Origines de la crise (2) : tu l’a vu mon gros baril ?

(ou comment les pingouins du Golfe Persique se vengent de la séance de rasage de Nixon alors que Giscard vend la souveraineté monétaire du pays aux 450 fromages à la finance internationale)

Pour ceux qui ont suivi l’épisode ouane, nous en étions restés à la fin de la parité du dollar avec l’or et l’adoption des taux de change flottants décidés par Nixon. Il ne faut pas croire que ces mesures ont été sans conséquences. Parce que si l’oncle Sam évitait de se faire doubler par l’économie teutonne (en particulier) avec l’abandon des accords de Bretton Woods, une grosse, une énorme inconnue survenait : la fluctuation de la valeur du dollar.

Il est pas cher mon baril ! qui veut de mon baril ?

Attention, ça devient super bordélique, un vrai western spaghetti à tiroirs à l’échelon planétaire. Premier tiroir : le dollar est dévalué. Ca ne gênait pas énormément les yankees puisqu’un dollar trop fort empêche de se remplir les poches au niveau export. Mais ça en gênait d’autres, les fourgueurs de brut. Deuxième tiroir : le pic de pétrole est atteint et Nixon le sait. La vache ! C’est pas cool pour les ricains de savoir qu’ils vont plus pouvoir siphonner leur sous-sol comme au bon vieux temps, mais surtout devoir devenir dépendants des pingouins du Golfe en devant leur acheter le pétrole. Troisième tiroir : Israël. Le soutien inconditionnel des Youniteude Staitsse of América à l’Etat sioniste ne plaît pas à sa majesté saoudienne qui décide de punir les cow-boys en baissant la production de pétrole de 5% (l’Arabie Saoudite exportait plus de 20% de l’or noir of the world à l’époque, quand même). Quatrième tiroir : la dépréciation du dollar fait perdre beaucoup aux pays membres de l’organisation des pétroleux (OPEP), parce que le prix du baril est indexé sur le dollar, relire le premier tiroir.

Aaaaah ouais, un peu gênant aux entournures pour ses seigneuries de l’OPEP, qui se grattent la tête et décident un truc assez basique : mon prix de baril indexé sur le prix du dollar est plus assez cher pour que je m’en mette plein les fouilles ? Je multiplie le prix de mon baril par 3, oh et puis non, par 4, et 5, 6, enfin bon je te fais payer un maximum comme ça je récupère mes billes perdues sur ton foutu dollar déprécié. Non mais oh ! Résultat des courses : le premier choc pétrolier nous arrive en pleine poire. Conséquences économiques diverses et variées dont : les prix de l’énergie qui flambent, l’augmentation du coût de production des entreprises, la baisse de la consommation la perte d’emplois, enfin bon : le début des 40, voir 50 « misérables » (opposés aux 30 glorieuses) dans lesquelles nous sommes englués d’un point de vue socio-économique. Enfin pas encore trop misérables à l’époque.

Mais tout ça ne nous explique pas pourquoi la crise actuelle a ses origines dans cette période…

Et bien quand même un peu, si. Pas mal même. Parce que le crack pétrolier de 1973 engendre un paquet de trucs déjà en cours mais qui n’étaient pas encore bien établis. Première chose intéressante : l’essoufflement de la production industrielle et l’inflation galopante qui se retrouvent doublées d’un chômage jusqu’alors inconnu (tout ça autour de 1974-75) : cette conjugaison inflation-stagnation économique, la « stagflation » est une sacrée épine dans le pied des pays industrialisés qui vont commencer à faire deux choses : pousser au crédit et alourdir la fiscalité. Et ouais coco, t’empruntes un max et je te taxe un max. Le départ du hold-up de l’économie mondiale par la finance internationale commence à ce moment là. Parce que c’est cette même année du premier crack pétrolier (1973) que Giscard et ses potes décident de jeter la souveraineté monétaire de notre belle France en pâture aux requins de la finance, avec la loi sur la Banque de France. Et que le « problème de la dette » débute.

Mais pourquoi qu’il fait ça Giscard, il était timbré ou quoi ? Il a reçu des valises en échange ?

