Pourquoi parler de l’emploi au lieu du travail ?

La novlangue est une arme de manipulation massive. Particulièrement bien employée, elle peut permettre un grand nombre de choses pour ceux qui l’utilisent, c’est-à-dire les gens de pouvoir. En 2014, un mot est employé à toutes les sauces, récupéré, dégueulé à qui mieux mieux par les dirigeants qu’ils soient d’entreprises ou du pouvoir politique : l’emploi. Regardons de plus près, après le superbe discours de novlangue de Manuel Valls, nouveau Premier Sinistre de la Fraaaaance, ce qu’il en est de ce fameux concept de l’emploi.

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Des courbes, du pouvoir d’achat, et de l’emploi, mais pas de travail…

Ce n’est pas un effet innocent de la réalité économique si l’on parle de courbe du chômage, au lieu de parler des millions de personnes qui cherchent du travail et n’en trouvent pas. Le pouvoir d’achat est lui aussi une belle métaphore pour parler de la paupérisation de plus en plus grande d’une part toujours croissante de la population hexagonale. Mais le mot le plus beau, le plus pervers, le plus lamentable, utilisé à l’envi, est celui d’emploi. Imaginez quand même qu’un ministère existe, et qu’il porte un nom très clair pour parler d’un concept évident : celui du travail. Et pourtant, le ministère du Travail, parle…d’emploi. Alors que travailler est quelque chose de concret : c’est un concept assez intéressant qui veut que quelqu’un exerce un métier, ou une activité précise, et est rétribué ou non pour cela.

Un travail peut être bénévole, mais il a une valeur, il est synonyme d’une somme d’efforts effectués par celui qui l’exerce. Tout le monde est unanime pour s’accorder sur ce constat : travailler est une chose qui peut être épanouissante, aussi bien qu’aliénante, mais on sait ce que c’est. Alors pourquoi les praticiens de la novlangue politique ne parlent-ils jamais de travail, mais uniquement d’emploi ? Alors qu’ils ont créé un ministère du travail ?

L’emploi, c’est bien pratique…

Parler d’emplois c’est parler d’unités, c’est une manière de sortir de la réalité humaine, de régler l’urgence, le problème humain du manque de travail avec des chiffres : il faut créer X emplois, nous avons un problème de création d’emplois, les entreprises devraient générer tant d’emplois avec le dernier pacte à la mords-moi-le-nœud savamment concocté dans les cabinets des crânes d’œuf de Bercy —ou du ministère du travail désormais aux abonnés absents, si ce n’est dans l’intitulé. Avec l’emploi, on ne parle pas de la réalité, on discute juste chiffres, courbes, tendances. C’est bien pratique. Ca évite de traiter du fond de l’affaire, de la merde dans laquelle sont les gens qui n’ont pas du tout de travail, pas assez de travail, ou un travail pas bien rémunéré.

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L’emploi est un outil statistique. Le travail est une expression de l’engagement dans la société, un rôle. Qui veut un emploi ? Les praticiens de la novlangue se sont-ils posés cette question ? Les gens ne veulent pas un « emploi », ils veulent un travail : une activité qui correspond à leurs compétences, leur talent, leur métier. Un musicien travaille son instrument, il ne s’emploie pas à en jouer. Musicien c’est un travail, pas un « emploi ». Parce que trouver un emploi à quelqu’un, en réalité, c’est simple : on balance la personne dans n’importe quoi de vaguement rémunéré, et c’est fait, elle a un emploi. On emploie des gens : on leur donne un salaire, et puis les vaches sont bien gardées. Très sincèrement, les entreprises ont besoin de gens de métier, de gens qui travaillent, donc de travailleurs. Pas de vulgaires employés. Mais c’est là que le bât blesse, et que la novlangue est importante : les travailleurs, ça coince en novlangue 2.0.1.4.

