La France des téléviseurs sur le buffet

Parler des Français — et de la France en général — est un exercice récurent dans les périodes électorales. Chaque politique, chaque éditorialiste y va de sa petite phrase, de sa sentence, pour exprimer qui,
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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d'autres médias. Ni "désengagé" ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

38 thoughts on “La France des téléviseurs sur le buffet”

  1. Excellent article, bravo ! J’ai arrêté la TV en 1989 pour à la place lire, voire des potes, et maintenant, continuer de me former, de m’informer sur le net. Lorsque j’évoque la France que j’ai connue, celle des routes sans limitations de vitesse, sans ceinture de sécurité, des bistrots où l’on pouvait fumer, mes interlocuteurs m’appellent papi ! Et ne comprennent pas que bientôt il sera interdit de rire car cela ne rapporte rien aux multinationales ni à la kleptocratie aux manettes. Cela a commencé avec le politiquement correct, qu’on a pompé du modèle US. Mais qui voudrait vivre aux US? Certainement pas nos gouvernants, avec leurs histoires de corruption car là-bas, ils morflent vraiment quand ils se font chopper… Alors la France, je l’ai quittée, sans oublier les tribunaux qui m’ont condamné à 1 an de prison ferme pour usage et détention (pas traffic) de 5g de shit, en 1982, oblitérant toute carrière dans la fonction publique. Cette France où je n’ai jamais trouvé d’emploi alors que j’ai bossé – dans les 3 jours suivant mon arrivée – dans plus de 10 pays. Pauvre France !

      1. On peut faire dire absolument n’importe quoi au chiffres, il suffit d’écouter nos « experts » en économie qui mesurent encore le bonheur avec le PIB. Exemple : Nous avons 50 poulets et 100 personnes : cela fait 1/2 poulet par personne. Sauf que 10 ogres ont consommé 45 poulets et qu’en réalité il reste 5 poulets pour 90 personnes. Pas même une aile/personne.
        Les accidents, il faut tenir compte de l’alcool, des conditions techniques des véhicules (freinage, carosserie, etc…)
        Faut il poser un anneau gastrique à tous ceux qui creusent leur tombe avec la malbouffe (première cause de moratalité prématurée au monde ?).

  2. Salut les vieux Parigo,
    Oubliez pas qu’on n’est plus en 1990.
    Maintenant, les jeunes, même en campagne, ils ont internet dans la poche et regardent Youtube et Facebook, même pendant leur 8h de boulot.
    Faudrait faire un sondage entre qui connait mieux les « youtubers » entre le gamin de la campagne ou un cinquantenaire en ville.

    1. Salut le jeune je ne sais quoi.
      Je n’ai jamais vécu à Paris ni dans aucune ville.
      Je participe à installer de l’internet en zone rurale, là où il y a moins de 2Mbps de débit ADSL.
      Je rencontre des gens, je vais chez eux, et les téléviseurs tournent avec ou sans Youtube sur des ordis. Croire que l’utilisation d’Internet se retire du temps de télé est totalement faux, c’est un cumul. Et un spécialiste de la chose a été publié sur Reflets, il l’explique très bien.
      https://reflets.info/tv-lobotomie-la-verite-scientifique-sur-les-effets-de-la-television/

      La télé c’est un médiateur dans les maisons. Youtube ne change rien.
      Et croire qu’on est tous « parigots » à Reflets, ça nous fait bien marrer.
      Étonnant, non ?
      Par contre les jugements à deux balles sans connaissance, ça c’est très bien partagé.

      Je retourne couper mon bois et je vais fermer mes poules ce soir. Je penserai à toi. En souriant.

      1. Je n’ai jamais dit que les TV étaient éteintes, ni contredit ton article. Je voulais juste nuancer ton article quand aux plus jeunes (ceux qui ne votent pas encore) qui, je pense, sont plus connectés que tu ne le laisses penser.

        Sur https://reseaux.orange.fr/cartes-de-couverture/mobile on voit que la 3G+ couvre maintenant quasiment toute la France hormis les montagnes et quelques trous. Suffisant pour être connecté à Facebook.

        Mais bon, même en ville, il y a pas mal de gens qui ont Internet haut débit et se contente de regarder la même merde que ce qui pourrait passer sur la TV avec.

        Ton article semble dire que si la campagne regarde la TV, c’est parce culturellement c’est le vide.
        Mais pourquoi dans les petites villes, les gens sont aussi scotchés à la TV alors qu’il y a des bars ? Les grosses banlieues dortoirs ne manquent pas d’initiatives culturelles mais la fréquentation est très faible.

        Dans mon enfance, la campagne c’était les soirées près du feu à discuter alors qu’à la ville, on regardait les films US à la TV sans rien dire.

        1. Je ne suis pas sur que facebook ou youtube soit un meilleur vecteur médiatique la la télévision, je parlerais plus de remplaçant.

          Malheureusement même si l’accès à internet se généralise, la facilité d’accès à la richesse du net est limité par la curiosité de la personne.

      2. Thierry Desmurget est un neuroscientifique qui a suffisamment de bases en statistiques pour faire sérieusement une méta-analyse, mais c’est aussi un réactionnaire patenté…
        Donc il faut faire le tri dans ce qu’il dit entre ce qui est argumenté solidement et ce qui relève de ses préjugés (et oui, le test du bonhomme est extrêmement parlant quand il le montre, mais à aucune moment il ne présente la variance interne à chaque groupe).

  3. « Mais pour ça, il faudrait en premier tordre le bras aux puissants »
    Pourquoi tant de haine et de violence ?
    Faudrait aller se battre contre des puissants pour que les gens ne soient pas devant la télé. Qu’ils en sortent par eux même ou qu’ils y restent scotchés a leurs télés . Drapher commencez a vous battre avec les puissants pour leur tordre le bras et après on verra, après que vous en aurez pris plein la tète, votre révolution qu’on ne fera pas pour vous.
    Le mieux dans l’histoire est d’informer les gens des manipulations télévisuelles, ils comprendront serrement, sont pas si bête que vous le pensez. Il faut tirer les gens vers le haut en les faisant réfléchir, et non pas les culpabiliser et les infantiliser.
    Je crois que votre place est mieux au poulailler qu’a écrire des choses comme celles que l’on voit a la télé. Bonne omelette.

  4. Je n’aurais pas pas la prétention de remettre en cause le constat, implacable, de l’auteur, mais il me semble qu’il est a énormément relativiser, à cause d’une donnée simple : 80% de la population française vit en ville (une source parmi d’autres : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.URB.TOTL.IN.ZS?locations=FR). Donc la campagne aura peu d’impact sur les élections.

    Mais on peut imaginer généraliser le constat, la grande majorité des français faisant ses courses dans les hypermarchés, regarde encore énormément la télé, se dit que c’est quand même un peu la merde et qu’on la prend beaucoup pour une conne.

    Et encore, car si la campagne vote Le Pen, donc c’est la ville qui vote Macron, alors qu’il est évident pour qui a 2 sous de jugeote que ce type fera exactement ce que Bruxelles et les milieux financiers lui diront de faire.

    Donc, finalement, oui, la France de 2017 a un électroencéphalogramme plat.

    1. Oui, 80% de la population habite en ville. Mais une « ville » en France, c’est plus de deux mille habitant. Ici on ne parle pas uniquement des campagnes, mais aussi de ces bourgades fantômes, qui comptent comme des villes, mais qui n’ont plus de commerces, plus d’associations (ou si peu), plus de lieux de sociabilités.

      Il est bien plus intéressant de raisonner en termes d’unités urbaines qu’en terme de communes, car de nombreuses petites communes sont intégrées à des agglomérations. Eh bien seuls 41 millions d’habitants se trouvent dans une unité urbaine de plus de 15000 habitants. Soit à peine plus de 61% de la population. Si vous ajoutez à cela que les populations mineures et étrangères sont plus importantes dans les unités urbaines, vous en arrivez à la conclusion que le poids électoral de la population concernée par cet article est loin d’être négligeable.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_unit%C3%A9s_urbaines_de_France

  5. Constat terrible et tellement vrai…

    Je connais bien la campagne pour y avoir grandi, et pour y retourner régulièrement, et je rejoins totalement cet état des lieux.
    L’individualisme nous a conduit à entre-soi, s’il est supportable en ville au vu de la plus grande facilité à créer un cercle social, c’est compliqué quand t’es paumé dans un village d’une centaine d’habitants et que tout le monde reste chez soi…

    La vie collective en campagne est devenue presque inexistante, et le peu d’initiatives qui sont prises pour que ça change suscite toujours les foudres de vieux aigris.
    Typiquement, j’organise des concerts de rock depuis plus de 15 ans maintenant, et si l’on pouvait faire ça relativement facilement quand j’ai commencé, aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué de ne pas faire ça en ville.
    Le nombre de cafés de campagne est devenu ridicule, et le peu qu’il reste ne prennent pas de risque de se fâcher avec la clientèle locale en organisant des trucs qui font du bruit.
    Maintenant, on organise dans un bar-concert, et toutes les semaines, les voisins se plaignent malgré tous les aménagements qui ont été faits pour insonoriser, pour sensibiliser la clientèle alcoolisée aux nuisances qu’ils provoquent parfois, mais il suffit d’un seul idiot pour pisser sur un portail pour qu’on voit les flics débarquer et devoir négocier. Ça fatigue tout le monde, et les proprios du café en premier.
    Heureusement que le maire, relativement jeune, voit dans ce bar un moyen de faire vivre socialement sa commune, mais c’est une exception.
    Les vieux cons procéduriers ont malheureusement souvent le dernier mot.

