Politique fiction : dans la peau de pépère président

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Qui est-il vraiment ? Pourquoi agit-il à l’inverse de ses promesses de campagne, de l’idéologie politique dont il est issu ? Que veut-il ? Avec qui négocie-t-il véritablement ? Quels objectifs a-t-il ? Nous avons tenté l’expérience de nous mettre dans la peau de François Hollande, le chef de l’Etat français élu en 2012 sur un programme de gauche, et qui, 4 ans plus tard, applique une politique sécuritaire d’extrême droite doublée d’une politique sociale de type « droite libérale ». Rassurez-vous, l’expérience n’a duré que quelques heures. Mais suffisamment pour récupérer les pensées intimes de « celui qui avait comme ennemi la finance ». Toute cette histoire d’être dans la peau de François Hollande n’est bien entendu qu’une pure fiction. Tout le monde sait qu’il est impossible de pénétrer les pensées intimes d’un être humain…

Moi, président… je n’y croyais pas !

« Je ne pensais pas être élu en 2012. Les primaires socialistes, ça avait mal commencé, j’étais crédité de moins de 10% d’intentions. Et puis, jouer le jeu des primaires ça m’amusait, mais de là à aller à la présidentielle, franchement… Et voilà que je la gagne, la primaire, sans trop savoir comment. Peut-être le coup du « président normal ». On tenait un truc, le principe de l’opposition des genres, un miroir inversé : Moi, Hollande, l’exact opposé du détestable et détesté Sarkozy. Lui, excité, agité, moi, calme, posé. Lui, toujours en train de se mettre en avant, moi, effacé, humble. Le principe, on me l’avait expliqué, c’était tout bête : face à l’hyper-président Sarkozy il me suffisait de jouer le « président normal ». Une sorte de jeu du ‘good and bad cop’ des séries américaines. Mes conseillers ont bien joué le coup, ça c’est certain. Pour ce qui était d’avoir un programme, avec des projets, c’était plus compliqué, parce qu’au Parti on n’arrivait à rien depuis 2002, mais tout le truc c’était de jouer sur la corde sensible de la respiration démocratique cassée par l’excité, et puis suivre la voie de la lutte contre les banquiers et les financiers qui avaient ruiné la planète avec la crise de 2008. Sarkozy s’était tout pris dans la tête, il avait creusé la caisse comme jamais, il suffisait d’arriver en montrant des gages de redresseur de torts. Avec lui, c’était pas très compliqué, vu le nombre de bourdes qu’il avait commises et son image d’amis des riches qu’il se trainait depuis le début de son mandat. »

Mon modèle : Jacques Chirac

J’ai tout appris de Jacques. J’étais très jeune quand il allait flatter le cul des vaches au fond de la Creuse ou de la Corrèze, mais franchement, qui aurait parié un seul nouveau franc sur lui pour gagner une présidentielle ? Jacques, c’était un éternel loser depuis 20 ans quand il a remporté la présidentielle de 1995. C’est ça qui m’a fait dire que moi aussi je pouvais y arriver, en fin de compte. Et faire comme lui : dire n’importe quoi qui puisse convaincre les deux camps de voter pour moi, et jouer sur la synthèse, le côté « bon pote rigolo qui n’est pas vraiment d’un côté plus que de l’autre ». Le modèle que m’a offert Jacques, c’est ça : faire des blagues, taper dans les mains de tout le monde, montrer qu’on est d’un côté de l’échiquier politique parce qu’il le faut bien, mais qu’on pourrait être de l’autre. Tout promettre, ne jamais se démonter, et dire l’inverse de ce qu’on fait en souriant, sans même lever un sourcil.

Servir les intérêts des plus forts en souriant aux faibles

« Ca n’a pas été facile au début du quinquénat, parce que j’y étais allé un peu fort avec le discours du Bourget. Les conseillers m’avaient dit « tu as des points à récupérer sur la gauche de la gauche, il y a Mélenchon qui progresse, il fait le plein dans ses meetings, et il est à 18% ». C’était très ennuyeux, je risquais de ne pas aller au second tour. Parler plus fort que Méluche, ça m’a amusé, surtout quand j’ai parlé de « l’ennemi qui n’a pas de visage », là, j’ai senti que ça frémissait. Et puis quand ils m’ont appelé, les camarades de promo de l’ENA, et tous ceux avec qui je déjeune souvent et qui dirigent les établissements financiers, je les ai rassurés. Ils ont bien compris que c’était juste un truc à la Chirac, comme la « fracture sociale de 95 ». Pour le TSCG (le traité européen sur la convergence qui force à l’austérité budgétaire), pareil, ils m’ont demandé si j’étais sérieux, parce que l’interdiction des déficits, ils y tenaient, c’étaient eux qui qui l’avaient écrit le traité, et ils n’allaient pas s’assoir sur un traité qui leur donnerait — pour les 20 ou 30 prochaines années — un maximum d’opportunités pour accélérer les réformes européennes de libéralisation économique et financière. J’ai dit en rigolant « vous inquiétez pas, de toute façon, je ne peux pas y arriver, même si je voulais, Angela va tellement gueuler, que c’est impossible de le renégocier ». Et j’avais raison. Mais je ne voulais pas froisser Angela, alors, je n’ai même pas tenté de renégocier le TSCG, parce qu’en fait, les « sans dents » ne savaient en fait pas ce que c’était et qu’il fallait faire oublier cette promesse qui ne menait nulle part. Surtout pour moi. »

Le débat, la victoire, et la quille !

« Ce truc de l’anaphore, c’était une trouvaille. Je ne pensais même pas qu’il me laisserait en dire plus que deux ou trois, l’autre andouille, et je suis allé jusqu’à 17 ! « Moi président, je ne placerai pas mes potes à des postes clés, moi président, je respecterai mes engagements, moi président… » C’était une trouvaille de Patrice, un jeune, qui a travaillé dans le marketing viral, et là, il a fait fort. Je pense que c’est ce qui m’a fait gagner. Surtout que l’excité est resté bouche-bée, il ne savait plus quoi faire. C’est l’un de mes meilleurs souvenirs politiques. Après, quand j’ai gagné, j’ai sauté dans un avion pour aller fêter ça de mon patelin de bouseux. Valérie m’a fait une gâterie dans le Falcon, elle m’avait promis de le faire, si je l’emportais. Et après, c’est Julie qui s’y est collée, sous le bureau, quand j’ai demandé à m’isoler pour prendre du recul. Oui, je l’avais déjà dans la poche l’actrice. Elle sentait bien que je pouvais y arriver, et elle a bien misé. Ca y’était, j’y étais, et là les téléphones ont sonné. J’ai expliqué et rassuré, expliqué que tout allait bien se passer, oui, oui, comme avec Jacques, il ne fallait pas qu’ils s’inquiètent, je n’allais pas faire du social ou de l’anticapitalisme, non, non. Je leur ai rappelé que j’avais voté le traité de 2005, et ensuite celui de 2008, et que j’avais toujours été favorable aux réformes libérales de l’Union. Si ça n’étaient pas des gages, ça ! »

Scooter, teinture et  toréro

«  les deux premières années à essayer de ne rien faire, comme Jacques, en plaçant ces imbéciles qui croyaient à la gauche sociale, etc, les Montebourg, Duflot, Hamont et compagnie, j’ai compris que je n’arriverais pas à tenir les 5 ans. Jacques, c’était à une autre époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux, et toute la comm’ qui pourrissait mon image.

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C’est là qu’on a eu une idée géniale avec Patrice : et si on montait un gouvernement décomplexé ? Ca, c’était quelque chose qui pouvait secouer un peu le cocotier et mettre des bâtons dans les roues de Coppé, Juppé, Fillon et compagnie. J’ai viré Ayrault -le-mou et mis Manuel le toréro à sa place. Du grand art, je suis toujours très fier d’avoir fait ça. Il a viré les pseudo-gauchos qui m’encombraient et placé des durs, Cazeneuve, Le Drian, Sapin, puis Macron : bref, ça commençait à ressembler à quelque chose qui pouvait vraiment déplacer les repères. On a mis en place les systèmes de surveillance et de sécurité que Bauer nous demandait depuis le début, et là, on pouvait, parce qu’on était décomplexé, même sans attentats. Et le bouquet ça a été justement les attentats de janvier 2015 :  la loi renseignement que les Américains nous avait commandée était prête, mais la faire passer était compliqué. Avec Charlie Hebdo, ça a été plus que facile. Manuel avec son doigt pointé et sa mâchoire crispée est franchement bon, les photos de lui en action frappent les esprits. » Je ne parle même pas du 13 novembre et de la déchéance, parce que ça, c’est un bonus : Les ripoublicains ils sont encore sciés que j’ai repris la proposition de leur champion de 2010 ! »