 Le travailleur, cette bestiole disparue

Oui, en 2014, on a des employés, et donc des emplois. Les travailleurs ? Disparus mon brave, y’en a plus. Casfaitpus. On a plus ça en boutique. Remarquez que « travailleurs » ça fait un peu peur, hein : on sent les communistes avec  la faucille entre les dents et le marteau planqué dans le dos. Si vous estimez qu’il faut créer du travail, permettre aux gens de travailler, vous arrivez vite aux travailleurs, et c’est ennuyeux dans la novlangue actuelle. Petit point spécial talonnettes : l’ancien président de la République française a beaucoup parlé de travail, avec un slogan incroyable « travailler plus pour gagner plus ». Mais toute sa rhétorique novlanguesque est resté bloquée là dessus, puisqu’il est très vite revenu sur l’emploi, ses création, ses chômeurs, son manque de flexibilité, etc, etc…Pas de travailleurs. Pourquoi ? Et bien voyez-vous, les travailleurs, ça se réunit, ça fait des grèves, ça revendique, c’est politique. Un employé ? Heu…un employé, c’est docile, ça a peur, ça craint pour son « emploi », un employé ça ferme surtout sa gueule. Oui, la différence entre emploi et travail existe. Elle est très importante. Et le problème français (comme d’autres pays industriels), c’est que le travail, en réalité, c’est terminé. Donc, parlons emplois, ça ne mange pas de pain.

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Le fond de l’affaire est donc là : il n’y a quasiment plus de travail. Juste des « emplois », dans les services surtout. Des trucs pas terribles, que n’importe qui peut faire, ou alors, à l’inverse, très qualifiés, mais en petit nombre. La désindustrialisation, ses travailleurs désintégrés, est passée par là. La compétition mondialisée repue de délocalisations aussi. Que fait-on quand il n’y a presque plus de travail ? On crée des emplois. Même bidons, plus ou moins fabriqués, aidés, n’importe quoi pourvu que ça cache ce phénomène terrifiant qu’est la disparition du travail. Employons mes braves, employons ! Et surtout n’oubliez pas de chercher un emploi, pas un travail : on ne sait jamais, vous pourriez avoir un certain pouvoir à termes. Le pouvoir qu’un travail procure : ne dit-on pas « travailler à » ? Parce que « s’employer à », vous avouerez qu’on est plus proche de la difficulté que de l’action positive. On sent les rames et les vents contraires dans l’expression « s’employer à », non ?

Tout va donc résider, dans les mois qui viennent, dans la capacité du nouveau Premier Sinistre à démontrer qu’il réussit à inverser la courbe du chômage (en dégageant un maximum d’indemnisés de Pôle-emploi (pas du Pôle-travail, ça n’existe pas, étrange, non ?), augmenter le pouvoir d’achat (rendre un tout petit moins pauvre une partie exsangue de la population) et créer de l’emploi (filer des ronds ou en prendre moins à des entreprises pour qu’elles créent des postes qu’elles auraient créés de toute manière).

Quant au travail et aux travailleurs, ils attendront. La question n’est pas la réalité, non. La question est ce que l’on arrive à faire croire aux masses. Le reste est sans intérêt. A bon entendeur…

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46 thoughts on “Pourquoi parler de l’emploi au lieu du travail ?”

  1. C’est vrai que les mots ont un sens.

    Travailler → forme active
    Être employé → forme passive, on voit bien la soumission. Et employé par qui ?

    D’ailleurs, est-ce que les artisans, les travailleurs indépendants, ceux qui travaillent à leur compte sont employés ? Sont-ils des employés indépendants :) ?

    1. Dans la novlangue, monter les gens les uns contre les autres est toujours nécessaire, ça occupe les foules (diviser pour mieux régner). Donc : employés VS employeurs, artisans Vs employés du public ou du privé etc…

      En réalité, il y a des travailleurs salariés, indépendants, sous contrat ou non, dans le secteur public ou privé, etc. Imaginons que les gens qui travaillent (du privé, du public, indépendant et salariés) et que ceux qui en cherchent se liguent ? Ah, ce serait bien ennuyeux, très très ennuyeux pour ceux qui veulent créer des « zemplois ». Parce qu’une personne qui cherche du travail, c’est souvent quelqu’un qui a un métier et qui a déjà travaillé (en tout cas dans les 3 millions trois indemnisés, c’est le cas).