    Au delà des écrans, qui ont joué un rôle dans l’isolement, c’est toute l’organisation de l’espace depuis des décennies qu’il faut remettre en question. La centralisation, les infrastructures, etc… Rien n’est fait pour que la campagne soit attractive.
    On est passé de villages où il y avait pas mal de fermiers et de gens travaillant dans les usines ou chez les artisans du coin, à quelques grosses exploitations agricoles entourées de maisons dortoirs où les travailleurs des villes viennent dormir au calme.

    Et les temps de trajets, le manque infrastructures, d’activités, etc… font que les gens qui n’aiment pas spécialement la vie urbaine préfèrent les zones péri-urbaines.

    Personnellement, j’aimerai bien retourner réellement à la campagne, mais ma femme préfère le péri-urbain pour la proximité de tout.

  6. Globalement ce qui revient c’est:
    tout le monde sait que la télé c’est de la merde
    tout le monde a une télé
    tout le monde a une télé allumée

    On ne serait pas plutôt dans un problème d’absence totale de jugeote/logique chez l’ensemble de la population française ?
    Excusez-moi, j’ai du mal à comprendre, on a des principes ou on n’en a pas, la ce que je lis c’est qu’on vit dans une population décérébrée et c’est grave.

    HS: Tsss Tuxicoman,ça vole de moins en moins haut tes interventions.

  7. Cet individualisme asséché (avec ou sans télé, parce que si je m’observe, mon écran ouvert sur le Web joue un rôle similaire, même si le contenu n’est pas exactement le même) correspond à l’éthique du système capitaliste néolibéral, notre système… actuel. Et il me semble assez illusoire de trouver des coupables, même si certains groupes sociaux ont eu plus de poids que d’autres dans l’histoire, mais je pense qu’en grande partie ça a été un processus de construction relativement aveugle, comme tout processus historique.

    Par contre, le constat d’impasse, une fois de plus, pourrait nous encourager à trouver d’autres pistes (qui vont forcément donner le sentiment à certains qu’on leur tord le bras, et leur réaction ne sera pas pacifiste), comme le fait l’auteur de l’article si je me souviens bien d’autres textes publiés ici. Il en est question là, par exemple, sous forme d’émission télé sur le web, sous forme d’entre-soi intellectuel, mais parfois ce n’est pas inintéressant : http://www.hors-serie.net/Speciale/2017-03-11/L-experience-zapatiste-id220 Oui, c’est sur abonnement, mais qui sait, en cherchant bien…

    Mais je le sens en moi-même, ça ne va pas être simple. J’habite dans une grande ville helvétique, ça donne une idée de la taille…, mais évidemment, c’est très animé. Une partie de ma famille habite dans une région périphérique où la vie sociale est bien plus importante, vivante. Et à 20 ans, c’était d’ailleurs à cause de cette vie sociale étouffante que je suis parti en ville… Je ne suis toujours pas certain que je serais capable de vivre en reconstruisant des liens plus forts avec les voisins, la famille. Bref, je me dis que ça va pas être simple, mais qu’on va forcément devoir s’y frotter pour survivre, demain.

    1. « Cet individualisme asséché (avec ou sans télé, parce que si je m’observe, mon écran ouvert sur le Web joue un rôle similaire, même si le contenu n’est pas exactement le même) correspond à l’éthique du système capitaliste néolibéral, notre système… actuel. »

      Très juste pour une grande partie d’entre nous, dont moi !

      Tu en penses quoi Drapher ? On peut devenir con devant internet comme devant la tv ?

      1. C’est pas forcément la bêtise le problème. Il doit y en avoir qui trouvent le moyen de ne pas le devenir même devant la télé. Non, j’ai le sentiment que c’est le manque d’expérience de vivre en commun, de se libérer en partie de l’illusion du moi, sans forcément tomber dans l’excès inverse. Moins consommer, faire plus, plus mais pas n’importe quoi non plus. Le web peut permettre de faire, bien plus que la télé, mais le web aujourd’hui, en partie, ressemble étrangement à la télé. Enfin, c’est pas exactement ça, quand je passe chez ma grand-mère et que je la vois pour de vrai la télé, j’ai un sentiment d’étrangeté assez complet, mais on peut aussi fuir le monde, son monde, et ses réalités rugueuses, ennuyantes voire angoissantes en parcourant des flux RSS soigneusement choisis.

