Paradise papers : le scoop du siècle valide le sacre du totalitarisme global

Ce qui est bien avec les leaks en tout genre — qui viennent relancer l’actualité [parfois moribonde] depuis quelques années — c’est qu’ils ont tous à peu près le même effet : zéro. Voire, ils sont contreproductifs, puisqu’ils peuvent même officialiser des pratiques considérées jusque là comme illégales ou inexistantes. Les journalistes sont-ils les idiots utiles des pratiques totalitaires des « dirigeants » du monde globalisé ?

De Wikileaks à Snowden, en passant par les « Papers »

Les leaks amènent de nombreuses choses importantes, dont une principale qui est celle d’ouvrir les yeux du grand public sur des pratiques jusque là gardées secrètes. Ainsi, les exactions de l’armée US en Irak ont pu être découverte, la surveillance de masse de la NSA, les magouilles fiscales des milliardaires dévoilées. Et donc ? Et bien… le militaire qui a donné la vidéo du massacre par hélicoptère a été jeté en prison durant plusieurs années, la surveillance de masse a été officialisée par les Etats-Unis et la plupart des nations du G20, désormais, ne se cachent plus de procéder d’une manière plus ou moins similaire. Quant aux paradis fiscaux et leurs montagnes d’argent détournées des caisses des Etats, ils continuent à faire leurs affaires.

Les Paradise papers démontrent que des ultra riches et des multinationales optimisent leurs gains pour échapper à l’impôt. La chose était connue, Liliane  Bettencourt, qui fut la femme la plus riche du monde, ne payait aucun impôt. Plus vous êtes riche, plus vous pouvez payer des gens spécialisés dans l’utilisation d’un système parfaitement rodé qui permet de ne pas s’acquitter des basses contributions à l’effort collectif. L’idée générale est simple : les puissants ont créé un système qui est entièrement organisé pour que seule la masse des exploités contribuent à l’ensemble, tandis que les exploiteurs échappent à toute contrainte. Siphonner l’économie est un art. Réservé à ceux qui possèdent le [gros] capital.

Et maintenant, on fait quoi ?

Comme à chaque scandale avec multiples révélations, l’indignation est à son comble, et c’est bien normal. Et puis, le scandale retombe, l’indignation aussi. Google, Apple, Facebook, Amazon, et tant d’autres des secteurs high-tech ne contribuent quasiment pas dans les pays où ils fourguent leurs services et autres appareils depuis des années. Qui s’en soucie vraiment ? Les ultra riches ne payent que quelques miettes, voire rien du tout dans les pays où ils engrangent leurs bénéfices, font fructifier leur argent : quel Etat prend des mesures pour qu’ils ne puissent plus le faire ?

La réalité est que tout le système économique et financier mondial en place est entièrement étudié pour permettre aux quelques centaines de milliers d’ultra riches de profiter — sans aucune contrepartie — de la manne fantastique que des milliards de moutons qui payent leurs impôts et leurs taxes, fabriquent pour eux. Qui a voulu que ce système soit adapté avant tout aux 1% des plus riches, ceux qui possèdent l’équivalent de 80% de la richesse mondiale à eux seul ? Ce ne serait pas les mêmes ? Ou bien de leurs amis ? Allons, cherchons bien, et essayons de voir comment régler le problème. Si demain les plus riches de France se comportaient comme le premier salarié venu de la classe moyenne qui paye ses impôts, il n’y aurait plus de débats autour du trou de la sécu. Ni de celui des retraites. Le déficit ne serait plus un problème, il n’y en aurait plus. Que feraient-ils alors, nos politiques, s’il fallait demain dépenser l’argent public à construire une société meilleure au lieu de venir expliquer que le pays est en ruine ? Puisque en réalité, l’argent ne manque pas. Il est juste détourné. Et les moutons le savent.

Donc, maintenant, on fait quoi ?

Rien.

Comme d’habitude.


EDIT du 8 novembre 2017 – 10:43 –

Quelques personnes prennent à partie Reflets sur Twitter à propos d’un détail de l’article. Nous avons écrit qu' »un » soldat américain avait leaké des documents. Nous voilà transphobes, coupables d' »irrespect » envers Chelsea Manning et d' »aborder un sujet de la façon la plus offensante et dégueulasse possible« .

Nous avons été « factuels » dans notre article, ce qui est une des bases du journalisme. A l’époque du leak, Chelsea Manning était « un » soldat. Nous ne remettons évidemment pas en cause son choix ultérieur ni ne portons le moindre jugement. Chelsea Manning est aujourd’hui une femme et si nous devions écrire sur ses activités actuelles, nous parlerions d’elle au féminin.

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d’autres médias. Ni « désengagé » ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

3 thoughts on “Paradise papers : le scoop du siècle valide le sacre du totalitarisme global”

  1. Alors déjà on est pas du jour au lendemain une femme mais on à toujours été femme, dire « un » ou « le » pour chelsea c’est pas mal irrespectueux et votre edit est juste sale … plutot que de juste corriger et s’excuser …

    sérieusement :/ c’est quoi cette justification ? a la base je vous aime bien, mais étant moi même trans je ne peux cautionner.
    C’est pas parce qu’on revendique un autre genre que celui assigner a notre naissance a un moment X ou qu’anterieurement on était du genre assigné a notre naissance .

    Bref plutot gerbant votre justificatif…

    1. @dp,
      au cas ou vous n auriez pas remarqué, le sujet de l article etait pas Manning mais les leaks.
      Et le fait que celui ci ait ete realisé par un homme ou une femme est totalement secondaire !

      Quel est l intérêt de chercher un détail erroné de l article pour faire mousser ?
      C est du même genre que critique les fautes d orthographes sans s occuper du fond

      PS: tant qu on en est a pinailler, Mme Bettancourt payait bien des impots en France. Mais elle ne payait pas d ISF (tout comme B Arnault je crois) car son family office avait bien optimisé ses revenus/impots
      Mais Drapher a neanmoins raison sur le fond, vu que sans optimisation fiscale elle aurait du payer bien plus

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