  2. « On crée des emplois. Même bidons, plus ou moins fabriqués, aidés, n’importe quoi pourvu que ça cache ce phénomène terrifiant qui est la disparition du travail. »

    J’aimerais bien que quelqu’un de bien intentionné m’explique où il voit des emplois bidons. J’ai beau cherché, je ne vois pas (après je n’ai jamais travailler/été employé, n’empêche je cherche toujours…)
    Et par la même occasion, je me demande aussi pourquoi ces emplois sont maintenus. Étant donné que c’est une pompe à fric, les arrêter aurait probablement été la première chose que les entreprises/états auraient fait. Je suis un peu confus…

    1. Sur la seconde partie de ton questionnement, concernant le pourquoi du maintient des emplois pompe-à-fric, j’ai envie de répondre « tout le monde s’en fout du moment que ça améliore les statistiques », j’ai mis des guillemets car c’est tiré du film « la belle Verte » avec Vincent Lindon et Coline Serreau (entre autres). Le film est une sorte de critique de la société dans laquelle on vit sur fond d’humour avec un peu de science-fiction.

    2. Pour être employé à McDo, n’importe qui avec deux bras, du sang et de la sueur peut le faire, car y a pas besoin d’une formation qui s’étale sur des années, juste besoin de bœufs qui en servent à d’autres. Pareil pour beaucoup des métiers dans le secteur des services.
      J’suis tombé juste Yovan ?

    3. La réponse à ta question a été largement diffusé sur le net l’été dernier (pioufff ça fait une éternité me retorquera-t-on) par le pamphet de l’anthropologue américain David Graeber « Bullshit job » http://www.strikemag.org/bullshit-jobs/ (papier en anglais), info en français chez libé par exemple http://www.liberation.fr/societe/2013/08/28/y-a-t-il-un-phenomene-des-jobs-a-la-con_927711 ou chez Slate http://www.slate.fr/story/76744/metiers-a-la-con qui nous donne des moyens pour les déceler.

    4. La plupart des « contrats » Pole Emploi (qui porte bien son nom pour une fois): Emploi jeune, formations style AFPR, ….

      Le top du top que j’ai découvert y’a quelques mois: Pole Emploi propose des contrats d’une semaine renouvelable pendant plusieurs mois en partenariat avec certaines entreprises…

      Tout ce qui est intérimaire (sur le fond, c’est pour palier à une surcharge d’activité ponctuel, en pratique, c’est une main d’œuvre tournante et corvéable, vu qu’on lui offre un emploi provisoire, reconduit que si elle se courbe, au lieu de fournir du travail à un permanent)

  3. Parce que le travail est une torture romaine (tripalum) ? Parce que jusqu’au XII° siècle, seules les femmes travaillaient, quelques heures plus ou moins douloureuses, après 9 mois de grossesse ? Parce que le problème n’est pas le travailleur mais l’employé, celui dont la valeur ajoutée est la plus massivement ponctionnée pour servir la collectivité, ou le sans emploi, donc sans revenu ?

    Quelqu’un qui s’emploie dans son plaisir, comme un musicien, difficile de penser qu’il est torturé, mais il a un emploi, et des revenus.

    Travail est déjà une novlangue. Si on parlait boulot ?

    1. Non, travail n’est pas de la novlangue : le travail, malgré son étymologie, est une réalité, comme le terme travailleurs, qui rejoint une lutte à travers le temps. Lutte qui vous a amené au passage quelques avantages que vous ne mettrez pas en cause, je pense, comme les congés payés gagnés à grands coups de grèves en 1936 par des…travailleurs. Pas des gens qui avaient un juste un « boulot »…ou des employés.

      Le boulot, c’est simplement de l’argot synonyme d’emploi, et nous n’avons pas de bouloteurs, voyez-vous.

      Et le « problème » de l’employé ponctionné vs sans emploi est exactement ce que cet article décrit : une manière d’enfumer les masses. Il y a un problème pour fournir du travail, et si des articles de fond ont été produits sur l’histoire économique ici-même, cela mériterait de reprendre un peu la chose, en vous lisant : comment pouvez-vous fournir du travail à plus de 30 millions d’individus (salarié ou non, précisons bien les choses) dans un pays où la robotisation, l’automatisation, la délocalisation, la désindustrialisation, la dématérialisation sont en croissance permanente ? Allier performances, compétitivité, augmentation des profits, économies d’échelle et création de travail est incompatible. L’employé ponctionné ? Franchement, le problème n’est pas là, mais alors pas du tout…sauf si vous avez un besoin impérieux de simplifier les choses et adhérer à des discours primaires fournis clés en main par des politiciens impuissants et couards ?