        1. C’est pas faux, le mot « con » est trop réducteur. Et ma question n’avait pas pour but de mettre en défaut l’article de Drapher. Au contraire je voulais prolonger avec ce que tu viens d’écrire iGor : les influences de la tv sont-elles propres à la tv ou c’est une partie d’un plus grand ensemble ?

          Parce que j’ai aussi le sentiment qu’il est possible de toucher le fond sur internet (socialement, intellectuellement, morelement, affectivement…).

        2. Humhum, si l’usage d’internet est restreint à consulter des contenus mainstream sans être acteur, on est proche de la télé.
          Et justement parce que l’on peut choisir des flux RSS, pour reprendre l’exemple, qu’on choisit sa source d’information et le temps que l’on veut passer dessus, on ne la subit pas et en ça c’est radicalement différent du modèle de télévision.
          Avec évidement le risque de n’avoir que certains points de vue et de ne pas se assez se diversifier, c’est ce qu’offre google, youtube et les réseaux sociaux à leurs utilisateurs, du modèle télé avec des informations en accord avec leur facon de penser, il me semble qu’il y avait un article ici sur l’influence des sphères.

        3. On ne fait pas du « vivre ensemble » avec le net aujourd’hui. Et le « web » est un artéfact du réseau global, qui reproduit les codes de la télé et n’a aujourd’hui qu’un seul but : vendre. Le net pourrait faciliter des activités humaines autour du vivre ensemble, mais ce n’est pas le cas. Le net est « devenu » le web, une toile dans laquelle sont englués des téléspectateurs qui rafraichissent des pages remplies de merdes commerciales et de buzzeries ineptes qui leur donnent la sensation d’exister à travers des histoires. Une pure dystopie.

      2. Etre con ne signifie pas grand chose. Si le téléviseur sur le buffet était remplacé par un écran raccordé au net, je ne crois pas que ça changerait grand chose. Les gens lui feraient dégueuler du flux en continu, puisque l’intérêt du téléviseur c’est celui d’occuper, de combler, de remplir du vide, à mon sens. Les gens ne sont pas cons, loin de là. Ils peuvent même être très perspicaces, en allant chercher de l’information sur le net, tout en se laissant bercer par le flux télé. Le problème est celui de l’anesthésie intellectuelle entretenue par cet engin, couplé — et c’est ça qui est central à mon avis — à un désert socio-culturel. Les gens avaient des télés dans les années 70 et 80, mais ce n’était pas bien vu d’y passer trop de temps, et surtout, quand on sortait de chez soi il y avait des choses à faire, des gens à rencontrer.

        Celui qui restait enfermé avec sa télé chez lui était un peu un cas social, dans les campagnes, en tout cas, à cette époque. Comme les geeks, scotchés devant leurs écrans dans les 90’s : des cas sociaux. Désormais, être geek, c’est la norme. Ne pas être scotché devant un écran est presque devenu une bizarrerie, un archaïsme. J’ai entendu cet été au cours d’un repas, une femme de 35 ans dire que si elle passait tout son temps devant des écrans d’ordi et ses enfants leur temps devant des écran de tablettes, de consoles ou de télé, c’était parce que ça lui plaisait, qu’elle était passionnée, et « qu’il fallait vivre avec son temps ». Le sujet sur les enfants a vite tourné court : quand je lui ai dit que mes enfants n’avaient pas été élevés devant la tv, elle les a plaint, m’expliquant que ça avait du « être dur pour eux d’être en décalage avec les autres ». Je devenais une sorte de parent maltraitant, et elle, celle qui laisse ses mômes devant GTA à 8 ans et devant des tombereaux de pu tv de programmes enfants pour rendre accrocs ces mêmes enfants à tous les produits de merde industriels : une mère en phase avec son temps, qui offre le maximum à ses enfants.

        La télé est un outil de propagande, mais surtout d’influence des esprits, à mon sens. Son succès, toujours renouvelé, vient du fait de la destruction de la société humaine réelle, au profit d’une société industrielle de la consommation de masse qui a accepté qu’emmener les enfants bouffer chez MacDonald’s n’est pas « grave » et certainement pas relié au fait que la publicité les influence. Un peu comme si on fait faire un exercice particulier à un chien en lui disant « vas-y Médor », en le récompensant à chaque fois par une saucisse, et que quand à chaque fois qu’on dit « Vas-y Médor » et qu’il fait l’exercice, on refuse d’admettre que la saucisse à venir y est pour quelque chose. Surtout après 453 récompenses de saucisses pour le même exercice.

