plus gros projets Internet de l’époque y sont nés. A mon humble avis, à part quelques exceptions (il y avait aussi des directeurs généraux ou des PDG), les directions des entreprises n’avaient aucune idée de ce qui se passait sur le Babillard de l’Atelier.
Même principe aujourd’hui. Les dirigeants des pays ou des entreprises n’ont aucune idée des échanges horizontaux qui peuvent avoir lieu.
Bienvenue dans notre monde.

 

 

 

(1) Le lecteur qui prendra le temps de lire le document de l’OTAN retrouvera des idées développées sur Kitetoa.com, notamment sur les véritables responsabilités dans la fuite ayant abouti au Cablegate. Les coupables ne sont ni Bradley Manning ni Wikileaks. Ce sont les responsables militaires et politiques américains qui ont voulu un système d’information Web-centric.

 

Twitter Facebook Google Plus email

Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


5 thoughts on “SOWNAGE : bienvenue dans notre monde”

  1. Ce texte, au moins partiellement, pourrait bien servir de base à un nouveau Manifesto ;-)

    > […] Babillard de l’Atelier. Même principe aujourd’hui. Les dirigeants des pays ou des entreprises n’ont aucune idée des échanges horizontaux qui peuvent avoir lieu.

    Je confirme. En cette époque où on te propose systématiquement de signer des NDA, il est rafraichissant de participer (IRL ou pas) à ces échanges très riches où, effectivement, l’ensemble des parties « fuite » (j’y reviendrais) des informations.

    Pour expliciter le terme « fuite », je vois moins de risques dans l’ex-Babillard de l’Atelier ou une soirée/conf/whatever de geeks que dans un commercial qui envoie les contrats depuis le hotspot del’aéroport ou le PDG qui beugle dans le TGV ses futurs résultats. Au moins, les premiers *savent* qu’ils sont en train de leaker et peuvent le gérer de façon appropriée ;-)

    Et les infos leakées ne seront pas les mêmes. Typiquement, on se contrefiche du nom du client. Par contre, la méthodo, les points durs, les outils, le feeling, le contexte métier, …

  2. Il y a une théorie qui dit que notre époque de télécommunications personnelles et de connexion entre individus très dense change fondamentalement une donnée de la société : on n’a plus besoin de structures hiérarchiques pour communiquer efficacement. En 1950, les employés d’une boite en France ne pouvaient pas efficacement communiquer avec les employés Japonais, il fallait passer par la hiérarchie. Aujourd’hui c’est inutile mais la hiérarchie est encore là à se penser indispensable. Il y a une pyramide à abattre, encore…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *