Nicolas Sarkozy et son logiciel des Affaires Etrangères

Thousands pray during Friday prayers Tahrir square in Cairo, Egypt, Friday Feb. 18, 2011. Protests continued and labor unrest has increased in Egypt since President Hosni Mubarak's departure last week that set off a chain reaction around the Middle East, with anti-government demonstrations reported in Libya, Bahrain and Yemen.(AP Photo/Hussein Malla)
Thousands pray during Friday prayers Tahrir square in Cairo, Egypt, Friday Feb. 18, 2011. Protests continued and labor unrest has increased in Egypt since President Hosni Mubarak's departure last week that set off a chain reaction around the Middle East, with anti-government demonstrations reported in Libya, Bahrain and Yemen.(AP Photo/Hussein Malla)

Voilà ce qui se passe lorsque l’on utilise des logiciels propriétaires. Impossible de les faire évoluer ou de les transformer profondément. Impossible de les coupler à de nouveaux logiciels très innovants. Impossible d’en recoder une partie. C’est un peu ce qui arrive à Nicolas Sarkozy. Le logiciel interne qui lui sert à gérer les affaires étrangères est désormais obsolète. Tous les paramètres ont changé et il ne fonctionne plus. Et comme c’est un logiciel très propriétaire, le président de la république n’arrive pas à le faire évoluer.

Prenez sa déclaration sur TF1 jeudi 10 février après l’annonce de la démission d’Hosni Moubarak :

« c’était inéluctable. Ce que je souhaite de tout cœur pour la démocratie égyptienne naissante c’est qu’ils prennent le temps de se doter de structures et de principes qui fait qu’ils trouveront le chemin de la démocratie, et non de la dictature religieuse comme malheureusement cela s’est passé en Iran après le départ du Shah d’Iran. »

Après une lutte exemplaire, festive, pacifique, déterminée, le peuple Egyptien se libère de 30 ans de dictature et la seule chose que Nicolas Sarkozy trouve à dire c’est qu’il pense qu’un régime de type iranien risque de s’installer. Il bloque. « Une erreur de type #Barbus est intervenue, voulez-vous redémarrer le système? »

Problème, même lorsqu’il reboote, son logiciel continue de planter. Des milliers de petites fenêtres viennent s’ouvrir devant ses yeux embués de peur : « barbus », « barbus », « barbus »,… On avait eu droit à l’épisode laissant entendre que les musulmans égorgeaient des moutons dans leurs baignoires, on a eu l’homme africain pas entré dans l’histoire, on a eu celui laissant à penser que les musulmans prient dans la rue, on a l’annonce d’un débat sur la place de l’Islam dans la république (pourquoi pas celle des raéliens?), qui va produire les mêmes effets que celui sur « l’identité nationale ». Ca tourne à la fixette.

Alors imaginez ce que le logiciel peut bien sortir lorsqu’un peuple musulman se révolte…

Et pourtant. Pourtant, un observateur disposant d’un logiciel libre ouvert y voit tant d’autres choses. Place Tahrir, les musulmans qui manifestaient lançaient des appels via Twitter pour que les coptes et les juifs les rejoignent sur la place, pendant les prières, au plus fort de la répression, symboliquement, les chrétiens faisaient des cercles autour des musulmans pendant qu’ils priaient, et inversement, pour se protéger.

Tous ces gens qui ont changé le monde étaient unis par une cause, par une idée. Cette idée, ce n’était pas d’établir un régime autoritaire, ni un régime religieux. C’était l’idée de la liberté. Le logiciel de Nicolas Sarkozy ne lui permet pas de comprendre que si un régime autoritaire ou religieux se mettait en place, les mêmes hommes, les mêmes femmes, les mêmes enfants reviendraient sur la place Tahrir. Ils sont désormais unis par quelque chose de particulièrement fort, quelque chose qui n’entre pas dans le logiciel de Nicolas Sarkozy, quelque chose qu’il ne peut pas analyser. Il est grand temps de changer de logiciel.

Une semaine après le départ d’Hosni Moubarak, ces personnes s’étaient données rendez-vous pour célébrer ce départ et participer à la prière du vendredi. Ils ne sont pas venus à 10, ni à 100, ni à 1000, ils sont venus en masse. Ils sont liés et ils s’en souviennent. Pour longtemps probablement.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

1 thought on “Nicolas Sarkozy et son logiciel des Affaires Etrangères”

  1. L’analogie avec le logiciel ne semble pas très adroite ici : ce sont bel et bien des êtres humains qui sont en cause, et uniquement des êtres humains. Or, jusqu’à présent, ce sont surtout des êtres humains qui conçoivent les logiciels.

    Mais l’idée d’utiliser des logiciels en politique est une idée tout à fait pertinente. Les logiciels de veille en sont encore à leurs débuts, mais l’on pourrait tout à fait imaginer utiliser l’ensemble des informations publiées sur Internet, mais aussi sur tous les autres médias (presse papier, télévision, rapports publics les plus divers) comme sources en vue d’une analyse de la situation, et de faire travailler des équipes de scientifiques afin d’analyser toutes ces données pour y voir des choses pertinentes, des motifs qui se répètent, qui apparaissent, qui disparaissent, et ainsi conseiller la prise de décision.

    Un film d’anticipation a été fait à ce sujet, L’Œil du mal (2008). Ce n’est donc peut-être pas une si bonne idée…

    Pour autant, il y a peut-être matière de réfléchir à une démocratie d’une manière inspirée des logiciels et d’Internet, ou encore du fameux web 2.0 participatif où producteurs et consommateurs de contenus sont confondus. Ainsi, plutôt que de voter une fois tous les deux ans, on pourrait tous participer à la prise des décisions et faire fonctionner l’intelligence collective d’une manière plus réactive ?

    Il n’en reste pas moins qu’on peut tout de même avoir peur, que l’on a de réelles raisons de se méfier des machines… ou de ceux qui les conçoivent. Je ne fais nullement référence ici à Terminator ou à Matrix, mais plutôt aux machines à voter qui, alors qu’elles se veulent sécurisées, présentent des failles permettant de les manipuler, ou du moins inspirent la méfiance.

    Un des grands avantages de la démocratie actuelle est son apparente simplicité. Les outils sont simples : papier, crayon, boîte. Ils n’en sont pas moins manipulables pour autant, en effet. Et impliquent une réactivité moindre du peuple. Voire même l’empêchent de s’exprimer (il y a bien eu des votes en Tunisie et en Egypte, non ?)

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