Gouvernants du monde entier : choisissez votre camp avant qu’il ne soit trop tard

Vous n’y pouvez rien, c’est quelque chose que vous n’avez pas choisi et que vous ne pouvez pas différer. C’est l’heure du choix. Les événements au Maghreb vous l’imposent. Et pour l’instant, vous faites le mauvais. Il vous est donné de choisir entre la « diplomatie de la défiance » et celle de la « confiance ». Vous avez soutenu pendant des décennies des dictateurs. Ils torturaient, affamaient, emprisonnaient, pillaient les richesses de leurs pays. Vous ne les avez pas seulement soutenus, vous les avez encouragés. Vous leur avez donné tous les moyens pour qu’ils puissent récolter les fruits sonnants et trébuchants de leurs exactions. Vous avez accueilli dans vos banques les fonds détournés. Vous leur avez permis d’investir dans la pierre. Ca dure la pierre. Presque plus longtemps que les dictatures.

Je sais, vous aviez des excuses. Tout au moins les définissiez-vous comme telles. Il y avait le péril. Le péril rouge d’abord. Puis le péril jaune. Puis le péril vert. Celui de l’intégrisme musulman. Mais derrière toutes ces excuses, il y avait surtout des intérêts économiques. L’industrie pour la France qui depuis toujours embarque dans les voyages présidentiels des dizaines de grands patrons. Le pétrole, aux Etats-Unis, qui a motivé des « guerres préventives » et justifié par la suite la « torture préventive ».

Aujourd’hui, vous êtes face a un dilemme. Il vous faut choisir entre un soutien aux gouvernements en place, même s’ils sont dictatoriaux –vous le savez puisque vous les avez soutenus, et un lâchage en règle. Ce lâchage se traduirait par un soutien explicite aux peuples en colère. Un soutien à leurs justes aspirations. Jusqu’ici vous avez choisi le soutien aux gouvernements dictatoriaux. En leur demandant d’annoncer qu’ils allaient passer la main, une « transition ordonnée », dites-vous. C’est une faute. Une double faute même si l’on devait adopter votre point de vue, votre grille d’analyse incluant les aspects économiques et financiers, ou ceux d’une supposée sécurité régionale (où est-elle cette sécurité depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ?).

D’une part, vous vous aliénez pour un bon moment les peuples qui se sentent abandonnés une nouvelle fois. D’autre part, vous les radicalisez. Résultat, vos entreprises vont souffrir sur ces marchés. Pendant très longtemps. Car, que vous le vouliez ou non, les peuples s’émanciperont. On n’a jamais vu une dictature durer toujours. De même que l’on n’a jamais vu une armée d’occupation rester indéfiniment sans souffrir. L’image des Etats-Unis a été plus que dégradée dans le monde après les aventures en Afghanistan et en Irak. Elle ne s’améliore pas avec les prises de position pour la Tunisie et l’Egypte.

Barack Obama a peut-être cru avoir délivré un message clair à Hosni Moubarak en lui demandant de passer la main. C’est sans doute qu’il n’a pas intégré une donnée importante : les dictateurs n’ont pas la même grille que nous. Pas les mêmes réactions. Dans son esprit, il a  été conforté. Du coup, à peine fini son discours, il a semble-t-il donné le « go » pour que des provocateurs aillent se frotter aux manifestants. Alors que ces derniers manifestaient dans le calme le plus total depuis des jours, la tension est remontée d’un cran. A l’instant même, des heurts violents ont lieu place Tahrir.

La démocratie, c’est le pouvoir donné au peuple, qu’il décide de lui-même de son destin. Non ? Peut-être devriez vous soutenir les peuples, vous qui dites représenter le camp des démocrates…

Si vous ne le faites pas pour un attachement aux droits de l’homme, pour le rejet des dictatures abjectes, pour lutter contre le pillage par des clans des richesses d’un pays ou un autre, faites-le pour des raisons économiques, pour préserver les marchés des entreprises de vos amis, ceux que vous emmenez en voyage… Ce sera toujours mieux que rien. Mais faites ce choix vite.

Ce choix entre la « diplomatie de la défiance », celle qui ne croit pas qu’un peuple puisse choisir la démocratie plutôt qu’un dictateur s’il veut éviter le chaos ou les intégristes, et celle de la « confiance » qui mise sur l’intelligence des hommes. Celle qui n’a jamais été tentée jusqu’ici. Par dogmatisme.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


5 thoughts on “Gouvernants du monde entier : choisissez votre camp avant qu’il ne soit trop tard”

  1. c’est triste à dire, mais je pense que les gouvernements doivent limiter leur intervention dans les pays qui se révolte

    parce que, je pense que si, genre les usa, participent trop activement à la révolution, le retour de flamme pourrait être la mise en place d’un nouveau gouvernement très anti-américain (/occident), par peur de perdre son identité (toussa…)

      1. ah non, je ne crois pas qu’il tiendra, et tant mieux

        ce que je veux dire, c’est que, ok, on peut faire pression pour que mubarak se casse, mais pas que les US installe un gars à eux, ni même qu’on apprenne qu’il y est des relations entre le successeur de mubarak et les US, car ça se retournera contre eux, je doute qu’ils aient envie d’un nouvel ennemi

  2. En même temps, si Mubarak est en place depuis 30 ans, c’est grâce aux Etats-Unis et en particulier à leur apport financier par le biais de la CIA.

    L’Egypte se serait entourée de la Jordanie et d’Israël, ensemble ils auraient lancé une guerre contre Israël. Mettant fin à la division des pays du Maghreb et du Moyen Orient, leur permettant ainsi de monter en puissance et de repousser les tentatives de prise de pouvoir sur les pays producteurs et importateurs de pétrole.

    Ce qui se passe en ce moment, c’est que les Etats-Unis discutent avec Mubarak pour organiser la suite, pour pouvoir mettre un autre pantin hostile à l’idée d’une guerre contre Israël, la colonie qui les divise tous aujourd’hui.

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