Google : « Don’t worry, we’re from the Internets »

A la toute fin des années 90, alors que Google venait de souffler sa première bougie, qu’Altavista et Yahoo concentraient à eux deux une bonne partie des recherches mondiales, la bulle Internet explosait après une demi décennie d’euphorie. L’explosion de cette bulle Internet, par delà l’aspect « vaporware killer » salvateur, allait sérieusement trancher avec les insolentes performances du jeune Google.

Google commence à acquérir ses lettres de noblesse en 1999 aux yeux de la presse internationale et donc des internautes.Tout le monde commence et ne cessera d’encenser le moteur de recherche pour sa sobriété, sa simplicité, et surtout, pour ses performances, tant en terme de chargement de la page d’accueil du moteur et le traitement des requêtes qu’en terme de pertinence des réponses à ces requêtes. Déjà à l’époque, il apparaissait évident que Google avait trouvé les « bons » algorithmes pour satisfaire la soif d’information de nombreux internautes. Son modèle économique, c’est en 2000 que Google va le trouver alors même que sa popularité et donc le nombre de requêtes qu’il traite est en pleine explosion. C’est cette année là que Google franchira le cap des 100 millions de requêtes quotidiennes. Avec un tel flux d’utilisateurs, l’entreprise se rend vite compte qu’elle est assise sur une montagne d’or, il lui faut juste trouver le moyen de monétiser sa nouvelle position.

Fait incroyable à cette époque où les startups coulaient unes à unes après avoir atteint des capitalisations boursières totalement aberrantes pour ce qu’elles proposaient (beaucoup de vent), Google a su gérer sa croissance exponentielle. Google surtout a su monétiser la valeur qu’il avait créé : son flux d’utilisateurs. Sa potion magique s’appelait la publicité et était rendue de fait particulièrement rentable par sa masse d’utilisateurs. Les 100 millions de requêtes quotidiennes qu’il affichait à l’époque étaient autant de contacts publicitaires en puissance.

Au mois d’octobre 2000, Google matérialise cette stratégie par un partenariat avec Yahoo portant sur de la publicité contextuelle en fonction des mots clés. La messe sera définitivement dite avec le rachat de DoubleClick par Google en avril 2007 pour plus de 3 milliards de dollars, coiffant Microsoft au poteau. Parallèlement à la mise en place de ce modèle économique, Google se fait petit à petit le fer de lance du service gratuit en ligne. En 2002, alors qu’il est déjà leader incontestable en terme de nombre de pages indexées, Google entame une stratégie de diversification. Et là encore, tout semble réglé comme sur du papier à musique. Ça débute par l’apparition des Google Labs qui permettent à l’entreprise de mener grandeur nature des tests sur des produits en cours de développement. La majorité ne sont alors qu’à l’état embryonnaire mais l’incroyable potentiel de la société est alors déjà perceptible.

C’est en 2004 que Gmail fait son apparition. Avec ce service gratuit de messagerie électronique, Google réussit un coup de maître : venir attaquer frontalement Microsoft et son Hotmail sur le « marché » des services gratuits de messageries électroniques. Et sur ce coup Google frappe particulièrement fort en offrant une interface limpide, simple, et un espace de stockage record pour l’époque de 1 Go qui passera à 2 Go un an plus tard. La centaine de mégas proposée par Microsoft et son service Hotmail font déjà bien pâle figure. Lentement mais très surement, Gmail deviendra le premier services mondial de messagerie électronique. Une messagerie qui deviendra le socle d’authentification à l’univers en création de Google.

L’avantage d’acheminer et de maîtriser des flux colossaux d’information, c’est que l’on a pas loin à chercher pour savoir ce que les internautes recherchent, et donc ce que l’on peut leur vendre ou leur offrir. La position exceptionnelle de Google dans cette perspective font que Google est un « observateur » privilégié qui va pouvoir obtenir des tendances fiables pour orienter sa stratégie de diversification. Les internautes veulent voir des vidéos en ligne ? Google rachète Youtube en 2006 pour 1,6 milliard de dollars. Les internautes veulent faire des rencontres ? Google lance son réseau social Orkut qui restera relativement confidentiel face à un problème grandissant pour Google… Facebook. Les utilisateurs veulent accéder à Internet en mobilité, Google sera un pionier des services en ligne que certains reprocheront à l’entreprise d’avoir « webifié » : groupes de discutions, messagerie électronique, chat (…). L’univers de Google doit être accessible depuis un navigateur performant, robuste et fiable : Google développe alors Chrome, aujourd’hui en train de s’installer à la première place des navigateurs web les plus utilisés dans le monde.

Tout ce que Google touche ne se transforme pourtant pas en or. L’entreprise a aussi connu quelques échecs. Cependant chez Google, un succès, ça se traduit par une première place. Et ce n’est pas tant la faculté à occuper très rapidement la première place d’un marché qui caractérise Google, c’est l’élégance avec lequel il y est jusque là parvenu. Google dont le slogan est « don’t be evil », parviendra t-il toujours à faire l’unanimité ? Tout semble encore pour le moment très rose pour Google. L’entreprise qui s’est fait une spécialité des services gratuits au grand public, services qui sont devenus du jour au lendemain de véritables rituels pour des centaines de millions de personnes dans le monde. Le modèle de la gratuité que Google n’a pas inventé mais qu’il a poussé à son paroxysme, c’est le modèle que beaucoup d’internautes trouvent « normal » aujourd’hui. C’est gratuit, c’est Google, c’est normal, il ne faut pas s’inquiéter, c’est Internet.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes du côté de chez Google, tout va peut être d’ailleurs un peu trop bien…

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5 thoughts on “Google : « Don’t worry, we’re from the Internets »”

  1. « Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes du côté de chez Google, tout va peut être d’ailleurs un peu trop bien… »

    On peut le dire.
    Et quelque part, heureusement qu’un Facebook (beurk) n’est pas un service de Google. Pareil pour Twitter.
    Mais même si Google ne couvre pas tout, sa position est archi dominante. Et ce que Google ne couvre pas, eh bien, ce sont d’autres sociétés US qui s’en chargent. Où sont les européens et notamment les français ?
    Je ne parle même pas du rôle de l’Icann… bref ça fait peur.

  2. @Daniel67

    Peut être que l’idée de l’article est aussi de souligner que gratuit =/= innocent.

    Comme dirait l’autre : si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit !

    Dans le même genre que « google = le bien », il y a la croyance que « Free = les gentils ». ça troue un peu l’cul non ?

    ps : une position dominante n’est pas interdite « en soi », seulement un abus de celle-i.#uselesslawstudent

    1. Oui, nous sommes bien d’accord avec le but de l’article, que je partage entièrement. Google a l’intelligence d’une finesse certaine, par rapport à d’autres sociétés. Pas (trop) de vagues, mais ils maîtrisent à peu près tous les marchés qu’ils abordent… et s’ils ne contrôlent pas suffisamment, ils se retirent aussi vite qu’ils sont arrivés, toujours sans faire spécialement de vague. Très pragmatiques, très forts.
      Et quand on voit le nombre de services/produits (search, mails, docs, navigateur, maps, OS mobile en attendant mieux, stockage « cloud »… j’en oublie sûrement) ça fait beaucoup pour une seule et même boîte.
      D’autant que comme ses consoeurs elle est soumise au Patriot Act. Mais c’est une autre histoire…

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