La question a été posée, et elle est judicieuse : pourquoi Giscard sort-il une loi interdisant à la Banque de France de prêter au Trésor ? Dans son article 25 il est stipulé qu’il est désormais « interdit au Trésor Public d’emprunter directement à la Banque de France à un taux d’intérêt faible ou nul ». Personne n’est dans la tronche de Valery pour expliquer avec 100% de fiabilité pourquoi il l’a fait, mais un petit paquets d’indices peut nous aider à nous faire une idée. Premier indice : Pompidou est un ancien banquier de chez Rotschild…et Giscard son ministre de l’économie et des finances. Certains mauvais esprits ont parlé de conflits d’intérêts, mais qui pourrait les croire : on sait bien qu’en France ce genre de choses n’existe pas ! Deuxième indice : Giscard lance la même année, juste après la loi sur la « privatisation de la dette », le fameux emprunt Giscard de 6,5 milliards de francs (5 milliards d’euros corrigés par l’inflation) à 7% d’intérêts indexés sur l’or. Parce que plus il y a d’inflation, moins les prêteurs ont confiance (l’Etat a besoin d’emprunter plus). Donc, son explication à Giscard est la suivante : « La réforme des statuts de la Banque de France, adoptée sous le mandat de Georges Pompidou et lorsque j’étais ministre des Finances, est une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays : il s’agissait à l’époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique » et évitant ainsi « une situation d’inflation monétaire permanente ». Super explication de politique anti-inflation, rien à dire. Chapeau l’artiste. En tout cas le super-emprunt Giscard finira par coûter 90 milliards en intérêts et capital une fois remboursé. Et la loi Pompidou-Giscard permettra de vendre l’emprunt d’Etat aux banques privées et débuter le grand carnaval du je-te-tiens-par-la-barbichette entre Etats et finance internationale.

Pourquoi ce grand mouvement de dérégulation monétaire ? Hein, pourquoi ?

Avant d’en finir pour cette deuxième partie des origines (potentielles) de la crise il faut quand même dire quelques mots des « penseurs en économie » de l’époque. Parce que si on commence à entrevoir des raisons logiques et objectives de la dérégulation du système économique (pour ceux qui prenaient des décisions), qu’on pourrait résumer par : stopper le rachat de l’or de la fed, emm…les saoudiens, lutter contre l’inflation, compenser le ralentissement industriel et permettre aux nations richardes d’emprunter plus facilement, il y a des types qui ont pas mal influencé l’affaire. L’un d’entre eux a un nom assez connu, c’est Friedman. Ah ouais, Milton Friedman…

Pour faire court : ce formidable intellectuel écrit un bouquin intitulé « capitalisme et liberté » en 1962 dans lequel il théorise le libéralisme qu’il appelle de ses vœux, et qu’on peut résumer avec cette phrase : « la réduction du rôle de l’État dans une économie de marché est le seul moyen d’atteindre la liberté politique et économique ». Le père Friedman a bouffé tous les bouquins du Machiavel de l’économie, Adam Smith, et a adapté ses théories de « la main invisible du marché » au monde moderne : il théorise le principe des taux de change flottatnts dans « The Case for Flexible Exchange Rates » en 1953, et devient conseiller de qui, en 1969 ? Devinez, devinez ? Ben de Nixon, et ouais ! Il faut savoir que Friedman est allé loin dans les idées qui nous bouffent la vie actuellement. Imaginez que le type a parlé de « taux naturel de chômage », a expliqué qu’il ne fallait jamais pratiquer de politique de relance, et qu’au final les interventions économiques des Etats n’étaient jamais bonnes. Avec Friedman c’est la privatisation complète de l’Etat qu’il faut effectuer. Ce pur génie de la pensée libérale et du laisser-faire a reçu le prix Nobel de l’économie en 1976 et comme nous le verrons dans l’épisode suivant, il va ensuite devenir conseiller de Reagan durant ses deux mandats.