Dernier virage avant la sortie par le haut… des urnes ou d’un CA

« Pour conclure le mandat, j’ai trouvé la stratégie idéale qui me permet de sortir par le haut. En fait, en 2017, je me présenterai, parce que la conjoncture économique va me permettre d’arroser le pays d’emplois aidés et d’incitations financières aux entreprises. Surtout les grosses. Le pétrole est au plus bas, on rentre des milliards qui n’étaient pas prévus et l’euro est toujours  faible. Même si ce n’est pas grand chose, je vais arriver à faire baisser un peu cette courbe, c’est quasi sûr. Surtout que je viens de balancer mon dernier coup, qui va paralyser mes concurrents de LR : El Khomri Makhri. Une demi-arabe, jeune, qui propose une réforme du travail écrite par le Medef ! Juppé est en train de manger son chapeau, j’adore ! Ca va occuper les foules pour les 6 mois à venir, et ça va totalement les griller. L’excité a deux mises en examen, et plus de 10 comparutions dans des affaires judiciaires, il n’arrivera pas à la primaire et si c’était le cas, il ne fera rien. Juppé est le seul qui peut passer. Et comme il veut jouer au type de droite gentil, au gaulliste un peu social mais quand même ferme et proche des entreprises, avec El Makhri et Valls, il n’a plus rien. Il ne peut pas faire plus, ni critiquer, ni trouver ça trop à gauche, puisque la réforme de la demi-Marocaine et les coups de mâchoire d’El torero c’est ce qu’il voudrait faire ! La blonde du borgne peut atteindre 18% au premier tour, mais avec la pétoche qu’on va mettre à tout le monde, elle ne fera pas plus. Les gauchos expliquent à tout-va que si elle passait, avec les lois renseignement et l’Etat d’urgence constitutionnalisé ce serait une dictature, ils vont donc permettre de regrouper toutes les voix vers moi ou le chauve. EELV est mort, j’ai aspiré la grosse qui a trahi tous ses petits amis écologistes, et Mélenchon il ne sait même plus si Georges Marchais était un Communiste ou une marque de Camembert. Et on sera au second tour, Alain et moi. Et pas elle. A moins qu’elle lui bouffe des voix, et dans ce cas là, c’est gagné, parce qu’en face d’elle, je fais au moins 70% en appelant au Front républicain. Mais si c’est Alain, je peux parfaitement le griller, parce qu’il n’a rien : je suis autant européiste que lui, je fais des guerres à l’extérieur, je suis sécuritaire, libéral, pro-entreprise, et je suis aussi calme que lui.. Et moins chauve, avec une teinture au top. De toute façon, si je perds, ce n’es pas très grave : j’ai déjà ma place dans des Conseils d’administration de multinationales, comme Blair ou Schröder, mes deux autres modèles après Jacques, mais qui sont des modèles socio-démocrates, eux, au moins. En réalité, je m’amuse beaucoup. Et je resterai dans l’histoire. Surtout pour le scooter. Mais aussi pour avoir réussi à faire disparaître la gauche du paysage politique. Et ça, c’est un tour de force. Même Sarkozy n’y était pas arrivé, et pourtant il avait bossé dur pour ça. Bon, je crois que j’ai encore envie d’une gâterie. J’appelle Julie, ou bien j’utilise le mobile sécurisé pour demander du matériel à Dominique ? »

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11 thoughts on “Politique fiction : dans la peau de pépère président”

  1. Intéressante tentative de se mettre dans la peau(tête) de la personne ultime; sensé nous représenter.
    Sensé, mais pas plus, d’ailleurs le torero, parle de fracture irréconciliable entre la gauche. Je me souviens pas exactement des termes.
    Enfin bref, nous pourrions aussi éventuellement, peut être, je mets plein de circonvolutions, du coup,considérer,qu’il s’agit d’un cheval de troie….
    Vu leurs agissements, un fois dans la place..