      Tout le mouvement économique tend vers une seule chose : générer du profit en payant le moins de personnes possibles, le moins cher possible, le moins de temps possible ou en payant des personnes à l’étranger sans aucunes cotisation sociales (voir le Bangladesh et les firmes de prêt-à-porter).

      Tous ces discours de « charges » sur les salaires, de compétitivité sont des leurres pour empêcher de penser la réalité. Le jour où une majorité se reprendra en main en stoppant de cautionner ces discours, peut-être commencerons-nous à avancer dans le bon sens. Là, on ne fait qu’une chose : laisser des imbéciles discourir dans le vide et nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

      1. Je reprends :). Je n’aime pas le mot travail parce qu’il n’est pas plus efficace que le mot « emploi » en ce qu’il présente le boulot comme un mal.

        La dialectique du travail, des travailleurs, je la connais (merci). Mais emploi ou travail sont de la novlangue, même si travail nous vient de la révolution industrielle (révolution qui porte mal son nom tant elle a servit à l’esclavage).

        Quand je parle de ponctionner, je ne parle pas des cotisations (je me suis probablement mal exprimé, à écrire trop vite) mais du transfert de la valeur ajoutée du « travail » vers le « capital ». Et là, travail porte bien son, car on transfert de ceux qui soufrent vers ceux qui jouissent.

        Bref, nous sommes d’accord sur le fond, mais je déteste cet attachement à mot qui a une charge négative forte.

  4. Article bien vu. La novlangue a complètement envahi le discours z’officiel de nos z’élites, relayée par une presse majoritairement complaisante et complice. C’est sournois et ça fait son effet, il suffit d’écouter autour de soi les conversations de certains kapos plus ou moins conscients de leur rôle pour s’en convaincre.

  5. Euh, que le dispositif « emplois jeunes  » soit bison, c’est une chose, cela ne signifie pas que les gens employés par ce dispositif (ou ses cousins ) par des assos fassent un travail bidon, loin de là. Ils vont un travail souvent nettement plus utile et intéressant que plein de « chargés de n’importe quoi » dans des multinationales ou commerciaux sur des plates-formes téléphoniques à la con..

  6. voilà un article utile. Le glissement sémantique n’est jamais neutre: l’emploi n’est pas plus le travail que le pouvoir d’achat n’est le salaire, la direction du personnel la gestion des ressources humaines, l’assurance maladie obligatoire la sécurité sociale, la modernité ce qui est nouveau, les réformes ce qui nous fera du bien etc….
    bravo, continuez à démonter ces mots qui soumettent!

  7. Merci pour cet article,

    Je ne pense pas que parler de création d’emploie VS travail soit absolument la cause du problème, même si j’ai bien cerné le contraste qui sort de cet article. Selon moi on peut creuser un peu et trouver une cause plus profonde.
    Je soutient la conceptualisation novlangue qui nous masque la réalité et qui dans une sens nuit à la créativité de chacun.
    Je pense qu’en France nous avons un problème de créativité. Sans création comment donner du travail ou de l’emploi aux gens ?

    1. J’invite tous les gens qui ont aimé cet article à regarder les travaux du pavé et de Frank Lepage.

      C’est exactement le même sujet et c’est autrement mieux traité. Désolé pour l’auteur, pour sa défense expliquer la même chose qu’une conférence d’1h30 en un article de blog est certes difficile.

  8. Dans le vocable économique, il y a une différence entre un travailleur (personne qui travaille, de façon générale) et un employé (personne qui travaille pour une personne morale en échange d’un salaire).
    Un artisan ou un libéral ne sont pas des employés.
    Et si le ministère du travail parle de l’emploi et pas du travail, c’est surtout parce que les politiques publiques visent surtout à créer, ou maintenir, des emplois (en ce moment c’est la baisse des cotisations sociales prélevées sur les salaires).

    Et oui, c’est effectivement aussi un outil statistique (comme le serait le « travail » si le ministère du travail employait ce terme), mais bon, on va pas ni faire des politiques au pif, ni demander à tous les chômeurs de prendre rdv avec le ministre.

