Ogm ou la science contre la démocratie (Jean-Pierre Berlan)

Jean-Pierre Berlan, ex-directeur de recherche à l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) analyse l’affaire des conclusions de la recherche de Gilles Seralini sur un OGM, le maïs NK603. Jean-Pierre Berlan ne tente pas de battre en brèche (ou non) le protocole de Mr Seralini, ce que la plupart des « experts » se sont empressés de faire, mais souligne les problématiques centrales que les OGM cultivés en plein champ, et voués à nourrir les êtres vivants posent : celles de la démocratie, de l’agriculture moderne des industries chimiques, du règne des experts, de l’addiction des populations aux pesticides.  

 

Ogm ou la science contre la démocratie :

Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un biais anti-Ogm, accusent ses critiques – parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible.

Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des Ogm expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la “bonne” souche pour obtenir les “bons” résultats.

Depuis le début de cette guerre de tranchées en 1997, les Ogm assurent la carrière, les contrats, les crédits, la consultance, les brevets, les “starts-up”, l’aggrandissement des laboratoires et le prestige scientifique à ceux qui les font. Ils ont un intérêt personnel à leur succès, ce qui n’a, disent-ils, pas d’influence sur la Vérité si bien protégée par La Méthode.

A ce complexe génético-industriel s’oppose une opinion publique dont le bon sens lui dit que si les scientifiques sont dans leur laboratoire, ce n’est pas parce qu’ils savent mais bien parce qu’ils ne savent pas et qu’il est dangereux de s’en remettre à des ignorants, même si, en bons dialecticiens (là aussi, qui s’ignorent), ils se font passer pour des “savants”. Particulièrement lorsque les connaissances et les représentations évoluent à tout vitesse, ce qui est le cas. Pendant des décennies, 95% ou plus de l’ADN était non-fonctionnel, mais il s’avère depuis quelques jours que cet ADN “poubelle” jouerait un rôle fondamental.

Les Ogm sont-ils scientifiquement dangereux pour la santé publique, pour l’environnement ? Peut-être ? Peut-être pas ? Peut-on juger leur dangerosité éventuelle pour les humains sur des rongeurs? C’est la pratique toxicologique barbare imposée, alors que des tests sur cultures de tissus humains permettraient de cribler rapidement les quelques 100 000 molécules de synthèse en circulation. Ces tests sont bon marché, rapides, et raisonnablement fiables : autant de raisons pour que les industriels les refusent.

Reste que notre intérêt est de soutenir ceux que les lobbies industriels et leurs mercenaires cherchent à faire taire. Qu’on se souvienne du rôle des médecins mercenaires dans le désastre de l’amiante. Mais plutôt que se laisser piéger par une expression qui implique que la modification génétique est le problème (ce qui conduit à le confier aux experts sous influence), il faut se tourner vers la réalité, la marchandise, que les Monsanto, DuPont, Syngenta, Dow, Bayer et autres fabricants d’agrotoxiques (car ce sont ces industriels qui contrôlent les semences dans le monde) vendent sous cette expression. Après tout, c’est nous qui l’ingurgitons. Autant savoir de quoi il s’agit.

Les lois et règlements exigent que les plantes semées soient “homogènes et stable”». Le premier adjectif signifie que les plantes doivent être identiques (aux défauts inévitables de fabrication près) et le second que la même plante soit offerte à la vente année après année. Le rôle semencier est donc de faire des copies d’un modèle de plante déposé auprès d’instances officielles. Le terme “clone” désigne, je pense de façon appropriée, la marchandise vendue, bien que les biologistes récusent ce terme qu’ils voudraient réserver à la reproduction végétative, la pomme de terre par exemple. Ils préfèrent donc continuer à utiliser le terme variété, « le caractère de ce qui est varié, contraire de l’uniformité » selon le dictionnaire. La variété chez les plantes est l’équivalent de la race chez les animaux (les Vilmorin utilisent indifféremment les deux mots dans leur livre de 1880, Les meilleurs blés) et renvoie à l’idée de caractères communs particulièrement visibles dissimulant des variations moins évidentes mais importantes.

