La redoutable stratégie des barbares digitaux

Vous l’avez sans doute déjà compris, parler de numérique est un peu ringard. Ne parlons pas de l’horrible terme « d’informatique » à ranger désormais dans le tiroir poussiéreux des technologies absconses du XXème siècle. Le bon terme, pour parler technologies de l’information (là aussi c’est ringard) est américain — si l’on veut un tant soit peu paraître à la pointe des dernières tendances (toujours technologiques) — et il réunit tous les fantasmes de la geekerie startupienne : le digital.

« Didjitôl » si tu prononces bien. Mais comme tu es Français, tu dis digital. Le doigt. Le même mot que pour l’empreinte digitale. Qui ne signifie rien d’autre en français que le doigt. Un peu comme si, pour parler des voitures, de l’automobile, on utilisait le mot anglais « car ». Ce qui pourrait donner : j’ai acheté une car, car j’avais besoin d’en changer. Oui, bon, l’exemple est moyen, mais vous voyez ce que je veux dire.

De la stratégie digitale et des barbares qui vont tout disrupter

Une bonne policy digitale, enfin une bonne stratégie, parce que bizarrement, là, on garde le terme français, passe par la disruption. Tout le monde le sait et on se demande s’il est nécessaire d’en parler plus avant. Même Macron s’est emparé du concept, puisqu’il est un « candidat disruptif ». Pour épater la galerie des ignares, parlons de disruption. Mais vite fait.

La disruption, c’est de l’innovation, voyez-vous. Une façon d’innover qui casse tous les codes établis auparavant, qui fait table rase du passé, pour inventer des trucs que personne n’a encore vu ou osé faire. Sarkozy, sans le dire, était un candidat disruptif avec sa « rupture ». Parce que c’est ça la disruption : une rupture. Dans le monde du digital, l’innovation doit être disruptive, sinon ce n’est pas vraiment de l’innovation digitale. D’où le fait que les vrais innovateurs digitaux, en France, se nomment eux-mêmes les « Barbares ». Comme une partie de nos ancêtres venus du froid, qui avaient des casques à pointes et maniaient la hache avec autant de vélocité que les startupers manient le touchpad, les disrupteurs digitaux veulent tout envahir et tout changer. Whaaaa. On en tremble.

Uber, Un barbare disruptif… justement

Le grand barbare disruptif digital mondial en chef, est une entreprise californienne de réservation en ligne de VTC. La grande disruption digitale d’Uber a été, soi-disant, de coder une app qui vous géolocalise et vous permet d’alerter un ex-chômeur reconverti en chauffeur auto-entrepreneur d’occasion (ou pas) et qui vient vous chercher avec sa « car » pour vous câliner un maximum.

Il faut avouer que d’un point de vue technique, vu le nombre d’app équivalentes qui existent, on se demande bien ou est la rupture technologique de l’app Uber. Et c’est justement là le génie d’Uber : la disruption est ailleurs que dans la technologie en tant que telle. Elle est dans la capacité à balayer plein d’autres choses, issues du vieux monde ancien poussiéreux qui nous ennuie tant, comme : le code du travail et ses contrats pénibles avec sa protection sociale qu’un employeur offre normalement à une personne en lien de subordination, les règlementations toutes pourries sur les taxis, ces gros ringards qu’on aimerait bien désormais voir uniquement dans des films historiques. Et puis, cerise sur le gâteau de la disruption, la notation du client envers le chauffeur, qui, s’il n’a pas assez câliné ses clients, peut voir sa note baisser en dessous de 4,7/5 et se faire éjecter par son pseudo employeur disruptif, Uber, qui n’en est pas un, mais prend quand même 20% de comm pour chaque course (et a imposé désormais 25%). Génie !

Le barbare Uber a envahi plus 240 villes dans le monde avec son système de maquignon digital, et permis ainsi à des hordes de chômeurs ou de travailleurs pauvres de faire chauffeur pauvre à 15 heures par jour 6 ou 7 jours sur 7, sous pression de clients proprets, avides de confort et de « rupture digitale ». Ils sont nombreux, ces clients, à trouver Uber « formidable », et maudire tous ces taxis grognons et pas pratiques. Comme on les comprend. Ils ont en plus la possibilité de donner leur avis, émettre une opinion sur la créature servile qui les charrie, et peuvent, ô comble du pouvoir digital du doigt, lui faire perdre son travail, ou le conforter dans sa servitude au géant californien, par la grâce d’un simple clic…digital. Émouvant. Efficace. Moderne.

