Indignés : révolution constitutionnelle 2.0

Session publique de la constituante islandaise en juin 2011

Les Islandais l’ont faite en partie, cette révolution pacifique que les indignés espagnols du mouvement « Take The Place » réclament. Les manifestations des citoyens de la petite île ruinée par la crise financière de 2008 ont fait tomber leur gouvernement conservateur fin 2009 et forcé le nouveau gouvernement social démocrate à créer, en novembre 2010, une assemblée constituante élue de 25 citoyens.

Celle-ci a travaillé en totale transparence par le biais de sessions ouvertes au public et fait participer les internautes dans l’esprit du « crowdsourcing » (approvisionnement par le plus grand nombre) : au final, plus de 300 propositions ont été publiées sur le site du gouvernement, permettant à l’assemblée d’écrire une nouvelle constitution en accord avec les attentes du peuple islandais. Une chaîne Youtube du de l’assemblée constituante a été créée, un compte Twitter ainsi qu’une page Facebook

Les 25 membres de l’assemblée constituante islandaise ont remis la constitution le vendredi 9 septembre

Quelle est cette démocratie contenue dans la nouvelle constitution ?

La démocratie parlementaire est toujours de mise en Islande avec cette nouvelle constitution, mais elle réduit le nombre de députés, les force à rendre publiques leurs relations avec des intérêts privés, les oblige à une présence d’au moins 50% pour valider un vote.

La constitution proposée s’appuie sur les abus de la dernière décennie ayant mené au désastre de 2008. Ceci afin d’empêcher que les mêmes erreurs se produisent. Ainsi, un «auditeur général indépendant» sera nommé pour contrôler les finances de l’Etat, le président de la république pourra être destitué par l’organisation d’un référendum validé par les trois quarts des députés !

La justice est aussi concernée : la nomination d’un juge ne sera plus conditionnée à la seule décision du président de la République mais devra être confirmée par l’assemblée nationale aux deux-tiers. La vie démocratique est quant à elle régénérée par la possibilité d’organiser des référendums d’initiative populaire sur une question donnée grâce à la présentation d’une pétition signée par 10% de l’électorat. Il y a 114 articles dans la constitution que le parlement devrait approuver et proposer au vote par référendum.

La « vraie démocratie » islandaise…un chemin pour sortir de la crise ?

Les pays européens plongés dans une crise économique et sociale de plus en plus aigüe devraient regarder du côté de l’Islande : la petite île est très certainement en train d’ouvrir une voie vers un système politique redonnant aux citoyens les outils pour prendre en main leur destin. Les peuples d’Europe, écrasés sous le poids des préconisations du Fonds Monétaire International et des instances européennes, préconisations que leurs gouvernements appliquent sans aucune concertation, commencent à contester la légitimité de cette organisation politique.

La crise économique est devenue sociale et le mécontentement populaire se manifeste avec une vigueur de plus en plus grande : les populations du Portugal, Italie, Grèce, Espagne ne se contenteront vraisemblablement pas d’un énième plan de sauvetage financier conditionné à une politique de rigueur budgétaire génératrice d’appauvrissement du plus grand nombre, sans avoir droit au chapitre.

L’exemple Islandais démontre, si son parlement accepte de soumettre au référendum la nouvelle constitution en l’état, que les peuples peuvent retrouver le chemin de la vraie démocratie, celle d’une société où le peuple contrôle ses représentants et peut participer aux grandes décisions engageant le pays.

Espérons seulement que l’Althingh (le parlement islandais) osera suivre la demande de la majorité des citoyens qu’il est censé représenter. Sans quoi, la révolution islandaise risquerait de prendre un tour étrange. Plus près de la pantalonnade que de l’immense avancée qu’elle promet

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17 thoughts on “Indignés : révolution constitutionnelle 2.0”

  1. La démocratie de l’époque des Lumières fait peu à peu place à une version plus pragmatique : la concentration de pouvoir, même minime, doit aller de paire avec un contrôle ou des contre-pouvoir.
    Il y a 5 ans je prédisais un passage à la démocratie directe grâce à l’informatique, on va dans cette direction mais on en est encore loin. P’tet dans une paire de crises/guerres mondiale on y sera.

  2. Et ben comme quoi y’a pluralité dans les avis… Ce qui m’a intéressé n’est pas le taux de participation, l’engouement en tant que tel, qui étaient ou pas les 25 élus de la constituante, mais le résultat final c’est à dire la nouvelle constitution et ce qu’elle comprend.

    Après, c’est un début, les manifs en Islande ont quand même permis ça, alors qu’ailleurs (en France par exemple), ça donne plutôt des gaz lacrymogènes et aucun changement. D’ailleurs je finis avec ça : « Sans quoi, la révolution islandaise risquerait de prendre un tour étrange. Plus près de la pantalonnade que de l’immense avancée qu’elle promet ». Je reste donc prudent sur le résultat final.