  2. Lui qui voulait être normal, il a fait dans l’urgence et l’exception….
    Mais le problème c’est qu’il ne sait et ne peut plus en sortir et s’en sortir.
    Son succès avoir créé l’urgence normale. Qui aurait parié, en début de règne, un kopek-roublard, sur un telle marque de normalité…… urgente. Même Pelloux (charlié-hebdo)ne s’y serait pas aventuré, lui qui est pourtant urgentiste….

    http://wp.me/p4Im0Q-XO

  3. C est pas gentil de tirer sur l ambulance … mais si bien vu !
    Hollande c est un chirac bis

    Hollande est mort (politiquement bien sur) et tous ses calculs minables (debauchage des verts, Baylet ministre) l empecheront pas de se faire sortir au premier tour (la droite votera Juppe et les electeurs de gauche Melenchon ou Le Pen)

    A sa decharge il faut bien dire que le PS n est pas une coquille vide depuis 2002 mais depuis 83 (le « tournant de la rigueur »).
    C est juste devenu un parti pour ceux qui veulent faire carriere et qui sont pret a tout

  4. Jolie hypothèse fort crédible.

    Sauf que, comme CDG, je le vois mal barré pour même franchir le premier tour: le coup du barrage au FN ne passera pas deux fois, Hollande est allé trop loin dans la trahison pour qu’on applique une politique du moins pire.

    Je pense que Hollande se fout d’être réélu: il a eu son hochet, sans doute cela l’a-t-il surpris lui même, en effet. Il a goûté au pouvoir mais lui préfère le confort. Pourquoi appliquer une politique aussi ouvertement médefo-sécuritaire? Je ne suis pas sûr, juste quelques hypothèses:

    Pour le soutien des grosses boites / fortunes qui permettrait au PS non pas une victoire aux élection mais de continuer une vie pépère, avec des postes de conseillers/conférenciers en entreprise, des financements pour décrocher suffisamment de victoires aux élections locales pour caser les copains, et donc assurer plus tard une retraite au sénat à certains.

    L’état d’urgence permet d’éviter les débordements (on interdit les manifs, pas les concerts et les match de foot) tout en flattant les vieux réacs transis de peur devant TF1 (« faut bien faire qqchose! »). Ça évite aussi une bordée de critiques des rangs de la droite qui manque tellement d’arguments qu’elle en est réduite à se contredire…

    Ou alors il y a une stratégie à plus long terme, dans le genre « new labour » ou centristes mais il va falloir de sacrés changements dans l’électorat pour arriver un jour à trouver une majorité au milieu (donc à droite) en France.

  5. Et pour tout dire, le 13 mars 2012, donc avant l’élection de pépère, j’avais écrit ça dans un petit manuel de politique pour les nuls, dans le volet « la gauche française » :

    « Le Parti Socialiste, après la primaire ouverte de 2011 a un candidat totalement acquis aux thèses de l’Europe libérale, François Hollande, proche de Jacques Delors, et qui tente de jouer la carte d’un socialisme pragmatique et adapté au monde moderne, un candidat de la sociale-démocratie qui voudrait symboliser une sorte de politique gestionnaire qui pioche dans les solutions des uns et des autres pour rassurer le monde capitaliste tout en cherchant à contenter les électeurs demandeurs de plus de justice sociale. Le PS est un parti de la droite sociale, un parti social-démocrate tenu par des élites politiques qui ne revendiquent même plus les fondamentaux du socialisme : il est constitué de la moyenne bourgeoisie qui parle à la moyenne bourgeoisie et aux « classes moyennes ». Le PS est désireux de continuer les politiques libérales qu’il a lui-même mises en place depuis 30 ans tout en cherchant à calmer les grognes d’une partie de la population avec des mesures de « justice » (fiscales, sociales). On peut dire que la gauche française a été enterrée il y a déjà bien longtemps par les socialistes, au point que plusieurs anciens ministres PS ont rejoint le gouvernement de François Fillon sur demande de Sarkozy (Besson, Kouchner), ou accepté des « missions » données par Nicolas Sarkozy comme Jack Lang. »

    https://reflets.info/manuel-de-politique-francaise-pour-les-nuls-3/

    Et ouais, on était déjà largement au courant, donc aucune déception. C’est juste que les gens ont une mémoire de poisson rouge. Pas plus…

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