Nooooon, m’enlève pas mon AAA !

(les marchés te font savoir que ton pays de m… va se faire dégrader sa note, qu’il va raquer un maximum pour leur emprunter, et les marchés se marrent de te voir gigoter dans tous les sens et supplier les agences de notation de ne pas le faire)

Trop drôle ! Il faut les voir se contorsionner nos dirigeants politiques, venir tenter de rassurer tout le monde en expliquant qu’ils ont fait ce qu’il fallait pour que la Fraaaaaance (ce grand pays qui n’exporte quasiment plus que des technologies nucléaires, des trains et des armes) ne perde pas sa note AAA (note qui exprime la capacité d’une entreprise ou d’un Etat à rembourser ses dettes). Taxer les gosses sur les malabars, empêcher les vieux d’aller se reposer, remonter la TVA de l’hotellerie-restauration baissée deux ans auparavant : de superbes mesures anti-sociales menées par de vraies girouettes qui renient toutes leurs belles promesses ultra-libérales sur la baisse des impôts. Tout ça pour ne pas perdre une bonne note, comme à l’école. Mais il semble que cette fameuse note du triple A soit déjà perdue. Ou comme si. Pas d’bol. Mais alors à quoi bon, et puis qu’est-ce que ça va faire au juste si la France perd son AAA : le litre de jus d’orange va coûter le prix d’un abonnement triple-play ? Les salaires vont être versés en tickets de rationnement ?

Les agences de notation n’impressionnent que ceux qui sont asservis aux marchés

Première chose bonne à savoir (mais qui n’est pas exprimée dans les journaux du 20h) : les agences de notations de dettes sont de simple boites d’audit privées. Elles sont, en Europe, habilitées à travailler et communiquer sous l’autorité financière des marches (AMF), mais au final leur méthodes de calcul sont totalement opaques sous prétexte d’indépendance (très controversée, comme nous le verrons). Le crédit (ahaha) qu’on leur accorde, à ces agences, est à l’aune de l’asservissement  aux marchés financiers dans lequel nous sommes plongés. Pour dire les choses telles qu’elles sont et démontrer ce phénomène par l’exemple (et l’absurde) : le Japon (3ème économie mondiale) a une dette qui vaut 200% de son PIB (ouais, vous avez bien lu) et le Japon n’en a pas grand chose à cirer des agences de notation même quand elles lui abaissent sa note AAA à AA- comme Moody’s l’a fait en cette magnifique année 2011. P’tain, mais comment qu’ils font les Jap’ ? Et bien nos amis du soleil levant achètent eux mêmes la dette de leur pays. 94% des obligations d’Etat appartiennent aux familles japonaises. Les 6% restant appartiennent à des investisseurs nationaux : Fonds national des retraités, Banque du Japon, grands groupes nationaux, Banque postale…Donc les agences peuvent baisser la note des banques japonaises, pour ensuite s’amuser à baisser celle de l’Etat japonais, mais au final les taux d’intérêt d’emprunt ne bougent presque pas : les inventeurs des prostitués grimées à la Marcel Marceau et du sushi se refilent la dette entre générations et font un grand bras d’honneur aux marchés financiers internationaux.

Une notation sur la dette, c’est pas plus qu’une boule de cristal plus ou moins fiable (mais qui permet de prêter plus cher)

Explication : une bande de types en costumes trois-pièces à 10 000 $ tapent sur des ordinateurs bourrés de logiciels hors-de-prix pour  évaluer la capacité d’une entreprise ou d’un Etat à rembourser ses créances. Il faut imaginer que le nombre de critères à prendre en compte (si l’on veut être un tantinet sérieux), pour effectuer ce genre de prévisions dans le cas d’un Etat, est colossal : la croissance du PIB du pays cumulée aux possibles investissements privés (ou pas), la conjoncture politique et sociale, la consommation des ménages, l’utilisation de l’épargne, etc, etc, enfin bon, c’est énorme. Mais chez Standard & Pauvres, Lunatique et Putois (ce n’est pas une blague, vous avez là la traduction des noms dans la langue de Molière des 3 plus grosses agences de notation qui se partagent les 94% du marché) on a pas peur, on sait faire ça depuis 90 ans, donc, on te fait des prévisions les doigts dans le nez, sans ciller. Et toute cette savante prévision donne une note qui indique aux prêteurs la capacité de remboursement du pays (à long terme pour les Etats) mais en fait, leur donne beaucoup plus que ça : la possibilité ou non pour ces prêteurs (hedge funds et autres banques d’affaires, le « marché ») de se goinfrer un peu plus en augmentant les taux d’intérêts pour racheter les dettes. Parce que voyez-vous, un Etat comme la France, (6ème puissance économique au monde, tout de même) ne peut pas être en défaut de remboursement, d’ailleurs, la dégradation de la note AAA vers AA+ appliquée aux USA indique une capacité à rembourser de « Haute Qualité », comme cela va arriver la France. Pas de quoi s’auto-flageller non plus. Ce qui signifie que la notation de dette est une pure spéculation permettant simplement aux opérateurs financiers de prêter plus cher. Pas plus, pas moins.