        Le fond de notre système, qui paraît-il trouve des rebelles pour le contester, avec Fillon, Macron et Le Pen, par exemple, n’est pas le fonctionnement politique des institutions. Son fond est purement économique, basé sur la consommation, à tout prix. La télévision n’est là que pour conserver l’ensemble des acteurs de la société du plus jeune âge à leur dernier jour dans une hypnose quotidienne à des fins d’achats. D’envie d’achat. De désir de fonctionner comme à la télé. D’identification et de rejet. Si demain la télé s’arrête, un autre monde apparaît. Obligatoirement.

        La réalité que croient percevoir les 98 ou 99% de téléphages du pays est entièrement fabriquée par le téléviseur. Pour que les consommateurs consomment. Et qu’ils soient distraits. Parce que notre monde moderne, hyper technologique, est un monde froid, sans âme, sans bruit, de gens qui travaillent sans en avoir le goût, juste pour pouvoir acheter des choses qu’ils pensent désirer vraiment, alors que leur désir n’est en réalité que l’excitation d’une partie de leur cerveau après la 3 987 876 765ème saucisse renvoyée à travers l’écran.

        Il y a un TOC, donc, oui. Parce que sans télé allumé, les gens ont l’impression que tout est vide autour d’eux. Pourquoi ? Parce que c’est leur propre vide qu’ils ressentent ? Souvent, après deux ou trois jours sans télé, les gens sont surpris de constater que ça peut être très intéressant, qu’ils retrouvent même des choses qu’ils avaient oubliées. Mais souvent ils replongent. Parce que nous sommes face à un conditionnement. De masse. Les seuls qui résistent à ce conditionnement sont des gens qui ont compris comment tout ça fonctionnait vraiment. Et refusent d’être conditionnés. Ils sont une infime minorité. Ils se cachent et lisent des livres de papier, en cachettes.

        Ainsi va le monde de 2017. A mon avis (pas humble).

        1. Jolie prose, pas très rassurante ^^ mais il y a de l’espoir si « Les gens ne sont pas cons […] et peuvent même être très perspicaces ».

          On a un rapport aux écrans très étrange, que ce soit la tv (sans interaction, contrairement aux internets +1 Katarn) ou « les réseaux ».

          Définitivement d’accord pour voir un parallèle fort entre le web et la tv avec en fond ce rapport aux modèles « socio-économiques » (non on ne distingue plus les deux, trop ringard).

          « quand je lui ai dit que mes enfants n’avaient pas été élevés devant la tv »
          Old school spotted :) (il y en a encore !)
          Perso, j’ai grandi sans télévision, ça ne m’a pas manqué, j’ai fait d’autres choses.
          Mais j’ai pas échappé à la « normalisation geek » avec son côté anti-social. :/
          Bref, bon dimanche et mangez des pommes :D

  8. Je ne regarde plus la tv depuis que CulturePub n’existe plus mais je m’étonne de la voir tourner en « tâche de fond » quand je passe chez des gens (pas tous, Drapher, on en nombreux à préférer mettre de la musique).

    Comme tu dis, c’est « multi-factoriel » : on ne l’allume pas pour la regarder (on discute avec son invité). On ne l’allume pas pour s’informer (les médias nous mentent) ni pour s’instruire (la tv débilise la masse). Alors pourquoi ?
    Je pense sincèrement qu’en grande partie, cela correspond à un TOC, au même titre que les gens qui dégainent leur portable dès qu’un temps mort s’invite dans la discussion. Oui, c’est pour meubler. Dans l’instantanéité de notre société (quoique ça veuille dire), on ne veut pas rester dans un temps mort.

    Une autre chose que m’évoque ton article :
    « Comment savoir si la colère d’un individu à propos de « la politique française » vient de sa propre perception et analyse du sujet ou bien n’est au fond que le stricte compte-rendu de ce qui lui est diffusé à longueur de journées et de soirées par son téléviseur ? »

    Je pense que c’est aussi une façon pour le pouvoir culturel de désamorcer toute contestation de son fonctionnement : tout ramener au même niveau de ras-le-bol, sans discernement ni prise de recul. Si on ne vous laisse que 30 secondes pour répondre à la question « Qu’est-ce qui ne va pas ? », on entendra à chaque fois « bah on en a gros parce que… »

    Pour le fond du problème : pourquoi encore autant de gens devant autant de non-contenu ? (paf, j’ose)
    Bin les « gens » regardent la tv mais ils la fabriquent aussi. (pas dans les mêmes proportions c’est vrai)
    Je dirais qu’il y a une responsabilité publique, ou collective, qui dépasse la responssabilité individuelle. Comme souvent, il me semble…

    Bisous, merci pour l’article.