Partout, mais particulièrement en science, les mots doivent désigner la réalité. Lorsque le terme usuel implique le contraire de ce que l’on voit, c’est qu’il faut la cacher. Le paysan produisait du blé, le système agro-industriel produit des profits en transformant les pesticides en pain Jacquet. Le capitalisme industriel a siphoné la substance des activités qui ont fait notre l’humanité mais il serait dangereux que nous nous en rendions compte. Il fait tout pour entretenir l’illusion.

Ces clones sont “pesticides”. Le président Sarkozy a condamné les “Ogm pesticides” lors de son discours de clôture du Grenelle de l’Environnement. Il a donc condamné 99,6% des “Ogm” commercialisés. Le pourcentage est le même cinq ans plus tard. Mais qui fabrique les Ogm-pesticides ?

Ces clones pesticides sont de deux types, ceux qui produisent une toxine insecticide, ceux qui absorbent un herbicide sans mourir. De plus en plus, ces deux traits se retrouvent simultanément. La toxine insecticide est produite par toutes les cellules de la plante. L’herbicide, lui, pour agir doit pénétrer dans la plante. La construction génétique introduite dans la plante neutralise son action. La plante survit et l’herbicide reste. C’est le cas du Round-up qui fait la fortune de Monsanto. Dans les deux cas, le pesticide entre dans l’alimentation.

Le but des fabricants d’agro-toxiques est, on le voit, de changer subrepticement le statut des pesticides : de produits toxiques à éliminer autant que possible de notre alimentation, ils sont en train d’en faire des constituants de notre alimentation. Le principe de l’équivalence en substance, scientifiquement ridicule mais qui fonde la “sécurité alimentaire” – tant qu’une fraise transgénique ne ressemble pas à une pomme de pin, elle est “substanciellement équivalente” à une fraise normale – permet de courtcircuiter les tests coûteux et longs qui grèvaient les profits des agrotoxiques chimiques.

Il n’y a pas de conséquences néfaste, nous affirment les fabricants d’agrotoxiques et leurs experts d’autant plus facilement qu’ils se gardent bien de faire les travaux approfondis qui permettraient (peut-être) de les découvrir. Ils se contentent de s’assurer “scientifiquement” que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques », on ne peut pas “scientifiquement” démontrer une toxicité éventuelle. Ils font de l’absence de preuve la preuve de l’absence. Or l’état de ces connaissances est balbutiant. Les bactéries de notre tube digestif sont 100 fois plus nombreuse que les cellules de notre corps. On connaît 5 à 10% seulement de ce microbiote, qui joue un rôle physiologique important – et mal connu. Il en est de même pour les micro-organismes du sol – une poignée de terre fertile contient de 5 à 50 milliards de bactéries, pour ne rien dire des champignons, des actinomycètes, des algues etc. 80% de la biomasse se trouve dans les 30 premiers centimétres de la sol et nous détruisons cette pellicule moléculaire de Vie qui assure le fonctionnement des grands cycles biologiques du carbone, de l’azote, de l’eau etc.

On ne sait presque rien du développement de l’œuf fécondé à l’organisme final : l’oreille par exemple avec son pavillon, son conduit auditif, le tympan, l’enclume, l’étrier, les canaux, le limaçon et ses cellules ciliées qui transmettent le son au nerf auditif, tout ceci est délicatement et admirablement façonné spatialement, arrangé avec précision dans le temps et l’espace et se met exactement à sa place – à partir d’une seule cellule ! Tout plonger dans un bain de perturbateurs hormonaux et autres produits chimiques est d’autant imprudent que ces molécules peuvent entrer en synergie et être plus toxiques encore à des doses non mesurables. Pour résumer, l’Italie nous a offert un plat sublime de simplicité, la pasta al pesto. Les fabricants d’agrotoxiques veulent nous imposer désormais la pasta al pesticida. Ce n’est pas à leurs mercenaires de décider de notre appétit.

Enfin, ces clones pesticides sont brevetés. L’enjeu ? Les être vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. La loi de la vie s’oppose à la loi du profit. La vie a donc tort. Ce projet de société, l’expropriation de la vie, commence avec le capitalisme industriel. Dès la fin du 18ième siècle, les aristocrates anglais infatués de courses de chevaux créent un système administratif du contrôle du “sang” de leurs animaux. Il est l’image dans un miroir des règles aristocratique de transmission du pouvoir et de la richesse. Les papiers administratifs (le “pedigree”) et le contrôle des saillies assurent aux aristocrates éleveurs le monopole du “sang” de leurs animaux. Un animal qui a des “papiers” a de la valeur, un animal roturier ne vaut que sa roture.