…mais un peu clodo

Le truc marrant avec Uber, c’est qu’ils sont malgré tout un peu clodo, dans la boite. Ils n’ont pas une thune, disent-ils, au point d’avoir 800 millions de dollars qui manquent à l’appel pour le seul dernier trimestre 2016. C’est comme ça dans le monde des startups disruptives : on éclate tout, on devient un quasi monopole mondial, on est valorisé à plusieurs milliards, mais on est fauché. Savoir ce qui coûte tant à Uber — qui n’a rien d’autre à gérer qu’un tiroir-caisse digital automatisé par son app — reste mystérieux, surtout quand on pense qu’avec 20% de commission sur chaque course et aucune flotte de voitures ou de chauffeurs à gérer, il n’y a pas beaucoup de frais de fonctionnement dans son « business model ». Mais bon. C’est le mystère du digital. Sûrement. Le doigt est impénétrable.

Reste qu’Uber, fort de ce constat, a pris le taureau numérique par les cornes et commencé à faire rouler des VTC sans le C. Des VTA : Véhicule de transport Autonome. Le PDG a compris très vite que les clients, quand même, pouvaient trouver tout ça très bien, mais encore un peu trop cher. Et il a bien expliqué que la cherté, on savait d’où elle venait : de « l’autre type ». Celui qui vous charrie. Le chauffeur qui bouffe la feuille avec le prix de sa course pour gagner 800€/mois en travaillant 15h par jour. Le PDG a donc déclaré :


Et ensuite, il a commencé à mettre en test 3 ou 4 Uber Car sans conducteurs et promet de bientôt charrier les gens avec un chauffeur digital, bénévole.
Moderne. Efficace. Disruptif.

C’est comment qu’on freine… j’voudrais descendre de là…

A tous ceux qui ont applaudi face à la « lutte d’Uber » contre les syndicats, les taxis, l’Etat, contre toutes ces rigidités absurdes venues d’un autre temps, et qui ont bien souligné qu’ils ne reviendraient jamais en arrière, c’est-à-dire prendre un taxi, « parce que quand même, c’est troooop top les VTC Uber », une petite pensée…

La vie n’est pas un paquet cadeau, et la suffisance narcissique technologique de ceux qui veulent profiter de toutes les innovations, ne devrait pas — normalement — permettre un tel mépris envers la partie de la population, toujours précarisée et instrumentalisée par les barbares digitaux. Mais à terme, les mêmes qui aujourd’hui s’enthousiasment pour la disruption, seront eux aussi remplacés par des machines. Les voitures seront autonomes, et la totalité des humains, dépendants. Tout ça risque d’être fort amusant.

C’est comment qu’on freine ? J’voudrais descendre de là…

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31 thoughts on “La redoutable stratégie des barbares digitaux”

  1. Justement au Québec on dit un « char » pour une voiture :-P

    « Il faut avouer que d’un point de vue technique, vu le nombre d’app équivalentes qui existent, on se demande bien ou est la rupture technologique de l’app Uber. »

    Maintenant que 1000 concurrents ont copié le concept, effectivement. Même aujourd’hui, la plupart des apps concurrentes sont fonctionnellement inférieures à celle d’Uber. Si les clients l’utilisent, c’est qu’il y a un avantage. Et ce n’est pas que le prix­, malgré les remarques condescendantes de l’article, qui évite par ailleurs soigneusement d’aborder le sujet de la limitation artificielle du nombre de Taxi à Paris (grotesquement faible).

    Si un jour une machine sait faire mon travail aussi bien que moi ou mieux, je ne vois pas pourquoi mon poste devrait être maintenu artificiellement. Et ceux qui remplaceront mon poste par une machine ne seront pas des barbares, juste des gens intelligents qui tireront partie des évolutions technologiques pour être plus efficaces.
    Le vrai sujet n’est pas de les traiter de barbares, ou de railler ceux qui utilisent un service supérieur et moins cher, mais de comprendre comment s’organiser en tant que société pour que les richesses créé par des machines soient mieux réparties dans la société.