    1. Je n’ai jamais acheté de TV, hormis une très vieille PAL-SECAM, dans une région frontalière, pour avoir la couleur sur mon C64. J’ai été élevé en pension, donc sans TV.

      Dans ma famille, à la campagne, la TV était très souvent en fond sonore, jusqu’à qu’elle interfère avec l’ambiance des jeux vidéo heroic-fantasy connectés. Mais elle reprend sa place aux repas, puis pour visionner les séries téléchargées jusqu’au coucher. J’ai d’ailleurs arrêté d’y aller manger, car je tonitrue pendant chaque « reportage » du journal; exténué devant l’état amorphe des autres convives.

      Des études des années 60 mettaient en évidence la production d’ondes alpha lors d’une « légumisation télévisuelle », les mêmes que nos rêves produisent. AHMA, la plupart est devenue incapable de les générer sans l’étrange lucarne.

    1. Je vais dire pourquoi:
      J ai etais dans cette campagne un peu profonde. (Chef lieu d arrondissement de 250 habitants sans boulangerie mais avec toujours une boucherie et une pharmacie.)
      On y trouvait toujourd un dentiste, un medecin et un psy.
      Une gendarmerie.
      Supermarché a 12 kilometres.

      Si les jeunes s embetaient un la bas, c etait toujours vivant, surtout en été ou chacun faisait ses travaux ou son barbecue.
      Un certain nombre de neerlandais voulant echapper a la ville achetait la bas.
      Le fait que l un des patelins du coin fut pendant un temps en zone blanche portable presentait un attrait pour certaines personnes.
      [Pourtant la ou j etais, il y avait le aussi haut debit (adsl2).]
      Le larzac a attire les gens pour d autres raisons, a une epoque.

      J ai lu que draphner etait a la campagne, tres bien.

      – alors deja, il y a la campagne et la campagne. Je t ai presenté celle que moi j ai vu.
      Ce n est pas le meme portrait.
      – pour la tele, je ne pense pas que la vrai facture vienne de la campagne.
      C est peut etre plus une question d age.
      Dans certains quartiers de petites vills, essentiellement ou des ouvriers pas trop pauvres ont achetes, il y a 20-40 ans, tu obtiens des endroits sans jeune ou personne ne s amuse dans la rue et où tout le monde traine devant sa tele et pas devant internet…

  9. J ai grandis dans un petit village ou je retourne régulièrement. S il y a des choses qui sont vrai dans l article: par ex les supermarches, la fermeture du bar/epicerie ou la disparition des enfants jouant (pas tant a cause des lois debile comme de mettre un casque en velo car la police ne passe jamais, mais simplement parce qu il n y a presque plus d adulte en age d avoir des enfants (et maintenant rare sont ceux qui ont plus de 2 enfants)
    Mais je connais personne qui a la TV allumee du matin au soir.
    Une autre chose qui me perturbe pas mal, c est que l auteur semble completement oublier le coté paysan. Je parle pas des « professionnels » mais a la campagne quasiment tous ont un jardin (ce qui explique en partie comment les gens peuvent vivre avec moins d argent qu en ville). Certains ont aussi des poules ou simplement se chauffent au bois. Et c est quand meme pas mal de travail si vous voulez vous chauffer rien qu au bois ou ne pas acheter de legumes au supermarche->moins de TV (surtout l été)

    1. Bonjour cher cdg. Autour de chez moi, je suis l’un des derniers à se chauffer au bois. Les jardins potagers ont été souvent remplacés par des pelouses que les propriétaires arpentent avec leurs autoportés. L’été, il n’ y a pas grand monde dehors, et il y a des enfants, même si les « vieux » sont très majoritaires. Sauf que ces enfants ne sortent plus. Pas à cause du casque, c’est un exemple, (encore que dans les petites villes…) mais parce que l’éducation et le mode vie ont changé. Il y a encore des jardins dans les campagnes françaises, mais la télé tourne le soir, ou à midi : les gens ne passent pas tout leur temps dans leurs jardins. Le côté paysan, je ne l’oublie pas, mais il disparaît, et c’est bien là le problème : des tracteurs passent sur d’immenses surfaces, les hangars à volailles allumés jour et nuit sont des réalités plus évidentes, que la petite paysannerie à l’ancienne (où les braves campagnards qui cultivent leurs potagers) qui n’existe presque plus. 60 000 paysans disparaissent chaque année. 60 000. Et les terres sont rachetées par des agro industriels. Vivre, se déplacer dans les campagnes françaises, rencontrer des gens permet de comprendre que nous sommes arrivés à un moment très particulier où de nombreuses choses qui créaient du vivre ensemble disparaissent. C’est ce que je constate, c’est ce que les syndicats de la conf’paysanne constatent, c’est ce que constate quiconque met son nez dans cette réalité. Il est possible de se promener dans des dizaines de villages en plein été sans croiser âme qui vive. En plein été. Et ça c’est du vécu. Pas un fantasme fabriqué à distance. Donc, non, le fait de dire que « quasiment tous ont un jardin » est parfaitement mensonger. C’est de moins en moins le cas, au point que des mairies financent des jardins partagés communaux pour tenter de relancer ce phénomène des jardins personnels qui a disparu ou en tout cas a diminué dans des proportions énormes. Pelouse, autoporté, facebook, téléviseur, clim inversée : là est la modernité dans les campagnes, celle que tout le monde ou presque, veut. Le jardin, en plus, ça demande du temps. Et les gens bossent beaucoup, ils n’ont « pas le temps », pas l’énergie souvent. Et c’est ringard, pour la plupart, qui trouvent plus facile d’aller acheter des beaux légumes pas chers en provenance de n’importe où, surtout quand les printemps et étés pourris ravagent leur potager qui ne produit pas grand chose. Bref : je m’oppose à votre vision, cdg, fabriquée et décalée à mon sens. Mais vous êtes un adepte de la contradiction à base de vos propres croyances. Donc, rien d’étonnant.

