La Grèce est sauvée et l’europe avec !

Si vous avez lu l’éditorial du Monde après la décision des ministres des finances européens, vous savez que la Grèce est sauvée, au prix d’un « bricolage intelligent« , et l’Europe avec elle. Si, si. On parle de désamour du public pour la presse, ce dont Reflets se désespère, mais il faut l’avouer, les journalistes, parfois, donnent l’impression de vivre dans une autre réalité. D’où peut-être cette déconnexion avec leur lectorat. Combien de sommets européens de la dernière chance depuis le début de la crise de la dette souveraine ? Combien d’engagements jamais tenus ? Trois ans de sauvetage de la Grèce qui ne l’est finalement jamais… Et pourtant, à chaque nouvelle annonce, il reste des commentateurs pour se féliciter d’accords de pure forme, totalement biaisés car aux antipodes des possibles et de la réalité macro-économique.

Il y avait pourtant un indice qui aurait dû mettre la puce à l’oreille à l’éditorialiste du Monde : Christine Lagarde s’est félicitéede cette décision qui, selon elle, permettra à la Grèce de se remettre « sur la voie d’une dette viable« . On en reparlera lors du prochain sommet de la dernière chance. Christine Laboulette Lagarde est spécialiste des déclarations improbables de ce type. C’est un indicateur inversé de la réalité macro-économique…

“I welcome the initiatives agreed today by the Eurogroup aimed at further supporting Greece’s economic reform program and making a substantial contribution to the sustainability of its debt. This builds on the significant efforts by the Greek government to carry forward its fiscal and structural reform agenda.

(…)

“Taken together, these measures will help to bring back Greece’s debt ratio to a sustainable path and facilitate a gradual return to market financing. The debt ratio is expected to decrease to 124 percent of GDP by 2020 through significant upfront debt reduction measures of 20 percent of GDP. In addition, I welcome the commitment by European partners to bring back Greece’s debt to substantially below 110 percent of GDP by 2022, conditional on full implementation of the program by Greece. This represents a major debt reduction for Greece relative to its current debt trajectory.

Pour ceux qui n’ont pas lu l’éditorial du Monde, le voici :

Du côté des économistes, on est nettement moins optimistes.

Grant Williams explique par exemple que la cata économique est en train de se propager aux pays qui constituent le coeur de l’Europe, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et… la France. Notre pays a par ailleurs enregistré un nouveau bond impressionnant du nombre de chômeurs en octobre.

En tenant compte des personnes exerçant une activité réduite (catégories B et C), le nombre de demandeurs d’emploi a progressé de 1,6%, soit 71.500 personnes de plus, pour atteindre 4.587.000 (+9,4% sur un an). Avec les départements d’Outre-mer, le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C est de 4.870.800. Il s’agit d’un niveau inégalé et de la dix-huitième hausse mensuelle consécutive.

Mais revenons à Grant Williams :

The eurozone economy continued to deteriorate at an alarming pace in November, and is entrenched in the steepest downturn since mid-2009. Officially, the region saw only a very modest slide back into recession in the third quarter, with GDP falling by a mere 0.1%, but the PMI suggests that the downturn is set to gather pace significantly in the fourth quarter. The final three months of the year could see GDP fall by as much as 0.5%.

While it is reassuring to have seen signs of stabilisation in some survey indicators, the overall rate of decline remains severe and has spread to encompass Germany, suggesting the situation could deteriorate further in the coming months. With jobs being cut at the second-fastest rate since January 2010 and expectations for the year ahead in the services sector slumping to the lowest since March 2009, firms have clearly become increasingly anxious about the economic outlook and are seeking to control costs as much as possible. All this suggests that any swift return to growth is unlikely.

There isn’t much new here, this is the same dynamic I have been commenting on for well over a year now. In recent weeks it has become all too obvious that economic weakness has now got a firm grip on « the core » of the EZ with the downgrade of France and the acceleration of a downturn in the Netherlands. Germany too is slowly weakening as the PMI report shows.

So no surprises here, and we continue to travel along the path of expected outcomes.

Attempts at internal devaluation across Southern Europe are crushing aggregate demand in those countries, this is flowing back into the « core » via the tradeable sectors, lowering manufacturing production and output, which is in turn pulling down the service sectors of those countries. External surpluses require a counterparty external deficit, and, as I’ve explained many times before, when you’re all each other’s trade partners and are all trying the same trick, it simply becomes a race to the bottom.

