Moody’s pourrait bien dégrader la note AAA de la France d’ici 3 à 12 mois

La Tribune nous apprend ce matin que l’agence de notation Moodies aurait la note AAA de la France dans le collimateur. C’est un délai de réflexion de 3 à 12 mois que l’agence de notation s’accorde pour décider si la France subira le même sort que les USA. Si cette note venait à être revue à la baisse, les conditions d’emprunt de la France ne seraient plus les mêmes, ceci aurait donc naturellement un impact sur le financement de notre déficit budgétaire indique la Tribune. Les banques françaises déjà assez mal en point, comme la BNP et la société Générale, auront donc encore plus de mal à financer leur besoin cash . Ajoutons à ça le spectre d’une récession qui commence à planer sur l’ensemble de la Zone Euro et nous obtenons une situation plutôt inconfortable pour la France.

Selon l’agence de notation, la solidité financière de la France « s’est affaiblie, comme c’est aussi le cas pour d’autres pays de la zone euro, car la crise économique et financière dans Le Monde a conduit à une détérioration de ses ratios d’endettement, qui sont désormais parmi les plus faibles des pays notés +Aaa+ ». L’Agence pointe du doigt les imprévus auxquels la France pourrait avoir à faire face comme venir en aide à d’autres pays de la Zone Euro.

François Baroin, ministre de l’Economie et des Finances, se dit prêt à tout pour conserver cette note de AAA. Bref vous l’aurez compris, ça commence à puer très fort le plan d’austérité.

Courte vue

Depuis des mois, le gouvernement français martèle que la France ne perdra pas son triple A. A part un petit derrapage de François Baroin qui avait glissé que ce serait dur. Vite contredit par les chefs. Le 6 octobre, François Baroin, rentré dans le rang, cette fois estimait que le sauvetage de Dexia ne jouerait pas sur la notation française, comme l’indiquaient les Echos :

« Le gouvernement français va sans doute intervenir, mais si on se met ça sur le dos, ça veut dire que notre triple A ne va pas être conforté. » La petite phrase prononcée hier sur Europe 1 par Laurent Fabius (PS), à propos de Dexia, a suscité aussitôt un démenti du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer : « Je trouve ces propos très excessifs et à vrai dire assez inexacts. Les Etats eux-mêmes (la France et la Belgique, NDLR) ne vont pas garantir davantage que ce qu’ils ont garanti il y a quelques années. »« L’opération ne menace aucunement le triple A de la France », a renchéri François Baroin.

A force de se donner aux marchés (près de 66% de a dette française est détenue par des résidents étrangers), les gouvernements successifs se sont mis dans une position qui impactera très fortement les particuliers lors de la dégradation de la note.

Avec la « vision » qui caractérise la « droite décomplexée », le 5 mai 2010, François Fillon expliquait  sur TF1 :

« La France est aujourd’hui avec l’Allemagne la meilleure signature en Europe. Nous devons tout faire pour conserver cette signature »

La réforme des retraites avait notamment été justifiée par le risque de la perte du triple A. Petit oubli de la part de François Fillon : les marchés sont insatiables. Il faut toujours plus de réformes (d’austérité en français), et in fine, on achève la bête, quant il n’y a plus rien à prendre.

Indignez vous qu’il disait …

 

 

Voici le texte complet émis par l’agence Moody’s. A lire parce qu »il est un peu plus dur que ce que rapportent les media français:

 

Moody’s issues annual credit report on France

Frankfurt am Main, October 17, 2011 — In its annual credit report on France, Moody’s Investors Service says that the country’s Aaa rating with a stable outlook reflects the French economy’s strength, the robustness of its institutions and very high government financial strength.

The rating agency’s report is an update to the markets and does not constitute a rating action.

France’s sustainable GDP growth has been supported by the economy’s large size, high productivity, broad diversification and its track record for innovation, together with high private sector savings and an only moderate built-up of household and corporate liabilities. In Moody’s opinion, these features provide ample capacity to absorb shocks — as demonstrated by the resilience of domestic demand during the global crisis — although some risk factors (such as the weak prospects for global growth) continue to constrain medium-term economic performance.