En fait, on est déjà en AA+ sans le savoir…

Parce que les taux d’intérêt d’emprunt des obligations de la France sont passés en quelques semaines de 2 et quelques à 3,4%. Ce taux ne correspond plus au taux d’emprunt d’un pays noté AAA, comme l’Allemagne, par exemple qui bénéficie d’un taux à 1,7%. Caramba encore raté ! Nous sommes déjà dégradés les gars, mais sans dégradation. C’est à mourir de rire ! Bon, quand on va être dégradés officiellement (dans pas longtemps), on aura quelques bricoles à payer en plus, des primes de risque (on croit rêver), mais ça va juste démontrer que gratter 7 ou 8 milliards sur un budget national est aussi efficace que pisser dans un violon : les économies réalisées sur le « budget de rigueur équivalent à celui de 1945 » de Fillon vont être aussitôt bouffées par la hausse du prix des obligations à rembourser. C’est très très ballot. Surtout que les agences de notation sont loin, mais alors, très loin d’être claires dans leurs calculs attribuant les notes. Prenons l’exemple de la dégradation incessante de la note de la Grèce (qui soit-dit en passant amène l’ « effet domino » en cours pouvant déboucher sur une crise bancaire et une récession uniques dans l’histoire européenne, voir mondiale) : entre début 2010 et octobre 2011 la note de la Grèce a été dégradée plusieurs fois alors que des garanties énooooormes avaient été prises. Par la BCE, le FMI, les partenaires européens, cumulées à des assurances sur les obligations (les fameux CDS dont a parlé dans le dernier chapitre à propos de la crise). Tous ces dispositifs doivent nécessairement démontrer aux agences qu’il n’y aura pas de défaut de remboursement. Et pourtant, là, non : les agences font comme s’il n’y avait rien eu de fait pour garantir le remboursement grec, elles dégradent la note hellénique, les taux montent et explosent au printemps 2011 grâce une enquête de ce cher FMI qui vient pointer le problème de la dette souveraine. Déchaînement majeur des opérateurs, yahouuuuu, on va se régaler les gars, viendez, viendez, on va te leur spéculer leur dette, faire péter les taux et rafler une super-méga-mise. C’est triste, non ? Pas pour eux en tout cas. En plus ce n’est que le début de la fête : la Grèce c’est un apéro, mais alors un petit apéro…Merci qui . Merci les agences.

Les agences Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch : une bande de bad boys incompétents (mais qui tiennent les grandes puissances par les c…)

Rien ne vaut une petite liste des grosses erreurs perpétrées par ces chères agences : des fautes graves en réalité, qui vaudraient licenciement immédiat si c’était un employé lambda qui les avaient commises. Mais dans leur cas, ce n’est pas possible, puisqu’elles se sont protégées depuis belle lurette  par l’amendement de la constitution américaine qui défend la…liberté d’expression. Et ouais, elles estiment que leur note n’est qu’une opinion. On hallucine. Mais assez rigolé, démarrons par l’entreprise ricaine Enron : une super grosse boite spécialisée au départ dans l’exploitation du gaz et qui employait 22 000 personnes en 2001. On ne va pas faire tout l’historique d’Enron, mais en gros, la boite se met à faire du courtage, crée plus de 3000 sociétés offshore (vous avez bien lu, oui, oui, 3000) ce qui lui permet de se sur-endetter en douce (avec encore plein d’autres combines, mais faisons simple). L’entreprise Enron était en 2001, une boite totalement pourrie avec tellement de maquillages financiers et de crédits pourris en tout genre que n’importe quel étudiant de deuxième année d’économie aurait compris ce qu’il se passait. Et que font nos agences de notation ? Et bien, 4 jours avant qu’Enron ne soit obligé d’annoncer sa faillite, elles lui donnent la meilleure note ! Whaouuuuuuu ! Mais ils sont trop au top chez Putois, Lunatique, Standard et Pauvres ! Vous imaginez le truc : les 3 agences de notation qui notent les plus grandes entreprises, et les Etats du monde entier, ne voient rien venir 4 jours avant qu’un des plus gros groupes industriels au monde ne déclare faillite ! C’est beau. Mais ce n’est pas fini. Si vous avez lu les articles sur les origines de la crise, vous savez que les produits dérivés de crédit, et plus particulièrement les subprimes, ont déclenché la crise bancaire de 2008 et continuent à nous faire du mal. Et bien, ce sont les agences Putois et compagnie qui ont aidé à leur montage en développant des modèles utilisés par les banques. Pour finir par aller encore plus loin : donner les meilleures notes à des produit bancaires complexes qui ont permis la catastrophe actuelle. C’est qu’elles ne se contentent pas de donner des notes aux grosses boites et et aux Etats, les agences…La liste s’arrête là, mais elle pourrait être allongée avec bien d’autres exemples de notes totalement bidons et à côté de la plaque.