Ce système est repris au début du 19ième siècle pour les animaux de ferme et perdure encore avec les livres des origines. Pour les plantes, il faut attendre bien que, dès la fin du 19ième siècle, les sélectionneurs se plaignent de l’injustice de la Nature. Elle prendra différentes formes. Biologique avec le fameux maïs “hybride” que les agriculteurs ne peuvent re-semer sans chute de rendement – une des plus belles escroqueries scientifiques du siècle passé et présent, ce monopole permettant de multiplier par 50 ou 100 le prix des semences – le non moins fameux Terminator de mars 1998 qui permet de faire des plantes dont la descendance est carrément stérile.

Monsanto s’est immédiatement jeté sur Terminator, ce produit de la collaboration de la recherche publique (!) et d’une entreprise privée, lui assurant ainsi une publicité mondiale. Cet Ogm “répugnant” révélait le secret le mieux gardé de la génétique agricole : séparer ce que la vie confond, séparer la production de la reproduction. Technologie et précipitation inopportunes, car les fabricants d’agrotoxiques étaient sur le point d’arriver discrètement à leurs fins avec la Directive 98/44 “de brevetabilité des inventions biotechnologiques”, péniblement transposée en droit français à l’unanimité (sauf le groupe communiste) à la fin 2004. Ce brevet – un monopole accordé à un cartel et le renforçant – favorise, prétend-t-on l’Innovation alors que la doxa économique enseigne depuis Adam Smith que la concurrence assure le Progrès. Quelle imposture !

Le Parti Socialiste a assorti son vote d’une demande de renégociation dont plus personne n’a entendu parler. En France, d’ailleurs, multiplier les obstacles règlementaires pour empêcher l’agriculteur de semer le grain récolté est une spécialité des ministres socialistes de l’agriculture, de Michel Rocard en 1995 à Jean Glavany (2001) en passant par Henry Nallet (1989). Mais Glavany a surclassé ses prédécesseurs avec sa “cotisation volontaire obligatoire”, une taxe sur les semences de ferme (non commerciales), pour secourir une interprofession sous la coupe du cartel.

Une société démocratique doit-elle se laisser dicter sa loi par les experts – ces « hommes compétents qui se trompent en suivant les règles » (Paul Valéry) – pour évaluer la dangerosité des clones pesticides brevetés (ou tout autre problème)? Pas besoin d’expert pour se rendre compte que nous courons au désastre. Des clones, alors que la diversité biologique cultivée est à l’agonie. Des clones pesticides qui permettent d’éviter les tests coûteux imposés aux agrotoxiques chimiques et nous enfoncent dans l’addiction à des poisons qui créent leur propre marché et l’élargissent constamment car les ravageurs et les pathogènes les contournent inévitablement. Des clones pesticides brevetés qui confient notre avenir biologique aux fabricants de produits en “cide”, aux fabricants de mort.

L’expression Ogm et les débats qu’elle impose, typiques de notre époque d’enfumage, révèlent l’état de notre démocratie. Appeler les choses par leur nom, ouvre un possible renouveau démocratique: démonter une législation semencière dépassée qui impose les clones et condamne des associations qui, comme Kokopelli, luttent pour sauvegarder la diversité. Lutter sérieusement contre l’addiction aux pesticides. En finir, enfin et surtout, avec le brevet du vivant. Le PS n’a–t-il pas dit qu’il en demanderait la renégociation ?

Bien entendu, les sycophantes détournent l’attention en annonçant l’avènement d’Ogm philanthropiques et verts. Les Ogm vont nourrir la planète et protéger l’environnement annonçait Axel Khan dans Les Echos en 1998. Mais nous n’avons toujours que des clones pesticides brevetés.

Comment ces Ogm philanthropiques et verts pourraient-ils être ceux d’une société où la maximisation du profit est la seule règle, où les experts scientifiques sous influence remplacent la démocratie, où les “empoisonneurs publics” (Roger Heim, Président de l’Académie des Sciences dans sa préface au livre de Rachel Carlson, “Un printemps silencieux” de 1964 – une autre époque) et marchands de Mort ont toute liberté pour confisquer la Vie. Les Ogm philanthropiques et verts sont ceux d’une société démocratique et libre, donc philanthropique et verte qui, pour ces raisons, n’en aura pas besoin.