However, Moody’s notes that the government’s financial strength has weakened, as it has for other euro area sovereigns, because the global financial and economic crisis has led to a deterioration in French government debt metrics — which are now among the weakest of France’s Aaa peers. Moody’s nevertheless continues to deem France’s financial strength to be very high, particularly when compared with debt affordability (interest burden in relation to government revenues) which remains comfortable. But very high debt finance-ability in an uncertain financial and economic environment, which is a crucial feature of Aaa governments, rests on investors’ confidence in the government’s ability and in its willingness to tackle unforeseen challenges. France may face a number of challenges in the coming months — for example, the possible need to provide additional support to other European sovereigns or to its own banking system, which could give rise to significant new (contingent) liabilities for the government’s balance sheet.

The deterioration in debt metrics and the potential for further contingent liabilities to emerge are exerting pressure on the stable outlook of the government’s Aaa debt rating. Moody’s notes that the French government now has less room for manoeuvre in terms if stretching its balance sheet than it had in 2008. France’s continued commitment to implementing the necessary economic and fiscal reform measures as well as visible progress in achieving the targeted sustainability improvements will be important for the stable outlook to be maintained. Over the next three months, Moody’s will monitor and assess the stable outlook in terms of the government’s progress in implementing these measures, while taking into account any potential adverse economic or financial market developments.

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9 thoughts on “Moody’s pourrait bien dégrader la note AAA de la France d’ici 3 à 12 mois”

  1. Peut être que les marchés sont insatiables mais peut être aussi que les états sont irresponsables. Je ne vois pas comment on peut cautionner qu’un état puisse s’endetter à se point. Il est normal que les marchés fassent la gueule, c’est leur argents qu’ils ont investi et il va bien falloir le rembourser sauf que l’état n’a jamais envisagé rembourser cet argent. Indignez vous contre l’état et les politiques qui ont cru pouvoir s’endetter à l’infini et qu’après eux le déluge.

    Les marchés ne sont pas insatiables, les marchés ont prêté de l’argent, ils n’ont pas donné de l’argent. Si un particulier se comportait comme l’état français, il finirait ses fins de mois en faisant des prêts à la banque, la banque serait soit disant insatiable car elle demanderait des garanties que les prêts seront remboursées et qu’elle ne verra pas son argent disparaitre.

      1. Parce que les états les ont mitonnés avec des promesses d’insolvabilité. Il est sur qu’à court et moyen termes la dette souveraine est un bon investissement, mais à long terme et si la dette sert à payer du fonctionnement et non de l’investissement, il faut se faire enfumer pour prêter à un état. Ou alors être Keynesien et croire que l’endettement va apporter la croissance et que la croissance va permettre de payer la dette (mais bien sur).

        Depuis les années 30 aux us et plus tard en europe, on croit que la dette va être la solution à tout les problèmes sans se rendre compte que la dette va en devenir un. Les marchés n’ont pas été malin de croire à ça, les politiques ont été carrément irresponsables voire criminels d’aller dans cet engrenage. Au final c’est les politiques qui décident de s’endetter c’est pas les marchés qui mettent un flingue sur la tempe des état pour les obliger à s’endetter, donc c’est les politiques les responsables de la crise de la dette.

        1. « c’est les politiques qui décident de s’endetter c’est pas les marchés qui mettent un flingue sur la tempe des état pour les obliger à s’endetter, »

          Oui et non. Il faut lire les confessions d’un assassin financier de John Perkins pour se rendre compte que, dans les années 70/80, on a forcé (sinon le dirigeant était remplacé ou avait un accident d’avion) les pays dits en développement à s’endetter massivement.

          Il y a donc eu des pressions pour forcer l’endettement. Ces pressions ont-elles concerné également les pays dits développés, à voir.

          En tout cas, je ne peux pas éviter de faire le lien que ce qui a été appliqué aux pays en développement (endettement forcé puis FMI et austérité) s’applique à présent chez nous.

    1. Ou plutôt, comment le peuple souverain va perdre son pouvoir face à une agence de notation.
      Les réformes de sarkozy ont coutées tellement cher, qu’il a hypothéqué notre avenir.

      J’ai comme un sentiment de déjà vu.

      Jugeons-le, quand il ne sera plus au pouvoir.

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