Hadopi et la Culture : y’a tromperie sur la marchandise

(Quand les débats font rage sur les vertus ou pas des Labs Hadopi et des solutions techniques, économiques pour protéger les artistes, on oublie de se poser la question de ce qu’est la culture. Petite tentative
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96 thoughts on “Hadopi et la Culture : y’a tromperie sur la marchandise”

  1. Magnifique article , mais je veux juste rappeler un truc , sur les dvd (et même les vhs ) dans les « messages » (antipiratage aujourd’hui , avant je sais pas comment ils appelaient ca) On peut voir que le « prêt » est interdit ! (Par exemple , j’ai pas le droit de prêter ma vhs le roi lion , si la personne n’as pas mon sang) Alors bon , la connerie a toujours exister ^^’

  2. Le concept va même parfois plus loin du coté des majors, à savoir : comment va-t-on faire pour faire payer le même contenu plusieurs fois à la même personne parce que le format qu’on lui propose ne correspond plus du tout aux formats standards du marché ?

    Aujourd’hui que ce soit les baladeurs, les chaines hifi, les autoradios, les home cinemas, et même les télévisions, tous passent au moins au mp3 avec lecteur de port usb…

    Or quand on arrive pour acheter de la musique on tombe sur des… CD… Mais par contre, on va interdire de convertir ce CD en mp3, faudrait pas abuser quand même…

    1. Ah, t’achètes du mp3 toi?
      Perso, pas de lossless, pas d’achat.

      Payer pour un master sur DVD-A, oui, sans problème.
      Un vinyle, clairement, surtout pour l’objet en lui-même.
      Un CD? J’ai pas acheté de CD depuis 2003, en fait le jour où je me suis rendu compte que j’avais des oreilles.

      1. Perso, je ne suis pas un intégriste de la musique. J’ai toujours écouter des MP3 et des CDs. Dans ma voiture et sur mon PC, voir ma petite chaine Hifi, c’est nikel …

        Bref, oui, on peux acheter des MP3 :D

  3. Pour avoir tenté de bosser dans le domaine de la culture en tenant ce genre de discours, merci d’y apporter de la structure et des précisions.

    Les systèmes sont devenus tellement ancrés (alors que ça date d’hier à l’échelle de l’humanité), que les professionnels n’imaginent même pas faire autrement. Forcément, « ça marchait comme ça avant », mais faut savoir s’adapter. Des institutions comme la Sacem (où au passage, les « petits » artistes ne touchent strictement rien lors de concert, là où les organisateurs se ruinent pour payer un forfait), ça relève de l’hérésie. Les Majors qui s’obstinent avec leur soupe massivement radio/télé-diffusée, ça ne mène à rien.

    Merci donc pour cet article.

  4. http://www.pcinpact.com/news/67351-suisse-hadopi-legislation-telechargement-partage.htm

    La Suisse explique pourquoi elle ne veut pas d’Hadopi.

    « Internet a profondément modifié notre façon de consommer de la musique, des films et des jeux informatiques. Ces nouvelles habitudes ne devraient toutefois pas avoir de conséquences négatives sur la création culturelle. Le cadre juridique actuel permet de répondre de manière adéquate au problème des utilisations illicites d’œuvres. Il n’y a donc pas lieu de prendre des mesures législatives »

    Les Suisses seraient plus sages que les Français ?

  5. « La culture, c’est de l’humain et du partage, pas de l’industrie » >>

    Non, la culture c’est autant le type qui joue dans la flute dans la rue et qui fait la manche que la grosse boite de disque qui sort des titres marketés à la chaine.
    La culture c’est l’identité qu’affiche une société dans ce qu’elle a de non nécessaire à son fonctionnement, mais de caractéristique de ses manières ou de son esprit.
    L’industrie du disque est aussi industrielle que notre société, ce qui est aussi une part de ce que nous sommes. Elle est à la fois caractéristique dans sa manière de produire que dans ce qu’elle produit: on n’a jamais obligé personne à écouter du Mickael Jackson, qui a vendu beaucoup de disques, je crois.
    Paradoxalement, ce qui a fait le succès de Jackson c’est peut être aussi son étrangeté (de gamin surdoué à ses histoires de caissons d’oxygène pour la légende, d’opération à répétitions), bref son succès c’était aussi l’originalité de son image dans notre société et donc dans notre culture au sens large (trouvez-moi une autre personne pareille).

    Le mec qui fait la manche et qui joue sa musique est aussi une caractéristique d’un état de notre société ou d’un état d’âme possible. Ce n’est ni plus ni moins, la culture, c’est juste une autre manière de l’envisager.

    1. Certainement pas.
      Les majors font (1) pour *vendre*, ce qui est contraire à tout ce qu’on a pu voir avant eux, au cours de l’histoire.
      Crois-tu franchement que les gens qui composent de manière indépendante pensent à leur profit ?

      Le véritable artiste s’oriente selon son art. L’industrie s’oriente selon le marketing (2).

      (1) : et encore, même ce terme est à nuancer ;-)
      (2) : mais qu’il est laid d’aligner ces deux termes :-/

  6. De toutes façon la « copie illégale » existe depuis bien avant le P2P, sauf qu’avant on allait à la bibliothèque (ça s’appeler même pas médiathèque encore, bouh chuis vieille) on empruntait des K7 et des vinyles et on les copiait, pareil avec les albums des copains, on s’arrangeait pour pas acheter les mêmes pour avoir un choix plus vaste au final. Et de toute façon si on avait pas eu recours à cela on aurait rien acheté, à 14 ans j’avais pas de budget « culture » et mes parents n’avait pas les moyens d’en avoir.

    La copie profite aux artistes, aux vrais, en les faisant connaître, c’est une certitude et certains artistes ont encore le courage de le dire (http://www.rue89lyon.fr/2011/11/27/entretien-umberto-eco-forum-liberation/) , mais le truc (qui est bien expliqué dans l’article) c’est que les majors s’en branle des artistes, elle veulent des produits formatés, tout lisses et tout brillant (désolé mais CA : http://www.youtube.com/watch?v=Wxio7XI2ZSU ce n’est pas de l’art, ni de la culture, ni meme de la musique, c’est qu’une grosse bouze, de la propagande pour décérébrer un peu plus les djeunz et ça marche vu les commentaires)

    Le plus pervers dans le système actuel du monde de la musique c’est comment l’industrie du disque dépossède l’artiste de la propriété de ses oeuvres, de sa liberté de création et ça on en entend rarement parler. Un artiste signé chez une major ne peut disposer librement de SES créations, c’est tout de même un comble.

    Et juste pour info un autre très bon article, même s’il date de 2006, sur le sujet du point de vue d’un artiste : http://morne.free.fr/celluledessites/OeilZinE/lesuicideprofessioneldunmusicien.htm

      1. Le fait de vouloir produire des produits lissés (musique, cinéma, et même livres) n’est pas nouveau non, mais j’ai l’impression que ça s’amplifie (ou que je suis frappé du syndrome du « vieux con » ^^) et que toute cette bataille sur la protection des « droits d’auteur » n’est qu’une prétexte de plus pour leur laisser un peu plus de champ libre et étouffer la création

        1. enfin, il y a aussi le concept de « musique troll », c’est à dire de la musique volontairement caricaturale que les gens se passent, parce que c’est un peu marrant.
          Je suis sur qu’il doit avoir moyen de faire du chiffre en exploitant le truc…

          1. De toute façon en ce bas monde tu peux faire du chiffre avec tout et surtout avec n’importe quoi.

    1. T’es allé nous chercher un truc puissant avec ta chanson ! Le refrain reste dans la tête malheureusement!
      En plus le gamin quand il va revoir sa gueule dans quelques années t’inquiète qu’il va militer pour la censure du web histoire de faire disparaître ça !

        1. Regarde le clip du même groupe qui s’appelle « C’est plus marrant ».
          A 2min10 on lit en gros sur le t-shirt du gamin « Music 4 Free ».
          On s’est planté ils sont avec nous en fait !

          1. :)
            Par contre juste une question : je veux bien croire que tu savais pas a quoi t’attendre pour le premier lien, mais qu’est-ce qui t’as poussé à t’infliger un second clip ? XD

          2. C’est pas moi c’est ma petit soeur !

            Non, j’avoue c’est par curiosité malsaine.
            Eh d’ailleurs toi tu rigole mais d’où tu sortais ça, hein ?

            Après, faut dire ce qui est, c’est beau comme du Emma Leprince. Ça m’a incité a chercher le « fail ».

          3. Quelqu’un que je pensais être un ami m’a envoyé ça l’autre jour et j’ai bêtement cliqué sur le lien mais j’ai pas poussé le masochisme a me torturer d’avantage !

  7. Étant musicien dans un groupe, en ayant auto produit un album via un don anonyme, en ayant fait des concerts depuis plus de 12 ans, en étant aujourd’hui sous la direction d’une boite de production privée et non major, sachant que seuls nos concerts pourraient nous rapporter quelques €, je ne peux que saluer ce fabuleux article.

    Je pourrais témoigner plus longuement sur ce monde musical qui oppose les artistes « véritables » et les artistes « grand public »… Les intermittents et le reste du monde musical.

    Vous n’avez pas idée à quel point dans les vérités que vous écrivez dans cet article, la réalité est encore plus difficile pour nous musiciens, artistes, indépendants, (peu importe le terme).

    Aujourd’hui c’est encore plus dur qu’il y a 20 ans … on a du mal à manger et les sacrifices sont énormes.

    Merci.

  8. Excellent article !
    j’ajoute ma petite pierre : je suis illustratrice, et dans le dessin, si je puis dire, c’est encore pire. Ce que je retiens de tout ça, c’est qu’on se sert aussi d’hadopi pour « défendre les droits d’auteur », (ce qui a de quoi faire marrer)plutôt que pour défendre les auteurs. Voyez la nuance ? Les droits passent par des intermédiaires, et ce sont ceux là qu’il faut à tout prix préserver, notamment avec des lois comme hadopi. Les artistes qu’ils produisent sont interchangeables, et on peut très bien se passer d’eux. Prétendre défendre les droits d’artistes /auteurs (et non pas LES droits DES artistes/auteurs ce qui est tout à fait différent) avec une loi comme hadopi, c’est totalement hypocrite, c’est ignorer totalement ce qu’est être un artiste, les difficultés parfois insurmontables qu’ils rencontrent. C’est laisser croire qu’on les aide, quand au contraire on les enfonce. Brailler qu’on défend les artistes avec une telle loi est criminel, quand de l’autre on fait tout pour les astreindre au silence ou au renoncement par des voies « légales » (absence de statut, notamment, pour les auteurs dans les domaines des arts visuels, réformes du régime de l’intermittence, et j’en passe). Ce n’est pas la culture qui est défendue, c’est le fric.

  9. En fait , tout le monde fait une fixette sur la culture, mais la question majeure qui est en train de se poser sous nos yeux, sans que nous ( collectivement ) ne la comprenions vraiment, depuis une dizaine d’année, c’est le retour à une société de type féodal , au sens de la propriété .
    Dans la société féodale, le droit de propriété pour l’homme libre n’est qu’un droit d’usage concédé par un seigneur qui perçoit une rémunération en échange de cette concession, et qui peut la transférer ou y mettre fin sans trop de problémes juridiques .
    Le forcing fait depuis 10 ans sur la question de la « propriété intellectuelle » afin de remettre en place une économie de la rente de type féodal, tant dans le domaine de l’usage de biens culturels qu’en matiére logicielle, etc aboutit à recréer la société que l’on pensait disparue …

    Il y a autant d’éphémère à « acheter » un morceau sur Aïe-tunes qu’à filer 15 euros pour une place de concert … mais coté concert il restera souvent la persistance du bon souvenir …

    Il faut que nous prenions conscience que nous ne sommes plus « propriétaires » des biens que nous pensons acquérir, au mieux nous payons une redevance en contre-partie d’ un usufruit limité … nous les louons …

    Faudra bien, un de ces 4, qu’on explique ça à nos contemporains, fussent ils élus …

    1. Belle analogie, Lou. Je t’invite à lire « Éloge du carburateur », de M.Crawford*. Ça parle de reprendre possession du réel par sa compréhension. Faire plutôt que d’acheter (et jeter quand ça ne fonctionne plus et qu’on n’a aucune foutue idée de comment réparer).

      *Se méfier des systèmes centralisés.*

        1. y avait un mot pour définir cette impérative nécessité d’appréhension du monde , ( les intellos diraient « appropriation par les citoyens des notions fondamentales et la construction des représentations mentales opérationnelles » mais je me soigne ) …
          c’tait « éducation populaire » … à ce sujet je te renverrais bien à l’opus 1 des conférences gesticulées de notre camarade franck Lepage ( http://www.scoplepave.org/la-culture ) mais c’est devenu un gros mot …

  10. D’accord avec l’essentiel de l’article… sauf son préambule sur la « nécessité de la culture ». Il n’existe pas une seule société humaine où la culture ne soit pas nécessaire, depuis Lascaux, où même dans l’extrême dénuement, l’homme invente une expression artistique, c’est donc bien un besoin fondamental et la marque de l’humanité. Et c’est bien pour cela qu’il est d’autant plus indécent de parler d' »industrie » culturelle!