    Autant il y a des usages de langue franchement abusés (grève -> prise d’otages, etc.) autant là je trouve que vous vous emballez.
    Et au passage, les définitions que vous donnez du travailleur et de l’employé, je les trouve pas hyper fondées. J’ai beau chercher, je vois pas en quoi le mot « travailleur » évoque chez moi une personne plus libre et épanouie dans son travail. A la limite, je pourrais même y voir un genre de stakhanoviste, le bon travailleur, par opposition à ces fainéants d’employés.

    1. « Dans le vocable économique, il y a une différence entre un travailleur (personne qui travaille, de façon générale) et un employé (personne qui travaille pour une personne morale en échange d’un salaire). »

      Non, absolument pas. C’est archi faux. Dans le vocable économique il y a des entreprises (y compris les artisans), et les emplois dans ces entreprises. Aucune nuance n’est faite avec les travailleurs, qui est un mot désormais « politique ».

      On travaille sur un projet perso, on travaille sur sa maison, on travaille la terre : si quelque chose est devenu péjoratif pour toi dans le mot travail et travailleurs, c’est que la novlangue est passée par là et t’a bien conditionnée à voir ce mot ainsi…

      Maintenir des emplois ne veut strictement rien dire. Et les petits paysans, qui ne sont pas majoritairement des « employés », sont en train de crever parce que leur travail ne rapporte plus rien. Pas parce qu’ils perdent un emploi…

      1. Exactement, « travailleur » est un mot politique, « employé » est un terme économique.

        « On travaille sur un projet perso, on travaille sur sa maison, on travaille la terre : si quelque chose est devenu péjoratif pour toi dans le mot travail et travailleurs, c’est que la novlangue est passée par là et t’a bien conditionnée à voir ce mot ainsi… »

        Je m’y attendais :p
        … mais non, je trouve que le terme d’employé n’est pas plus ou moins péjoratif que le terme de travailleur. En revanche, dans ce que j’entends ou même ce que je lis ici, travailleur a ce côté vachement plus valorisant, un peu traditionnel, un peu plus proche des vraies choses et des vrais gens, pas comme ces employés qui vivotent en faisant des boulots nazes et inutiles, dématérialisés (Ah les cons!).

        Bref, on digresse sur la sémantique en roue libre totale, et, je pense, sans fondement. Encore une fois, « travailleur » est effectivement un mot politique, empl…-merde-… utilisé comme tel dans des discours à visée politique, alors que « employé » décrit une certaine réalité économique (et la définition que j’en donnais c’est pas moi qui l’invente).
        Et si on utilise ce terme, c’est en référence aux personnes dans cette réalité, ou leur contraire (en gros, les chômeurs). Tu as tout à fait raison lorsque tu dis que les petits paysans souffrent d’un tout autre problème, lié à une autre réalité. Hélas, on fait effectivement pas grand chose pour eux, et on vise plus les chômeurs. C’est pour cela qu’on parle des politiques de l’emploi, et pas des politiques du travail.

        On hérite quand même d’un système né à une époque où le salariat représentait au minimum 70% de la population active, alors oui, ce système ou ce qu’il en reste, est encore très pétri de cette vision d’une société de salariés.

        1. Bonjour

          Je ne voudrais pas couper les cheveux en quatre, ni avoir l’air de mettre de l’huile sur le feu … mais vous devriez essayer avec le mot labeur, son origine, ses différentes déclinaisons dans d’autres langues …

          Enfin ; c’est je crois, pour une bonne part, l’artificialisation des modes de vie qui amène par glissements successifs les individus à perdre de leur indépendance ( depuis la plus « simple » autonomie : alimentation, abris, vêture … à une spécialisation toujours plus aberrante ) et donc, ils se retrouvent confrontés à une interdépendance de contrainte et non de choix.

          Alors, quelle que soit leur activité économique, ils sont interchangeables et donc absolument plus nécessaires en tant que singularité.

          Lorsque l’individu est indépendant et qu’il choisi de se relier, s’associer avec ses contemporains pour faciliter cette situation sans perdre son indépendance, alors il a la possibilité de l’épanouissement parce que les autres autant que lui y ont intérêt.

          Cordialement

          Eric Hénunc

          1. Dans le Nord on utilise encore un vieux et beau mot « ouvrer » – cf. en bon français parisien moderne quoiqu’un peu daté « oeuvrer »… ça a donné en dialecte officiel ouvré et ouvrable (les jours), et ouvrier.