Article rédigé sur le site de Kokopelli, le 25 septembre 2012 par :

Jean-Pierre     Berlan
Jean-Pierre Berlan
ex-Directeur de Recherche Inra.jpe.berlan@gmail.com
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30 thoughts on “Ogm ou la science contre la démocratie (Jean-Pierre Berlan)”

  1. Pourquoi mettre « ex-Directeur de Recherche Inra » et non « actuel membre du conseil scientifique d’ATTAC » ? Est-ce dans le but d’avoir un argument d’autorité (… « d’expert ») sur la question des OGM ?

    Sinon, plutôt qu’un copier-coller d’un pavé publié ailleurs, je suis sûr qu’on aurait tous plus apprécié un lien et une analyse critique de la part de Yovan ! Un travail journalistique, en quelque sorte, et pas juste la transformation de reflets.info en une liste de diffusion.

  2. 2 choses :
    1/y en a bien un qui va t’objecter que Jean Pierre Berlan cause d’un truc qu’il connait pas, le monsieur étant économiste et non généticien …
    2/ on dit pas « start-up » on dit geonpi !

    quand à l’état de l’illusion démocratique , comment dire …

    1. L’apport essentiel (à mon sens au moins) du travail de Berlan est justement de sortir un peu du débat ogm-santé-alimentation-éthique(on modifie le vivant etc) pour entrer dans le modèle économique des ogm. Qui comprend par exemple le brevetage et le monopole des semences et qui accroît la dépendance des agriculteurs vis à vis des semenciers.

      1. Réajustement focale :

        « où les experts scientifiques sous influence remplacent la démocratie »

        « Les Ogm philanthropiques et verts sont ceux d’une société démocratique et libre »

  3. Je trouve que le titre est mal choisi. Séralini est lui aussi un scientifique.

    D’après ce que j’ai pu lire, son étude a un problème de méthodologie statistique (population étudiée trop faible pour être statistiquement valable).

    Cela permet-il de rejeter totalement ce travail, en particulier la question de la durée des études menées habituellement (3 mois seulement) ?
    Je ne pense pas. Le fait que le résultat ne soit pas probant (faiblesse statistique) ne signifie pas que l’hypothèse de départ (ie. les études ménée habituellement sont trop courtes dans le temps) soit fausse.

    Je viens de lire l’avis commun des Académies nationales d’Agriculture, de médecine, etc.
    http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis1012.pdf

    Elles rappellent certe la faiblesse méthodologique de l’article de Seralini, ce qui est normal, mais pas que…

    Dans cet avis on lit aussi :
    « Il serait particulièrement dangereux d’évoquer une nécessité éventuelle d’expériences à long terme à l’occasion de cet article car l’impression serait donnée que les résultats présentés par G.E. Séralini ont une valeur suffisante pour justifier une inquiétude du public, avec tous les dégâts que cela peut avoir en France et dans le monde. »

    WTF ???

    Depuis quand doit-on refuser de se poser des questions de méthodologie scientifique pour ne pas inquiéter le public au nom d’intérêts de technosciences ?

    Le meilleur moyen de rassurer ledit public ne serait-il pas au contraire de développer et de financer un programme de recherche public digne de ce nom ?

    Si le travail de Séralini présente des faiblesses, il n’est pas le seul !

    1. Le problème avec tous les experts et scientifiques, agences européennes et française sur la sécurité alimentaire, c’est que un certain nombre a des intérêts avec le milieu OGM, direct ou indirect.

      Le Canard Enchaîné avait publié un papier justement sur les conflits d’intérêts des détracteurs de Séralini.

      L’autre souci est que toutes les « études » faites par les industriels des OGM sont couvertes par le secret industriel, donc difficilement contradictoires.

  4. Un véritable ascenseur émotionnel cet article !

    « Chouette, Reflets analyse le papier de Seralini! »
    « Merde, c’est Yovan Menkevick qui écrit… »
    « En fait, c’est pas si mal! »
    « Ah, en fait c’est pas de Yovan, s’pour ça… »

    Sinon, comme le dit mon collègue « plip plap plop », une analyse des « Data » eût-été plus intéressante.

    Si quelqu’un a le bagage scientifique pour nous analyser ça… c’est par là : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637 !