    1. J’ai hésité un instant en écrivant la phrase, mais vu le contexte, je parle de nécessité pure : sans culture il risquerait de nous arriver des bobos…mais est-ce que ce n’est pas un peu déjà le cas ? Parce que ce qui est vendu en tant que culture…on peu douter que ça en soit. J’entendais par là que l’animal n’est pas conditionné à autre chose que la bouffe, l’homme aussi, mais il rajoute de la culture, alors qu’en tant que mammifère, ce n’est pas indispensable à sa survie. Elle n’est pas nécessaire en tant que telle, et d’ailleurs les sociétés industrielles semblent vouloir la faire disparaître au profit d’autre chose « une industrie ». Mais c’est maladroit, allez, disons-le…

  11. Quand tu enregistres une K7 VHS ou une K7 audio, premièrement tu as une perte très sensible de qualité par rapport à l’original. Cette perte étant cumulative, c’est-à-dire que dès que tu fais une copie de copie cela devient inregardable/inaudible.
    C’est un facteur limitant de la copie qui n’existe pas avec les copies numériques.

    Deuxièmement, quand tu fais une copie VHS, il te faut 90 mn pour faire une copie d’un film de 90 mn. Alors qu’avec la copie numérique, tu copies en quelques secondes (quelques minutes) des films de plusieurs heures. Deuxième facteur limitant qui saute.

    Troisièmement, quand tu fais une copie VHS ou une copie d’une K7 audio, elle n’est regardable/écoutable que par une seule personne. Alors que ta copie numérique, tu la poses sur un serveur et elle devient accessible immédiatement à un milliards de spectateurs/auditeurs potentiels. Troisième facteur limitant qui saute.

    Alors se baser sur l’expérience des K7 VHS ou audio pour en tirer des conclusions sur la copie numérique alors que rien n’est plus différent est un pur foutage de gueule.

    Oui, quand j’étais ado, on se passait des disques pour les copier sur K7 : quand un copain te passait un disque, tu en faisais une copie pour toi. Quand tu passais un disque, c’était à un copain. Et s’il s’amusait à le passer à un autre copain, tu commençais à faire la gueule parce que pendant ce temps-là, tu ne pouvais pas écouter ton disque (et qu’en plus tu risquais de le récupérer rayé).

    Avec la copie numérique, on peut arriver à l’extrême : UN type achète UN disque (coût 10,50€), il en fait UNE copie lossless qu’il pose sur le Net et instantanément l’intégralité de la population mondiale a accès à cette copie. Et en plus, le propriétaire du disque original n’a jamais perdu son disque.

    Et l’auteur de l’article veut comparer ça aux copies VHS et K7 audio ? Cela manque un peu de sérieux.

    1. « Alors se baser sur l’expérience des K7 VHS ou audio pour en tirer des conclusions sur la copie numérique alors que rien n’est plus différent est un pur foutage de gueule. »

      Le foutage de gueule ce sont les gens qui s’arrêtent au 10 premières lignes sans lire le reste de l’article, comme tu sembles l’avoir fait.Je te tutoie, parce que tu me parles mal. Tu me traites de type qui fait du « foutage de gueule ». J’aime pas ça. En plus je suis musicien. Je ne vais donc pas me faire troller longtemps, mais une réponse quand même : L’auteur (moi) ne compare pas les copies VHS et K7 avec les copies numériques. L’auteur explique qu’à l’époque avec les VHS ou les K7, la mort du cinéma ou du disque était déjà annoncée, alors que ça n’a pas été le cas. C’est une introduction au sujet, pas la démonstration. Mais bon, au delà de 10 lignes, c’est dur hein ? Mais je m’en vais t’expliquer un truc ou deux quand même, sans rentrer dans la technique, parce que le foutage de gueule sur la qualité comparée, tu m’excuses, mais là, je me marre doucement : tu penses que ton MP3, super compressé à la même qualité que l’original en WAV ? Tu crois que le son que tu peux avoir sur ton ordi portable avec tes enceintes de chiottes il restitue la même chose que sur du vrai bon matos hi-fi avec le vrai support au vrai format, donc ? Ou que lors d’un concert ? Ce qui manque de sérieux, ce sont les gens qui viennent la ramener pour faire les mariolles avec des arguments à deux balles, qui démontrent qu’ils ne savent même plus où ils habitent en termes techniques. Le partage de musique, si tu as lu jusqu’au bout, c’est pour découvrir, échanger, puis ensuite on peut aller au concert, ou acheter le disque : c’est dans l’article. Le nombre de MP3 pourris qui circulent est exactement équivalent en termes de qualité sonore que les mauvaises cassettes. Moi je veux bien que les gens ne soient pas d’accord, mais pas en sortant des arguments qui détournent mes propos, ne prennent pas en compte la totalité de l’idée développée, et en plus en ratant la marche technique. Et qu’on ne vienne pas me parler des AAC ou autres formats : tant mieux que la qualité soit moins pire que le MP3 (les basses sont toujours trop compressées, toujours, plein de fréquences pètent avec les MP3 etc…) : relis l’article, vas jusqu’au bout, réfléchis :tu verras qu’il n’est en aucune manière histoire de dire que le numérique c’est pareil que l’analogique. Ca n’a aucune intérêt la comparaison analogique/numérique à ce niveau là. La pratique d’échange par contre est la même, leur utilité en terme de copie est la même, leur finalité humaine et culturelle est la même… j’exprime le fait que le disque, on s’en fout ! Un musicien n’est pas là pour faire des disques…et donc tant mieux que ce soit 100 fois pus facile d’échanger les œuvres des musiciens, ils sont contents les musiciens que la planète entière puisse les écouter…alors qu’avec tes VHS ou tes K7, c’étaient juste tes potes, dommage pour les musiciens… putain, des fois, le troll…

  12. Les artisans ont deux modes de diffusion : soit directement dans leur atelier. Mais qui se voit aujourd’hui en train de faire le tour (même virtuel) des artistes pour aller récupérer un morceau par ici, un morceau par là, …
    Ou alors l’artisan a un deuxième moyen de diffuser ses objets : passer par des magasins, c’est-à-dire un réseau de distribution. Tout comme les musiciens qui passent eux aussi par des réseaux de distribution.

    Et pour les artisans qui passent par des réseaux de distribution, est-ce que les consommateurs vont aller « récupérer » gratuitement les objets sous le prétexte que le réseau de distribution « spolie » l’artisan ? Il ne me semble pas.

    1. Demain, s’il est interdit de ne pas passer par le paiement, que l’échange gratuit d’œuvres est interdit ou impossible, les riches pourront s’inspirer de tout ce qui sera produit et les pauvres se contenteront de la radio. Comme ça les « réseaux de distribution » seront bien gardés, les braves artisans qui auront choisi le réseau ne seront pas « spoliés » et la culture restera bien au chaud entre propriétaires de carte bancaires. Les jeunes artistes sans le sou pourront créer ex-nihilo : c’est beau, il pourront fabriquer soit du silence, soit des choses inspirées de musiques vaguement entendues entre deux portes, si on les laisse encore écouter de la musique distribuée ou non sur les ondes…Quant au concert, espérons que le bouche à oreille fonctionnera. Oui, mais à partir de quoi ? Ah oui, des fichiers payants installés par les distributeurs. Je plains ceux qui n’auront pas été acceptés par les réseaux de distribution, tellement contents de produire tout le monde pour le bien du plus grand nombre…

  13. Bien l’article !

    Je me souviens avoir lu il y a quelques temps que pour remplir un iPod (8Go on va dire) de musique téléchargée légalement il fallait dépenser le prix d’un Porshe…

    1. Salut Yovan, quelques bonnes réflexions.
      Tu oublies dans ton article que le réseau des salles de concert est complètement aux mains de producteurs et organisateurs qui travaillent AVEC les maisons de disque (les fameux contrats à 360°).
      Donc quand tu écris que les musiciens peuvent vivre de la musique vivante, c’est tout simplement faux dans 95% des cas…Elles ne sont ouvertes que pour les artistes de maisons de disque. Désolé d’ébranler ta vision de la réalité du monde de la musique avec une vision de ma réalité de musicien.
      Le concert est la promo de l’album, la fin du concert c’est le moment où le producteur vend son produit.
      Ensuite pour ta culture perso, sache que trafiquer une voix en « temps réel » est possible, la voix de star qui ne sais pas chanter, tu ne t’en rendras pas compte au concert(à moins d’avoir une oreille d’ingé son, ou que la star soit ivre).
      Pour finir quand je lis l’artiste doit « faire partager ses créations, et quitte à faire, au plus grand nombre. », je crois que tu fumes ta moquette.
      L’artiste se moque de partager son art, l’artiste est solitaire, l’artiste refuse souvent le monde extérieur car il a peur du jugement, c’est cette solitude qui lui permet d’avoir une création forte, créer un monde « à lui » si particulier; c’est une condition sine qua none. C’EST POUR CELA QUE L’ARTISTE DOIT ÊTRE PROTEGE, car il vit en dehors de la société, il ne possède pas les armes pour y évoluer.
      Ta vision de l’intermittence des musiciens est douteuse. Je t’invite à lire le dossier de POLITIS dédié à des jeunes artistes http://bit.ly/upbRxo

      1. mais comme t’es sympa et que je t’envoie sur un lien payant :( je t’offre la fameuse 1ère suite de J.S.Bach pour violoncelle seul par un super zicos sur archiv.org http://bit.ly/t4XtNz :)
        Mais on me dit dans l’oreillette que les hackers n’écoutent que du metal…
        A plus

      2. Dire que l’auteur de l’article fume la moquette et dire ensuite « L’artiste se moque de partager son art, l’artiste est solitaire, l’artiste refuse souvent le monde extérieur car il a peur du jugement… » et que oh mon dieu l’artiste est tellement un artiste et bla bla bla… Ça dans le genre trolling à deux euros, c’était pas mal…

        Pour fréquenter pas mal le milieu musical sur Montpellier, je doute que tu sois musicien. Ou alors de ceux qui font les castings des télé-crochets modernes, et qui sont à des années lumières de la réalité de musicien en France de nos jours.

        PS: Les métalleux ont souvent une bonne ouverture d’esprit, et écoutent donc souvent tout type de musique. A bon entendeur…

        1. Eskha, je suis musicien et j’en vis, j’ai horreur de la télé, j’ai bien aimé le fond de l’article de Yovan.
          Le télé crochet ou toute représentation de la société du spectacle ça me fait vomir, je passe mon temps à donner des master class dans le monde entier, à enseigner la musique dans des lieux où elle n’arrive que trop rarement (par exemple chez les Roms).
          Je fais des enregistrements (et pas des disques et oui c’est possible) et je donne toujours une partie de ces enregistrements à la communauté du libre sous licence creative commons.
          Je ne me faisais pas de moi une image de troll mais bon…

  14. Excellent article !!!!

    « Un artiste est donc aussi un pilleur : il s’inspire, copie parfois, modèle, assimile d’autres créations. Il ne crée pas ex-nihilo. »

    « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Lavoisier)

    Empêcher la copie, c’est la mort du vivant !

  15. C’est ce que j’ai dit et repete plusieurs fois sur d’autres sites et news: « l’industrie de la culture » est un omyxore, et j’emploie toujours des guillemets quand je mentionne cette denomination. « Industrie du divertissement » est plus approprie, mais ils aiment moins. Et ce n’est pas notre ministre de la culture qui va les corriger, helas.

    Apres, mes tentatives n’ont jamais eu d’impact (non que je m’attende a en avoir un), mais j’espere que cet article en aura un.

    Sinon, @zig et puce, il est vrai que les facteurs limitant de la copie K7 ont essentiellement disparu: pratiquement plus de perte de qualite (ce qui existait deja avec les CD et DVD), diffusion massive a partir d’une copie.
    Mais c’est aussi simplement une evolution technologique comme une autre, qui a juste fait avancer la technique a une autre etape. Or, a chaque etape, l’industrie du divertissement a pleure aupres des politiciens pour dire que « la culture se meurt », et leur petite affaire a continue a tourne malgre la non interdiction successive de la radio (« diffuser des trucs sans faire payer a l’ecoute? la musique se meurt ») et la tele (idem pour les films), de la K7 (audio comme video: « enregistrer gratuitement tout ce qui passe a la radio/tele? pouvoir les passer a ses voisins sans contrepartie? la musique/le film va disparaitre! ») et le cd/dvd (je ne vais pas le refaire, tu connais la chanson).
    Bref, CHAQUE etape a vu l’industrie tenter d’enrayer le progres (et c’est valable dans d’autres domaines, mais bref) juste pour proteger son business. « L’interet des artistes » n’a jamais ete qu’une excuse.
    Internet a fait passer la copie a un niveau mondial. Mais ca ne « tuera » pas la culture pour autant. Ca « tuera » peut-etre un modele economique, mais rien n’empeche de nouveaux circuits de se developper.
    Ah si, une chose l’empeche… l’industrie en place justement.

    Enfin, la comparaison avec l’artisan est peu pertinente a plusieurs egards: la « propriete intellectuelle » (autre terme a garder entre guillemets) n’est pas materielle, et cela entraine de nombreux points de divergences dans la comparaison. (Oui, on peut aussi reprocher la comparaison a l’auteur de l’article, mais il ne comparait pas les « produits », juste les « modeles de production ». Personnellement, mais j’admets etre subjectif, je trouve sa comparaison pertinente. Il faut simplement respecter qu’elle s’arrete au processus de creation.)

  16. « Soyons bien clair : pensez-vous qu’essayer de vendre des chevaux comme moyen de locomotion est une bonne idée dans une société du pétrole et de la bagnole reine ? Bon, essayer de gagner sa vie en ne faisant qu’enregistrer et vendre des disques (en étant un petit label) est à peu près aussi loufoque aujourd’hui que vendre des chevaux pour remplacer les voitures au XXIème siècle et tenter de concurrencer Peugeot ou Nissan. »

    Ce passage m’a bien fait sourire.
    On verra si c’est si loufoque que ça dans quelques années, quand il n’y aura plus une goutte de carburant dans les pompes.

  17. Yovan (et Althea dans les commentaires…)

    comment dire… je vous adore.
    Très bon article, qui me rappelle d’ailleurs un livre de Boris Vian, qui date, forcément, et qui parle de musique. De la bonne, et de l’industrielle, produite « à la chaîne ». Je ne retrouve plus le titre. Il doit se trouver dans la cave, chez mes parents, et c’est loin. Si quelqu’un voit de quel ouvrage je parle, et pouvait me donner le titre ?

  18. ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un bon billet comme ça sur ce sujet, ô combien difficile à traiter, car particulièrement « trolliphage » :). Yovan, très bel exercice de pédagogie, merci à vous. Vivement vos prochains écrits !

    1. Y a un blème avec les liens dans les commentaires…
      Si on en met ils passent pas !
      Je voulais renvoyer vers la page du groupe et c’est impossible. Ceux qui veulent tapez dans google « René Binamé », c’est le premier résultat puis le lien sous la rubrique « pourquoi pas tout » !

  19. Bien comme article :)

    Par contre un gros gros soucis, aucune source pour les quelques chiffres (par exemple les 95% des artistes en france sont des inter-mitant du spectacle). Si on veut pouvoir répondre avec assurance aux pro-HADOPI, il faut être capable de sourcé ce qu’on dit. Car ils ont tendance à ne jamais le faire (cf 35% de piratage en moins!)

    1. Je ne pense pas que 95% des artistes en France soient des intermittents.

      Pour avoir évoluer pas mal de temps dans ce milieu j’ai connu très peu de musiciens ayant réussi à avoir le statut, la majorité des intermittent que je connais étaient plutôt des techniciens (ou du moins ont eu leur statut avec des cachets de techniciens, même s’ils étaient musiciens par ailleurs).

      Et les musiciens ayant réussi à avoir suffisamment de cachets déclarés pour obtenir le statut étaient surtout des membres de groupes « alimentaires » qui font les bals etc… l’été pour pouvoir avoir les revenus de se consacrer à leur projet en morte saison.

      Il est très dur de trouver des dates déclarées (c’est déjà très dur de trouver des dates tout cours suivant le style et la région).

      1. Je veux bien te croire. Cependant il est toujours important de sourcer (Et Blutooth le fait très bien :p). C’est ce qui donne du crédit à tes propos.

        Leçon première semaine de cours école d’ingénieur : tout document non sourcé ne vaut rien.

        1. Je suis entièrement d’accord avec toi mais honnêtement je ne vois pas comment tu peux évaluer de manière fiable un tel chiffre.

          Déjà comment tu définis « artiste / musicien », lesquels tu prends en compte dans tes stats ? Tu te contentes de recenser essentiellement ceux qui tournent régulièrement (et qui donc on quasi tous le statut en effet) ou tu prends en compte chaque petit groupe qui répètent dans les salles associative ou même dans le garage de papa/maman, quid du jeune virtuose qui se contente de composer/pratiquer dans sa chambre sans oser faire partager son talent ?

          Bref juste pour dire que c’est pas facile a mesurer de manière fiable amha.

          1. La solution est simple alors. Ne pas utiliser de chiffre dont on ne peut pas donner de source.

            Radical mais nécessaire. Il ne faut jamais s’abaisser aux méthodes de la partie adverse.

        2. C’est un article de presse, pas un document d’ingénierie. Donc sourcer quoi ? Que l’industrie du disque ne finance pas les musiciens intermittents ? Mais entre le nombre d’intermittents en France (qu’on peut aller chercher), et le nombre d’albums qui sortent avec en général des musiciens professionnels de studio qui travaillent avec différents artistes et sont donc une poignée, c’est pas très compliqué à démontrer. Mais j’aurais pu dire 90% ou 85%, ça ne change absolument rien à ce que je dis. Parce que l’article (qui n’est pas un document d’ingénieur qui applique des recettes apprises dans des écoles) n’est pas là pour démontrer que les disques ne font pas vivre les musiciens. C’est juste une réalité évidente, et depuis très longtemps ! L’article parle de la circulation de la musique, de la musique vivante, indispensable à l’échange et l’enrichissement mutuel. Actuellement une majorité de musiciens enregistrent chez eux pour faire connaître leur musique. Ils n’ont pas besoin d’aller pleurer chez une Major pour avoir la possibilité d’enregistrer et presser un CD. Il y a 25 ans on enregistrait aussi, à nos frais, dans des petits studios pour avoir des démos qu’on filait aux salles, pour des tremplins. Le problème n’est pas le disque, le disque, on s’en fout. La musique est faite depuis des lustres par des gens qui ne passent pas par les Major de disques. C’est une infime minorité qui le fait. Et si tu lis jusqu’au bout, tu verras que même si demain 90% ou 80 ou 75, 95% ce que tu veux, des musiciens sont rémunérés par les studios, et bien les pauvres ils auront des soucis, parce que ça ne paye pas une fois enregistrement passé. Ou alors il faudrait qu’ils enregistrent en permanence, mais il n’y aurait pas assez d’ingés ni de studios…

      2. 95% des musiciens professionnels, qui gagnent leur vie avec la musique. Pas 95% de ceux qui déclarent être musiciens. Ce qui signifie juste que 95% des musiciens qui gagnent leur vie ne gagnent pas leur vie grâce à la vente d’album. Je connais très bien le milieu, moi aussi et depuis 25 ans : si plus de 5% des artistes français gagnent leur croûte avec des ventes de disques…qu’on vienne me le démontrer. Les musiciens qui tournent, que ce soit en bal ou en groupe sont moins nombreux qu’à une époque, et c’est plus difficile de réunir les cachets, mais cela ne change rien à l’affaire : ils ne feront pas plus de disques qu’avant. Si tu ne fais pas de concerts, tu ne vas pas faire de disques…ça ne marche pas dans le sens disque puis concert. Mais concert -> disque. Sachant que le nombre de concerts en France est important, les festivals aussi.

        1. « 95% des musiciens professionnels, qui gagnent leur vie avec la musique. »

          Ok je suis d’accord avec toi, je suis 100% d’accord aussi avec « concert -> disque » et de toute façon je ne connais aucun musicien qui travaille sans avoir l’optique de faire des concerts, c’est tout de même les moments les plus intenses, ou tu partages avec d’autres enfin bref je m’égare c’est pas vraiment le sujet.

          Là où néanmoins je voudrais préciser que dans cette stat que tu donnes on oublie quand même tous les musiciens (qui ont souvent un vrai talent après c’est une question de gout) et qui galèrent car comme tu le dis c’est plus difficile qu’avant de tourner, même si les festivals et les concerts se portent très bien en France ils ne concernent que ceux qui ont deja une certaine notoriété, avant d’accéder à cette visibilité tout est de plus en plus verrouillé.

          Or si on veut vraiment protéger l’artiste et la création c’est certainement par là qu’il faudrait commencer, et pas en voulant sauver « l’industrie du disque ».

          1. Oui, mais bon, je parle aussi des musiciens qui trouvent leur public. Parce qu’il faut aussi quand même dire que tout n’est pas bon : c’est pas parce que t’as u garage, 3 potes et des instruments et que t’es convaincu de faire un truc génial que l’on doit t’aider à tout prix. Si le public n’aime pas (et j’en ai vu un paquets :-) qui ne trouvaient pas leur public, et bien c’est ainsi. Il n’y a pas non plus de place pour tout le monde, l’art ça circule, ça dépérit, ça prend, ça prend pas etc… Il y a des grosses burnes qui jouent comme des manches sans aucune originalité qui n’intéressent personne et qui ne sont pas « artistes » : ils savent juste faire des trucs avec des instruments ou des machines. Et puis musicien-public, c’est ça le duo. Pas musicien-musicien ou industrie-média-public ou artiste-média-industrie-public assommé…
            La notoriété ça s’acquiert aussi par le talent. Et plein d’artistes de talent ont percé en jouant un peu partout. Keziah Jones : métro parisien, il faisait la manche. Mais il était bon… Tout le monde pense avoir du talent aujourd’hui : ce n’est pas le cas. Alors le public tranche.

          2. Mais bien sur :) Il y a assez de vidéos sur Ytube de covers pourraves de starlettes en puissance qui viennent argumenter le « Tout le monde pense avoir du talent aujourd’hui » que je ne m’épancherai pas la dessus. Mais il y a aussi des gens qui ont du talent qui n’arriverons jamais à se produire.

            Mais je dis juste que pour pouvoir rencontrer ton public a un moment donner il faut avoir l’opportunité de le faire. Et c’est de plus en plus compliqué. Enfin après c’est mon expérience mais si on voulait vraiment aider la création et les artistes c’est par là qu’il faudrait commencer.

            Parce qu’on peut dire que maintenant c’est facile d’avoir une vitrine avec le net tout ça mais en fait pas forcément, la multitude est une forme de censure également.

  20. Mais pourquoi tombons-nous tous dans le panneau ? La culture n’est pas réductible à l’art ! La preuve ? En Europe, par exemple, on explique parfois les différents franco-allemands par la différence de culture : ça voudrait dire uniquement la différence de musique/films/littérature produits par les artistes des 2 pays ? On sent bien que rester sur le terrain de l’art est absurde. Moi, j’en ai marre que le ministère de la culture se nomme ainsi : il vaudrait mieux dire ministère de l’art (oui, je sais, ça peut faire stalinien…). Alors oui, la culture, c’est le partage, la transmission des modes de vie, coutumes, art, gastronomie (non, ce n’est pas uniquement francofrançais), façon de se vêtir, rythme de vie, etc. Alors oui, il y a tromperie sur la marchandise : il y a même chiffon rouge et enfumage pour concentrer les oppositions quant au partage de la création artistique. Continuons à ne voir que ce chiffon rouge là, et demain on n’aura même plus le droit de replanter ses propres productions agricoles. Oh wait…

  21. Oui, c’est vrai. J’ai employé le mot culture en référence à ce qu’Hadopi renvoie (et le ministère de la Culture avec un grand C). Et c’est vrai que ça touche beaucoup de choses la culture, pas que l’art. L’échange de semences est interdit dans les textes…il y un catalogue officiel, c’est grave aussi, très grave. Le patrimoine culturel touche énormément de choses, comme l’agriculture, bien entendu…

  22. on va éclaircir le sujet avec du concret. je cite :
    « Le fonctionnement est assez simple : vous travaillez, vous cotisez, vous percevez des indemnités pour les (fréquentes dans les métiers du spectacle) périodes de chômage et de prospection.
    Il faut justifier d’au moins 507 heures d’activité sur 1 an, soit 43 cachets de 12 heures pour un musicien et 63 cachets de 8 heures pour un technicien, pour bénéficier d’une ouverture de droits et toucher des indemnités. Ces indemnités sont dégressives si vous ne continuez pas à cotiser pendant l’année qui suit, cette dégressivité commence dès le 92e jour d’indemnisation.
    L’ouverture des droits est fonction d’un délai de franchise calculé en fonction du rapport entre tous les anciens salaires bruts :
    Délai de franchise = (salaire annuel/ SMIC mensuel)x(salaire journalier/3xSMIC journalier).
    Les pièces à fournir afin de justifier de votre activité sont une déclaration mensuelle et le feuillet de votre carnet d’intermittent. »

    « La France compte à peu près 80000 intermittents du spectacle.
    On estime que la moitié d’entre-eux n’arrive pas à atteindre 507 heures de travail annuel et que l’autre moitié a un revenu moyen proche du SMIC.
    Il y a à peu près 6000 musiciens professionnels en France.
    à titre de comparaison, l’Allemagne compte à peu près 100000 musiciens pros, soit plus que tous les intermittents réunis en France! Cela en dit long sur l’activité artisitique en France… »

    Ces chiffres datent de 2003.
    http://www.adhocmusic.com/articles/show/50-les-intermittents-du-spectacle

    Qu’en est il ensuite ?
    Convention unédic 2009-2011 :
    L’évolution du statut d’intermittent du spectacle est complexe cf :
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4118

    Pour la culture personnelle et clarifier les choses :
    http://www.nous-les-comediens.com/intermittent-spectacle.htm

    Un article interessant du « post » paru en début d’année 2011 :
    http://www.lepost.fr/article/2011/02/01/2391089_radio-france-guillon-sarkozy-et-les-intermittents-du-spectacle-come-on.html

    Au final, on s’en fou complet du chiffre, ce qui importe c’est d’arriver à vivre de sa passion. Et ça, c’est vraiment vraiment complexe. Et, comme je l’ai dit, étant musicien, auto produit puis ayant « signé » avec une boite de production récemment et, allant prévoir une tournée en 2012 (si ça marche) je pourrais vous parler en détail de ce qu’il se passe entre les managers, les tourneurs, la production, les musiciens, les salles, et les majors.

  23. Pourquoi j’utilise le P2P :
    Quand l’offre légale se donnera autant de mal que Buserror sur T411 (http://www.t411.me/users/torrents/?id=2805167), quand je trouverai mon bonheur sur Deezer et consort (Emmanuelle Bertrand, certains albums de Jimi Hendrix …) et quand certains artistes joueront le jeu (AC/DC et King Krimson par ex.) alors j’envisagerais de ne plus être un pirate.

    Quand l’Industrie Culturelle aura pour mission de combler mon besoin de culture et de connaissance, quand elle arrêtera de me voler, j’envisagerais de ne plus être un pirate.

    Je revendique ce statut de pirate : je navigue sur l’océan culturel au gré du vent et m’empiffre de tout ce qui peut me nourrir. Je vol certes, mais n’ait aucun intérêt à ce que les artistes meurent. On ne coupe pas la branche sur laquelle on est assis.

    Contrairement à ce qui est dit dans l’article, la culture est aussi, peut-être plus, indispensable que la bouffe. Bien sûr il faut manger. Mais métro, McDo, boulot, dodo, radio, ça ne fait pas de nous des hommes, des citoyens réfléchis, juste des légumes près à saigner pour notre seigneur.

    Et quand bien même il y aurait une véritable offre légale, j’utiliserai encore le P2P pour découvrir ce qui n’est pas politiquement correct, l’underground.

    Après l’âge du bronze, la féodalité, l’erre industrielle, la société de consommation, le 21ème siècle sera le temps du partage ou ne sera pas.

  24. Votre billet témoigne d’une étroitesse de vue qui me serait à dire vrai indifférente si elle n’était si largement partagée, et c’est ce qui m’attriste profondément. Approximations ou grossières erreurs historiques, analogies sinon malhonnêtes du moins boiteuses, vision qui confine à la démagogie en même temps qu’à une certaine forme d’élitisme social (à défaut d’artistique) : désolé d’être aussi dur, mais c’est ainsi que je perçois votre billet.

    Tout n’est certes pas faux dans ce que vous affirmez : la vente des disques est effectivement une source de revenus négligeables pour l’immense majorité des musiciens qui enregistrent.

    Mais vous semblez aussi ignorer quelque chose d’essentiel : un éditeur phonographique digne de ce nom rémunère les artistes pour enregistrer un disque. Si les artistes perçoivent peu de royalties, c’est d’abord parce que l’enregistrement appartient à l’éditeur, mais aussi parce qu’ils ont déjà été payés par ce dernier. Oui, dans la plupart des cas, l’album appartient à l’éditeur. Immoral, injuste ? Je ne trouve pas. Gagner de l’argent indéfiniment sans fournir aucun travail, par contre… Les sessions d’enregistrement ont duré deux ou trois jours, les musiciens ont été payés par l’éditeur, souvent tout à fait correctement, et il faudrait qu’ils continuent à être grassement rémunérés par les ventes des albums ?
    La situation de l’éditeur est différente. Lui ne peut vivre que de la vente des enregistrements. Pour cela, son premier souci est de rentabiliser une production. Or un album ne nait pas d’un coup de baguette magique et le produire coute cher : location d’un lieu d’enregistrement, location d’instruments, défraiement des musiciens (transport, hébergement, nourriture), cachets, rémunération de l’ingénieur du son ainsi éventuellement que des auteurs des textes du livret, des traducteurs, des artistes illustrant la couverture (ou droits d’utilisation d’une image préexistante soumise au droit d’auteur)… Frais auxquels s’ajouteront, pour les disques, le pressage des galettes, l’impression des livrets, la fabrication des boitiers, le transport, le stockage et la distribution… Et l’éditeur a souvent des employés à rémunérer. Constitué en entreprise, il est soumis à une lourde fiscalité. Bref, il doit faire face à des frais qui sont sans commune mesure avec ceux des musiciens.
    Mais c’est quoi, sa motivation ? S’engraisser sur le dos de pauvres artistes jetables interchangeables qu’il fait trimer comme des bêtes pour empocher tout le pognon ? Apparemment, c’est ce que beaucoup croient — en caricaturant à peine. Franchement, c’est mal connaitre le monde de l’édition phonographique. À se demander si la plupart de ceux qui passent leur temps à râler contre les majors et leur production industrielle merdique ne seraient pas les premiers à écouter ces merdes, vu que la seule vision qu’ils ont de l’édition phonographique se réduit au pire du monde des majors. Pour ma part, j’ai rencontré plusieurs éditeurs et travaillé pour l’un d’entre eux comme chargé de communication : aucun ne ressemblait à cette caricature. Tous étaient des passionnés, prêts à tout risquer et à se ruiner pour continuer leur activité. Mais c’est vrai, ils se consacraient à une musique qui n’intéresse personne et pourtant à nos yeux la plus belle, la plus riche et la plus vivante : la musique dite classique.
    Il faut savoir qu’un disque classique se vend rarement à plus de quelques milliers d’exemplaires… dans le monde. Parfois quelques centaines… Pour des productions dont le cout se chiffre généralement en dizaines de milliers d’euros, quand ce n’est pas davantage.
    Alors, la culture, parlons-en ! Sans la musique enregistrée, notre culture musicale serait considérablement plus pauvre qu’elle n’est aujourd’hui. Autrefois, les gens n’avaient pas ou peu de recul par rapport à leur temps et à leur habitat : on écoutait et pratiquait la musique de son temps, de sa ville, de sa région. Aujourd’hui, nous pouvons écouter des musiques allant de l’Antiquité à nos jours, de tous les styles et de maintes cultures. Réduire la musique aux concerts — désignés par l’expression « musique vivante », dévalorisant implicitement le disque comme de la « musique morte » — voilà où est la bien mauvaise plaisanterie !

    Pour commencer, non, la musique n’a pas toujours été donnée en concert. Le concert au sens où nous l’entendons actuellement est lié à l’ascension sociale de la bourgeoisie ; il est apparu, en Occident, seulement au dix-septième siècle, ou même au dix-huitième si on retient comme critère l’apparition des salles exclusivement dédiées aux concerts qui ne soient pas des représentations d’opéras ou des exécutions d’oratorio. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y avait pas d’exécutions publiques de la musique : la musique jouée pour les diverses célébrations, la musique religieuse donnée à l’office, la musique sacrée donnée gratuitement à l’église en dehors des offices (« Abendmusiken », initiative due à Franz Tunder à Lübeck, à partir de 1650 environ), la musique de cour (où les membres de l’assistance pouvaient être moins nombreux que celui des musiciens), l’opéra (né au début du dix-septième siècle). Mais la musique était pour l’essentiel une pratique d’ordre privé : on jouait et on chantait à la maison, en famille, entre amis. Ou même seulement pour soi, au luth, à l’épinette, au clavicorde, au clavecin…
    La professionnalisation de la musique, la généralisation des concerts puis des enregistrements phonographiques ont certainement contribué à nous éloigner de la pratique musicale, tendant à nous transformer en simples auditeurs, en « consommateurs » de musique. On peut le regretter. D’un autre côté, elles ont permis de rendre accessible une somme de musique inimaginable jusqu’à la fin du vingtième siècle.
    Et si on tient à parler de démocratisation de la culture, le disque a certainement joué un rôle bien plus considérable que ne pourront jamais le faire les concerts.

    Le concert est une expérience irremplaçable, nous sommes bien d’accord. La présence des musiciens, l’acoustique d’un lieu, la conscience aigüe de son éphémérité lui donnent son caractère unique. Mais qui peut aller au concert ?
    Un concert coute souvent plus cher qu’un disque, quand ce n’est pas beaucoup plus cher. À l’époque où mon portefeuille et mon emploi du temps me le permettaient, j’ai sillonné l’Europe pour assister à des concerts par les musiciens que je voulais entendre. Si je veux entendre l’Akademie für alte Musik jouer les suites pour orchestre de Johann Sebastian Bach, je fais comment ? Je prends un billet d’avion pour Berlin avec une nuit d’hôtel ? Je n’en ai plus les moyens. Ou alors j’attends dix ans que l’ensemble donne ces œuvres en concert à moins de cent kilomètres de chez moi ? Dix ans, quel optimisme ! Là où je vis, je ne suis même pas sûr de pouvoir entendre ces pièces en concert jouées par un ensemble de seconde zone, et si je veux entendre pas trop loin de chez moi des œuvres de Heinrich Schütz, de Gesualdo, de Josquin ou de Guillaume de Machaut, j’ai le temps de mourir de vieillesse.
    Aujourd’hui, pour des sommes allant de sept à vingt euros, on peut disposer d’une profusion d’enregistrements par les meilleurs interprètes du monde. Bien sûr, je préfèrerais les entendre en concert. Mais entre un concert donné par des interprètes moyens dans un lieu à l’acoustique pas toujours idéale et un enregistrement par la crème des musiciens, je n’hésite pas un seul instant. Les concerts qui se présentent à moi sont trop souvent un luxe financier que je ne peux plus me permettre et qui en plus n’en vaut pas la chandelle. Tout le monde n’a pas la chance de vivre à proximité d’un grand centre musical comme Paris, Londres, Cologne, Dortmund ou Berlin.

    Revenons aux éditeurs phonographiques — les bons, les « vrais », à mon sens. Quel est le sens de leur activité ? Fixer l’éphémère, constituer un trésor musical et rendre accessible au plus grand nombre le meilleur de la musique et des musiciens : bref, le partage. Rouler sur l’or n’est pas leur objectif. Ils ne demandent qu’à pouvoir vivre correctement de cette activité, afin de pouvoir s’y consacrer entièrement. C’est cela, le monde des labels indépendants. « Bon, essayer de gagner sa vie en ne faisant qu’enregistrer et vendre des disques (en étant un petit label) est à peu près aussi loufoque aujourd’hui que vendre des chevaux pour remplacer les voitures au vingt-et-unième siècle et tenter de concurrencer Peugeot ou Nissan. » Cette phrase me reste en travers de la gorge. Au passage, merci pour la comparaison entre musique et bagnoles !
    Dans le domaine de la musique classique, voilà une vingtaine d’années que c’est aux petits labels qu’on doit les enregistrements les plus originaux et les plus réussis, au moins pour les musiques dites anciennes (avant Haydn et Mozart). Et non, leurs difficultés ne sont pas anciennes. Pour la musique classique, elles datent pour la majorité d’entre eux des années 2000, avec une accélération à partir de 2005. Soit du début du téléchargement illégal, comme c’est curieux ! Je ne dis pas que ce que l’on appelle couramment « piratage » en soit la cause unique. La surproduction discographique croissante a joué également un grand rôle. N’empêche, le « piratage » n’a fait qu’empirer les choses. Les « pirates » achètent plus de musique que la moyenne ? Et alors ? Ça fait une belle jambe aux éditeurs auxquels ils n’ont pas acheté les enregistrements que pourtant ils écoutent ! Un téléchargement illégal n’est pas convertible en une vente en moins, c’est vrai. Mais je suis convaincu que le partage illégal de musique nuit malgré tout aux ventes. En tout cas, quelques milliers ou même quelques centaines de ventes en moins pour une production donnée, c’est énorme pour un petit label. Alors, après les fastes années 1980 et 1990, les petits labels coulent les uns après les autres… Et il faudrait s’y résigner en haussant les épaules avec la condescendance que vous affichez ! Quelle perte pourtant pour la culture !
    Disparition des labels indépendants, uniformisation de la production de musique enregistrée, exclusion de la population qui n’a pas les moyens de s’offrir des places de concert ou invitation à se replier sur des concerts de proximité gratuits ou aux entrées bon marché ? C’est votre programme culturel ? Désolé, mais l’U.M.P. n’aurait pas fait mieux.

    Alors, oui, le concert est irremplaçable, mais l’enregistrement aussi. Personnellement, je n’ai pas le sentiment d’écouter de la « musique morte » en écoutant un disque ou des fichiers FLAC. Sous les bits, il y a des instrumentistes, des chanteurs de chair et de sang qui ont enregistré de la musique vivante. L’enregistrement est un témoignage. Comme le livre, il peut servir de tremplin à l’imagination. Quand j’écoute un enregistrement, je ressens la présence des artistes, je les imagine à mes côtés. Il va de soi qu’une bonne chaine hifi favorise l’illusion — ce n’est pas donné, mais pour le prix de quelques dizaines de concerts (ou de seulement quatre ou cinq à l’époque où je sillonnais l’Europe), on peut déjà s’offrir du matériel correct.
    Qu’importe enfin si l’enregistrement est âgé de six mois, de dix ou quarante ans ! Le moment fictif recréé par l’enregistrement est vivant à jamais. Guillaume de Machaut vit toujours. Et c’est grâce au disque plus qu’au concert. Le mouvement du renouveau de l’interprétation des musiques anciennes est né à la fin du dix-neuvième siècle, mais ce n’est que dans la seconde moitié du vingtième siècle qu’il a fini par atteindre le grand public et toucher un grand nombre de musiciens. Essentiellement grâce au disque.

    J’insiste encore sur le fait que l’éditeur phonographique joue un rôle essentiel. En prenant en charge tout ou partie du cout de la production, en aidant les musiciens à définir ou à recentrer leur projet artistique, en les canalisant aussi, car, livrés à eux-mêmes, ils ne sont pas toujours capables de donner le meilleur d’eux-mêmes. Non, l’éditeur n’est pas un simple bouton « Record » sur lequel l’artiste peut appuyer quand bon lui semble dans l’idée de vendre des disques à la sortie de ses concerts.

    En attendant un monde idéal et sans argent, où chacun pourrait se consacrer avec enthousiasme à ce qu’il sait faire de mieux, les éditeurs phonographiques jouent un rôle à mon sens crucial dans la démocratisation de la culture musicale. Mais sans doute ne parlons-nous pas vraiment de la même chose avec le mot « culture ». Pour moi, celle-ci concerne avant tout les musiques traditionnelles du monde et la musique classique. Il m’arrive d’écouter de la chanson française, du rock, de la pop ou même du métal, et avec beaucoup de plaisir. Mais je ne mets pas ces musiques sur le même pied que la musique classique ou les musiques traditionnelles, qui seules pour moi relèvent de la culture et non du simple divertissement. Si vous me permettez la comparaison, les musiques dont vous parlez, me semble-t-il, sont un peu comme un polar captivant ou une bonne série B par rapport à un roman de Dostoïevski, à un film de Kurosawa ou au patrimoine des contes traditionnels. Je rejoins tout à fait Gainsbourg, dont j’aime par ailleurs beaucoup les chansons, quand il affirmait que sa musique comme celle des autres chanteurs populaires de son époque était une forme d’art mineur. Ce n’est pas dire que cette musique serait de la merde, mais simplement qu’il existe des musiques bien plus riches et plus importantes. Ces musiques nous relient à l’humanité, pas seulement celle d’ici et maintenant, mais aussi celle d’hier et d’ailleurs.

    Pardon d’avoir été si long. Désolé d’avoir pu me montrer un peu agressif. Ce n’est pas à vous en particulier que j’en ai, mais au type de discours que vous relayez, sans doute en grande partie par méconnaissance.

    Quant à la HADŒPI et aux abus de la SACEM, nous sommes d’accord, mais c’est une autre histoire : ne jetons pas le bébé (la juste rémunération des éditeurs) avec l’eau du bain (les lois iniques votées sous la pression des majors, les rémunérations délirantes de Bernard Miyet…) !

    Cordialement,
    Thomas Savary

    1. Tu n’as pas lu l’article ou quoi ?

      Ce n’est pas un éloge des concerts – jamais il n’est dit qu’il fallais parcourir tant de km pour écouter. (*) Simplement qu’il est temps de trouver d’autres moyens de diffusion. Et le Net (du moins sous sa forme normale, et non pas celle que nous proposent les ayants droits), est la concrétisation ultime du partage (il y en a d’autres, en Afrique ou ailleurs, qui n’auront jamais, sans cela, l’occasion d’écouter quelque musique que ce soit… ne parlons pas d’acheter un CD).
      Internet est ainsi un immense espoir d’accès à la culture égal pour tous.

      Ce ne sont donc pas tant les producteurs qui sont dénigrés, mais les distributeurs. À une époque, il y eut des vendeurs de pains de glace (ton frigo n’a pas toujours existé). Quand il est devenu possible de faire son froid maison, demanière décentralisée, les producteurs ont ils envisagé de perquisitionner le domicile des possesseurs de frigos ? De faire taire ceux qui en parlaient ? Bah non… ils se sont reconvertis. Un CD à l’heure d’Internet est simplement anachronique.

      « Un téléchargement illégal n’est pas convertible en une vente en moins »
      –> C’est pourtant ce que tu dis.

      « Les « pirates » achètent plus de musique que la moyenne ? »
      Ben oui. Comme certains (moi par ex.), ils ont un *tel* besoin de contact avec la culture, que même ton super-portefeuille serait vide avant d’en avoir assouvi le 10e.

      « Ça fait une belle jambe … »
      Sans ça, ils en achèteraient encore moins.

      « Et si on tient à parler de démocratisation de la culture, le disque a certainement joué un rôle bien plus considérable que ne pourront jamais le faire les concerts. » (*)
      Bien évidemment ! Personne ne nie l’histoire (sauf les ayants droits). On est bien d’accord qu’à l’époque, ils n’avaient pas internet.

      « Les coûts de production des CD »
      – pour la production proprement dite, Internet les fait tous disparaître
      – pour les frais des artistes : buzz => très forte augmentation de l’affluence => tu fais même baisser le prix des placs tellement tu gagnes

      « Hadopi => la juste rémunération des artistes »
      Pardon ?!

      (*) : les points de ton commentaire auxquels se réfèrent ces astérisques sont particulièrement ridicules et montrent que tu n’as pas lu l’article (ou as très mal saisi la nature d’Internet). Tu me fais penser à ces gens qui donnent l’étymologie d’un mot pour étudier sa réalité sociale actuelle.

      1. J’ai lu l’article deux fois, figure-toi, mais sans doute suis-je un malcomprenant.

        Au sujet des concerts, je me suis peut-être mal exprimé. L’article, tel que je l’ai compris, tend à valoriser le concert et à déprécier, implicitement, la musique enregistrée. Or le concert est bien plus onéreux que l’achat d’un CD ou d’un album vendu en téléchargement, et il suppose de nombreuses contraintes (dates, déplacement ou habiter à proximité du lieu du concert, etc.)
        La musique enregistrée a fait bien plus pour la démocratisation de la musique et la constitution d’une culture musicale que les concerts, c’est tout ce que j’ai voulu dire sur ce point.

        Pour l’impact du téléchargement illégal sur les ventes d’enregistrements, redisons-le autrement: 1 téléchargement illégal n’est pas synonyme d’1 vente en moins, MAIS, sur le nombre de personnes ayant téléchargé illégalement un enregistrement, un certain nombre, difficilement quantifiable, l’aurait sans doute acheté si l’enregistrement n’avait pas été disponible illégalement. Et je le répète: pour un label indépendant, quelques milliers ou même parfois centaines de ventes en moins peuvent suffire à ne pas amortir une production.

        Au fait, tu m’as sans doute mal lu… Mon portefeuille n’a jamais été très rempli. À une époque, je pouvais me permettre le luxe de trois concerts par an à 400 € (dont plus de 300 € en frais de déplacement et d’hôtellerie). Aujourd’hui, je ne peux plus. Heureusement qu’il y a la musique enregistrée!

        «“Les couts de production des CD”
        – pour la production proprement dite, Internet les fait tous disparaitre
        – pour les frais des artistes: buzz => très forte augmentation de l’affluence => tu fais même baisser le prix des places tellement tu gagnes»

        De quelle musique parles-tu? Si je te suis, tu parles des concerts. Pour la musique classique, la majorité des concerts ne rapporte rien, même avec une salle comble — je ne parle pas ici des grandes salles de concert parisiennes ou des opéras, mais des concerts de province, donnés souvent dans des églises. Les organisateurs sont déjà bien contents de rentrer dans leurs frais. Sans le mécénat et les subventions, la plupart de ces concerts n’auraient pas lieu.

        Où as-tu lu que je défendais HADŒPI et que je la liais à la rémunération des artistes? Je suis comme toi opposé à cette loi. Mais ce n’est pas parce que cette loi est mauvaise que le pillage généralisé de la musique enregistrée est une bonne chose.

        À part ça, je suis internaute depuis 1996. Je crois que j’ai une assez bonne idée de ce qu’est Internet (d’autant qu’à la base je me destinais à devenir informaticien). Je n’utilise pratiquement que des logiciels libres. Je suis pour le partage maximum. Mais pas favorable à ce que d’aucuns s’arrogent le droit de partager ce qui ne leur appartient pas.

        Je le répète, les enregistrements appartiennent aux éditeurs: oser leur dire le contraire quand ils ont déboursé des milliers, des dizaines voire des centaines de milliers d’euros pour le produire, je trouve ça particulièrement indécent. Et, pardon d’insister, on ne peut pas demander à un éditeur de donner ou de vendre pour une somme symbolique un enregistrement qui ne se vendra qu’à quelques milliers d’exemplaires dans le monde. Autant lui demander de disparaitre!

        Mais alors ce sera aux artistes de produire leurs enregistrements et de payer un comptable, un chargé de communication, un distributeur, la publicité, etc. Sans compter que la qualité en pâtira. Car, sans directeur artistique (qui se confond généralement avec l’éditeur dans le cas des petits labels), les artistes en roue libre ne sont pas toujours capables de donner le meilleur d’eux-mêmes et se lancent parfois dans des projets mal ficelés ou irréalistes.
        En fait, le processus est déjà en route. Les «autolabels» ou autoproductions se sont multipliés, ces dernières années. C’est plus facile pour les musiciens qui s’appuient sur une institution (orchestre symphonique, chœur universitaire). Mais d’autres ont perdu tout leur patrimoine, comme Ton Koopman pour produire son intégrale des cantates de Bach.

        Pour le métal (oui, je francise l’orthographe, en accord avec la prononciation et notre grammaire), je n’en écoute qu’occasionnellement, surtout du Rammstein, pour la qualité des textes (les puristes diront que ce n’est pas du vrai métal, je sais). N’y connaissant il est vrai pas grand-chose, je veux bien te croire. Il n’en reste pas moins que la variété y est considérablement moindre que dans la musique classique, qui englobe des siècles de musique et une foule de formes, de styles, de formations instrumentales et vocales. Le rock, de manière générale, est proche structurellement de la musique baroque (1600-1750, en gros) — du reste, c’est ce qui m’a permis de passer assez rapidement des Beatles et des Doors à Johann Sebastian Bach.
        La musique classique n’est pas élitiste socialement (disques peu chers, places de concert pas plus chères et souvent beaucoup moins chères que pour la pop). Ma mère était toiletteuse pour chiens; le père d’un de mes meilleurs amis mélomanes et chanteur classique, électricien. J´ai découvert le classique par hasard pendant mes études, grâce à des condisciples, et principalement un ami qui fut mon guide dans la musique de Bach et celle de Chostakovitch. Enfant et ado, j’écoutais beaucoup de pop, de rock et de chanson française. Pour moi, aucune musique n’atteint la richesse, la diversité, la profondeur et la beauté de la musique classique occidentale. Ces musiques — quoi de commun entre la «Messe de Nostre Dame» de Guillaume de Machaut, un madrigal de Gesualdo, l’air des «Variations Goldberg» et «Utrenja» de Penderecki, sinon qu’elles n’ont pas été composées pour «divertir»? — ne se livrent pas d’elles-mêmes, exigeant d’être écoutées avec attention. Pour ma part, j’essaie de partager ma passion autour de moi. Je suis heureux de connaitre et d’aimer ces musiques, mais je ne crois pas en tirer un sentiment de supériorité, si c’est ce que tu entends par «élitisme» — c’est la musique qui est supérieure, pas moi. Je sais que je n’ai aucun gout en matière culinaire, par exemple, que ma culture picturale laisse beaucoup à désirer ou encore qu’il m’arrive souvent de préférer un bon nanar à un film d’auteur: au nom de quoi mépriserais-je ceux qui n’apprécient pas le classique?

    2. Quant à ton élitisme affiché sur la musique classique, sache pour ta gouverne qu’il n’y en a pas de plus proche, parmi les musiques amplifiées actuelles, que le Metal.

      Mais j’admets que ce n’est pas une musique évidente (c’est en fait une multitude de genres et sous-genres), il faut un assez long travail d’écoute pour tout saisir… tout comme la musique classique.

    3. Cher Thomas, je serai bref. Lorsque vous dites « …au type de discours que vous relayez, sans doute en grande partie par méconnaissance. »

      Vous m’excuserez d’affirmer pouvoir penser par moi-même, avoir réfléchi longtemps, avoir changé plusieurs fois d’opinion depuis l’apparition du MP3 et de l’échange de musique grâce au réseau sur le sujet que j’ai développé ci-dessus. A l’époque c’était en 14 400 bauds. Ca fait un bail quand même.

      Des personnes méprisantes qui concluent leurs texte en exprimant à l’auteur qu’il est certainement de bonne foi mais qu’il ne sait pas ce qu’il dit, est un peu inculte, ou stupide, j’en ai rencontré des brouettes.

      Cette figure réthorique de « celui qui sait » et qui vient, dégoulinant de commisération expliquer que vous relayez (comme un petit soldat un peu borné ?) par méconnaissance…je connais.

      Mais savez-vous que j’ai gagné ma vie comme musicien plusieurs années durant, que j’ai enregistré, enregistre encore et diffuse ma musique gratuitement ?

      Vous ne comprenez pas un traître mot de ce que j’ai tenté de clarifier dans cet article quand vous expliquez « que l’éditeur phonographique est très important aussi ». Qui a dit le contraire ? Relisez, réfléchissez. Personne ne dit qu’éditer de la musique (sur n’importe quel support) est inutile.

      A se demander qui n’a pas compris et qui est dans une très grande méconnaissance du sujet… Allez, je ne vous répondrai pas une deuxième fois : votre commisération ne le mérite pas.

      1. Bonjour Yvan,

        J’ai réagi à votre commentaire voilà deux ou trois jours, mais j’ai dû faire une fausse manœuvre, car mon message n’apparait pas.

        Sans revenir sur le fond, sur lequel nous sommes en profond désaccord, je voulais vous présenter mes excuses. Votre article m’a profondément exaspéré, mais il n’était dirigé contre personne en particulier ni à fortiori contre moi-même, qui suis pour vous un parfait inconnu. Je n’avais pas à m’exprimer sur ce ton avec vous.

        Vous me traitez de «petit soldat», et je l’ai bien cherché. Mais, honnêtement, ce n’est pas cela. Si j’ai travaillé autrefois dans l’édition discographique, en tant que chargé de communication et disquaire, je suis aujourd’hui relecteur-correcteur. Ce que j’ai appris de mon expérience dans ce milieu, c’est que le monde des labels indépendants dans la musique classique n’est pas une industrie, mais un artisanat. Chez Alpha, en 2004, nous étions cinq. Le label ne connaissait alors pas la crise, qui a commencé à frapper l’année suivante, et surtout en 2006. Le label a été racheté par le groupe belge Outhere en 2007, qui a acquis par la suite d’autres labels en difficulté auxquels on doit bien des enregistrements majeurs dans le domaine des musiques anciennes.

        Je n’ai rien contre le partage, bien au contraire. Mais je considère que les éditeurs ont le droit de décider comment ils souhaitent diffuser les enregistrements qu’ils ont produits. Surtout quand il en va de leur survie. Si d’aucuns y voient des dinosaures qui n’ont plus de place dans l’écosystème actuel de la musique enregistrée, eh bien je ne suis pas d’accord. Je suis convaincu que la disparition des éditeurs entrainera un appauvrissement de la production de nouveaux enregistrements au moins dans certains domaines, dont celui de la musique classique où le répertoire impose souvent de réunir plus d’une trentaine de musiciens.

        Musicalement,

        Thomas

        1. « Mais je considère que les éditeurs ont le droit de décider comment ils souhaitent diffuser les enregistrements qu’ils ont produits. »

          volés serait le terme plus exact.

          « Surtout quand il en va de leur survie »
          Si l’on parle d’un enregistrement et donc d’un morceau, d’une compo, alors on dira plutôt que l’enregistrement vie et non survie.

          « Je suis convaincu que la disparition des éditeurs entrainera un appauvrissement de la production de nouveaux enregistrements au moins dans certains domaines, dont celui de la musique classique où le répertoire impose souvent de réunir plus d’une trentaine de musiciens. »

          Pas convaincu du tout. D’ailleurs nous parlons de quels musiciens/artistes/intermittents ? Ceux qui font tirer la dernière heure pour en entamer une nouvelle et être payé ? Ceux qui se démerdent pour jouer faut le dernier quart d’heure pour continuer la cession d’enregistrement sur une nouvelle heure payée ?

          Il y a des requins et des renards partout, dans tous les domaines, toutes les catégories. Rien que le terme industrie me fais vomir. la musique est une passion qui se partage. je dirais qu’à la limite les supports CD devraient être banni de toute méthode de promotion. Un artiste c ‘est sur la scène point. peu importe son style ou son domaine. il faut innover et réinventer la promotion des artistes (peu importe leur niveau de visibilité) parce que ces artistes qui vous font vivre à vous, eux ce sont leur concerts qui les font vivre (ou représentations) et je parle en connaissance de cause. Ce n’est pas l’album de mon groupe qui me fait vivre ou qui me permet de partager ma passion, nos compositions, nos visions des choses, ce sont les concerts. Et SURTOUT PAS l’industrie qu’il y a derrière.

          musicalement. (sans animosité hein).

          1. Bonsoir Unlight!

            Est-ce en raison de déconvenues personnelles que vous exprimez un tel mépris des éditeurs? Bien sûr qu’il y a des requins dans ce domaine. Mais non, les éditeurs ne sont pas forcément des voleurs. Un éditeur digne de ce nom (et il y en a) rémunère les artistes pour les sessions d’enregistrement. Et c’est lui qui allonge les biffetons pour produire l’enregistrement. Il faut bien qu’au moins il rentre dans ses frais, ou il n’a plus qu’à mettre la clef sous la porte. Certaines productions bénéficient cependant parfois du mécénat. Il n’en reste pas moins que chacune production est un risque pour un éditeur indépendant, en particulier dans le domaine de la musique classique où pratiquement plus rien ne se vend en quantités suffisantes pour seulement amortir la production — d’où la prolifération des rééditions ad nauseam, des coffrets monstrueux à des prix dérisoires, les énièmes versions d’œuvres pourtant cent fois enregistrées par des chefs ou des ensembles à la mode qui se vendront tout de même mieux que l’enregistrement d’un chef-d’œuvre inconnu par des ensembles ignorés du public.

            Alors, il y a des abus, oui: des éditeurs qui ne rémunèrent pas ou très mal les musiciens pour les sessions d’enregistrement, des éditeurs qui n’acceptent de financer une production qu’à très faible hauteur (aux artistes de se démerder pour trouver les sous), mais il faut arrêter de croire que c’est la règle générale (enfin, pour la musique classique, au moins, ailleurs je ne sais pas).

            Quant aux concerts, alors, là pas d’accord du tout. Les Beatles ont été pour une large part des musiciens de studio, et c’est tant mieux. Dans le domaine de la musique classique, s’il fallait que je me contente des concerts près de chez moi, je n’aurais pas fini d’être déçu. L’enregistrement au moins dans le domaine de la musique classique, je le répète, est un moyen formidable de démocratisation de la musique: peu cher et permettant de découvrir une interprétation généralement très supérieure à celle de la moyenne des concerts quand on n’a pas la chance de vivre à proximité d’un centre musical.

            Je pense que les musiciens doivent renoncer une bonne fois pour toutes à vivre de leurs enregistrements. Ce n’est pas là le but de la musique enregistrée. À mon sens, ce dernier est de partager la musique, de la rendre accessible à un public indéterminé et potentiellement infini. Enregistrer, c’est un acte de générosité. Claveciniste, organiste, chef, Gustav Leonhardt a enregistré plus d’une centaine de disques, alors qu’il dit que cette activité lui pèse. Pourquoi? Dans une interview donnée dans les années 1990, il disait en substance: «Pour qu’on puisse écouter du Bach en Afrique.»

            Cet acte généreux est toutefois un acte couteux, et celui à qui il coute le plus, c’est au producteur de l’enregistrement.

            Si escroquerie il y a dans l’«industrie» musicale, elle est du côté des plateformes d’écoute gratuite légale (Spotify, Lastfm, Deezer et compagnie):
            http://www.informationisbeautiful.net/2010/how-much-do-music-artists-earn-online/

            Mais aussi, semble-t-il, du côté des principales plateformes de vente en ligne. Intéressant en effet de noter que, malgré la dématérialisation et la disparition de nombreux intermédiaires (l’usine de pressage, le distributeur, les transporteurs, le disquaire), un artiste gagne plus de la vente des CD produits et édités par un tiers que de la vente des mêmes albums sur des plateformes comme Itunes et Napster. Cherchez l’erreur…

            Sinon, nous sommes d’accord au moins sur ce point: la musique est bien une passion qui se partage. Mais il faut tenir compte des réalités économiques qui rendent possible ce partage. Ce qui est possible pour certains types de musique, un artiste unique ou des ensembles de petite taille ne l’est pas forcément pour d’autres répertoires et de plus gros effectifs.

            Musicalement,

            Thomas

        2. Ce ne sont pas tant les éditeurs que les distributeurs qui posent problème. Que l’on vende ses enregistrements, admettons. Mais les coûts engendrés par la création, le pressage, le transport, le stockage, sans parler des risques de surplus ou au contraire de rupture des stocks engendrés par les CD ne devraient plus être d’actualité.
          Le net permet d’éviter cela.
          Pour moi, tout est dit :’-)

          1. Bonsoir Thomas,
            Je ne débattrais pas plus longtemps. je suis musicien au sein d’un groupe avec une production indépendante qui nous soutient et nous aide pour les concerts et le matos. Les personnes qui sont dans cette production, sont des musiciens et des passionnés du son. L’équipe n’est pas forcement énorme mais on se concentre ni sur un album ni sur les supports audios (que nous avons déjà et auto financés et enregistré dans un modeste studio d’un individu passionné). Nous nous concentrons sur la scène et le spectacle. C’est l’âme de tout et l’ensemble de rien.
            Vous écouter (lire en fait) parler de pressage, d’argent, de cd, de vente, de commercialisation, de marketing et tout le reste, me file la nausée (pas votre personne que l’on s’entende bien hein, mais plutôt votre métier et la manière dont vous parlez de la musique).

            En bref. il n’y a d’intérêt dans un monde que notre capacité à créer son contenu. Les musiciens et les ingés son, les gens qui bossent au tour et leur passion crée ce contenu.
            Les gens de votre métier l’exploitent sur le dos de ceux qui créent.

            unlight.

          2. Bonsoir,
            @Baronsed
            Je ne suis pas un fétichiste du disque, même si j’aurais bien du mal à me séparer d’une bonne centaine d’entre les miens, j’avoue. En tout cas, j’écoute quasiment toujours la musique depuis un ordinateur dédié, relié à ma chaine. Le confort d’écoute est du reste bien plus grand. Vive les fichiers FLAC! Je n’achète en tout cas pratiquement plus de CD que lorsque la musique n’est pas disponible en téléchargement sur le site de l’éditeur.
            La seule chose que je déplore, c’est la lecture du livret (je préfère sur papier).

            Bref, je serais plutôt d’accord avec vous.

            Mais il faut aussi penser aux personnes réfractaires aux nouveaux usages. Par gout ou par difficulté d’adaptation, elles peuvent voir d’un mauvais œil la mort annoncée du CD et du SACD.

            On peut critiquer les intermédiaires. N’empêche qu’ils jouent un rôle également. Le diffuseur-distributeur (s’il fait bien son boulot) fournit un travail d’information et de promotion. Le disquaire permet aux gens de découvrir de nouvelles œuvres, de nouveaux compositeurs, de nouveaux répertoires… Je ne compte pas le nombre de gens auxquels j’ai fait découvrir Erlebach, à l’époque où j’étais disquaire, compositeur que moi-même je n’aurais jamais découvert sans le label Alpha.

            Tout le monde ne sait pas encore s’informer sur Internet. D’autres préfèrent tout simplement le contact humain direct. Si le disque et les disquaires disparaissent, c’est ça aussi qui s’en va.

            Quand je passe à Paris (une ou deux fois par an), je m’efforce d’acheter au moins un disque, et chez de vrais disquaires plutôt qu’à la FNAC. C’est ma modeste façon de prendre position contre une évolution sans doute inéluctable, mais que je déplore en partie, ne serait-ce que parce que trop rapide et donc quelque part inhumaine, laissant sur le carreau ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas la suivre.

            @Unlight
            Euh… je n’ai jamais été éditeur. J’ai juste travaillé autrefois pour un éditeur en tant que chargé de communication. La vision que vous avez du monde l‘édition m’attriste quelque peu.

            En musique classique, ceux qui créent, ce sont les compositeurs. Les musiciens interprètent. Est-ce que vous direz qu’ils exploitent les compositeurs? Non, ils proposent une interprétation d’une partition. Je possède plusieurs versions des œuvres que j’aime, jusqu’à une quinzaine. Parce que chacune apporte un éclairage différent et original, surtout dans le domaine des musiques anciennes où les indications sur les partitions sont à la fois plus rares et davantage sujettes à interprétation que dans les musiques postérieures à celles du dix-huitième siècle.

            Un éditeur digne de ce nom n’exploite pas davantage les musiciens que les musiciens n’exploitent le compositeur (au sens péjoratif du terme «exploiter»): pour commencer, il les rémunère (ainsi que l’ingénieur du son) pour qu’ils enregistrent et finance une grande partie des autres frais liés à cet enregistrement. Il est lui-même animé par la passion de la musique.

            Vous semblez mépriser la musique enregistrée et valoriser le concert. C’est votre droit. Mais mettez-vous à la place de ceux qui n’ont pas la possibilité d’aller au concert et qui doivent se contenter des enregistrements, ou bien qui tout simplement n’aiment pas l’ambiance des concerts (mauvaise sono — pour moi, c’est presque un pléonasme —, volume excessif, public agité, pour les concerts amplifiés; pour la musique classique, public mal élevé, qui tousse, applaudit n’importe quand, mauvaise acoustique, mauvais placement, interprètes en méforme) et préfèrent les enregistrements (c’est aussi leur droit, non?).

            Or, dans le monde actuel, une grande partie des enregistrements ne verraient jamais le jour sans les éditeurs. C’est tout.
            Pourquoi du reste devient-on éditeur sinon pour partager sa passion de la musique? Certainement pas pour faire fortune, en tout cas, vu le nombre d’éditeurs en faillite, rachetés les uns après les autres… ou non.

            J’aime la musique et j’aimerais pouvoir continuer à écouter de nouveaux enregistrements par les interprètes d’aujourd’hui et de demain.

            Si les éditeurs disparaissent, le nombre d’enregistrements autoproduits augmentera certainement, mais ne compensera jamais la baisse globale du nombre d’enregistrements, tout simplement parce que de nombreuses productions réclament des sommes considérables dont ne disposent pas les musiciens, et courir après les subventions et le mécénat, ce n’est pas leur métier. S’ils le font, ce sera au détriment de la musique (moins de temps à y consacrer). À moins d’embaucher du personnel (couteux) ou de faire appel à de bonnes volontés (pour le coup, parler d’«exploitation» ne me paraitrait pas ici déplacé).

            Je déteste l’argent, je n’ai jamais su en gagner. Mais cela ne m’empêche pas de comprendre que c’est le nerf de la guerre, comme on dit. Sans argent, pas d’instruments (savez-vous combien coute un clavecin ou la restauration d’un orgue? — honnêtement, j’ai oublié, mais je me rappelle avoir été estomaqué en l’apprenant), pas de matériel, pas de direction artistique (ça peut être utile, je vous assure), pas d’ingénieur du son, pas de musique. On peut rêver d’un meilleur monde, voire œuvrer à son avènement. En attendant, le monde de l’édition phonographique se porte mal et ce n’est à mon avis dans l’intérêt de personne. Sauf à se moquer d’enregistrer, évidemment, ou à ne voir dans l’enregistrement qu’un moyen d’arrondir ses revenus à l’issue des concerts. Mais, personnellement, je trouve ça un peu égoïste. Le public intéressé par la musique enregistrée mérite mieux, à mon sens.

            Mais c’est peut-être moi l’égoïste. En tout cas, je sais tout ce que je dois au monde de l’édition phonographique, et voir disparaitre un éditeur dont les enregistrements m’ont ravi me procure toujours un pincement au cœur. J’adore les concerts, par de grands musiciens. Ils me manquent. Mais même à l’époque où je pouvais assister à de tels concerts, ceux-ci n’auraient jamais pu satisfaire ma soif d’écoutes et de découvertes.

            Cordialement,
            Thomas

  25. @Thomas
    > Oui, dans la plupart des cas, l’album
    > appartient à l’éditeur. Immoral, injuste ? Je ne trouve
    > pas. Gagner de l’argent indéfiniment sans fournir aucun
    > travail, par contre…

    Il y a comme une sorte de contradiction dans cette phrase. Combien coûte la reproduction d’une oeuvre ainsi produite numérisée ? Et celui de dix millions ? Rien. Quelques octets de stockage, tout au plus.

    Soyons honnête, même pour dix millions de copies d’une oeuvre,je doute que vous soyez d’accord pour la vendre 10 centimes. Pourtant, à ce prix là, si vous les vendez toutes, vos quelques jours/homme de travail (aussi honnêtes soient-ils) seront « très correctement » rémunérés, et bien plus largement diffusés.

    Bienvenu dans l’ère de l’économie d’abondance, dans lequel plus aucun raisonnement économique n’a de sens.

    Bon, d’accord, d’accord. Ces millions de copies leur appartiennent. Et bien, qu’ils les gardent « pour eux ». Après tout comme vous dites c’est de la musique « importante ». Et tous ces voleurs… laissons-les dans leur médiocrité, à écouter du David Guetta.

    Pourtant c’est peut être à cause de ça qu’elle ne se vend pas. cette musique si importante. Plus personne ne la connaît. J’ai bien peur qu’à raisonner de la sorte, elle tombera inévitablement dans l’oubli. Il est là, le plus grand risque. Pas dans le « pillage », ni dans le « danger » que représente la « culture médiocre », malheureusement.

    1. Bonjour,

      Je ne pense pas avoir tenu de propos contradictoires, dans la mesure où il s’inscrivait dans le domaine qui m’est cher et que je connais le mieux, celui de la musique classique.

      Hors quelques têtes d’affiche et de coffrets pas chers, la majorité des enregistrements de musique classique se vendent à seulement quelques milliers d’exemplaires dans le monde (et parfois moins). Et ce n’est pas d’abord à cause du prix, même si les collections économiques se vendent effectivement mieux. Non, c’est d’abord parce que ces enregistrements intéressent hélas peu de monde, et de moins en moins. La fréquentation des concerts classiques reste bonne, mais la vente d’enregistrements a chuté de façon spectaculaire.

      Le «piratage» a ici très certainement joué un rôle, mais je suis convaincu qu’il n’est pas le seul. L’âge moyen des mélomanes y est sans doute pour beaucoup. Une fois qu’on a fini de remplacer sa collection de vinyles par les enregistrements correspondants ou plus ou moins équivalents en CD et SACD, que l’on n’a plus de place sur ses étagères, qu’on se rend compte que finalement c’est toujours aux quarante ou cinquante mêmes disques que l’on revient sans cesse, à quoi bon continuer à acheter de nouveaux enregistrements? Avec l’âge, on est souvent moins curieux de découvertes aussi. Alors qu’il reste pourtant tellement à découvrir dans les musiques antérieures au dix-huitième siècle, particulièrement au seizième. Et puis, il n’existe à ce jour aucun enregistrement de l’œuvre vocale religieuse de Bach qui soit pleinement satisfaisant sur le plan musicologique: absence de grand orgue au continuo, effectifs vocaux inadaptés et/ou présence de chanteuses qui à l’époque n’avaient pas le droit de chanter cette musique à l’église… En outre, beaucoup de compositeurs contemporains pourraient accéder à une meilleure reconnaissance par l’enregistrement, comme Ambrož Čopi (né en 1973), Lera Auerbach (1974), Alexander Campkin (1984)…
      Bref, en gros, les mélomanes âgés n’achètent plus et les jeunes sont rares, qui ont en outre pris l’habitude de télécharger sans débourser un kopeck.

      Les petits labels, là où se font les choses les plus intéressantes et originales, sont les premiers à en faire les frais. Voir le triste sort de l’emblématique Calliope:
      http://grincheux.de-charybde-en-scylla.fr/?p=243&more=1&c=1&tb=1&pb=1

      En baissant drastiquement le prix de vente, on augmenterait très certainement les ventes, mais suffisamment pour assurer la subsistance d’un petit éditeur de musique classique enregistrée qui ne disposerait pas déjà d’un fonds de catalogue très conséquent? Je n’en suis pas du tout convaincu. Le risque, aussi, c’est de dévaloriser symboliquement la musique, si tant est que ce ne soit pas déjà largement le cas. D’aucuns qui n’hésitent pas à allonger 7€ pour une pinte de bière dans un Falstaff bruyant et enfumé considèrent que 20€ ou même 10€ pour un disque qui promet souvent des heures de plaisir, c’est trop cher? Il faudrait qu’on m’explique…

      Pour en revenir à la contradiction que vous voyez dans mon propos, je préciserai que le succès important d’une production sert d’abord à financer les productions risquées. Sans le succès du disque «La Tarantella», le label Alpha pour lequel j’ai travaillé n’aurait ainsi peut-être pas produit mettons le disque «Musique pour violon & piano» de Lucien Durosoir. Non seulement il faut souvent un certain temps pour rentabiliser une production, mais cette dernière (si elle se vend bien) va servir à en financer d’autres dont on sait par avance qu’elles ne seront jamais rentabilisées.
      Cela dit, passé quelques années, je serais on ne peut plus favorable à ce que l’éditeur diffuse gratuitement (en téléchargement) ou pour une somme symbolique (en téléchargement ou au disque) ses anciens enregistrements. C’est un peu ce que fait le label allemand CPO: les disques sortent d’abord à prix normal, puis sont vendus à des prix décroissant au fil du temps: 20€, 15€, 10€, 8€, 6€, 3€, 2€ environ. Mais bon, uniquement sur le site de vente en ligne du label, JPC (plus exactement, c’est JPC qui a créé le label). Pour ma part, j’achète autant que possible les albums directement chez l’éditeur. Hormis les dons, c’est encore la meilleure façon de les soutenir, et indirectement les artistes qu’ils promeuvent. Vincent Dumestre et Blandine Rannou, entre autres exemples, sont deux artistes qui doivent énormément aux deux labels respectifs qui ont permis de les faire connaitre.

      Cordialement,
      Thomas

  26. Bonsoir,

    Vos réponses sont longues, mais ont le mérite d’être illustrées. Merci pour ces (très) nombreuses références musicales.

    Pardonnez-moi d’insister en restant à mon petit niveau et à mes pauvres références. Contrairement à ce que vous semblez affirmer le prix de vente n’a rien à voir avec la valeur, sinon le monde de la finance aurait depuis longtemps réglé tous les foutus problèmes en ce bas monde.

    Nous sommes tous d’accord : tout travail mérite salaire. Ce n’est pas pour autant que tout doit être monnayé. L’art et la musique sont des bien communs qu’il faut protéger du cercle vicieux de la finance, lequel doit rester un outil de gestion de société pour l’homme. Ici, nous parlons de rémunérer un travail, pas d’évaluer la valeur d’une oeuvre. Les deux n’ont rien à voir.

    Au risque de paraphraser Yovan, aussi triste que cela puisse paraitre, si personne ne connaît une oeuvre, aussi _importante_, aussi _riche_, aussi _belle_ soit-elle, celle ci n’a aucune valeur. Imaginez la fin de l’humanité. Au milieu des décombres, un matériel hi-fi haut de gamme jouant dans le vide du « Lucien Durosoir ». ça ne sera beau pour personne. Je persiste à penser que si on maintient le monopole de l’exploitation d’une oeuvre, cela ne peut que l’appauvrir, puisque cela limite sa capacité à grandir, à atteindre un public, à « vivre ». Une oeuvre coincée dans un cerveau, dans une boîte, au mieux dans un Label, reste enfermée, malade. L’oubli d’une oeuvre, c’est sa mort. En l’enfermant, vous la tuez. Cela est encore plus vrai pour sa valeur marchande. Il ne fait aucun doute que vous aimez la musique classique. C’est très étonnant que vous abondiez dans ce sens.

    J’ai également beaucoup de mal à comprendre, venant de quelqu’un qui, de toute évidence, aime l’art, cette manie de hiérachiser et d’absolument faire un « classement » entre les musiques. Mais bon ; les manies, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, je suppose.

    1. Bonjour Julien,

      Désolé de ma lenteur à répondre.

      Quand je parlais de la valeur, il s’agissait de celle que nous accordons nous-mêmes à la musique. L’abondance s’accompagne souvent d’une dévalorisation. Goutons-nous au bonheur que représente d’avoir chez soi l’eau courante et l’éclairage? Étudiant, je dépensais presque tout mon argent en CD. Chaque disque était pour moi comme un petit trésor que je chérissais, l’écoutant sans lassitude encore et encore. Les collections économiques étaient relativement rares à l’époque, et les disques classiques coutaient alors environ 140 FRF, soit environ 21 EUR (environ 23 EUR au début des années 2000). Jamais je n’ai trouvé ce prix excessif, malgré mes faibles ressources. Quand j’ai commencé à gagner ma vie, ma consommation (que je déteste ce mot) de disques a augmenté en même temps que diminuait le temps que je consacrais à l’écoute de chaque nouvel enregistrement.

      Je comprends bien évidemment la tentation de télécharger gratuitement tout ce qui tombe sous la main, mais non qu’on arrive à considérer comme un droit le fait d’acquérir des enregistrements sans rétribuer les éditeurs qui les ont produits au risque souvent d’y laisser leur chemise (parce que c’est ça, la réalité de l’édition indépendante, et non cette caricature que l’on brandit sans cesse comme si tout éditeur phonographique avait les ressources et le comportement des majors).

      «L’art et la musique sont des biens communs qu’il faut protéger du cercle vicieux de la finance». Oui, mais pas les enregistrements. Enregistrer certaines œuvres coute très cher. Qui paiera pour cela? Si un éditeur offre ses enregistrements ou les vend pour une somme minime, j’en suis le premier content. Mais on ne peut pas l’exiger pour tous les enregistrements de manière réaliste. Un éditeur ou un ensemble de musiciens peuvent-ils s’en remettre aux dons pour produire leurs enregistrements? J’aimerais le croire, mais j’ai peur que ce ne soit qu’un doux rêve… Du moins pour une grande partie de la musique qui m’intéresse, où je crains bien que la masse critique du public prêt à cofinancer une production ne soit que rarement atteinte.

      Des milliers d’œuvres du seizième siècle attendent de revivre au disque (ou en FLAC, je m’en fiche). Mais nous ne sommes sans doute que quelques dizaines de milliers dans le monde à espérer pouvoir un jour les entendre. Qui en financera les enregistrements? Encore que ce répertoire ne soit le plus souvent pas très couteux. Mais quasiment toute la musique baroque vocale religieuse allemande attend toujours d’être enregistrée d’une manière «musicologiquement correcte»… Et là, c’est tout de suite environ 50 000 € par enregistrement (pour un programme de 60-70 minutes).

      À propos de la hiérarchie en art, si vous voulez encore une analogie (forcément bancale et ici extrême — comme de comparer la musique à un moyen de transport ainsi que l’a fait Ivan, du reste): j’adore le jambon-coquillettes, mais jamais je n’irais dire que c’est de la grande cuisine, car je sais que c’est le degré zéro de la gastronomie. J’aime les Beatles, Brel, Brassens, Gainsbourg, les Doors, Queen, Rammstein, Nightwish, tandis que la majeure partie des œuvres de Beethoven ou même de Mozart m’indiffère ou m’exaspère; je n’irai pourtant jamais prétendre que la musique de Lennon-McCartney vaut largement celle de Beethoven, parce que, objectivement, ce n’est pas le cas. Par «objectivement», j’entends «sur la base de critères indépendants des gouts personnels», par exemple la complexité de l’écriture, l’originalité, la diversité des formes, la palette des sentiments exprimés par la musique, la richesse des timbres instrumentaux… Il y a certes des compositions ratées, même chez les grands compositeurs (voire ce podcast hilarant, http://www.qobuz.com/blogs/lesymphoman/2009/06/02/les-symphonies-inachevees/), et des morceaux de rock géniaux, mais je persiste à dire le rock et la musique classique ne sont pas au même niveau. Pas plus qu’un bon roman d’Orson Scott Card n’est au niveau des «Frères Karamazov» de Dostoïesvski, et Dieu sait si pourtant j’aime le cycle d’Ender ou «les Maitres Chanteurs»!

      Sans vouloir blesser quiconque, je pense que le refus d’admettre des différences qualitatives en art est souvent le signe d’un manque de culture ou bien d’une certaine forme de susceptibilité qui consiste à se sentir offensé par l’existence d’œuvres d’une dimension supérieure perçues à tort ou à raison comme inaccessibles. Je ne saurais mieux l’exprimer que l’a fait Milan Kundera dans «l’Art du roman»: «Ne pas avoir de sens pour l’art, ce n’est pas grave. On peut ne pas lire Proust, ne pas écouter Schubert, et vivre en paix. Mais le misomuse ne vit pas en paix. Il se sent humilié par l’existence d’une chose qui le dépasse et il la hait. Il existe une misomusie populaire comme il y a un antisémitisme populaire. Les régimes fascistes et communistes savaient en profiter quand ils donnaient la chasse à l’art moderne. Mais il y a la misomusie intellectuelle, sophistiquée: elle se venge sur l’art en l’assujettissant à un but situé au-delà de l’esthétique. La doctrine de l’art engagé: l’art comme moyen d’une politique. Les théoriciens pour qui une oeuvre d’art n’est qu’un prétexte pour l’exercice d’une méthode (psychanalytique, sémiologique, sociologique, etc. ). La misomusie démocratique: le marché en tant que juge suprême de la valeur esthétique.»
      Je ne cherche pas à être désagréable. Il m’arrive à moi-même d’être un misomuse. Inconsciemment, j’ai converti mon incapacité à apprécier la musique de Mozart en détestation un peu hautaine. C’est idiot, c’est humain. Et j’ai beau avoir pris conscience que cette espèce de ressentiment découle de la honte de ne pas comprendre cette musique, je n’arrive toujours pas à l’apprécier, à quelques exceptions près. Au moins ai-je mis un terme à mes piques antimozartiennes.
      J’estime en tout cas que mettre tous les arts sur le même plan relève d’une forme de «misomusie», consciente ou non.

      Cordialement,

      Thomas

  27. @Thomas,

    Le première partie de votre réponse confirme mon propos : nous parlons du problème de la rémunération des gens qui travaillent dans la musique, et non pas de donner une valeur quelconque à une oeuvre. Vous semblez avoir plus d' »amour » pour les simples boîtiers que pour la musique elle même. Personnellement, à qualité _sonore_ égale, peu m’importe d’avoir un CD ou non. L’important est ce qui passe dans mes oreilles. Pas ce qui passe dans mes mains. Si nous parlons de comparer des boîtier, là, d’accord : je n’aime pas les boîtiers en plastique, je préfère ceux en papier glacé.

    > Par «objectivement», j’entends «sur la base de critères indépendants des gouts personnels», par exemple la
    > complexité de l’écriture, l’originalité, la diversité des formes, la palette des sentiments exprimés par la
    > musique, la richesse des timbres instrumentaux

    Pourtant, la simplicité, la concision, l’efficacité sont aussi des critères indépendants des goûts personnels, et vont à l’encontre de ceux que vous citez (complexité, diversité, palette). L’art est un domaine reconnu pour sa non-rationalité. Essayer de calculer un « niveau » d’une oeuvre artistique revient à faire de la science exacte, ce qui enlève tout le sens de l’art.

    > le refus d’admettre des différences qualitatives en art est souvent le signe d’un manque de culture ou bien
    > d’une certaine forme de susceptibilité qui consiste à se sentir offensé par l’existence d’œuvres d’une
    > dimension supérieure perçues à tort ou à raison comme inaccessible

    Ce n’est qu’une question de sens (enfin, de sens, pas de sens, hein.). Soit le mot art a un sens, et dans ce cas il faut accepter qu’une comparaison n’est qu’une question de subjectivité (tout simplement j’aime / je n’aime pas). Soit il n’en a pas, et donc on ne parle plus d’art, mais de toute autre chose. De science dure, les mathématiques, oui par exemple. Nous pourrions à ce moment là considérer que la musique entre dans le domaine de la science dure, si vous voulez. Il y a un autre domaine qui pour moi ne se prête pas à la comparaison, c’est celui qui consiste à créer une hiérarchie entre les personnes. Je ne vais pas marquer le point Godwin, pour ma part. Simplement rappeler que la qualité d’une oeuvre artistique est aussi relative que celle d’un humain. L’évoquer est absurde.

  28. Bonsoir Julien,

    Pour la valeur, je parlais bien aussi de celle que nous accordons à la musique. Désolé d’être apparemment aussi peu clair. L’abondance de musiques disponibles tend à nous faire perdre de vue le miracle qu’est la musique en soi et le bonheur qui est le nôtre de pouvoir ainsi accéder à des musiques de tant d’époques, de lieux et de genres différents. Il me semble que la revendication d’un droit à tout écouter sans rien débourser (dans le cadre de sociétés comme les nôtres où l’argent est devenu indispensable) découle paradoxalement d’une dévalorisation de la musique. Je pense que la musique avait au seizième siècle une bien plus grande valeur pour la majeure partie de la population européenne, au moins urbaine, qu’elle n’en a aujourd’hui pour nous (et je m’inclus bien dans ce «nous»).
    De même que le micro a bien failli tuer le chant dans les musiques populaires, l’enregistrement et la diffusion massive de musique ont banalisé celle-ci. Alors, certes, nous avons besoin de musique, mais un peu comme du café du matin ou du midi. C’est comme ça que je comprends les réflexions du genre, «le CD, c’est trop cher». Trop cher, mais pas une place de cinéma? Pas le dernier Coben? Pas un repas au restaurant? J’ai lu et relu voilà encore six ou sept ans que si les CD étaient à dix euros, les gens accepteraient de ne pas pirater et en achèteraient. Eh bien, ça y est. Et on voit bien que le problème n’était pas vraiment là. Dix euros, c’est encore trop cher lorsque dans le fond on a décidé de ne rien acheter puisqu’on peut télécharger gratuitement…
    Je ne jette pas la pierre à ceux qui téléchargent illégalement, surtout s’ils sont dans la mouise. Mais que des gens qui gagnent 3 000 € par mois téléchargent illégalement à tour de bras et en plus le revendiquent comme un droit, faisant fi des conséquences pour l’édition musicale, ça me reste en travers de la gorge.
    Je sais bien que les «pirates», statistiquement, achètent plus de musique que la moyenne. Cela dit, je suis quasiment sûr qu’ils en achètent moins que s’ils ne «pirataient» pas.

    Pour les jugements de valeur en art, vous citez des qualités comme la simplicité et la concision, et vous avez raison. J’avais bien pris soin, du reste, de laisser ma liste ouverte avec des points de suspension. Mais ces qualités n’ont de sens que relativement à leurs contraires. Le rock est structurellement une musique simple, ce qui ne veut pas dire que les chansons rock soient de ce fait simplistes — je citerai «The End» des Doors ou «Bohemian Rhapsody» de Queen. La musique dite classique évolue entre le dénuement le plus complet («O Solitude» de Purcell, par exemple) et la complexité la plus sidérante (comme dans un Agnus Dei à 60 voix de Striggio); Ligeti a composé des morceaux avec seulement deux notes (le premier numéro de la «Musica ricercata») et des partitions d’une difficulté extrême, comme son «Requiem» et ses micro-intervalles (rendu célèbre par Kubrick avec «2001, l’Odyssée de l’espace» — la musique liée au monolithe). Ce que j’essaie de dire, c’est que la simplicité et la concision s’apprécient à l’aulne de la complexité et du foisonnement, et vice versa. Le rock est objectivement une musique aux ressources plus limitées que le classique. Mais c’est aussi parce que «classique» ne veut pas dire grand-chose: en fait, ce sont quantité de musiques différentes qui se trouvent réunies sous cette étiquette. Il y a beaucoup moins de différences entre un morceau de Nightwish et une chanson d’Eminem qu’entre une chanson de trouvère et un quatuor de Bohuslav Martinů. Bon, mais j’ai l’impression de ne pas être très clair, une fois de plus.

    Au cas où vous seriez intéressé par lire une critique du relativisme culturel, je vous conseille de lire le sociologue Raymond Boudon, notamment «Le Sens des valeurs» et «Le Juste et le Vrai. Études sur l’objectivité des valeurs et de la connaissance».
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Boudon
    Mais aussi «L’Art de se persuader, des idées douteuses, fragiles ou fausses», ainsi que «L’Idéologie, ou l’Origine des idées reçues».

    Pour la musique comme science, eh bien elle fut longtemps effectivement considérée et enseignée comme telle: à la Renaissance, la musique appartenait au même groupe de disciplines que les
    mathématiques et l’astronomie. Est-ce pour cela que c’est la musique que je préfère? :-)
    http://www.youtube.com/watch?v=EM421mbKubA

    Musicalement,

    Thomas

  29. @Thomas
    Bonjour Thomas, désolé pour la non réponse. Ces livres ont l’air passionnants. Je vais me renseigner dessus, merci. Bonne continuation à vous, et peut être à une prochaine fois sur reflets ! Content d’avoir fait connaissance. Bien cordialement.

  30. Super cette somme d’ informations….Précisons au pinailleur qui débaent sur 80,90,95%, ou sur le fait de vendre des chevaux au XXIe siècle…Est-il necessaire de rappeler que c’ est a cause de choses comme ça qu’ n perd l’ essentiel. Effectivement il conviendrait plus de proteger les artistes que leur exploitant, en ce sens Hadopi est un pur leurre…il interviens sous Sarko, mari d’ une chanteuse qui je doute vende plusieurs million d’ albums, surtout depuis son mariage, n’ est-il pas un moyen pour son protecteur de trouver une raison a ce manque de ventes (plus du a mon avis à un réel manque de dynamisme de la part de la chanteuse en question, il faut 3 litrede café pour écouter un cd entier…evitons les polémiques, certains doivent aimé et je respecte leur gout…), savez vous que le brouillon de cette loi a été rédigé par un illustre journaliste de la musique rock, qui se voulait rockeur et que l’ on voit faire parti des jury de certaines télé-réalité…qui plus est qui ne connais absolument rien au fonctionnement d’ internet, faire recherche sur le net en cherchant « Hadopi », j’ ai perdu le lien mais si je le retrouve, je le diffuse. Il s’ agit de Mr Philippe MANOEUVRE…direteur aussi de Sony france…quel volt-face§
    Pour ma part je suis msicien et ce jusqu’ a ma mort je le souhaite, j’ en ai vécu, j’ ai aussi galerer fait un tas d’ autres boulots pour remplir mon frigo, et je ne suis pas forcement un nevrosé, même si a une époque je me produisait plus dans ma chambre que dans les salles,. aujourd’ hui tout musicien équipé d’ un ordi et d’ un minimum de connaissances peut enregistrer un cd, le fait de faire un disque était avant une sorte d’ étape dans un parcours, aujourd’ hui ça ne veut plus rien dire…pour protégé ses oeuvres un artiste a différente option, mais pour les faire connaître, internet est un très bon moyen….on vois même des artiste de notériété se retourner contre leur major et se diffuser sur internet, le fait de télécharger ne veut pas forcement dire voler. D’ ailleurs de plus en plus de site font payés les comptes premium…ce que je pense d’ hadopi c’ est que ce n’ est qu’ un moyen de plus pour des politico-insdustrielo-faschos de maintenir les gens dans une pauvreté intelectuelle et d’ essayer de maitriser quelque chose qui leur échappe, n’ oublions pas les origines d’ internet et les raisons de sa démocratisation et alors on comprendra que si la france va dans un sens les internautes iront dans un autre, il y a tellement d’ hebergeur de part le monde….Hadopi n’ est qu’ un leurre et en plus il est très localisé, encore des gens payés a battre les vague pour faire de l’écume…tellement indispensable se sentent-il, qu’ il pensent qu’ avec ça le problème de l’ érosion sera règlé, quelle bande de c…!!!

    1. Merci pour cette contribution : je suis moi aussi musicien, et j’en ai vécu à une époque lointaine… et continue à jouer et enregistrer…chez moi. Je regarde de plus près cette histoire avec Philippe Manœuvre, ça m’intéresse ;-)

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