Et maintenant, on fait quoi ?

Tout le problème réside  sur la capacité des dirigeants du monde libéral à les remettre là où elles devraient rester, les agences de notations : dans les fonds de cale du bateau à moitié coulé de l’hyper-libéralisme, à noter la qualité des nœuds de cravate de leurs cadres. Pas plus, pas moins. Le super capitaine du G20 devrait le faire, tiens par exemple, lui qui avait annoncé qu’il  allait « moraliser le capitalisme, qu’il fallait sanctionner les agences de notation qui avaient bien noté les hedge-funds responsables de la crise, qu’il allait faire disparaître les paradis fiscaux… ». Moralisator, l’homme aux talonnettes marié à une chanteuse de gauche qui s’habille en Vesace et Chanel, Moralisator, le président-rolex qui sauve le monde toutes les semaines n’a toujours rien fait : on se demande bien pourquoi ? Ceux qui ont une idée peuvent le faire ici, on transmettra. Mais quelque chose dans l’air fait pressentir que pas grand chose ne va changer côté mis au pas des agences. Il paraît plus simple d’affamer le peuple en lui retirant le maximum de choses, comme ça on paye les marchés avec les économies réalisées, et comme les marchés aiment les peuples affamés parce que leurs dirigeants payent rubis sur l’ongle, la boucle est bouclée. Santé !

A suivre : l’Euro, l’Europe, la BCE, les eurobonds et les résolutions bidons de Merkozy

Twitter Facebook Google Plus email

20 thoughts on “Nooooon, m’enlève pas mon AAA !”

  1. Pas sympa Yovan, on exporte aussi beaucoup d’avions :D
    Allez champagne, Berlusconi est de retour à Milan, alors à quand son pote de retour à Neuilly ?? Pour le passage à BB+ ?
    Désolant de voir qu’on arrive pas à faire un budget à l’équilibre en allant chercher là où il y a de l’argent immédiatement disponible.

  2. Les avions sont de chasse, donc je compte ça dans les armes, et toc… :-) Pour Neuilly, Moralisator va y retourner en mai prochain : et encore, c’est pas certain qu’ils en veuillent encore là-bas. M’est avis que Moralisator va déménager à l’étranger…

    1. Non, Moralisator va commencer à se faire des couilles en or en renvois d’ascenseur en tous genres grâce à des discours bidon facturés aux banques et multinationales, largement étoffées par ses soins.
      Il le dit lui même car c’est exactement ce qui s’est passé pour Clinton lorsqu’en un seul mois après son départ de la maison blanche il a perçu plus que pour l’ensemble de ses 53 années de vie antérieure.

      Ecoutez Serge Halimi du Monde Diplomatique qui passe chaque mois chez Daniel Mermet :
      http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1952
      (début de son intervention à 34:00 mais si plus précisément à 41:05)

      Merci pour cet excellent nouvel article.

      1. Intéressant, c’est sans doute ce que va faire Moralisator.
        Le pantouflage, c’est mot qui va revenir souvent l’année prochaine je sens …

        Au passage merci de m’avoir rappelé l’existence de cette excellente émission.

  3. Mais les agences de notation ne sont-elles pas créées ou encouragées, afin d’être agitées comme épouvantails et tenir au calme la classe qui a 3 sous d’épargne ou un mirobolant salaire double du smic ? Je suis d’accord quand je lis que ce sont les élites qui ont peur (ou devraient) du peuple et de la démocratie, et non l’inverse.

  4. « sommes déjà dégradés les gars, mais sans dégradation. C’est à mourir de rire ! Bon, quand on va être dégradés officiellement (dans pas longtemps) »
    >>
    la presidentielle est trop proche, s’il le font avant, la critique qu’on pourra en faire sera facile et ils n’ont que le pouvoir qu’on leur donne.
    La preuve c’est que les taux montent quand meme sans changer de note…

    « mais ça va juste démontrer que gratter 7 ou 8 milliards sur un budget national est aussi efficace que pisser dans un violon »
    >>
    ca marche si c’est un stradivarius.

    fitch veut dire putois ?

