L’étonnant expert judiciaire choisi pour plancher sur les cas Amesys et Qosmos

qosmamesysLe Pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal de Grande Instance de Paris qui enquête sur le rôle des sociétés Amesys et Qosmos dans la vente d’outils de surveillance massive à la Libye de Kadhafi et à la Syrie de Bachar el-Assad ont nommé il y a quelques mois un expert judiciaire pour le moins étonnant.

Jean-Louis Courteaud annonce ses compétences sur sa page personnelle :

  • Cybercriminalité – Expertises numériques,
  • Informatiques et Téléphoniques,
  • Agréé Cour d’Appel, Cour de Cassation,
  • Tribunaux du Grand Duché du Luxembourg et Cour Pénale Internationale de La Haye,
  • Spécialiste en recueil et recherches de données,
  • Protection du Patrimoine Informationnel de l’Entreprise.

Rien sur le deep packet inspection, un sujet relativement pointu au coeur de cette instruction et dont les rares spécialistes sont parfaitement connus. Ce n’est pas dirimant, mais cela aurait évidemment été un plus.

En revanche, ce qui est assez dirimant en l’espèce, ce sont les convictions politiques ouvertement affichées sur le compte Twitter, entre autres, dudit expert.

Toute personne qui a suivi, même de loin, les affaires Amesys et Qosmos, sait combien l’implication de l’Etat, sous la houlette de Nicolas Sarkozy et de sa garde rapprochée, a été prégnante.

Amesys a été poussée par le gouvernement français et ses services de renseignement pour vendre à Abdallah Senoussi un Eagle (entre autres choses). La BPI (dans sa version FSI) a été sollicitée pour injecter 10 millions d’euros dans Bull qui avait racheté Amesys. Mieux, peu après le deal libyen, Bull est offerte sur un plateau aux dirigeants d’Amesys et ceux-ci feront une culbute financière qui laisse pantois, en quelques années seulement.

Du côté Qosmos, l’entreprise a eu des relations commerciales excessivement étroites avec la DGSE, au point de monter une business unit (Kairos) qui lui était dédiée. De même, le FSI (devenu Banque Publique d’Investissement) a été appelé à la rescousse pour investir 10 millions d’euros dans cette entreprise qui était couverte par le secret défense.

Un appui public et outré à Nicolas Sarkozy pose donc question lorsqu’il s’agit de rendre une expertise sur le rôle de deux entreprises dont le sort est autant lié à l’ancien locataire de l’Elysée.

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L’expert Jean-Louis Courteaud se félicitait par exemple par un retweet de la mise hors de cause de Nicolas Sarkozy dans l’une des affaires (Pakistan) pour lesquelles il est inquiété.

Son profil Yatedo affiche d’ailleurs son appartenance à l’UMP :

expert-5Quant au principe de la surveillance massive, au coeur de la problématique Amesys-Qosmos, l’expert ne fait pas mystère de ses opinions :

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Les opposants Libyens qui ont été torturés sur la base des écoutes de leur trafic Internet et qui ont témoigné devant les juges du Pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal de Grande Instance de Paris apprécieront. Sans doute font-ils partie des bien-pensants qui couinent…

Quant aux socialistes, ils ont bien entendu « ruiné la France ». Vivement le retour de Nicolas Sarkozy aux « affaires » ?

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Le reste des tweets au cours des dernières années était à l’avenant et nous en faisons grâce au lecteur. Etait… Car, étrangement, Jean-Louis Courteaud a effacé tous ses tweets ce week-end…

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

9 thoughts on “L’étonnant expert judiciaire choisi pour plancher sur les cas Amesys et Qosmos”

  1. Article 2 :
    « 6° N’exercer aucune activité incompatible avec l’indépendance nécessaire à l’exercice de missions judiciaires d’expertise ;

    Article 3 :
    3° Que cette activité n’est pas incompatible avec l’indépendance nécessaire à l’exercice de missions judiciaires d’expertise

    Article 4-1 :
    b) De l’intérêt qu’ils manifestent pour la collaboration au service public de la justice.

     » in http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=479AB199837EC0BBD338B65BE937B6BD.tpdila20v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006083039&cidTexte=JORFTEXT000000628809&dateTexte=20151123

    Etre « lesRepublicains » ouvertement ça entr bien dans ces catégories, non ?

  2. Vu que le but est d etouffer l affaire, rien d etonnant qu un « expert » dans la ligne du parti soit choisit. et si ca suffit pas, on pourra « perdre » un partie du dossier (cas de la scientologie), muter le juge pas assez docile (incinerateur a la dixine d albertville qui impliquait Barnier) …
    Il n y a pas si longtemps, Kitetoa s est meme pris une condamnation pour un motif a priori futile non ?
    C est un peu comme en Russie. c etait la premiere sommation avant des ennuis serieux

  3. Article intéressant, vraiment pas discret de la part de « ceux » qui l’ont choisi comme expert dans ce dossier.

    Sinon c’est qui « les rares spécialistes parfaitement connus » du DPI à qui vous penser ?

    Parce qu’en France, dans le domaine R&D SSI, j’en connais un bon paquet qui savent parfaitement étudier et expliquer techniquement ce dossier… bon c’est sûr que dans le tas, il y’en a pas mal qui ont un devoir de réserve.

    1. Avec une culture DPI, un sens du bien commun et une capacité à aller en costard devant un tribunal, je proposerais bien Benjamin Bayart comme expert pour l’affaire en question (Ben quoi, c’est bientôt Noël, je peux rêver ;).

      Sinon, merci une fois de plus à Reflets pour leur boulot de journaliste (et allez, le Canard Enchaîné, cette info mérite d’être reprise!).

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