    1. > ….comprendre comment s’organiser en tant que société pour que les richesses créé par des machines soient mieux réparties dans la société.

      comme de toute façon c’était déjà l’encéphalo plat sur ce sujet avant uber, parions qu’un énième coup de canif supplémentaire ne changera pas la donne. D’ici là réjouissons nous pour ces quelques heureux, sûrement rentier à bien y penser, qui prenne un malin plaisir à s’accorder pour penser que détruire l’emploi, seul moyen d’accès aux signes monétaires vitaux à la survie, l’épanouissement et l’organisation dans nos sociétés, est une chouette idée. Car pour nous autres, il est probable qu’on ne se réjouisse pas tellement de bouffer du cuir.

      1. Ce n’est pas être contre la modernisation et la digitalisation notamment que de dénoncer ces « barbares » qui surfent sur ces mots magiques « digital » et « disruptif » pour fasciner ces quadras managers en mal de créativité

    2. Yep, les deux « seuls » problèmes sont le partage du pognon et la gestion des ressources naturelles.

      Il n’empêche qu’une boîte comme Uber fait bien partie d’une bande de truands qui refuse absolument de jouer dans le collectif (et qui au sens ou elle refuse de faire partie de la société mérite le terme « barbare »).

      * Uber ne paie pas d’impôts (vrai au moins en 2014, pas de nouvelles sur 2015) mais utilise les routes.

      * Uber ne paie pas de cotisations sociales mais emploie des gens.

      * Uber a manipulé les chauffeurs de VTC dans sa lutte contre les taxis mais leur pique un énorme 20% de le CA. Et Uber travaille maintenant à se débarrasser d’eux.

      Uber est une engeance particulièrement cynique du problème. Elle s’opposera (et s’oppose déjà) à un partage des richesses. Elle le fait de façon active, notamment par un lobbying en faveur du statut d’auto-entrepreneur. Et ça marche, c’est repris par les plus droitiers (cherchez par exemple « NKM » et « travail libre »).

      Uber sert d’exemple de la « nouvelle économie » comme générant du profit à partir de rien, alors qu’elle prospère en ne participant pas à l’effort collectif.

      Uber n’est pas qu’une conséquence du problème, c’est est aussi une cause.

      1. Par construction, quand des innovations disruptives apparaissent (comme Internet), des zones grises légales apparaissent avec : impossible de réguler ce qui n’existe pas encore.
        La solution n’est pas d’interdire l’innovation mais de légiférer promptement pour l’encadrer. Ici le vrai problème pour le législateur n’est pas vraiment Uber – qui devra bien payer son dû un jour et le sait – mais les Taxis qui font tout pour retrouver leur vieux monopole néfaste et protéger la valeur de leur investissement spéculatif (leurs licences délivrées gratuitement).

        1. Ne devrait on pas rembourser les taxis qui ont achetes une licence (cher) ?
          L Etat leur a vendu un avantage concurrentiel qu ils ne peuvent pas utiliser.
          C est un peu normal qu ils ne soient pas contents.

          1. Une connerie des chauffeurs des taxis et d’avoir menti sur ce point.

            Ils spéculaient sur leurs licences pour s’assurer une retraite, pensant naïvement que leurs prix augmenterait ad vitam eternam et que le cycle se perpétuerait ainsi de génération en génération.

            Tant qu’à spéculer ils auraient dû s’essayer à la bourse avant, ça leur aurait permis de comprendre qu’à ce jeu on se fait régulièrement rincer.

            Les vétécistes et les chauffeurs de taxis s’écharpent pour savoir qui aura le droit de conduire, ignorant le fait que le temps de trancher cette question il n’y aura plus de volants dans les voitures.

  2. Depuis le temps qu’on le dit que le digital est un doigt d’honneur à notre bon numérique français ;-). Le monde de l’entreprise a besoin de mots anglais pour être communicatif (enfin le croient-ils) et comme des ados, on les laisse faire sans en rire et finalement il est déjà trop tard pour enrayer cette bêtise.

  3. Au risque de passer pour un gros con de droite, je me lance. Je tiens d’abord à préciser que je n’ai jamais pris de VTC et que je ne compte pas le faire dans un futur plus ou moins proche.

    Premièrement, les chauffeurs de VTC ne sont pas de pauvres victimes exploitées par une méchante start-up étrangère, ils ont pour une grande majorité d’entre eux choisi ce job volontairement. Après avoir discuté avec quelques uns d’entre eux, certains se sont même reconvertis alors qu’ils étaient en CDI, en pensant que c’était un nouvel eldorado. Je suis conscient que ce cas de figure ne représente pas l’ensemble de la profession mais c’est tout de même un phénomène à ne pas négliger. De plus, y a-t-il un seul conducteur qui n’avait pas prévu qu’en situation de position dominante, Uber finirait par augmenter sa marge pour éponger ses pertes colossales ?