    1. « Si quelqu’un a le bagage scientifique pour nous analyser ça »

      Drôle de manière de poser le problème.

      –>

      si quelqu’un a « le bagage » pour pointer vers des gens qui ont déjà ou peuvent analyser ce genre de données scientifiques pointues
      ET
      que ces gens sont prêts à accepter la logique OpenData visualisable et didactique aidés par des gens capables de faire ça
      ET essentiel que tous ces gens considèrent que à peu près tout le monde alphabétisé peut se faire une idée à partir de tout ça réalisé en transparence maximale car le sujet de fond c’est démocratie point barre
      ET … non ça je me le garde pour l’instant c’est le best tip et il y a trop de voyous qui lisent Reflets -;)

      –> ça ça me plait déjà plus.

      Mais c’est personnel…

    2. Je n’ai pas qualité pour évaluer le fond du travail de Seralini et al.

      Cependant je peux te dire qu’il souffre effectivement d’un important biais statistique (problème de méthode donc).
      Si ce biais invalide ses conclusions (preuve insuffisante), il ne remet en cause ni sa problématique, ni ses hypothèses.

      Le nombre d’animaux utilisé est beaucoup trop faible. 200 rats au total répartis en 10 groupes, c’est nettement insuffisant pour que cela soit statistiquement valable.
      A titre de comparaison, une étude parue en 2006 dans Environmental Health Perpective qui montrait le risque cancerigène à long terme de l’aspartame sur le rat portait sur 1800 rats. Les animaux utilisés étaient aussi des rats Sprague-Dawley comme ceux de Seralini.

      Ce qui signifie au passage que le reproche fait à Séralini d’avoir utilisé une souche de rats trop fragile est infondé.

      Environmental Health Perpective a un impact factor de 7, ce qui est très haut.

  5. Bonjour
    [ je reposte ce message puisqu’il semble ne pas être pris en compte ]

    Pour qui aimerais trouver de la matière à réflexion il n’est pas inutile de chercher des données, premiers arguments permettant de construire une réflexion sur l’historique de ce qui nous mène ici ( article OGM … donc et/ou parce que : maîtrise du territoire et de sa production alimentaire )

    Pour faire simple ( un dimanche soir quand même )

    https: //fr.wikipedia.org/wiki/Gracques

    https: //fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%AAcheux
    https: //fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_enclosures

    de : Pierre Clastres
    La Société contre l’État. Recherches d »anthropologie politique ( ed de Minuit, 1974).
    ( réédité en 2011 )

    http: //variations.revues.org/202

    On peu lire ces quelques pages, après il faut creuser le filon, en faire la critique, construire son jardin et parfois « se la donner » avec les chiens de garde …

    Sinon juste pour les OGM http: //www.infogm.org/

    Cordialement
    Eric Hénunc

  6. Kokopelli strikes back !!!

    Ca fait plaisir de lire ce texte qui pointe du doigts des problématiques majeurs de l’industrie agroalimentaire (et son consort agrochimique) en le liant à l’écueil principal du paradigme scientiste souligné en leur temps par Popper et dans une certaine mesure par Kuhn, pour ne citer qu’eux, à savoir qu’un objet est vrai/bon/inoffensif tant que l’on n’a pas démontré le contraire. Le principe de précaution n’existe pas, pire, il est évacué car représente un surcout et un risque (si un produit n’est pas vendu, toutes les recherches le préfigurant ont été financées à perte).

    Dans le domaine scientifique, prouver la dangerosité d’un produit agroalimentaire, pharmaceutique, etc… est synonyme de « vous ne passez pas par la case départ, vous ne touchez pas 20000F, vous allez directement au placard et vous y resterez! ». Il y avait même eut un documentaire diffusé par LCP il y a quelques années qui montraient ce qui arrivait à ces scientifiques qui n’ont pas oublié le sens du mot éthique à travers une étude de cas concret, Dossier Cassandre: Les Lanceurs d’Alerte.
    Car ces empêcheurs de rentabiliser en rond le payent souvent très cher:
    http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n379a1.htm
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_d%27alerte
    http://www.rue89.com/2009/02/21/les-lanceurs-dalerte-sont-ils-en-danger

    L’avis commun des académies nationales
    d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire est on ne peut plus éclairant sur ces problèmes. Ils reprochent clairement à Séralini de ne pas avoir en premier lieu avertit les autorités sanitaires afin d’avoir leur autorisation (ironie quand tu nous tiens…) pour publier dans les mass media et aussi de risquer d’impacter sur la santé économique de plusieurs secteurs industriels. Comme l’a si bien dit Jane8re dans un comment ci dessus: WTF !