    « le président-rolex qui sauve le monde toutes les semaines n’a toujours rien fait : on se demande bien pourquoi ? Ceux qui ont une idée peuvent le faire ici, on transmettra »
    >>
    parce que je le veux bien… lol

  5. Je note la traduction ‘lunatique et putois’ d’un triple ah.

    Observons ensemble le boss de l’UMPet qui pastiche un George Marchais et nous sort des moralisons la finance, taxons les riches, fermons les paradis fiscaux, instaurons la taxe tobin tel un parti de gauche mais qui ne fait finalement rien.

  6. Bha, de droite comme de gauche, les politiques, mais pire, l’entourage économique est identique. Les mêmes écoles, les mêmes circuit de formation, à part quelques uns.

    Tous depuis 1970 sont dans une logique à minima libérale, sisi même Aubry ou Hollande. Si on prend le temps de lire les programmes de partis de gouvernements, aucun ne remet en cause le cadre ou plutôt les cadres: juridiques financiers, politiques etc… Alors le coup d’arrêt aux vilains spéculateurs par ces gens qui ont autorisés l’ensemble des outils de la spéculation dans les décennies 80 et 90 ( innovation financières et dérégulation presque complètes des capitaux) sous les applaudissements des classes moyennes, c’est rigolo à voir.

    Intellectuellement, même s’ils sentent, voire comprennent que cela ne pourra pas durer, ils sont comme les spéculateurs qui font monter artificiellement le cours d’une action: tout le monde y va, je suis obligé d’y aller. En mettant en place une stratégie pour être le moins perdant au moment de la chute.

    Et il est plus facile de jouer sur les peurs des gens via des appels au bon sens, que d’avoir une vision politique cohérente à long terme.

    un exemple simple:
    « réduisons la cmu et les accés soins des immigrés » une part importante de la population applaudit, quelques temps plus tard une augmentation de certaines maladies non soigné finit par engorger les urgences et gréve les budgets. La population se demande pourquoi. Les maladies ne reconnaissant que l’humain, les maladies se foutent des distinctions établit par nos politiques.

  7. Si le programme de rigueur ne parvient que tout juste à combler la hausse des remboursements d’emprunts de l’état dûe à la perte du AAA, ne sommes nous pas en droit de penser que c’est justement pour cela, et uniquement pour cela, que ce programme va être mis en place ?
    Ou nos dirigeant auront-il malgré tout la volonté d’aller plus loin ?

  8. Ben non, si tu sais que ton programme ne va servir à rien puisqu’il va être dévoré par la hausse déjà en cours des taux d’intérêts, ça ne sert pas à grand chose. Donc si tu le fais quand même, c’est que tu es un gros escroc. Et que tu vas en rajouter des couches plus tard. Mais quand tu bosses pour les forces du marché depuis le début de ta carrière politique, tu n’as pas le choix, même si ça t’assure de perdre les prochaines élections : tu ne peux pas faire autre chose que de baisser les dépenses en ponctionnant (surtout et à 80 ou 90%) les classes moyennes et populaires, sans toucher (ou juste symboliquement) aux rentes du capital et autres grandes structures privées qui t’assurent ton avenir (et celui de ta descendance). Et puis tu crois à ce dogme de la liberté des marchés depuis 40 ans, tu ne vas quand même pas arrêter d’y croire, là comme ça quand même ? Surtout que ça continue de te rapporter gros…le couvert est déjà mis pour quand tu vas partir de l’Elysée ou de Matignon : tu n’auras plus qu’à te mettre à table.

  9. Les agences de notation remplissent la fonction servent aux dirigeants qui veulent imposer les jeunes prolongés.
    C’est l’équivalent des sondages.

    Bien fait pour tous ces bœufs qui sont même pas foutus de s’indigner un peu en tapotant sur leur clavier, je ne parle d’aller se faire dégager à la Défense, et surtout de militer dans un parti qui voudrait renverser l’ordre établi.

    Les franchouillards vont aller voter, bien en rang, le doigt dans le nez et le bulletin dans la poche pour les matons que Calvi et autres bouffons télévisuels lui servent.

    Alors, franchement, non mais franchement, pourquoi l’UE, le gouvernement français, se gêneraient pour mettre à la tête des principales institutions des individus formatés par les pires ennemis des peuples, les banquiers ?…

  10. Je pense que certaines personnes qui gèrent le monde, pensent que l’on va payer comme des cons et c’est ce qui se passe !
    Moi, le premier je suis un mouton qui peut payer et qui ferme sa gueule pour ne pas faire la révolution.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *