How to : relancer l’économie française avec 2000 euros

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Le « plan d’urgence » pour l’emploi de François Hollande a été dévoilé : formation des chômeurs, baisse de la rémunération des heures supplémentaires, augmentation du temps de travail et… prime à l’embauche de 2000€ à destination des PME. Cette liste de mesures exprime parfaitement la vision de l’économie le chef de l’Etat. Une vision archaïque et décalée. Ou bien…?

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Quelques unes des dernières mesures de Hollande en lien avec son plan d’urgence pour l’emploi, sur le site http://bilan-ps.fr

Politique de l’offre des 80’s-90’s

La politique économique de l’offre que François Hollande veut activer est censée dynamiser le secteur productif, les entreprises. Dans le vieux monde, celui d’il y a 30 ans, ce type de politique était soutenu par des politiques monétaires, en général, des dévaluation. Pour booster les exportations. Le principe était simple : les entreprises avaient des carnets de commande assez pleins, pouvaient être incitées à embaucher si l’Etat leur donnait un coup de pouce. A l’époque l’industrie française était encore florissante : le pays produisait de nombreux biens, et la concurrence avec les pays du sud, les émergents d’aujourd’hui, était nulle, ou presque. Mais surtout, l’Etat investissait. 30 ans plus tard, la situation n’est pas vraiment la même…

Refuser d’ouvrir les yeux, ou bien autre chose ?

François Hollande fait comme si nous étions encore ce pays des années 80 ou 90. Pour lui, les entreprises sont florissantes et voudraient bien embaucher, mais hésiteraient à le faire. Les travailleurs leur couteraient trop cher. Il suffirait donc de donner 2000 € aux PME par salarié embauché, puis leur permettre de moins payer les heures supplémentaires et former des tas de jeunes gens pour que la « machine à emplois » reparte.

Cette analyse de la situation est stupéfiante : ou bien François Hollande est aveugle, entouré d’incompétents, ne connaît pas le monde de 2016, ou bien… il ruse.  La deuxième solution paraît plus probable. Car en effet, comment imaginer un instant que les PME tournent à plein régime au point de vouloir embaucher, mais hésiteraient à le faire sous prétexte que ça leur coûterait trop cher ? La croissance économique de la zone euro n’est pas fameuse (1,6% en 2015) et repose sur la baisse de l’euro et du prix du pétrole, comme celle de la France, à 1,1% . C’est une croissance basée avant tout sur la consommation en, ce qui n’indique pas une véritable reprise.

Les grands pays émergents sont pris dans un très fort ralentissement de croissance de leur PIB, le Brésil en tête. Comme ces pays étaient devenus un moteur de croissance mondiale…

En France, les investissements publics sont réduits à une peau de chagrin, ou presque : l’austérité budgétaire d’Hollande a asséché la plupart des secteurs générateurs d’activités économiques. Pourtant, Hollande devait renégocier le TSCG qui active cette austérité en Europe…

Le mensonge libéral du coût du travail et des entreprises étranglées

La réalité économique de 2016 n’est pas celle renvoyée par le chef de l’Etat. Le mensonge est flagrant : les petites, moyennes entreprises manquent de travail, de carnets de commande bien remplis, pas d’employés au rabais. Plus de 40 milliards d’euros de crédits d’impôts leur ont été offerts par l’Etat avec le CICE : aucune n’a particulièrement embauché. Non pas qu’elles ne le voulaient pas, mais plutôt parce que leur activité n’augmente pas assez pour le faire.

Si demain François Hollande décidait de relancer l’investissement de l’Etat, redonnait des moyens financiers aux collectivités territoriales, lançait des chantiers publics, les entreprises embaucheraient, puisque les commandes afflueraient. Sans les 2000 € et sans toutes les aides. C’est une évidence économique bien connue. Et si le déficit public enflait un peu durant deux ou trois ans, il diminuerait, comme la dette publique, une fois la relance effectuée par le jeu des recettes générées. Cette mécanique d’investissements publics est d’ailleurs celle activée par Barak Obama depuis 2009 pour sortir de la crise.

La question du refus de François Hollande de pratiquer une politique de la demande arrive donc. Et celle de son orientation politico-économique. Hollande a nommé Macron. Macron est un libéral et le monde libéral ne pratique qu’une politique, celle de l’offre, destinée aux entreprises. Avec comme objectif le recul du rôle de l’Etat, le détricotage du système social par répartition, au bénéfice du privé, ainsi que la quasi disparition des impôts pour parvenir à la fin du service public. L’objectif du libéralisme [européen] est la fin de la protection des travailleurs, au profit d’un marché tout puissant, associé à des entreprises de très grandes tailles pouvant pratiquer la flexibilité maximale sur le marché de l’emploi. Le rêve du grand patron, le cauchemar des salariés.

Toujours recommencer, inlassablement

Les annonces du « plan d’urgence pour l’emploi » de François Hollande sont là pour une seule chose : laisser penser qu’il agit en faveur de la réduction du chômage. En réalité, ce que fait François Hollande est exactement la même chose que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy durant son mandat, avec à la clef pour ce dernier, 747 000 personnes mises au chômage en 5 ans. Hollande en est déjà à plus de 680 000. Le concept est usé mais Hollande va l’utiliser de nouveau : ça n’a pas suffi, il faut donc aller plus loin. « J’ai donné plein d’avantages aux entreprises, usé de plein de carottes, et elles n’ont pas embauché ? C’est que ce n’était pas suffisant ! Il va falloir leur en donner plus. »

Mais oui, François…

Le cycle de la politique de l’offre couplé à l’économie libérale « auto-régulée » [vision économique qui est toujours considérée comme hyper performante chez les élites, bien qu’envisagée comme « freinée » par les « charges » sur les entreprises, les lourdeurs de l’Etat, les contraintes de la société] est intéressant pour ceux qui l’activent :  plus ce cycle montre ses capacités à détruire l’économie, les protections sociales, crée des inégalités criantes, plus ceux qui l’activent hurlent qu’il faut « encore plus » de ce même libéralisme. Un peu comme si, alors qu’on reprocheraitt à un bus qu’on ferait rouler en première, pied au plancher, de ne pas aller assez vite, on ne faisait jamais rien d’autre que de l’alléger du poids de ses occupants. Et à chaque fois, alors que le bus continuerait à hurler dans les tours, bloqué à 50 km/h, on s’en prendrait à ces satanés passagers, qu’on continuerait d’éjecter. Et comme il peut y avoir beaucoup de passagers, l’histoire peut continuer longtemps.

La politique de l’offre, qu’Hollande chérit, est une sorte de pensée magique, qui s’auto-alimente : un mantra absurde, univoque, et déclaré éternel. Le pire dans cette affaire reste que des solutions très sérieuses de relance économique existent, par une politique de la demande et de la remise en marche de l’investissement public. Couplé à une politique forte de lutte contre l’évasion fiscale. A l’OFCE, au sein des Economistes atterrés, des gens très sérieux l’expliquent depuis des années. Mais visiblement ça n’intéresse pas Hollande, Macron, Valls, Sarkozy, Lemaire, Fillon, Juppé, Bayrou… et tous ceux qui se passent le trône républicain. Comme s’ils s’étaient tous donné le mot. Etrange, non ? A moins qu’ils n’aient un intérêt certain, une fois leur poste rendu, à ce que les entreprises ultra-libérales soient le plus satisfaites possible de leur politique de l’offre…?

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d'autres médias. Ni "désengagé" ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)


35 thoughts on “How to : relancer l’économie française avec 2000 euros”

  1. Bonjour Drapher,

    Un petit oubli il me semble dans la phrase « C’est une croissance basée avant tout sur la consommation en [???], ce qui n’indique pas une véritable reprise. »

    Pétrole je suppose ?!

    Merci pour l’article et merci John Shaft pour l’article de F.Lordon. Un des seuls économistes que j’arrive à suivre malgré mon ignorance en la matière.

  2. Desole mais la relance par la consommation on a deja essaye et ca n a pas marché. Hollande doit s en souvenir car il etait a l epoque deputé (c etait en 81-82)
    Pourquoi ca ne marche pas ? Tout simplement car les gens n ont pas achete des produits francais mais importé (d ou l episode ridicule de l epoque de faire dedouaner les magnetoscope japonais a poitiers afin de tenter d endiguer leur achat)
    A l epoque l industrie francaise etait en meilleur etat que maintenant (par ex toutes les marques auto francaises fabriquaeint en france). donc si on relance la consommation maintenant ca va se traduire par l achat de plus de made in china …

    Votre autre suggestion est d augmenter les investissements des departements, regions … Autrement dit plus de rond points ou d autre truc qui ne servent pas a grand chose (enfin pas tout a fait, ca fait des dessous de table).
    Tiens a propos d investissement l assemblee nationale vient de voter la creation d un « windows francais » (si si, voila un investissement d avenir tout comme le google francais (c etait du temps de chirac celui la))

    C est sur que la solution de hollande est nulle. Mais il n a pas le choix: il veut etre reelu et pour cela il lui faut une baisse cosmetique du nombre de chomeurs. quelqu en soit le prix !
    Je n ai pas la solution a tout mais si on veut reduire le chomage voila quelques idees:
    – arreter la politique lapiniste. Ca sert a rien d inciter a faire des enfants qui seront des chomeurs plus tard. Cerise sur le gateau, ca permet de faire faire des economies a l etat. Dans le meme ordre d idee, mettre le paquet sur l education (certes ca va couter plus cher et ca va faire des vagues si on secoue le mammouth education nationale)
    – arreter la politique du logement cher (la aussi c est assez facile, arret de toutes les subventions au secteur et creation d un impot de type property tax (texas) ou loyer fictif (suisse)). largent non englouti dans le logement fera baisser les couts ou augmentera la demande
    Ca c est le plus simple et ce qui depend de l etat. Pour recreer une industrie digne de ce nom en france, ca va etre plus dur, car ca va se heurter a des tendances lourdes (par ex qui veut devenir ingenieur et faire de la R&D alors que ca paie mal (par rapport a un commercial ou un dentiste) et que ca force a aller vivre en region parisienne
    Ce qui est sur c est qu il faut arreter de subventionner/proteger ceux qui crient le plus fort (taxis, agro alimentaire (j ose plus dire paysans pour les fermes de type 1000 vaches), profession de santé)

    1. Je ne crois pas que Drapher soit un keynésien.

      Simplement la démonstration est faite que même en restant dans une logique de capitalisation financière la doxa néo/ultra-libérale ne permet pas le déploiement de stratégies qui dépassent le stade du pansement concernant l’emploi.

      1. Disons quand meme que le texte a l air d insister sur le fait que l etat doit depenser plus « En France, les investissements publics sont réduits à une peau de chagrin, ou presque : l’austérité budgétaire d’Hollande a asséché la plupart des secteurs générateurs d’activités économiques »

        Je suis pas contre les investissements de l etat, mais il faut bien reconnaitre que c est souvent n importe quoi car il n y a pas de discussion sur le pourquoi avant et pas de sanction en cas de gaspillage ehonte.
        Ex:
        – construction de stade de foot, JO …
        – quand on investir dans un domaine a priori porteur (le cloud) on se debrouille pour planter l affaire (cloud souverain ou on a conscienceusement ecarté ceux qui savaient (ex OVH) au profit des largués (FT). on a meme reussi a pondre 2 projets concurrents et evidement les 2 se sont plantés. Mais comme OVH et autres n ont pas d emploi fictifs ni d enarque dansle management, ils n etaient pas digne de participer)

        1. Parce que ça fait parti des leviers possibles ; même si on va émettre les critiques que tu soulèves (ronds points compris :p), l’investissement public (ou pseudo public : PPP) est un moteur puissant de la croissance (telle qu’on peu la concevoir selon les critères « économiques » orthodoxes), c’est un constat objectif qui ne remet pas en question le système (capitaliste industrio-financier néo/ultra-libéral) (hein Nil ^^).

          L’article met en lumière les éventuelles pistes possibles in situ sciemment inexploitées et ébauche un début solide d’explications, pour moi c’est un prélude à une réflexion plus avancée (a fortiori sur les alternatives possibles) et donc un travail didactique efficace (que je salue une nouvelle fois).

    1. MDR. Et bravo à notre héros malgré lui (sauf qu’il reste condamné, enfin bon).

      Mais, à propos du présent article, Bluetouff, n’est-ce pas ce mec qui écrit « La France n’a pas besoin d’exception culturelle, elle a besoin d’elle exceptionnelle » ?

  3. L’adjectif libéral ne me semble pas applicable à un pays qui aide certaines entreprises à hauteur de 60 milliards, mais qui en même temps assomme tout le monde d’impôts.
    D’ailleurs, les impôts, ce n’est pas libéral, demandez à Marx.
    Avez-vous l’impression que les impôts ont baissés ?
    Moi, pas.

    Je dirai que le premier probleme de ce pays est conceptuel:
    on s’imagine que les entreprises ont une autre vocation que de celle de faire des bénéfices (du social, de l’emploi…), on va donc les parer d’une morale qu’elles n’ont pas à avoir (au moins dans le principe). On s’etonnera ensuite qu’elles ne se comportent pas comment on le souhaite…

    1. la limite de la vision de l entreprise qui est la que pour faire du benefice est qu ainsi vous ne motivez pas votre personnel (le benefice n est pas pour eux mais pour les actionnaires/top management)
      De meme, vous incitez a des decisions a court terme (apres moi le deluge) voire illegales (apres tout il est plus rentable de donner un pot de vin que de produire mieux)

      Si des tas d entreprises essaie de promouvoir une image de marque (ex nike, mc donald, red bull …) c est quand meme que faire du benef c est bien (et necessaire) mais ca ne fait pas tout

  4. Juste pour dire merci Drapher, notamment pour la métaphore du bus.

    « C’est une croissance basée avant tout sur la consommation en [XXX], ce qui n’indique pas une véritable reprise. » (manque « Pétrole » ou « produit pétrolier ?)

  5. Remplacer les concepts de « création » et d’ « invention » par ceux ce « rentabilité » et de « profit », et prétendre ensuite que ce sont les créateurs (tout court, pas « d’entreprises ») vont vous suivre, c’est une conception du monde Macronesque.

  6. On attend les contres propositions de drapher, à part les vieilles recettes des années 60-70.

    En attendent l’article ressemble plutôt à un déni de la réalité du chômage en France ; le coût minimum du travail pour un employeur (au niveau du SMIC donc) est simplement trop élevé pour rentabiliser le travail fourni. Pas pour rien que le travail au noir est florissant.

    Le status quo d’aujourd’hui, que défend comme d’habitude l’auteur de manière virulente, profite avant tout aux classes dominantes, qui elles sont autorisées à être payées en fonction de la valeur de leur travail.

    La réalité constatée par les économistes est aussi que la dette est utile pour les états tant qu’elle permet d’investir réellement dans l’avenir. Quand elle est devenue une manière de payer les frais de fonctionnements pour refourguer la patate aux suivants, c’est alors un problème plus qu’une solution, qui indique que le pays vit au dessus de ses moyens.

    Réclamer de grands chantiers est grotesque alors que cette recette est appliqués sans discernement ad-nauseam depuis des décennies et ruine le pays (lignes TGV à perte, grands réacteurs EPR, aéroports inutiles, projets « verts » non viables etc.).

    Bref il s’agit de savoir faire la part des choses et de constater que la logique libérale a un vrai fondement rationnel basé sur l’observation de la réalité et le pragmatisme. Même Karl Marx observe et décrit très bien cette logique pour ensuite mieux la critiquer.

    Un vrai projet ayant le potentiel de changer le monde demande presque toujours des investissements pour y parvenir. Et en ce moment, justement, le monde change. Avez vous noté que les entreprises dominantes aujourd’hui n’existaient pas il y a 20 ans ? Le but des PME est généralement de croître. 2000 euro de charge en moins n’impliquera pas nécessairement une embauche en plus, mais quan

    1. (pour finir)
      * mais ça change simplement l’équilibre et permet – à la limite – d’éviter peut être un licenciement ou une fermeture, dans d’autres cas d’embaucher alors qu’elles ne l’auraient pas fait.

      1. « On attend les contres propositions de drapher, à part les vieilles recettes des années 60-70. »

        Il n’y a aucune obligation à proposer une alternative pour formuler la critique d’un sujet ; là en l’occurrence l’auteur pointe que les éventuelles solutions basées sur la relance de la consommation sont ignorées au profit d’une gestion par l’offre pour le moins inefficace du point de vue de l’emploi.

        « le coût minimum du travail pour un employeur (au niveau du SMIC donc) est simplement trop élevé pour rentabiliser le travail fourni. Pas pour rien que le travail au noir est florissant. »

        Ce constat est en parti fondé, mais tu as tout dit et rien dit en ne disant que cela. Est-ce les impôts qui sont trop élevés ? Les cotisations sociales ? Est-ce que tu dénonces la légitimité de l’un ou de l’autre, ou leurs proportions ? Est-ce qu’il s’agit d’un problème de gestion des fonds perçus par l’impôt et/ou les cotisations ?

        Si ce que tu dis c’est qu’il faut précariser un peu plus les salariés, merci, ça va aller.

        « [les classes dominantes] sont autorisées à être payées en fonction de la valeur de leur travail. »

        Oh oui, leur apport à la société est tel qu’il est juste qu’elles bénéficient de rémunération délirantes.

        On parle de ce que représente la ponction du capital sur le PIB ou pas ?

        « La réalité constatée par les économistes est aussi que la dette est utile pour les états tant qu’elle permet d’investir réellement dans l’avenir. Quand elle est devenue une manière de payer les frais de fonctionnements pour refourguer la patate aux suivants, c’est alors un problème plus qu’une solution, qui indique que le pays vit au dessus de ses moyens.  »

        Ce que tu dis c’est que la fonction publique coûte trop cher, mais le gel des cotisations patronales ça n’aide pas à son financement, même si on peut dénoncer de grosses erreurs de gestion grossières (qui visent à légitimer la suppression du service public) ne dire que cela sans préciser les causes et sans préciser que l’État s’est condamné à emprunter sur les marchés (loi Pompidou-Giscard de 1973 et traité de Lisbonne en 2007), c’est mentir par omission.

        Puisqu’on parle de dette publique, il s’agira d’investissements publics, de « grands chantiers grotesques » puisqu’il n’existe que cela ? wtf ? A moins que seuls les investissements privés soient l’avenir, eux qui ne cherchent que la rentabilité financière. L’avenir c’est la rentabilité financière ? Super, magnifique vision, pas du tout limitée.

        Se doter d’un système qui ne permet pas de réaliser les potentialités dont on a jugé qu’elles étaient à notre portée, dans nos moyens, ça veut peut être dire qu’il faut choisir un autre système avant de revoir ses ambitions à la baisse, non ?

        « Bref il s’agit de savoir faire la part des choses et de constater que la logique libérale a un vrai fondement rationnel basé sur l’observation de la réalité et le pragmatisme. Même Karl Marx observe et décrit très bien cette logique pour ensuite mieux la critiquer. »

        Il faudrait commencer par s’entendre sur ce qu’est la « logique libérale » : et l’apport essentiel de Marx est la critique du capitalisme financier.

        « 2000 euro de charge en moins n’impliquera pas nécessairement une embauche en plus ça change simplement l’équilibre et permet – à la limite – d’éviter peut être un licenciement ou une fermeture, dans d’autres cas d’embaucher alors qu’elles ne l’auraient pas fait. »

        Des pansements sur une hémorragie massive, c’est génial, réjouissons-nous.

        Charges ? Tu parles de quoi : des impôts, des cotisations sociales ? De leur montant, de leur gestion ? Mêmes questions que précédemment sur ce thème.

        PS : Si tu veux réfléchir à des alternatives, dis toi pour commencer que la subordination aux intérêts d’accroissement de valeur du capital financier de propriétaires de patrimoines lucratifs, c’est pas trop libéral dans l’esprit ; enfin ça dépend de ce qu’on entend par « libéral », bien sûr.

        1. Le problème de la réparation des richesses concerne avant tout, en effet, le capital, et en particulier le grand capital, même si on observe parfois des abus concernant les salaires (surtout chez les PDG des grandes boites, déconnectées du reste des salariés et qui décident eux même de leur salaire) ; et par ailleurs en France, les hauts salaires sont plutôt fortement imposés ; cf Piketty.

          Le SMIC représente véritablement une limite arbitrairement définie comme limite minimum de niveau de vie, c’est bien sûr une bonne chose. Et bien sur ça implique que pour qu’un poste de travail soit viable, il doit être en mesure de générer au moins autant de richesse. C’est très utile quand il s’agit de protéger des salariés vulnérables ou en position de faiblesse pour négocier face au patronat. Ça l’est moins quand, dans les faits, une part importante de la population est maintenue dans le chômage. Dans ce cas, l’état peut baisser le salaire minimum, ou baisser l’impôt/donner des aides au niveau du salaire minimum et, de fait, augmenter la progressivité de l’impôt. La seconde option me semble la plus juste.

          Une politique de la demande telle que suggérée dans l’article signifierai in fine s’endetter encore plus pour acheter chinois. Le but de la politique de l’offre est au contraire que les chinois et les allemands finissent par acheter chez nous, créant des emplois et des revenus pour l’État.

          Et oui, être rentable n’est pas « super, magnifique », c’est même « limité », mais c’est une réalité qui s’impose quel que soit le système politique. On ne fait pas apparaître des tonnes de blé, des ordinateurs ou même des hôpitaux qu’en y croyant très fort. Si un investissement dans un grand chantier n’est pas rentable sur le long terme, il n’aura au total créé que plus de pauvreté (encore une fois, quel que soit le système politique). Imprimer des billets ne créé pas de richesse et ne permet pas non plus de la répartir ; la population est exposée à l’inflation, le capital se protège en se séparant de la devise et en adaptant les taux d’intérêt en conséquence, cf les pays européens avant l’Euro ou certains pays africains.

          La critique principale, et manifestement fondée, de Marx sur le Capitalisme est qu’un système capitaliste mène à une concentration de plus en plus importante des richesses. Des réponses à ce problème vont de l’impôt progressif sur le revenu à l’impôt mondial sur le capital.

          1. « Une politique de la demande telle que suggérée dans l’article signifierai in fine s’endetter encore plus pour acheter chinois. »

            Tu fais l’impasse sur le protectionnisme possible.
            (j’ai conscience des difficultés que ça peu poser, notamment à cause de l’UE, en le disant)

            « [être rentable] c’est une réalité qui s’impose quel que soit le système politique. »

            C’est une affirmation péremptoire, mais a minima ça reste vrai pour ce système là et de ce strict point de vue une refonte de l’impôt et une plus grande progressivité ne serait pas une mauvaise chose (sans forcément aller jusqu’à « au dessus de 300k on prend tout » comme suggérait le FdG, mais à défaut de prendre on peut plafonner pour ne pas avoir des rémunérations obscènes), oui.

            Mais ça reste des réflexions et des solutionettes à l’intérieur du système (capitaliste industrio-financier néo/ultra-libéral), c’est précisément la remarque qu’a fait Lordon à Piketty.
            Système dont on sait la finalité pour le moins douteuse d’accumulations unilatérales et dont la baisse structurelle du taux de profit pousse au vice.
            (les OGM c’est un cas d’école par exemple, ah oui c’est rentable, à quel prix ?)

      1. J’ai vécu en Suisse récemment, payé 2200 Frs/mois, coût de la vie délirant, loyers prohibitifs, je n’étais pas plus riche qu’à Paris avec un SMIC.

        Il y a des pauvres en Suisse ; les riches, eux, négocient au cas par cas avec le fisc. Ils manquent de travailleurs, le chômage est faible (en plus du secteur bancaire, la Suisse a un gros secteur industriel spécialisé dans le très haut de gamme) et vu le coût de la vie, un SMIC plus élevé y a un sens.

      2. LE SMIC en Suisse a été refusé par le peuple. Il n’est pas en vigueur.
        Une coiffeuse à Genève est payée moins de CHF 2’000.- brut/mois.
        Ca me fait toujours rire les gens qui croient que les suisses sont riches. Même le status de frontalier commence à perdre de son attractivité, tellement le niveau de vie en France voisine a augmenté.
        Venez essayer de travailler ET vivre sur le territoire suisse; on en reparle après

  7. je voudrais apporter un avis que je ne retrouve jamais dans les arguments sur le manque de commandes des pme (peut etre que je me trompe et si oui, dites le moi).

    si les pme ont du mal à remplir leurs listes de commandes c’est principalement à cause du dumping des gros groupes internationaux qui eux baissent les prix quitte parfois à vendre à perte pour récupérer des parts de marché.

    les gros groupes ont une main d’oeuvre à l’international et jouent sur le dumping des salaires et paient tres peu d’impot grâce aux « optimisations fiscales » et paradis fiscaux.

    quand une pme entre dans un marché, elle doit batailler avec les filliales et sous filliales de grands groupes qui sont elles meme des pme parfois et meme en faisant bosser leurs employés au noir et en margeant tres peu sur les matieres premieres, elles ne peuvent pas etre « competitives » face aux grands groupes qui achetent les matieres en gros et les redistribuent à leurs sous filliales.
    les pme qui s’en sortent se font donc racheter par un gros groupe et devient une sous filliale à son tour donc celui qui croit etre le « patron » devient juste un cadre enmployé par un grand groupe qui le presse afin qu’il fournisse chaque année de plus en plus de chiffre jusqu’au suicide pendant lequel il laisse une lettre en disant que les charges patronales l’ont tué…

    sinon, autre chose sur le « coût du travail ». j’en ai plus que marre d’entendre tout le monde parler de « charges patronales qui etranglent les pme » car les « charges patronales » sont incluent dans le salaire.
    un salaire ça se compte brut, toutes charges comprises donc un salaire c’est le net + les charges salariales + les charges patronales.
    alors ceux qui veulent baisser les « charges patronales » veulent seulement baisser les salaires (juste question de novlangue).
    les « charges » dans un salaire, c’est la sécu, les hopitaux, l’assurance chomage, les allocs, la retraite etc… (tout ce que les financiers veulent virer et privatiser).
    si on baisse les salaires alors au bout d’un moment, ce sera encore trop cher alors on baissera encore puis apres, on aura une obligation de travail meme sans salaire (juste pour avoir un logement et la nourriture fournis par l’employeur comme au 19e ou dans certains pays).

    le but des financiers actuellement est de concentrer toutes les richesses vers une seule entité planétaire et tout le reste vivrait dans l’ignorance et la pauvreté afin de maintenir cette hiérarchie.

    le gouvernement précédent a réussi à virer les acquis de mai 68 et celui ci tente de faire un coup double en faisant sauter ceux de 45 et ceux de 38…

  8. Le travail, de toute façon c’est pour les cons et les soumis. J’ai pas besoin de travail car je ne consomme pas.

    « Arbeit macht frei »
    « Le travail c’est la santé »
    « Travailler plus pour gagner plus »

    A chaque époque son slogan de soumission, mais c’est toujours le même sens ;)

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