    Ensuite, si l’internet nous a appris une chose, c’est que les intermédiaires peuvent toujours être court-circuités. Uber n’est justement qu’un intermédiaire, il n’y a donc aucune raison pour que son modèle économique ne soit pas obsolète à moyen terme. Certaines start-ups travaillent déjà sur des VTC « nouvelle génération », avec comme intermédiaire entre les usagers et les conducteurs un système à base de blockchain pour prendre les réservations. L’avantage serait d’avoir des tarifs libres et un taux de commission très faible. Uber uberisé, avouez que ça serait drôle non ?

      1. C’est volontaire, les pertes sont optimisées par rapport à leur potentiel d’endettement et de capitalisation. Cela permet d’avoir des prix attractifs fictifs qui ne tiennent pas compte de la réalité.
        Mais quand les concurrents seront morts, ils pourront remonter leur prix.

  4. Avez-vous lu « Pourquoi j’ai mangé mon père ? »

    Back to the trees !

    La politique d’uber est (largement) discutable mais pas sa qualité de service et surtout, surtout la raison pour laquelle ils ont émergé et que vous semblez « oublier » : taxis malpolis, sans lecteur de CB, qui surchargent la note et difficiles à commander / pas assez nombreux. (Ce n’était pas le cas de tous bien sûr mais de l’avis des usagers apparemment si)

    De toute façon vouloir lutter contre les voitures autonomes est une aberration autant économique que pour le respect de la vie humaine. La vraie lutte est pour le repartage de la richesse créée avec un salaire à vie / un revenu de base. Oui, on peut être libéral et social ? ;)

    1. > on peut être libéral et social ? ;)
      Un libéral cohérent pense que la « société » cela n’existe pas, seul les individus existent.
      Donc en théorie, on ne peut pas. Après comme la cohérence théorique, ça ne parle pas à grand monde, en pratique beaucoup se permettent le social-libéralisme!

  5. Résumons.

    D’un côté une entreprise transnationale qui détient l’outil de production, Uber ou autre; ce n’est plus une usine, des machines et des matières premières, c’est un algorithme. De l’autre des travailleurs qui n’ont que leur force de travail à fournir; leur temps, leur disponibilité et leur voiture.

    Uber établit un lien de subordination avec ces travailleurs sans rien donner en échange à part l’accès selon leur bon vouloir à l’algorithme sous la force d’une application sur un smartphone.

    Dans l’entreprise, le lien de subordination que consent le travailleur est compensé en partie par une protection sociale – en tous cas en France. Alors je sais bien que protection sociale est une idée ringarde – ironie. Tout le monde en France est en parfaite santé, n’a jamais d’accident, vit dans un environnement apaisant, a une nuit de 8 heures de sommeil réparateur et mange une nourriture parfaitement équilibrée, exempte de chimie qui provoque troubles du comportement, digestifs et éventuellement incapacité physiques et mentales et cancers divers et variés.

    Avec l’élection présidentielle on n’a pas fini de ringardiser la protection sociale et de tresser des couronnes de lauriers aux algorithmes de la Silicon Valley…

    Uber qui ne possède qu’un algorithme qui permet d’accéder à la tâche rémunératrice transfère la protection sociale de l’entreprise vers le travailleur en l’obligeant à devenir indépendant, mais un indépendant dépendant d’Uber sans les avantages sus-cités. Donc là pour la modernité on repassera puisqu’on revient à une situation où le travailleurs équipé d’un smartphone n’est rien moins qu’un journalier qui travaille à la tâche. Ce qui est toujours – mais plus pour longtemps – illégal en France.

    En plus Uber prend une partie de la rémunération de la tâche qu’il ne reverse pas à la communauté d’une manière ou d’une autre – par l’impôt par exemple. Uber s’enrichit donc directement et sans aucune espèce d’ambiguïté ni de complexe sur le travail d’un tiers. C’est toujours illégal en France.

    Uber, mais l’économie collaborative dans son ensemble est une escroquerie qui ne dit pas son nom et qui en plus de ne pas respecter le code du travail ni aucun code se place en situation de monopole puisque l’outil de production, l’algorithme est propriétaire.