  10. Cet article est bien écrit mais je suis balancé sur le fond. Moi qui ai bientôt 40 berges, grandit dans un petit village de 2000 âmes, qui vit dans une ville périurbaine de 6000 personnes et qui pense connaître ces petites zones rurales où subsistent encore quelques paysans « à l’ancienne ».

    Il y a une espèce de « c’est mieux avant » quand les campagnes étaient encore les campagnes qui ne correspond pas à mon sentiment/à mon vécu.
    Sur le côté culturel déjà, je suis assez mort de rire en pensant à ces petits concerts des coins de campagne. Dans les petits coins, l’activité culturelle c’était plutôt le balloche arrosé de marquisette où les cousins se tapaient dessus dans la joie et la bonne humeur. Le cinéma c’était une utopie du village d’à côté (et si c’est pour se fader les merdes françaises et les merdes internationales, je me demande même quel était l’intérêt).
    Dans cette micro-société, faire 60 bornes c’était aller à l’autre bout du monde. Et la sortie importante de l’année, c’était la foire aux bestiaux. Alors comment dire… l’ouverture au monde… elle n’existait pas. Juste pas. Le racisme était déjà franchement assumé. Sans que la télé ait son mot à dire il me semble (à l’époque la seule télé allumée toute la journée, je l’ai vue dans une ferme mais fallait s’accrocher pour l’entendre quand les mecs qui revenaient des vignes hurlaient à moitié bourrés). Quand j’ai fait mon collège, c’était aussi dans une petite ville de 6000 habitants avec son quartier craignos et peuplé de gens pas comme nous. C’était sympa, ça permettait aux gars des villages des alentours de se battre avec eux à la sortie du car. C’était le bon temps. Les différentes cultures à l’époque, c’était des champs, des prés, des vergers et non pas trop ces gens-là. Les basanés.

    La grande partie de cet article pose un constat accablant sur la télé. Comme s’il y avait aujourd’hui le net comme la solution. Mais, force est de constater que l’utilisation du net est débile. Comme est débile l’utilisation de la télé (qui n’est pas QUE reportages sur les banlieues chaudes, n’en déplaise aux gens binaires). Sauf que même sur le net, on se retrouve vite à regarder des vidéos de chatons. Ou sur Le secret des pyramides que les gouvernants du monde veulent cacher au peuple. Ou le dernier Walking dead (« je n’ai pas la télé ! », « wow tu es un rebelle », « ouais je sais, je regarde Game of thrones sur mon ordi »).

    Le constat est là. Mais peut-on faire changer les gens contre leur volonté ? Avec le net, on pouvait espérer que les gens ouvrent leurs horizons. Le résultat est accablant.

  11. Et moi qui croyait que si les Français votaient de + en + pour Lepen c’était à cause déféque niouz de fesse-bouc.

    Ok pour le rôle de la TV (et des médias)
    Mais les premiers responsables pour moi sont la succession des « gouvernants » qu’on élit, avec une très net aggravation sous Sarko/Fillon puis sous Holland/Valls. Des politiques qui stigmatisent, des thématiques qui divisent (pour mieux régner), en empruntant l’agenda des sujets que le FN avait 10 ans plus tôt. Ils n’ont cessés de lui donner une forme de crédibilité au faisant cela, tout en perdant le peu qu’il leur restait.