La pensée de Friedman a influencé la plupart des décideurs politiques occidentaux : leurs choix de l’époque, et ceux qui suivront ne sont pas innocents… Mais vous me direz, il est où le rapport avec la crise de 2008-2011, puisqu’on a quand même fonctionné sans gros problème majeur pendant un peu plus de 30 ans avec ce système ? Et bien, si les différentes crises de l’époque étaient conjoncturelles (en gros dues à une situation précise, comme le prix du pétrole), la crise actuelle, elle, est structurelle. Et là, ça va chercher beaucoup plus loin qu’un remède à appliquer par rapport à une situation donnée. Ca questionne sévèrement une crise structurelle, parce que les solutions durables pour sortir du bourbier socio-économique dans lequel nous sommes plongés semblent ne pas pouvoir se passer d’un changement radical de « logiciel économique ». Et ça, l’Oligarchie qui contrôle les Etats et s’est enrichie de manière incroyable depuis la dérégulation économique, et bien elle n’en veut pas. Parce que l’Oligarchie n’est pas inquiète par la crise. Elle s’en repaît de la crise. Ce qu’elle craint simplement, c’est que les populations se rebellent.

Mais  comme nous le verrons dans le dernier épisode des origines de la crise, un paquet de choses s’est mis en place à partir des années 80, puis 90 et 2000 pour nous mener là où nous en sommes : au bord du gouffre…et qu’en sortir, et ben, c’est pas gagné…

Origines de la crise (1) : mais pourquoi, pourquoi, pourquoi…?

Global economic crisis : comment ça va se passer (ou pas)

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15 thoughts on “Origines de la crise (2) : tu l’a vu mon gros baril ?”

      1. Yep : mais pas évident quand même…surtout avec le service après-vente, les méchants-jamais-contents, le prix à la pompe qui augmente, la TVA qui va suivre et le rédac’chef qui est sous l’eau… ;-)

  1. je ne sais pas ce qui est le plus effrayant dans tout ça :
    Voir le monde au bord du gouffre, ou comprendre que les dés étaient déja jetés avant ma naissance…
    1973 a vraiment été une année pourrie.

  2. « sans conséquence » et non pas « sans conséquences »

    « oncle Tom », ne serait-ce pas plutôt « oncle Sam » si on parle des Américains ?

    « fourgeurs » ou « fourgUeurs » ?

    « un petit paquet d’indices peut » et non pas « un petit paquetS d’indices peuVENt  »

    « aux nationS richardes » et non pas « aux nation richardes »

    « le prix noble », c’est un joli jeu de mots cynique ou bien ? ;)

    « sans gros problème majeur » et non pas « sans gros problèmes majeurs »

    « un paquet de choses se sont mis » et non pas « un paquet de choses se sont mises »

    Amicalement

  3. Décidément le style choisi n’est pas sans risques… Le plus marrant est quand même mon lapsus entre la case de l’oncle Tom et l’Oncle Sam. Je déraille, comme les indices boursiers. Merci Maître Capello. ;-) : c’est corrigé.

  4. Qui oser dénoncer la fraude: les gens consommaient bien moins dans les années soixante qu’aujourd’hui, et ce, malgré le premier choc pétrolier et tous les suivants ainsi que le ralentissement, non pas de l’économie, mais de sa croissance.
    Ou, comment faire passer la pilule de l’appauvrissement de la population en situation de création de richesses…

    Qui plus est, l’inflation peut être perçue comme la proportion de biens disponibles par quantité monétaire et non leur quantité. Si avec 1€ j’achète aujourd’hui la même quantité de biens par rapport à l’ensemble des biens disponibles à un moment donné que je le faisais il y a 10 ans (c’est pas vrai mais c’est pour l’exemple, ça aurait tendance à être moins si je me trompe pas), je n’en achète pas pour autant la même quantité en valeur absolue. Par exemple, avec 1€ en 2000, j’achète 1 patate, sur 2 produites, en 2010 j’en achète 2 sur 5 produites, ce qui est moins an proportion mais plus en valeur absolue.
    Je sais, c’est une démonstration foireuse, mais c’est juste pour dire qu’il faut voir derrière la terminologie.

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