    Uber est un parasite qui s’intercale entre la demande et l’offre. C’est de l’économie capitaliste à l’ancienne qui ne peut croître qu’en volant aux autres leur force de travail, leur temps et leur vie pour espérer gagner à peine de quoi vivre.

    Elle est où l’innovation ? Parce que c’est un algorithme c’est disruptif ? Le vol reste le vol qu’on utilise un pied de biche ou du code informatique – houh, j’ai employé une terminologie ringarde…

    Sur le même sujet, un article intéressant qui montre comment on pourrait faire dans le disruptif en passant de l’économie capitaliste collaborative à l’économie coopérative dans laquelle on se passe du Capital tout en tirant partie intelligemment de la technologie et des algorithmes et en finançant sa protection sociale : https://blogs.mediapart.fr/revue-frustration/blog/291216/l-esprit-coursier-contre-le-capitalisme

    Ah ben oui, le patron ne sert à rien dans l’équation. Ça c’est nouveau, différent, disruptif mon cul sur la commode et c’est de la vraie innovation et possible à mettre en place par nous-mêmes maintenant contrairement au fantasme libertarien – ouais il y a rien dans libertarien – du revenu de base inconditionnel qui prétend nous affranchir du salariat.

  6. Vous en voulez encore de la disruption ?
    https://prototypekblog.wordpress.com/2016/12/21/vous-en-voulez-encore-de-la-disruption/

    Imagine the day when Uber operates with driverless cars; it will come, a big economy-changing moment. In Silicon Valley, that’s called disruption, which is a sexy word. Disruption has delivered all kinds of new freedoms and options to people. But disruption has also pushed millions out of work. The real meaning of the word is sometimes no more than: We found a way to make a whole lot of money fast.

    Imaginez le jour où Uber fonctionnera avec des voitures sans conducteur ; ça va arriver, un grand changement pour l’économie. Dans la Silicon Valley, on appelle ça « disruption », et c’est un mot sexy. La disruption a apporté toutes sortes de nouvelles libertés et de nouvelles options aux gens. Mais la disruption a aussi privé de travail des millions de gens. Le vrai sens de ce mot ne va parfois pas plus loin que : Nous avons trouvé un moyen de faire du fric rapidement.

  7. Salut Yovan… et bonne année !

    Le maître mot de votre article est DISRUPTION. Ce qui se passe avec UBER ou d’autres escrocs importe moins, et du reste il serait bon de séparé ce qui leur a permis de percer de la manière dont ils l’ont exploité : dans le cas de UBER par exemple, le concept de « taxi » est de toute façon à revoir complètement (et tout le monde semble tourner autour du pot, ce qui laisse le champ libre à toutes les escroqueries).
    Pour ce qui est du mot « disruption », là aussi tout le monde tourne la tête pour ne pas voir le côté dangereux de ce concept : lorsqu’il a disruption, il y a perte de continuité (jusque-là c’est enfoncer une porte ouverte), et toute perte signifie l’abandon de toute une population : les mineurs de fond sauront nous expliquer ce que cela a signifié. La faute à qui ? Ben à tout le monde en fait.

    Les disruptions sont nécessaires pour faire évoluer l’humanité, sauf que celui qui prétend en générer (au passage ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en font le moins) doit assumer ses conséquences. Or ce n’est pas ce que fait un UBER (puisque l’article se focalise sur ce cas). Et de façon générale, les neocons ne se responsabilisent de rien, d’où le bordel ambiant (n’est-ce pas messieurs Macron ou Fillon ou qui vous voulez en fait d’un extrême à l’autre).

    Bonne année à tous !

  8. Oui, comme le disait Alain Damasio, le « digital » c’est le fantasme d’un monde qui « marche au doigt et à l’oeil de nos pulsions…

    Et puis pour aller un peu plus loin sur Uber : cette « disruption » est la plus vieille ficelle commerciale, la « vente à perte », pensée et combattue par les législations depuis le 17e siècle. Mais on a la mémoire courte.
    Uber ne fait qu’utiliser sa capitalisation record pour financer ses pertes, une pyramide de Ponzi permettant d’écraser le marché avec un produit au prix trompeur (tant pour le chauffeur que pour le client). Et devenir un monopole à l’ancienne, ce que les économistes du 17e ont d’ailleurs bien compris.

    Cette « disruption » est au final vieille comme le monde…

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