    En pointant du doigt la dangerosité des OGM (quelle surprise), l’équipe de Séralini pointe du doigt dans le meilleur de cas le manque de sérieux des autorités sanitaires et des labos embauchés pour réaliser les dits tests d’innocuité, et dans le pire des cas, la partialité des autorités et des labos embauchés. Forcément, ça n’allait pas en rester là… leur seul moyen de conserver un semblant de « sérieux » est de descendre Séralini car personne ne veut être le perdant à ce fabuleux jeu de la balle chaude…A ce moment là, il n’est plus juste question (ne nous leurrons pas, pas plus qu’il ne l’a été précédemment) d’autorité scientifique objective mais de conserver son poste et sa crédibilité scientifique.
    Et ce d’autant plus que Séralini a accusé bon nombres de scientifiques (ainsi que le souligne l’Avis Commun des académies nationales) d’être partiaux (pour rester poli)…du coup, c’est la guerre.
    Attention, mes remarques ne concernent que le contexte d’énonciation des travaux de Séralini et de son équipe et non des travaux en eux même.

    Ce qu’il y a d’intéressant la dedans vient aussi de la préfiguration des luttes qui opposeront les scientifiques indépendants de la génération actuelle du DIY aux scientifiques « industriels »
    http://internetactu.blog.lemonde.fr/2012/10/19/lessor-de-la-biologie-a-faire-soi-meme/

    Quand à Kokopelli, ils ont déjà payé par le passé leur volonté d’aider les agriculteurs démunis (crevant la dalle) en distribuant des semences dont certaines peuvent se passer du soutien de l’agrochimie. Et oui, aider les nécessiteux du tiers monde à ne plus se faire enfler par des semenciers ne vendant que des graines ogm qu’il faut racheter l’année d’après, c’est dangereux…du coup ils se sont fait descendre pour concurrence déloyale, officiellement…si mes souvenirs sont bons, les comptes non seulement de l’asso mais aussi de son directeur ont été bloqué dès le début de l’instruction. It s a nouveau world.
    http://blogs.mediapart.fr/blog/jjmu/290812/condamnation-de-kokopelli-rene-balme-s-adresse-au-president-de-la-republique-e
    http://www.rue89.com/rue89-planete/2012/09/04/graines-rares-et-anciennes-de-kokopelli-une-asso-condamnee-la-biodiversite

    Aussi, reproduire un texte de Berlan faisant mention de Kokopelli est un acte politique, pas juste du copier coller vu que Reflets n’est pas un agrégateur, cad qu’ils assument.
    Je plussoie.
    Cordialement,
    Flo(w)

    1. :) +1
      Histoire de faire chier, mais modérément, cf René Balme, je note que au Front de Gauche c’est l’hémorragie depuis quelques mois, et pas qu’un peu, les meilleurs se cassent en claquant la porte ou en se « mettant en congé » pour les plus policés.

      Il ne va bientôt plus rester que quelques débiles mentaux houspillés par un braillard d’opérette sévèrement encadré par des fossiles de au moins 3 espèces derrière le rideau.
      Moi ça me va, pour la Démocratie, au final… :)

      Voilà, c’était la pause « politicienne » de bas étage, à la hauteur des « professionnels » quoi.

    2. « Attention, mes remarques ne concernent que le contexte d’énonciation des travaux de Séralini et de son équipe et non des travaux en eux même. »

      => et je reste un peu sur ma faim, du coup :)
      Ceci dit, je pense que tout le monde est d’accord pour dire que le climat autour de la recherche sur les OGM est absurde et anti-scientifique au possible. Il est incroyable que les (bons) scientifiques n’aient pas les moyens de faire des recherches (sérieuses). Je pense en particulier aux difficultés pour obtenir des souches OGM… En ce sens, la médiatisation savamment orchestrée par Seralini est réussie.