    Ils ont construit un escalier marche par marche au FN, et n’ont comme seul programme que de jouer la musique du front républicain juste à l’entre 2 tours… C’était déjà ça avec Chirac en 2002 pour le résultat qu’on connaît : résultat digne d’une république bananière en échange d’un gouvernement sans aucune coalition.

    Croire que ça va fonctionner aussi bien à chaque fois c’est prendre de très gros risques.
    En fait ça ne fonctionne déjà plus.

    Ca fait déjà 3-4 ans que le fait de se retrouver devant Lepen au second tour est théorisé par la « droite » et la « gauche » et maintenant les ambidextre. On aurait même plus besoin de politique, de projet de société, il faudrait juste se retrouver au 2nd tour pour être élu grâce au « vote utile ».

    Ils ont eux même détruit la digue.

    Quand le PS appel à voter Estrosi contre Marion.M Lepen en PACA aux régionales en Dec2017, personne ne se demande pourquoi en Mai2016, au législatives partielles de la circo de Nice, au 1er tour l’abstention est de 77% et le PS s’effondre à 6,5%. A force de tirer sur la corde…

    « Les Français* sont des veaux », mais à force de constat des compromissions, indignations sélectives et d’hypocrisie, « Les Français* » commencent aussi à avoir un peu de mémoire d’une élection sur l’autre.
    Pour le meilleur et pour le pire.

    (Bien entendu « Les Français », ça ne veut rien dire hein)

    Bon en tout cas il va falloir relativiser tout cela (ou pas) avec le score d’abstention record (ou pas)…
    Parce que 25% de FN sur 30% de participation au 1er tour, ça ferait 7,5% des inscrits sur les listes électorales.
    Attention, je ne dis pas youpi, mais juste que les électeurs du FN se découragent moins que les autres dans le fait d’aller voter. (ou pas).

  12. « Certains villages ont la moitié de leurs habitant qui travaillent pour la maison de retraite du coin, la mairie, l’école ou les supermarché locaux.  »
    …je pense qu’il faut un S à supermarchés : « les supermarchéS locaux »
    …Cordialement

  13. Brillant article et qualité remarquable de la plupart des commentaires.
    Alors, mon témoignage : je n’ai pas la télé et ne l’ai eue qu’épisodiquement, quand je récupérais un poste ou lorsque je vivais avec une nana qui l’avait, ce qui ne veut pas dire que je la regardais. Ce qui bouge dans le poste ne m’intéressait pas, point. Je trouve mon pied ailleurs, dans la lecture, la marche, la création, la cuisine, l’écriture, mais pour préciser, je suis un marginal par nature.
    L’absence chez moi de télé crée un malaise chez les gens qui y entrent pour la première fois. Ils la cherchent des yeux, et comme chez moi c’est petit, ils ont vite fait le tour. Il n’y a que l’écran de l’ordi.
    C’est là que se tient le hiatus.
    Un écran est un écran. Il mobilise l’attention. Même si on choisit ce sur quoi notre attention va se fixer, on est passif. Je ne suis dans l’action qu’au moment où j’écris ce témoignage. Mais je le sais.
    Je ne suis pas dans le même état d’esprit après une randonnée dans la nature, lorsque je prépare une sauce, lorsque je lis un bon bouquin, qu’après des heures passées devant cet écran, même si je choisis ce sur quoi mon attention va se porter, et même si j’ai un adblocker efficace. Je sors abruti de ces heures-là, et vaguement cafardeux, me sentant un peu coupable d’avoir consacré tant de temps à ce qui n’est jamais qu’une succession de 0 et 1 formatés de sorte à constituer de l’image, du son, des couleurs, un message. Une extrapolation de la télé, en fait. Une télé interactive. Mais où je ne suis que très modérément acteur.
    J’ai passé des années dans la cambrousse à faire du bois, retaper des lignes de tuiles emportées par le mistral, glaner au gré des saisons, faire de la récupe dans les déchetteries et me balader dans la forêt, user mes semelles sur les sentiers, franchir des rocailles, fabriquer à partir de composant de récupe des ordis pour les gens qui ne pouvaient pas s’en offrir des neufs. Un jour j’ai voulu explorer le cyberespace. C’est comme si j’avais ouvert une boîte de Pandore.
    J’ai lu des journaux français et étrangers, des blogs, des textes et des poèmes, compulsé toutes sortes de travaux, écouté toutes sortes de musiques y compris faites maison, collectionné des amitiés virtuelles, visionné des milliers de vidéos, essayé autant de logiciels, voyagé sans bouger de ma chaise, y compris dans l’espace.
    Et avec le recul, j’ai l’impression d’avoir cessé de vivre « pour de vrai ». D’être devenu une espèce de zombie.
    Moralité : je sais que je me séparerai un jour du web comme je me suis séparé de la télé.

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