  9. extrait de cette interview:
    « L’emploi et le travail sont voués à disparaître. Des questions essentielles se poseront alors: comment donner un revenu aux gens qui ne soit pas lié au travail? Comment occuper les gens? »

    http://www.lefigaro.fr/emploi/2014/01/15/09005-20140115ARTFIG00399-pourquoi-le-travail-et-l-emploi-vont-disparaitre.php

    à lire aussi la tribune sur les emplois inutiles (en):
    http://www.strikemag.org/bullshit-jobs/

  10. Que l’on confonde travail et emploi et que cela serve à parler de ce qui ne dérangera personne, c’est entendu. C’est-à-dire, l’art de poser un problème en des termes qui ne permettent pas de le résoudre. Effectivement, « travail » et « emploi » sont de cette même langue, que l’on voudrait sacrée, et qui efface finalement toute autre forme de créativité reconnue socialement. C’est ainsi que l’exemple du musicien est parlant : à l’heure de la remise en cause du statut d’intermittent, on se demande comment évaluer une création (est-ce seulement monétisable?)
    Je crois que lorsque l’on parle d’emplois bidons, cela désigne avant tout l’ensemble des emplois qui n’ont aucun but créatif ni même celui de participer à la vie commune. Un emploi bidon, c’est un travail qui n’a de sens que si on le comprend comme perpétuant la rhétorique de l’emploi : il faut travailler sinon qu’est-ce qu’on va faire? comment va-t-on acheter, et produire, et travailler?
    Vu selon cet angle il semble qu’un bon nombre d’emplois sont aujourd’hui des emplois bidons : les publicistes, expert-e-s de toutes sortes, les caissier-re-s de la grande distribution, et tant d’autres…
    Mais la différence faite entre emploi et travail ne nous dit rien d’autre qu’ une manière dont la société est actuellement gérée si l’on ne cherche pas à créer (justement!) de nouveaux modes d’être ensemble. Car c’est cela avant tout le travail, ou l’emploi, appelez ça comme vous voulez : une gestion capitaliste d’un mode d’être de la communauté.
    Ainsi, ce n’est ni la courbe du chômage qu’il faut inverser, ni le travail qu’il faut restituer mais bien s’employer (avec les difficultés que cela comporte!) à ne plus travailler. Cela signifie avant tout penser nos rapports en dehors de l’entreprise et nos besoins ailleurs que dans la marchandise/service. Sinon, on peut souhaiter de beaux jours à toutes les maladies professionnelles, aux suicides et dépressions, à l’exploitation nécessaire à un emploi!

    1. Ici, on pose des problèmes, mais on n’apporte pas de solutions, c’est vrai. Parce qu’on n’est pas un parti politique, entre autres. Et puis si on amenait un paquet complet avec les problèmes et les solutions, il n’y aurait plus rien à faire, hein…juste suivre ou contester la solution. Merci de votre participation, en tout cas.

  11. Dans la serie novlangue et autres concepts foireux, dans ma boite, on parle de ‘collaborateurs’..
    Je vous raconte pas le nombre de fois ou c’est repete lors des grand’messes avec les patrons qui s’en gargarisent. Insupportable.

  12. Après cet article sur la différence entre travailleur et employé, vivement le prochain sur la différence entre rentier et actionnaire.

    Ah… on me signale que l’article va être très court.

    J’espère donc qu’on aura, par la même occasion, la synthèse travailleur/rentier. Vive le capitalisme.

  13. Le travail est une occupation du temps d’un être vivant à la création, la transformation, l’entretien sans contrepartie.
    L’emploi est l’occupation du temps d’un être vivant à la création, la transformation, l’entretien avec contrepartie
    Aucune novlangue là-dedans sauf si on n’a rien compris aux mots travail et emploi bien sûr.
    Et rien qu’ici par ces quelques lignes on travaille à écrire des conneries, mais sans être payé ce n’est donc pas un emploi et encore moins fictif.

