La liste des clients de Nexa/Amesys s’allonge : de la DCRI à la Belgique en passant par la Turquie

Nos investigations, comme celles de Jean-Marc Manach ou d’Olivier Tesquet de Télérama avaient déjà permis de dresser une liste conséquente de clients d’Amesys, entreprise qui avait muté en Bull, puis en Nexa. Initialement, Reflets dénichait le projet Candy (bonbon en français) en Libye, qui sera suivi de Finger (deux doigts coupe-faim pour la capitale Doha) au Qatar, PopCorn au Maroc, Crocodile (le bonbon Haribo) au Gabon, Kinder en Arabie saoudite, Miko (les glaces) au Kazakhstan. Puis vint Toblerone en Egypte, révélé par Télérama. Cette fois, Reflets.info dévoile la liste des clients de Nexa Technologies fin 2016. Elle est assez longue, même s’il est raisonnable de penser que tous ne sont pas équipés d’un Eagle ayant vocation à intercepter les communications de l’ensemble d’un pays.

Cette liste comprend en vrac des personnes physiques, des entreprises et des émanations étatiques, généralement des services de renseignement. On y retrouve les pays fâchés avec les Droits de l’Homme et quelques officines étatiques douteuses déjà citées dans nos colonnes comme le fameux State Security Bureau (client n° « 00035 ») à Doha.

Le « State Security », écrivions-nous déjà le 7 décembre 2011, est « une entité indépendante », mise en place en 2003, qui ne rend de comptes qu’à l’Emir du pays et qui lutte, notamment, contre le terrorisme et le blanchiment d’argent sale. Sa latitude dans le choix de ses enquêtes est totale. Une véritable « entité démocratique », en quelque sorte. »

Autre client peu reluisant, le SILAM au Gabon ( projet Crocodile) que nous évoquions en mars 2016. Le SILAM a été pointé du doigt dans diverses affaires et a un long passé d’écoutes téléphoniques « à la demande ».

Les petits nouveaux…

Mais dans la liste des clients à laquelle Reflets.info a pu avoir accès, apparaissent quelques nouveaux clients pour le moins singuliers.

Ainsi, la Commission européenne (client n° « 00014 ») pour laquelle on se demande bien ce qu’elle peut acheter à Nexa.

Autre client intéressant, le n° 00012 : DRCPN/DGSI. « La DRCPN est chargée au sein de la direction générale de la Police nationale (DGPN), de l’administration générale, de la gestion des moyens, des ressources humaines et budgétaires ainsi que de l’action sociale de la police », indique le site du ministère de l’Intérieur. Difficile de voir en quoi la DRCPN peut être intéressée par les solutions proposées par Nexa. Pour ce qui est de la DGSI, c’est plus simple. Reste à savoir quel produit (et pour quel usage) est vendu au renseignement intérieur français. Nexa ayant développé une expertise dans les « décodeurs de protocole », on peut néanmoins avoir quelques intuitions…

Autre client, pour le moins prestigieux : le Ministère de la défense. Mais il faut savoir lire entre les lignes. Pour connaître l’entité du ministère qui est concernée, il faut savoir qui se cache derrière la « Case 75/C » indiquée dans l’adresse. Par exemple, la « Case 75/G3 » correspond à la Direction du renseignement militaire. En dépit de nos efforts, nous n’avons pas encore réussi à identifier l’entité qui se cache derrière la « Case 75/C ». – EDIT du 14/11/2017 – 21h30 – Selon nos informations, la Case 75/C correspond à la Direction Générale du Renseignement Extérieur (DGSE) – 

Ooredoo, le client n° 00027, est, selon Wikipedia, « une société de télécommunication d’origine qatarie. Elle possède plusieurs participations dans Wataniya Telecom, Nawras, Tunisiana, Asiacell, Indosat. La société est présente au Moyen-Orient, en Europe et en Asie, incluant l’Algérie, l’Indonésie, l’Irak, le Koweït, le Myanmar, les Maldives, Tunisie3 . Ooredoo a publié dans un communiqué avoir plus de 114 millions de clients en septembre 2015« . Tout un programme (d’écoute ?). En fait, il s’agit de QTel, dont nous reparlerons.

Le client n° 00032 n’est autre que le Service général du renseignement et de la sécurité belge.

Enfin, notons le client n° 00039, la Turquie. La présence de la Turquie dans la liste des clients de Nexa pose question. En effet, dans son article sur le projet Toblerone en Egypte, Olivier Tesquet de Télérama indique : « Ces deux dernières années, la commission n’a opposé que deux refus à Amesys : pour la vente de technologies d’interception aux services secrets pakistanais (la DGSE a posé son veto), et pour l’exportation de deux systèmes de surveillance – dont un satellitaire – vers la Turquie, en novembre 2016, moins de six mois après le putsch manqué contre Erdogan (on a bondi, au ministère des Affaires étrangères).« . Nexa serait-elle passée outre la volonté de l’État français ?

L’article de Télérama donnait quelques pistes pour les ventes récentes de Nexa : « Amesys a obtenu neuf autres licences depuis le début de l’année 2016 : trois en Afrique de l’Ouest, deux au Moyen-Orient, une en Afrique subsaharienne, une en Europe, une en Asie et une en Amérique du Sud. »

Selon les documents auxquels Reflets.info a pu avoir accès, en Amérique du Sud, le client pourrait être le Venezuela.

Gamma Group éditeur du tristement célèbre logiciel FinFisher se trouve également dans la liste des clients de Nexa (n°00017). La nature de leur relation commerciale reste pour l’instant inconnue.

Enfin, un client (le n°0007), Camusat, nous intrigue. L’Express a publié un portrait hagiographique du patron de cette entreprise, Richard Thomas. Extraits : « Richard Thomas est un baroudeur des télécoms. Kidnappé et libéré contre une rançon en Bulgarie, retenu à Haïti après un tremblement de terre et une épidémie de choléra, envoyé « en mission » au Kosovo, ce diplômé d’un BTS d’électronique s’est expatrié dès l’âge de 22 ans en Roumanie, peu après la révolution de 1989, pour implanter un réseau d’antennes mobiles GSM. Une expérience suffisamment probante pour que son entreprise Camusat soit retenue par France Télécom pour déployer d’autres réseaux au Liban, à Madagascar, en République dominicaine, au Mali. » (…) « Richard Thomas réalise quasiment la totalité de ses 158 millions de chiffre d’affaires à l’étranger, dans trente-cinq pays, en particulier au Myanmar où travaillent 300 personnes pour la société bourguignonne ». Contacté par Reflets.info, Richard Thomas n’a pas répondu à nos sollicitations.

De cette liste à la Prévert, ressort un enseignement principal : loin d’être échaudé par la procédure en cours devant le Tribunal de Paris pour complicité de torture, la même équipe qui avait vendu un Eagle à la Libye continue de vendre à des pays dont il est indiscutable qu’ils ne respectent pas les Droits de l’Homme. Le commerce est profitable. Ceci peut expliquer cela pour Stéphane Salies qui, outre son salaire perçoit de très juteux dividendes via son fonds Allegretto Asset Management.

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