La France, le monsieur plus de la sécurité biométrique en Europe ?

france-smart-bordersSi le doute persistait, nous savons désormais quel type de société souhaite le gouvernement français. Une société de la suspicion, du fichage. Le rêve de l’ultra-conservateur Nicolas Sarkozy se met peu à peu en place, par le truchement d’un gouvernement étiqueté à gauche. Paradoxe ?

La loi sur le renseignement instaure la collecte massive de données pour un traitement par des algorithmes. Une violation patente de l’un des piliers de notre démocratie : le secret des correspondances. Les plus rétifs à ce changement de paradigme y voient la manifestation de la transformation du pays en Etat totalitaire. Sur le papier, ce n’est pas complètement faux.

Par ici les données biométriques !

Au niveau européen, la France se démarque également. L’Union européenne voudrait instaurer un système de contrôle aux frontières qui fait appel au traitement des données biométriques. Pour l’instant, le projet ne concernerait que les non-résidents de l’Union européenne. Mais c’était sans compter sur la France. En pointe de la lutte contre les méchants terroristes qui ne manqueront pas d’envahir Paris et plus spécifiquement Radio-France, la délégation française a souhaité que ces contrôles biométriques (ainsi que, bien entendu, le stockage et le traitement de ces données) s’appliquent également aux ressortissants de l’Union européenne.

Un petit détail qui serait passé inaperçu sans la veille de Statewatch. Le document français appelant à l’inclusion des résidents de l’UE dans le projet « smart borders » (on dit frontières intelligentes, pas frontières intrusives) n’est pas public. Statewatch a probablement fait une demande pour l’obtenir (ce que nous avons également fait ce jour).

europe-frontieres

L’aspect sémantique de ce document est intéressant. On y retrouve toute la phraséologie des tenants de la surveillance. Les frontières sont, on l’a vu « intelligentes » et pas intrusives. Ces contrôles biométriques qui incluent les empreintes digitales et l’iris, permettront de « fluidifier » et rendre ainsi plus rapides les passages aux frontières. Cela permettrait également, toujours selon la délégation française, de renforcer le principe même de la libre circulation des personnes. On croirait entendre le directeur commercial d’Amesys qui expliquait qu’en vendant un système de surveillance massive à un terroriste, on lutte contre le terrorisme…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

6 thoughts on “La France, le monsieur plus de la sécurité biométrique en Europe ?”

  1. Mis à part le fracassant échec du système parafe déjoué recemment par deux journalistes (http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/des-journalistes-de-cash-investigation-passent-les-controles-de-laeroport-de-roissy-avec-de-fausses-empreintes-digitales/), les « frontières intelligentes » consistent en fin de compte à une privatisation du flicage et à un désengagement de l’état; un excellent article paru en 2013 en démonte le mécanisme et met en lumière les intérêts privés sous-jacents — Boeing, G4S, EADS, Siemens (http://www.diploweb.com/Geopolitique-des-frontieres-la.html)
    Si l’on cherche du côté de Morpho, la filiale de Safran commercialisant ces systèmes biométriques ainsi que tous les joujoux de la peur, nous y retrouvons sa CEO, Anne Bouverot, membre du think thank Aspen, un « think tank » de lobyistes pro US. Et quand on sait combien les commissions de Bruxelles sont ouvertes aux lobbies, on a fait le tour de la question que votre article a le mérite de soulever.

  2. M’est d’avis que le contrôle d’identité pour traverser des frontières reste une mesure légitime et proportionnée pour faire fonctionner correctement un État – ou une Union.
    Le fait d’y ajouter des données biométriques change peut-être quelque chose du côté technique (rapidité, difficulté de falsification), mais au final, se faire contrôler par les empreintes ou par le passeport représente à peu près la même chose niveau intrusion dans les données personnelles, étant donné qu’après tout, et tous ceux qui ont fait un passeport dans les dernières années le savent, les passeports récents sont tous liés à des données biométriques.

    Beaucoup plus discutable, néanmoins, est le fait d’instaurer ce contrôle dans un zone où, justement, il n’est plus censé en avoir (au sein donc de l’État ou de l’Union).
    Mais je dirais également, du même point de vue, que l’aspect biométrique de cette « sécurité » est un peu l’arbre qui cache la forêt : on parle bien ici de rétablir des contrôles, mêmes « intelligents », là où il n’y en avait pas avant.

    Et tout cela en citant le droit d’aller et venir librement !

    1. 1) les controles bases sur des donnees biometriques ne sont pas fiable (cf le lien ci dessus sur inrock ou l histoire du gars qui a passe les controel avec une carte au nom d elvis presley …)
      2) si l etat veut stocker nos donnees biometriques, c est peut etre pour plus que faire du controle aux frontieres. Peut etre que lui meme ne le sait pas encore mais c est comme dans le big data ou a la NSA: on stocke tout ce qu on peut en esperant que ca puisse servir un jour. Jusqu a maintenant seuls les criminels avaient leurs donnees stockees. la on passe a la vitesse superieure

      PS: il y a un probleme majeure a la biometrie: si votre mot de passe est connu, vous le changez. si vos empreintes digitales ou iris ont fuit (et ca arrivera forcement: l etat n est meme pas capable de garder un fichier de cartes grises) vous faites quoi ? vous vous coupez le doigt afin de changer d empreintes ?

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