  14. il serait d’ailleurs un jour assez intéressant de voir un petit groupe d’économistes et de spécialistes de l’emploi se pencher sur le cout économique de l’expansion exponentielle des secteurs d’emplois fictifs ( C.A.D. ne répondant à aucune utilité sociale , genre conseillers en communication , publicitaire, coach, telemarketeur, formateurs divers et avariés, etc …) tenus par des gens passant leur temps à dénoncer le cout economique des emplois de pompiers, infirmiers, plombiers, maçons, techniciens etc .

    Mais je dis ça parce que je suis un vieux *on en colère …
    pfffff je vais relire le droit à la paresse en écoutant moustaki …

    1. Confusion, ce ne sont pas des emplois fictifs, ce sont des emplois improductifs mais certains sont nécessaires néanmoins au même titre que les emplois productifs.
      Un emploi fictif l’est sans travail effectué.

  15. Si la novlangue existe, ce n’est sûrement pas dans l’emploi du mot emploi (haha). La différence entre travail et emploi c’est que travail signifie « activité génératrice de richesse » et emploi signifie « activité rémunérée ». Pour savoir ça pas besoin de parler novlangue, un simple dictionnaire économique suffit.
    C’est vous qui inversez les sens, et c’est si on commençait à nous parler des chiffres du travail que ça pourrait signifier qu’on essaie de nous prendre pour des billes en amalgamant travail rémunéré et non rémunéré.

    1. Je suis d’accord avec vous. Même si l’article a raison aussi sur de nombreux points, comme le fait que le travail a vocation à disparaitre face à la robotisation et qu’aujourd’hui on est incapable de proposer un modèle pour remplacer l’existant. Hors au bout d’un moment, ça risque de coincer. Il y a de nombreux groupes, notemment dans le digital et les startups, qui ont conscience de cela et commencent à en parler et y réfléchir.
      Pour ce qui est des politiques, je pense que leurs prédesceurs ont une responsabilité dans ce qui arrive (quoique c’est une conséquence de l’évolution technologique) mais pas eux. Eux sont complètement spectateurs, d’ailleurs ils n’ont plus aucun pouvoir face au « système » et à Bruxelles. Ils sont juste là pour la com et le théatre, et la novlangue en est la face emmergée. Je rejoins l’auteur par contre que s’ils ne sont pas responsables à l’inverse ils sont coupables. Pour eux, un emploi improductif tel qu’un fonctionnaire ou un emploi subventionné à autant (voir plus) de valeur qu’un emploi créateur de richesse. Et que même sur le terrain ce paradoxe trouve écho. Par exemple, la CCI vous ouvrira les bras grands ouverts si vous êtes un créateur d’emplois mais vous fermera ses portes si vous êtes simplement un créateur de votre emploi (d’activité). On a le culte du salariat en France alors qu’il n’est majoritaire que depuis les années 60-70. Cette histoire met surtout en lumière qu’en France il existe un conformisme absolu. Je suis freelance depuis 10 ans, travaille pour des clients réguliers et avec qui je pourrais travailler comme salarié, mais je refuse de me laisser embaucher. Et ça les gens ont du mal à comprendre des démarches comme la mienne. Mais il est vrai qu’on pourrait lier cela à la novlangue qui finit par nous retourner le cerveau.

  16. Super l’article, rien à redire, super intéressant, super bien écrit avec un ton comme je les aiment pour des sujets « sensible ».

    Je le partage et aussi le garde pour le re-lire encore plus tard, vraiment BRAVO, suit content, je me sens moins seul, je pensais être le seul à dire ce genre de choses, car dites cela devant un humain (non pas virtuel) il va vous demander si une petite scéance ne vous ferais pas de mal….ignorance quand tu les tiens, tu ne les lâches plus !

  17. très bon article, le commentaire d’intro que j’ai écris pour introduire ce texte sur facebook :
    « La révolution industrielle participe d’un processus lent de disparition du travail (activité, rémunéré ou non, cédé ou non, de transformation physique ou intellectuelle). Celui ci a été divisé en emplois (division du travail) et en sous-emplois. Chacun de ces emplois réduit l’ensemble des pouvoirs de décisions (choix) et les savoirs nécessaires par la diminution du champs de transformation possible. Parler d’emploi, c’est éviter de parler de la disparition du travail. C’est aussi éviter de parler de la répartition des richesses et donc des pouvoirs et des savoirs qui sont des richesses. « 

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