    Donc, c’est peut-être encore faible, pas au top, mais quand même, ça a plus de gueule que nos parlementaires godillots qui votent soi-disant en notre nom des lois que la majorité de la population réprouve (cf la réforme des retraites par exemple ou la constitution européenne de Lisbonne). Chacun son avis sur l’expérience Islandais, mais à vouloir critiquer à tout prix, minimiser, on risque au final de ne faire qu’une seule chose : cautionner la forme actuelle de l’exercice du pouvoir qui est de plus en plus inadaptée à l’époque et au désir des populations. Je reste excessivement positif sur l’expérience islandaise.

    1. Je suis plus proche de ta vision que de celle de l’article d’OWNI. Il faut bien voir que ce qui s’est passé en Islande est une première (du moins dans cette forme). Donc loin d’être parfaite, certes, mais à au moins le mérite d’exister.

      Cela dit je suis curieux de voir la suite tant en Islande que du point de vue des autres gouvernements

    2. J’espère au contraire que si le parlement réfute cette constitution, les événements prendront une autre tournure que la pantalonnade ! Sans blague. Go Iceland ! Le dénigrement est la première chose à faire pour ne pas passer pour celui qui n’a pas réfléchi. C’est une question d’orgueil.

  3. Ca fait rêver ! Excepté un point : gouverner par référendum, je ne pense que que ce soit une super idée. Si tel était le cas en France, la peine de mort aurait été réinstaurée, par exemple. Parce que dans un pays dirigé à coups de referendum, il suffit de rendre les gens plus cons et terrifiés pour leur faire faire ce qu’on, et dieu sait que c’est facile :p

    1. Tous les arguments contre la démocratie par referendum peuvent être repris à l’identique contre la démocratie représentative : des gens cons et terrifiés voteront n’importe quoi en referendum et éliront n’importe qui. Si 50% de la population est dans ce cas, on est foutus de toutes façons.

  4. Bonsoir,
    J’ai suivi de loin cette histoire constitution islandaise(il y a un article dans le mode diplomatique sur la crise en islande). Pour ce qui est de la participation à la constituante, il semblerait que les principaux médias on fait une impasse sur cette constituante. La barrière de la langue semble un obstacle pour se faire une idée de l’ambiance sur cette petite ile.
    La crise que nous connaissons actuellement est multiple économique, politique et les (pseudo) valeurs foutent le camp .
    Économique financière mais surtout le travail se fait rare (marx l’avait prévu), les gains de productivités n’arrête pas.
    Politique le système démocratique est à bout de souffle et n’est plus un modèle. La chine ne peut s’empêcher de dénoncer de manière humoristique cela.
    Les valeurs d’hier qu’on nous disait sure, nous sommes les meilleurs, le libéralisme est merveilleux. Les communistes sont en train de racheter le libéralisme (dette italienne, grecque zone euro…) les américains n’ont plus d’usines…
    Que faire ? la crise devient philosophique!
    La crise de 1930 était identique sur bien des points! aucune solution n’a été trouvée.
    J’espère que internet permettra aux humains d’échanger des messages plutôt que des bombes.
    Les islandais ont tenté de reprendre le pouvoir confisqué par des élus de métiers( j’ai un doute sur la réussite), les egyptiens ont essayé (là je pense qu’ils sont faits avoir), les lybiens on n’en parle pas, par contre en tunisie il se passe quelque chose, le pouvoir se dilue, mais est ce que les gens vont réussir à l’organiser pour construire quelque chose?
    Dans l’histoire je connais trois moments où les gens ont tenté de s’organiser la commune de paris, les comités d’ouvriers en russie de 1917 à 1922, et pendant la guerre d’espagne. Les individus se sont partagés le pouvoir (un homme = une voix).
    Tout est à construire peut être internet était ce qu’il manquait aux précédentes tentatives?

  5. Initiative très intéressante.
    Les pays du nord de l’Europe ont tendance à ouvrir pas mal de voies, et à montrer l’exemple sur quelques sujets d’importance.
    Autrefois, la France pouvait se prévaloir de ce rôle, mais c’était autrefois…
    Cet article a un côté rassurant. Le nord sait garder la tête froide : serait-ce dû au climat ?

  6. Les islandais montrent que le principe selon lequel « il n’y a qu’au bord du gouffre qu’on évolue » est bien réel.

    Il a quant même fallu que ce pays soit complétement ruiné pour que les choses bougent.
    Il a fallu ce choc dans la tête des gens.

    J’en suis venu à souhaiter la même chose pour notre pays.

    Ce propos peut en surprendre plus d’un, mais vous voyez une autre possibilité pour que les choses évoluent dans le bon sens chez nous ?

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