(…)

The current political convulsions over Greece show the European leadership are once again losing their grasp on the situation with politically sanitised « kick the can » solutions up for offer while they hope for god-knows-what to occur to dig them out of the hole they’ve all dug themselves. Previously this type of failure would inevitably be met with another round of emergency action from the ECB, but with the OMT in place, Draghi looks to be at his limits.

That all being the case, 2013 is certainly looking extremely risky in terms of political and social stability in many nations because, as you can see from the data, this just ain’t getting any better.

D’après-vous, une analyse de ce genre, c’est un signe que les choses s’améliorent ? Que la Grèce est sortie d’affaire ?

Le dernier accord sur la Grèce permet de gagner encore un peu de temps. Tout le monde ferme les yeux sur la réalité des choses et personne ne verbalise la profondeur abyssale de la crise et l’horreur de la chaîne de Ponzi qui est mise en place. Car si cela est verbalisé, tout s’écroule. Tant que l’on ne définit pas la réalité, on peut continuer de croire qu’elle est autre. Pourtant l’issue est connue.

A force de créer du « faux argent », on court à l’explosion ultime.

Les pays s’endettent à des taux élevés auprès de leurs banques nationales qui pour leur part se financent auprès de la banque centrale européenne à des taux faibles. Et lorsque les banques sont en état de quasi faillite, les états les sauvent avec de l’argent public, de l’argent venu d’Europe et/ou du FMI. Personne ne voit ce qui cloche ? Même pas les journalistes du Monde ? Quelqu’un s’est demandé ce que le dernier haircut annoncé va représenter pour les comptes des banques grecques ? D’où viendra l’argent pour les re-re-re-re-sauver ? On en est qu’au troisième sauvetage de la Grèce, vivement le quatrième. Qui ne maquera pas d’arriver, comme l’indiquent les analystes de la Société Générale :

At this stage, we have yet to see the detailed numbers behind the new agreement, but are encouraged that the measures announced mark an additional step in the right direction. Our concern remains that this will not suffice to make Greek public finances sustainable and allow Greece to return to market financing in 2017. The potential for shortfalls on implementation of austerity and structural reform are one risk, but our real concern is economic growth. To date, weaker-than-expected growth outcomes explain a 37% of GDP debt overshoot. Consequently, while this plan should buy time up to the German election in the autumn of 2013, we expect additional measures to help Greek debt sustainability will be required beyond this date.

It was encouraging in this context to see the door left open at the press conference for further measures once Greece reaches a primary surplus. Also under review is the possibility to lower the Greek financing share of European structural funds. This latter measure could be a positive for growth in unlocking funds for different measures. In our opinion, something more substantial will be required, with official sector debt forgiveness a very real, but politically challenging, possibility.

Pendant que Le Monde se félicite, que Christine Laboulette Lagarde crie victoire, que les Européens se félicitent d’avoir sauvé la Grèce une nouvelle fois, la réalité est toute autre. Le Financial Times Deutscheland explique tranquillement, mais tout seul, que le vice-ministre allemand des finances, Thomas Steffen, conduit un groupe de réflexion sur la sortie de la Grèce de la zone euro.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

12 thoughts on “La Grèce est sauvée et l’europe avec !”

  1. Rien de nouveau.
    Un enieme sauvetage de la Grece.
    Une enieme autocongratulation des dirigeants.
    Une enieme felicitation d’un journal saluant l’inventivite des dirigieants.

    Et evidemment, le tout est servi avec une bonne dose de froide realite, rappelee par un enieme economiste serieux, mais non entendu par les « milieux autorises », trop occupes a s’autoriser a sabrer le champagne.

    La seule chose qui pourrait m’etonner si j’avais un peu moins de lucidite sur la nature humaine, c’est de voir qu’ils reussissent quand meme a convaincre certaines personnes. Pas les bonnes, evidemment, mais quand meme.

  2. Pour aller dans le sens de l’article, Pierre Jovanovic est en Grèce, et il a mis en ligne beaucoup d’articles.
    Du coup ca fait encore plus peur, Siemens qui a graissé la patte de nombreux hauts fonctionnaires, entre autres multinationales …

    Ca se passe là:

    http://www.jovanovic.com/blog.htm

    PS: on peut penser ce qu’on veut du personnage, là c’est du concret !

  3. Ne sois pas si pessimiste, nous sommes toujours dans l’esprit des lumières, du moins chacun peut y rester tant qu’il peut payer la facture d’électricité…
    Non, plus sérieusement, c’est quand même cynique de penser à l’esprit des lumières quand on parle de montages financiers et de mass media.

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