      « Aussi, reproduire un texte de Berlan faisant mention de Kokopelli est un acte politique, pas juste du copier coller vu que Reflets n’est pas un agrégateur, cad qu’ils assument. »

      => encore faut-il revendiquer et le justifier explicitement ! Ici, la justification tient en un titre ahurissant (« OGM ou la science contre la démocratie »… seriously ?) et en un paragraphe absurde (« l’affaire des conclusions » ??)…

      1. Quand je parlais d’acte politique, j’utilisais le terme politique au sens large de « politikos » (organisation de la cité en dehors de toute relation avec des quelconques partis politiques en place, en dehors des relations avec des quelconques personnes dites de pouvoir). Le fait d’avoir mis des liens traitant en partie des « actions » de certaines personnalités politiques pouvaient laisser penser le contraire, mea culpa. Mes explications tendaient à s’appuyer sur les informations en elle même et non sur leurs liens avec les personnalités politiques gravitant autour de manière certainement intéressée.

        Concernant le contexte d’énonciation des travaux de Séralini, j’ai souligné cet état de fait car c’est précisément là que le bas blesse et qui occasionne non seulement tout un tapage médiatique à propos d’une simple étude mais surtout met en relief le manque de sérieux et d’impartialité scientifique des agences sanitaires aux vues de la faiblesse argumentaire du rapport des académies.
        Aussi, dans un premier temps et de manière extrême, peu importe le contenu de l’étude, ce qui compte est la faiblesse argumentaire du rapport des académies et des agences sanitaires, là on se trouve face à un problème préoccupant désormais visible et compréhensible par tout un chacun.
        Dans un second temps, on ne peut manquer de voir que cette faiblesse est liée aux faiblesse de leurs études destinées à « prouver » l’innocuité des OGM avant leur mise sur le marché. En effet, se dire que Séralini et son équipe n’ont pas poussé leur étude sur suffisamment de cobayes est justifié mais ce qui devient effrayant c’est lorsque l’on voit que les études attestant l’innocuité des OGM par les agences sanitaires -et les labos employés pour- se font sur encore moins de cobayes, durant moins de temps et avec moins de tests (et les tests des research chemicals pharmaceutiques sur cobayes humains sont tout aussi limités, cf Forenap, Biotrial,…). D’où mon insistance sur le contexte d’énonciation.

        Après, il est vrai que le titre fait l’effet d’une bombe et que l’on souhaiterait une explication de l’auteur, mais bon, on en veut toujours plus(i need moar). Berlean semble s’appuyer implicitement sur ses textes précédents (dont je n’ai lu qu’une infime partie, je ne peux donc me prononcer « sérieusement » la dessus) pour justifier son titre. L’intertextualité trouve donc ici ses limites. Mais il est vrai que ce qui est arrivé à Kokopelli est anormal, cependant à user des artifices marketings de « leurs détracteurs en services commandés », ils risquent aussi de perdre en crédibilité, ce qui en ces temps de vache maigre fait cruellement défaut, mais ont ils le choix? Je n’ai sincèrement pas la réponse à cette question pour le moment.

    1. Jacques Testard a un soucis tout au fond de lui… Il est comme saisi par deux forces contradictoires, une qui tire et une qui pousse. Faut juste le diviser en deux comme un fruit pour en apprécier la saveur sans manger les pépins :)

      Je suis gonflé, le papa du premier bébé éprouvette tout de même.

      Respect sincère Monsieur Testart si vous passez par là, par hasard.

  7. Trop cool the vox populi -:)

    agoravox.fr/actualites/sante/article/sanofi-goute-a-son-tour-aux-fruits-124753

    agoravox.fr/actualites/sante/article/ces-elus-qui-se-font-subventionner-100828

    agoravox.fr/actualites/sante/article/ansm-le-poisson-pourrit-toujours-124660

    2 cents for #dossierdefcon1 je décoooonne :)

  8. Add on 2 cents for focus INRA

    agoravox.fr/tribune-libre/article/autrefois-c-etait-plein-de-124854

    Claude Bourguignon, Ingénieur agronome (2008) :
    « Quand on a commencé à montrer que les sols mouraient biologiquement, on nous a demandé de nous taire.
    On a alors quitté l’Institut (INRA) et on s’est mis à notre compte. On estimait que notre devoir de scientifique était d’alerter le monde agricole sur la voie qui avait été désormais choisie et qui ne permettait pas de faire une agriculture pérenne. »

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